‹ Histoire de l'institution de crèchesChapitre 7 sur 22 · PN · texte numérisé non relu

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Après 1802, il se produisit un temps d’arrêt dans le développement des crèches à Paris ; nous en expliquerons la cause un peu plus loin.

Départements. — La province se montra tout d’abord imitatrice zélée de la capitale. Chaque ville importante voulut avoir sa crèche, et quelques années à peine s’étaient écoulées que les plus considérables d’entre elles en possédaient plusieurs. C’est ainsi que la crèche s’établit à Melun et à Strasbourg, dèsle moisd’octobre 1845 ; à Nantes, en janvier 1846: à Lyon, Brest, Reims, Tours, en avril 1846 ; à Rennes, le 8 juin 1846; à Saint-Quentin, le 10 septembre 1846 ; à Beauvais, le 10 novembre 1846 ; à Montauban, le ier août 1847 ; à Saint-Germain-en- Laye, Cambrai, en 1849 ; à Versailles, Chateau-Gontier, Mâcon, Vitry-le-François, en i85o ; à Rouen. Avignon, Elbeuf, en i85i. A cette même époque

( i S 5 1 ) , Marseille possédait 3 crèches, Rouen 2, Montauban 3, Nantes 3, Reims 3, Rordeaux 4, etc., etc. Kn Algérie, la première crèche fut ouverte à Alger en i853 par Mme la comtesse de Randon ; en 1 854, Mm< de Mac-Mahon en fondait une à Gonstantine.

Dans plusieurs villes, ce lurent les évêques qui prirent l’initiative ; ailleurs, et plus nombreux, ce lurent les curés. A Montauban, ce fut le tribunal de commerce ; à Rennes, M. Letestu avocat ; à Rrest, un sous-ingénieur de la marine ; à Lyon, M. l’abbé Gatlet vicaire général et M. Durod conseiller municipal ; à Beauvais, M. Flye, ancien notaire et conseiller général, qui, quelques années plus tard, lit bâtir de ses derniers particuliers un local spécial ; à Sisteron, le sous-préfet; à Avignon, le cercle catholique ; à Chàteau-Gontier, l’autorité municipale ; à Dijon, une réunion d’ouvriers ; à Mayenne, M. l’abbé Delarue légua à sa ville natale 5o.ooo francs pour l’établissement des crèches et des salles d’asile, etc.

Belgique. — La société royale et philantrophique de Bruxelles, présidée par le Dr Schuermans, ouvrit dès le 2^ décembre 1847, une première crèche, que le roi et la reine des Belges prirent tout d'abord sous leur protection. Grâce à un legs de Mme la comtesse de florins, une nouvelle crèche de cinquante berceaux fut ouverte peu après à Bruxelles, Verviers, Liège et Ixcelles, ne tardèrent pas à avoir les leurs.

Autriche. — Grâce à l'initiative du Dr Cari Helm, l’Autriche fut, après la France, le pays d’Europe où les crèches se développèrent le plus rapidement. Le

4 novembre 1849, une première crèche fut ouverte dans le faubourg1 de Breitenfeld, à Vienne, six nouvelles crèches furent fondées dans le courant de l’année 1800 ; puis une autre le i5 mai i85 1 , et une neuvième le iy août 1854. A Milan, deux crèches s ouvrirent le i5 juin i85oet le ier janvier i85a ; une à Pestli en Hongrie le 4 avril i85i ; à Ivutemberg le 21 avril 1862 ; à Grœtz,* le 4 octobre 1862 ; à Nimbourg le 25 avril i853 ; à Lemberg le 18 août 1 853 ; à Josephsladt, le ier janvier 1804 ; à Leitmerit le 16 janvier 1864 ; à Reichemberg, le 4 mars 1864, à Prague le 24 avril i854 ; à Venise le 18 août 1854. Soit 21 crèches de 1849 & i855. Il est vrai que dès le 23 décembre 1862, le ministre de l’Intérieur de l’empire d’Autriche, M. Bach, adressa à tous les chefs de département de l’empire une circulaire où, après avoir longuement développé tous les avantages de la crèche, il concluait ainsi : « Votre Excellence m'obligera si elle donne une attention, particulière a cette institution salutaire, et si elle cherche à la répandre de plus en plus, soit par le moyen de la presse, soit par l’intermédiaire du clergé et des olïiciers de la santé publique. »

Allemagne. — A Dresde, une crèche fut ouverte le 2 juin 1841 par les soins du J> Aderman et sous les auspices de la reine de Saxe qui voulut faire elle-même les premiers fonds ; à Hambourg, le 24 mai i852, ce furent Mra0 Charles Merck, femme d’un sénateur et le Dr Lewis qui prirent l'initiative ; à Berlin, deux crèches s’ouvrirent, le Ier juin 1862 et

le 17 avril i853; à Franck fort-sur-Mein, deux crèches aussi le 1 1 juin et i«r décembre 1 853 ; à Munich, la crèche fut établie en décembre 1 854? parles soins du Dr Charles Wibmer et de M. Tliour, inspecteur des hôpitaux. Le ministre de l’Intérieur, comte de Reigersbèrg, dans une lettre adressée, à la date du 2 3 octobre 1854, au gouverneur du cercle de la Haute-Bavière, reconnaît que le comité formé à Munich pour la création des crèches, tant dans la ville que dans la banlieue, par le seul fait de sa réunion avec la société de Saint-Jean, obtient les mêmes droits de corporation publique que le roi, par décret du 17 décembre i853, a accordés à ladite société. Son Excellence termine en chargeant le gouvernement de la Haute-Bavière « d’exprimer la reconnaissance du ministre d’Etat aux honorables fondateurs d’une institution aussi opportune et aussi utile ».

Angleterre . — Mme Hollond, femme d'un membre du parlement anglais, au retour d’un voyage à Paris, pendant lequel M. Odillon Barrot lui avait fait visiter les crèches, fonda en mars i85o la première crèche de Londres dans la paroisse de Marylebone. Elle fut activement secondée par Mme Arthur Hobhousse et M. Gardner. Une seconde crèche s’ouvrit peu après dans la paroisse de Kensington et en i855 Londres en possédait six. Manchester (septembre i85o) et Plymouth (février 1 85 1) furent les premières villes d’Angleterre qui, à cet égard, imitèrent Londres.

Danemark. — Le 17 mai 1859, une crèche était

inaugurée à Copenhague, et là encore c’était un médecin, le D1 Brandes, qui était le promoteur de l’institution.

Russie. — La Société française de Moscou institua une crèche dans cette ville en 1847. Saint-Pétersbourg ne tarda pas à suivre cet exemple.

Espagne. — En 1 855 , la reine Isabelle créa à Madrid, à l’occasion de la naissance de la princesse des Asturies, une crèche-asile pour les enfants des cigarières employées dans la manufacture Royale des tabacs ; peu après des établissements semblables furent ouverts dans la plupart des grandes villes ayant des manufactures et notamment à Barcelone, Valence, Malaga, Séville, Bilbao, Santander, etc.

Portugal. — Le 21 novembre i852, le Dr Antonio Ferreira Montinhio ouvrait la première crèche à Porto.

Suède. — La première crèche en Suède s’ouvrit à Stockholm en i856. s

Roumanie et Turquie. — A Bukarest en 1 85 1 et à la même époque à Constantinople, des sœurs de charité fondèrent des crèches.

Amérique. — L'Ordre du 6 mai 1849, annonçait qu’une crèche venait de s’ouvrir à Mexico.

D’après M. Baligot de Bevne ( Bulletin des Crèches , 1847. p. 2i5), les Antilles et plusieurs villes des Etats-Unis, auraient été pourvues de crèches dès 1847 ; cet auteur rapporte même, qu’à Washington, on employait la vapeur comme force motrice pour

bercer les enfants, et il ajoute fort sérieusement : « nous citons ce fait comme une chose curieuse, mais non comme un modèle à suivre ».

Chine. — IIuc, dans son livre, YEmpire Chinois , rapporte que les sœurs de charité auraient implanté des crèches en Chine, vers i85o.

Ainsi, moins de dix années après l’ouverture de l’humble crèche de Chaillot, l’institution s’était déjà répandue à travers le monde.

Les auxiliaires du développement et du perfectionnement de l’œuvre des Crèches. — Le zèle infatigable des fondateurs, la charité admirable des contemporains et tous les encouragements officiels et privés, firent sans doute beaucoup pour le développement de l’institution nouvelle ; mais ces moyens n’auraient certainement pas suffi à produire en aussi peu de temps cette magnifique floraison de crèches, si l’œuvre n'avait été dès le début, puissamment organisée. Mme de Pastoret en 1801, avait échoué dans sa tentative, malgré sa bonne volonté et sa très grande charité, car elle n’avait fait appel qu'à son seul dévouement et à ses propres ressources. Marbeau, lui, possédait toutes les qualités du cœur, mais il avait aussi un remarquable esprit d’organisation et d’administration. Là fut sans doute le secret de son succès. Dès le début, il comprit qu'il fallait pour réussir faire appel à l’esprit d'association ; les crèches, nous le verrons, furent organisées dans cet esprit, et. dès que plusieurs crèches fonctionnèrent à Paris, Marbeau, aussitôt, institua pour les relier entre elles

la Société des Crèches; un bulletin trimestriel fut publié, qui enregistra et fit connaître les progrès accomplis ; des brochures étaient, en outre, répandues.

Association pour donner à l’œuvre de la cohésion et de la solidité, publicité pour la répandre et la perfectionner, tels furent les puissants moyens d’action que Marbeau sut employer avec un rare bonheur pour mener à bien son entreprise. Mais, examinons en détail comment fonctionnaient ces auxiliaires de la crèche.

La Société des Crèches du département de la Seine. — La Société des Crèches, constituée dès la fin de l’année 1846, fut inaugurée le 25 février 1847 en une séance solennelle tenue à l’Hôtel de Ville, sous la présidence de M. Dupin, président de l’Assemblée nationale.

Dans le préambule des premiers statuts, Marbeau -expose ainsi les raisons qui ont déterminé la formation de la Société : « Il existe déjà quatorze crèches dans le département de la Seine ; mais les IIIe, IVe, Ve, VL et VIIIe arrondissements n’en ont pas encore : ici, faute de ressources ; là, faute de confiance dans la charité ; ailleurs, faute d’initiative ; et, partout, on demande un centre de direction qui serve à la fois de pivot et d’appui. » Mais, voulant avant tout laisser à chaque crèche son indépendance et son autonomie, dès le début, il s’appliqua à délimiter exactement le but et à bien spécifier les fonctions de la nouvelle Société ; dans le discours qu’il prononça

lors de sa constitution, il s’exprimait ainsi : « Le but de la Société que vous venez d'organiser est d'aider à fonder et à soutenir les crèches dans le département de la Seine. Elle aidera aussi naturellement à les mieux diriger, car elle fera connaître à chacune les améliorations survenues dans le département ou en dehors, mais elle ne s’immiscera jamais dans la direction intérieure des crèches, et chaque établissement continuera à s’administrer lui-même suivant ses propres statuts. Chacune conservera son individualité, son moi, ce moi qui fait sa vie ; mais toutes sauront qu’une Société tutélaire s’occupe de réunir les ressources générales pour celles qui viendraient à en avoir besoin. » Et plus loin il ajoute : « Elle est organisée de manière à concilier les intérêts des crèches existantes avec ceux des crèches futures ; le besoin de stabilité, d’uniformité, avec les besoins de progrès qu’éprouve toute institution naissante. »

Après quelques vicissitudes, sur lesquelles nous aurons prochainement l’occasion de revenir, la Société des Crèches du département de la Seine fut reconnue comme établissement d utilité publique par un décret rendu en Conseil dEtat, le iy juillet 1869.

Tant que vécut Firmin Marbeau, la Société des Crèches se réunit au début de chaque année en une séance publique qui était 1 occasion d une véritable petite fête ; des hommes éminents présidaient la séance, ce furent M. Dupin, président de l’Assemblée Nationale, M. Dufaure, ministre de l’Intérieur, l’ar-

chevêque de Paris, l'archevêque de Bordeaux, etc., Firmin Marbeau prenait la parole pour exposer la situation générale de l’œuvre, ses progrès, ses espérances; puis les poètes de la crèche — car la crèche avait ses poètes — disaient des vers, et la séance se terminait par un concert et une quête toujours fructueuse.

Dès sa naissance, la Société des Crèches fut soutenue par l’autorité; le ministre de l’Intérieur, la ville de Paris, le département de la Seine, lui allouèrent des subventions. Mais le Conseil général de la Seine en 1879, et le Conseil municipal de Paris en 1880 supprimèrent leurs subventions pour des raisons obscures ; le ministre de l’Intérieur a continué à verser une petite somme (3oo francs), sous forme d’abonnement au Bulletin des Crèches.

La Société des Crèches existe toujours ; elle est actuellement plus llorissante qu’elle ne fut jamais, car son rayon d’action s’est étendue en même temps que l'œuvre s’est développée. Elle a d’ailleurs conservé ses traditions premières et ne s’est jamais départie du but que, dès le début, Firmin Marbeau lui avait assigné.

Le Bulletin des Crèches. — Le premier Bulletin des Crèches parut en janvier 1846 sous le titre suivant qui indiquait bien son programme : Bulletin des Crèches destiné spécialement : io èi prouver leur utilité dans les villes et les campagnes ; 20 à indiquer la marche et les modèles ci suivre pour perfectionner ces institutions. Dès que la Société des Crèches fut

constituée, le Bulletin en devint l’organe officiel ; il paraissait trimestriellement et dans chaque numéro l’ordre suivant était adopté pour la division des matières :

Première partie : Documents officiels et documents émanés de la Société.

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