‹ Histoire de l'intelligence (volume 2)Chapitre 16 sur 43 · PREMIERS DIVISION · texte numérisé non relu

PREMIERS DIVISION

tRCSPTIONy BANS LE MOI-YIYANT, DE PLUSIEURS PHÉNOMÈNES DÉ- TERMINÉS ET RATTACHEMENT A POSTERIORI RE CES PHÉNOMÈNES AU PRINCIPE QUI LES ENGENDRE ; OU FORMATION DE NOS IDÉES CONCRÈTES.

P«lMt de éiéptat 4ke I« pereeptlea i •pp e r c epttea pHnaltlve. — n. PereepttoB 4kem ténèbres, 4ku «on, 4kwk «UeBee, ete.~ III. Peiv eepileii de la sabstenee et déflnlMeii de Farttele si TAliieaeat eberebée, depabi blentêi iroUi mille •■•, par toiM le« gmmnMilrieiM.— 1¥. Pereepttea de lasnbstenee permeneatoy en eeveeptlen de Fêtre. — V. PrUie de la sabstenee seiM dl^ férenies fermefl t «en, edenr, réetetenee, ete.| en eeneepilen dn«en, de l'odeur, de la réîilstenee , ete. — ¥1. €eneln«lent ^rérlteble marebe de la pereeptten | denble errenr des pbllo- «epbes. — WïïÊ. metonr «nr l'arttele. — Vin. Ceneeptten du nel et dn non-mol.

Nous avons étudié séparément , dans les deux chapitres qui précèdent , l'appréhension et la conception ;

472 HiSTOiiE Di l'intelligence, LIV. Il, CH. Ul.

nous allons maintenant les suivre dans l'œuvre particulière qu'elles accomplissent en commun , c'est-à-dire , dans la formation de nos concepts intellectuels, autrement dit , dans la formation de notre intelligence. Mais comme ce n'est pas l'histoire même de cette formation que nous avons à raconter pour le moment , m^s sa théorie que nous avons à bien faire comprendre ; au lieu de rapporter ici la formation de tous nos concepts intellectuels, je me contenterai d'exposer avec détail la formation d'un certain nombre d'entr'eux, en suivant presque partout l'ordre logique de nos idées, c'est-shdire, Tordrede leur association dans l'intelligence, k la place de Tordre rigoureusement chronologique de leur acquisition. Ces: deux ordres d'ailleurs différent peu, et sur des points de nulle importance pour ce qui va être dit dans ce chapitre et le chapitre suivant.

L'apperception me livre en ce moment le moi , les couleurs, les résistances, les sons, les odeurs, etc. : — elle me livre les couleurs distinctes , séparées les unes des autres et juxtaposées dans un plan sans limites apperçues ; — elle me livre les résistances également distinctes, également séparées, également juxtaposées, mais tout cela cependant , pour nous du moins , d'une manière moins arrêtée que pour les couleurs, dans un tout particuUer sans limites apperçués : le corps humain; — elle me livre les sons confondus dans un son unique sans limites dans le monde apperçu ; — elle me livre les odeurs également confondues dans une odeur unique sans limites dans le monde apperçu ; — enfin elle me livre le moi, la couleur, la résistance, le

BB l'âPPIÉHBMION IT VB LA COKCSPT. GOMSimKKU ETC. 4 73

san f Todeur , confondus dans une unité sans limites apperçues : in unitate non terminata ; tous ces faits-là dans tous, distincts sans doute mais non séparés, par conséquent non distinctibles , non saisissables apperceptivement ; et Tensemble de tous ces faits nulle part, par conséquent lui aussi insaisissable apperceptivement : voilà le monde primitif.

J'apperçois à la fois, dans ce monde, le moi, les couleurs, les Té^stances, les sons et les odeurs; mais tous ces faits de la même manière, par conséquent indistinctement ; tous passivement, par conséquent sans conscience : j'apperçois tous ces faits sans en distinguer aucun, j'apperçois tous ces faits sans m'appercevoir d'aucun. Voilà l'apperception primitive , voilà l'intelligence à son point de départ.

Mais déjà je soupçonne en elle certaines idées, certaines notions obscures apportées d'ailleurs. Ces idées , ces notions ne sont pas en moi au point de départ comme les idées dont je m'occupe actuellement : elles n^y sont pas perçues ; mais elles y sont tenues confusément et vaguement apperçues, et, par leur présence seule^ elles agissent sur le moi d'une manière latente et vont toutnà-l'heure le déterminer à la première de ses opérations : la fixation de l'apperception.

La manière, dont je dis que ces idées sont en moi au pmiit de départ, n'est pas une chose imaginaire ; c'est l'état presque constant , l'état habituel de nos idées en nous ; état particulier qui constitue la mémoire et que j'expliquerai plus loin. Nos idées à cet état, je l'ai dit et je le répète , ne cessent pas d'agir sur nous , d'avoir in-

474 MnNWB m L'unLUcnrci, ut. ■, ai. al

fluenee sur dos déterminations ; elles sussent par leur présence seule, d'une manière lataite dont nous ne nous appereevons pas, et constituent Yinstinct doat j'ai déjà parlé. Si le lecteur, pour se faire une idée plus nette de cet état particttli^ dans lequel certaines idées se trour yent ea moi au point de départ , ¥Oulait des exeoiples , qu'il lise , dans Notre-Dame de Paris, par M. Victor Hugo, l'histoire de la folle du TrotHiua>Bats, lors de la visite des trois commères; et celle de Claude Frollo, l'archidiacre de Notre-Dame, durant le supplice, préparé par lui , de la Esméralda qu'il aime et qu'il livre au bourreau, au moment où dévoré du rem<Mrds des damnés, maudissant Dieu , maudissant les hommes , m^iudissant la Esm&*alda , se maudissant luinnoième , pale , ^lé, farouche , 11 court sans savoir où il va , Imn de Paris , promaier dans les champs déserts sa douleur de prêtre maudit et sa rage de démon; qu'il lise d&mVUsc^quef par George Sand , l'histoire d'Orio Soranzo , le pirate inconnu des iles Gurzolari , le meurtrier non soupçonné du comte Ezzelin et de l'infortunée Giovanna, dans cette soirée au palais Rezzonico , si admirablement démte par W^^ Sand , au moment où Soranzo jouant des sommes énormes et touchant à la crise d'une parUe décisive 0i fatale , tout entier auX'4és qui roulent sur la tabla, m voyant rien de ce qui s^ passe autour de lui, n'entendant rien de ce qui s^ dit, d^u;iL mots, prononcés par une voix qui ressemble à la voix d'Ezzelin , le réveillent tout-àco|ip de sa léthargie, et le font bondir comme s'il eut été frappé d'un coup de poignard ; qu'il lise, dans les Deux Diane, par M. Alexandre Dumas, l'entrevue sur les

Dl L'jtfriÉBINHOM BT 1» XA GONCBrr. COMIPiiiitt BTG. 4 75

remparts de SaîniMîueiitîfi, de Gabriel de M(»itgominery avec Diane de Castro ou la scaor bénie , au moment où , surpria par mie ronde de nuit» Gabrid» entraînant après lui la sœur béaîe^ monte quelques degrés et reconnaît comlneB le point où ils se trouvent est mal protégé : les idées dont je parie sont dans le moi au point de départ, comme dans la folle du Trou-^iuC'-Rats ^ le souvenir de la voix fraîche et douce de sa fille perdue, au moment où V enfant de Mahiette , s' approchant k son tour de la lucarne où les trois femmes depuis un instant ne pouvaient parvenir a distraire la recluse , dit à sa mère : Mère , voffms donc que je voie (a) / Comme dans Claude Fwiio^ l'idée vague sous l'influence de laqudle, le soir vmu» l'être vivant qui existait encore en lui songe cmfwément au retour [b) ; comme dans Orio Sorajuo ^ te souv>enir de sa vie de pirate et de ses deux victimes, au moment où sonjt pronimcés, dans la salle, les dwivinAida dont j'ai parlé (c); comme dans Gabriel, sm içiéê fixe ^uif selon l'expression fidèle du roman^ cier^ veillait toufour$ {d). Oui, voilà sous quelle forme sont en inoi au pcûint 4e départ les idées qui , tout^àl'beure^ voat me déterminer à la première de mes opé- V9tiom : elles ^'y sont pas perçues, elles n'y sont p^i^ distinguées ; elles y sont tenues confusément, et, comme

(a) Notre-Dame de Paris, Hy. Vf, Itl.

[b) md,. Ut. IX, I.

(c) VVstXïqmê^ édUlon à 20 c, p. 54 à 56.

(d) Ves Dent» Dkme, 5* vol., obap. XI.

476 msTOimt db l'intiilugkncEy ut. n, ch. m.

tout ce qui s'y trouve à cette heure, comme les couleurs, comme les résistances, comme les sons, les odeurs, ete., vaguement apperçues ; elles n'y sont pas agissantes à la manière des motifs réfléchis et raisonnes de mes actes libres , elles y sont agissantes comme les mobiles incoonus , toujours plus ou moins mystérieux , de mes actes instinctifs et spontanés.

Cela posé, un changement se produit dans le monde apperçu : le moi , je suppose , passe subitement de la lumière aux ténèbres. Durant ce changement, deux manières d'être de moi-même , deux modes du moi : Ivr mière et ténèbres , tombent à la fois sous mon apperception , s'y limitent et s'y déterminent. L'un d'eux, celui qui commence, les ténèbres , est saisissable apperceptivement ; je puis le prendre au moyen de la lumière qui disparait et le détermine : voilà donc déjà remplie la première condition de l'appréhension.

Maintenant le changement qui s'opère t(mibe a son tour sous les idées vagues dont je parlais tout-k-l'heure, et, par là, se trouve confusément compris; non pas d'une manière complète, mais assez pour inquiéter le moi dans son repos et l'amener à s'occuper de ce qui se passe. Sous l'influence obscure de ces idées je m'agite instinctivement , et, serrant tout naturellement l'apperception sur le phénomène qui commence , je le saisis dans le monde momentanément apperçu, c'est-à-dire dans le

DB l'âPPIÉHIIIHON BT DE LÀ CONGBFT. CONSlDtfttBS ETC. 4 77

moi vivant, au moyen de la lumière qui disparait. Voilà par conséquent remplie la deuxième condition de Tappréhension. Une idée s'établit alors dans le moi appercevant, et, parlant dans mon verbe intérieur, je nomme les TÉNÈBRES.

Reprenons cela d'une façon quelque peu (JifTérente , et disons-le de manière à dissiper toutes les obscurités.

Un changement se produit : le moi passe subitement de la lumière aux ténèbres. Dans ce changement, deux modes du moi tombent à la fois sous mon apperception, s'y limitent et s'y déterminent : quels sont ces deux modes? de quoi sont-ils formés? Le premier de ces modes , c'est le monde apperçu tel que nous l'avions tout-a-l'heure : c'est le moi, la lumière, la résistance , le son, l'odeur, etc., confondus ; le second , c'est ce même monde sans la lumière. Gela étant, le moi, la résistance, le son, l'odeur sont dans le monde momentanément^ apperçu , dans le moi vivant , comme dans le plan des couleurs B, fonds commun des deux termes BN et BP sur lesquels nous avons , dans le premier chapitre, expliqué la nature et les conditions de l'appréhension : ils se trouvent partout dans ce monde , ils le remplissent dans toute son étendue ; par conséquent je ne puis pas les saisir apperceptivement , pas plus que leur eisemble , si vous voulez , leur mélange : où les prendre ? saisir quoi ? ils n'ont pas de limites dans le monde apperçu, ils ne sont pas déterminés. 11 en est autrement de la lumière et des ténèbres : ces deux faits se limitent sous mon apperception , et , en se limitant ,

se déterminent l'un l'autre ; je puis saisir celui des deux

478 histMik DB L'nrncLUGKiiCK, hPf. u, ch. m. '

qui commence : je le -prends au moyeu de celui qui

finit.

Mais , dit-on , les ténèbres ne sont pas une diose réelle , c'est une négation ; comment pourrions - nous saisir une négation? Je vous demande pardon » les ténèbres sont une chose parfaitement réelle : c'est le moi, la résistance , le son, l'odeur, tout cela confondu. Mais l'apperception en se serrant sur cette masse, en l'appréhendant au moyen de la lumière qui disparait , ne la saisit pas tout entière , mais seulement de la manière qu'elle est déterminée par la lumière qui disparait, c'està-dire, comme étant seulement l'absence de la lumière ou les ténèbres. En d'autres termes : l'apperception, en se serrant sur la masse apperçue, en la prcmant au moyen de la lumière qui disparait, n'y saisit et n'y peut saisir que ce qui s'y trouve déterminé par la lumière, c'ést-àdire, les ténèbres.

Après ce premier changement un autre se produit : le son lourd et prolongé d'une conque sort tout-&-doup, si je puis parler ainsi , du milieu de la masse appax^e : il est déterminé par cette masse d'une certaine manière , et l'apperception, en se serrant sur lui, en l'appréhendant au moyen de l'apperception totale de la masse , le saisit de la manière qu'il est déterminé; une nouvelle idée s'établit dans le moi appercevant, sans porter atteinte à la première, sans se confondre avec l'intuition des tendres dans la continuité de laquelle elle se produit.

Mais quelle est cette idée ? de quelle manière le son dont je parle est-il déterminé par la masse apperçue dans laquelle il commence? En lui-même , ce son, c'est d'à-

DB L^APPfttnifSlOirBT DELA GOIfOEPT. COltmAftÉKS ETC. 479

bord' on sod^ pins c'est lé son d'une conque,, enfin c'est im son de cop^e^déterminé: nous pouvons le représenter par SSn; eniqppelàntS leson, B sa première modification et n la- seconde. Sous lequel de ces trois rapports S^B^N, lesôn SBfi esiril déterminé par la mdsseapperçue dans hqudte il Commence? est-il déterminé par cette masse sous ces trois rapports à la fois? Non bien certainement^'Pk^emiërement Tf n'a pas son déterminant dans la masse apperçue. Quel est en effet le déterminant de n? c'est le nON-îf , c'est-à-dî**^ » SBnon n ou le son d'une autre codque : ce son n'est pas dans la masse apperçue. DoncT^ n'ert pas déterminé dans SBk et ne peut pas être safêil

Quanta Bl c'est différent; ses déterminants, sinon tous» damoinsplttsieurs, sont donnés dans la masse apperçm. Ouels soBteft^fTet les déterminatits^ê B? ce sont tD«isles^ïiiM^Bvc'dst^4NUre> touslesSnon B, par exemple, le brùitd&la cascade^ celui du vent dans les feuilles, le boonlôniieiiient'des mi^tesr : tous ces bruits sont dans la; masse igq[)perçue; 9 pourrait donc être déterminé. Oui, mais pour qu'il fût véritablement déterminé et que je pusse le saisir apparceptivement dans SBn,. il faudrait qu'il fût s^^aré de S, par conséquent qu'il commençât dansrS au lieu de commencer avec lui , en même temps que lui ; il faudrait en outre que ses déterminants, par exemple» le bruit de la cascade, ou le bruit du vent dans les feuilles, finissent dans S au moment même où il commence, au lieu de continuer avec lui.

Ainsi ni B ni Nne sont déterminés dans SBn par la masse app€r<}ue, par conséquent c'est S, c'est le son tout

480 nsToni db L'nfTBLUdUfCB, uv. n, ca. m.

seul qui s'y trouve détenniné. Mais comment cela peutil être ? le son est partout dans le monde a(q[)erçu : dans le moi vivant ; il est dans la partie de ce mcmde qui s'efTace aussi bien que dans celle qui commence» Sans doute , mais il est dans cellMâ à une plus haute puissance» ^ un degré plus élevé, et c'est la différence de ces deux degrés qui est déterminée dans la partie du mot vivant qui commence, et qui devient saisissable immédiatement.

Pour bien comprendre cela, représentons le bruit de la cascade par Sa : {sonus aqtuje), celui du vent dans les feuilles par Sv : {sonus venti)^ et celui des insectes par Sm : {sonus muscarum); la partie du moi vivant qiû s'efTace pourra être re{»résentée par MTO -f SaSvSv, en appelant M le moi , T les ténèbres et Todeur mélangée des roses, des lilas, -des orangers, du thym, du myrtç , des jacinthes , etc. ; et celle qui commence par MTO4. SaSvSm+ SBn ; ou la première par MTOSSS, et la seconde par MTOSSSS, deux modes du moi, deux formes du monde apperçu dont la seule différence est S, c'està-dire le SON.

Par conséquent, et pour répondre a la question posée, il y a un moment, Tapperception, en se serrant sur le son qui commence , sur le son SBn , en l'appréhendant au moyen de la masse apperçue dans laquelle il se produit, ne saisit en lui que le son ; le son pur et simple, absolument comme s'il était seul et non méUngé ou combiné avec M, avec T, avec , avec Sa , avec Sv , etc. ; le son général absolument comme s'il était sans formes et non modifié par B , puis par N ; et l'idée qui s'éta-

]>IL*AFrfttUll8K>If IT Dl LÀ COlfCIPT. CORlIDtftilf ETC. 181

blit dans le moi appercevant, c'est l'idée générale SON*

La vérité que je viens d'établir n'est pas seulement relative au son, eHaregarde tous^les phénomènes ; c'est la loi générale de toute appréhension : l'apperception, en se fixant sur un phénomène donné dans le monde apperçu, quel que soit ce phénomène : son, odeur, couleur, résistance, etc. , en l'appréhendant au moyen de l'apperception totale du monde, ne saisit eu lui que le phénomène pur et simple : le son, l'odeur, la couleur, la résistance, etc. : le phénomène sans mélange d'une part et sans détermination de l'autre, et l'idée qui s'établit dans le moi appercevant est toujours une idée générale et la plus générale possible.

Je prie le lecteur de revenir, après l'avoir lue une fois, sur là démonstration qui précède , de l'étudier à loisir, sans se laisser rebuter par les obscurités naturelles et inévitables qui la voilent , ni par la forme un peu trop mathématique peut-être sous laquelle je l'ai présentée : il s'a^t d'établir une des lois les phis importantes de raqppréhension, une de ces lois que tous les philosophes ont ignorée , et qui , je ne crains pas de le dire, est appelée a produire en philosophie une de ces révolutions qui changent la face des choses.

yx)ulez-vous continuer ces premières appréhensions? Le son dont je parlais tout-à-l'heure, après s'être élevé dans la masse apperçue et avoir duré un instant, cesse tout-à-coup. Il finit comme il avait commencé , dans la masse apperçue, et la détermine à son tour d'une certaine manière qui n'est autre chose que son absence.

483 ÉlfTOmi DE LIHTBLUOIClIGli, UV. U^ €M* IH.

l'absence du bruit, du son; en un mat le âitence; oiu le silence aussi parfaitement donné, aussi complètenmit saisissable que si tous les bruits fussent tombés en même tem{>s. Cette forme du monde apperçu qui toutèrheure, je veux dire aîvaiit Tapparition du son SBn, était dans le monde appergu une chose insaisissable apperceptiyement, devient donc pour le moment facirlement saisissable; je la prends au moyen du son qui disparait et une troisième idée s'établit dans le moi appercevant : je dis, parlant toujours dans mon y^rbe intérieur : SILENCE , comme j'ai dit : T£NËBB£S , comme j'ai dit : SON, etc.

Arrêtons-nous ici : la condition de toutes ces appréhensions, c'est, comme on le voit, premièrement, que tout fait appréhendé ait des limites dans la masse apperçue, qu'il y soit déterminé : de-re finita- terminatum sit in mundo appercepto ; deuxièmement, qu'il soit appréhendé dans cette masse au moyen de l'apperception totale de la masse entière. Cela étant, m'est-il possible, ces premières appréhensions se continuant, de ne pas acquérir une idée vague de la réalité toujours apparçue, dans laquelle et au moyen de laquelle je saisis toutes les autres? non, cela ne m'est pas possible : en ssâsissant ces réalités, j'apperçois nécessairement, d'une manière distincte, la réalité indéterminée dans laquelle toutes les autres réalités commencent et finissent et dans la-

BB L^APPRtBia^QN BT DB LA CORGBPT. C0|9$II»SMB8 BTC. i 83

quelle toutes sont saisies apperceptiyement ; leur fond commun, leur réalitér substantielle : TO sub-illi^stra" tum, leur absence; en un mot, le théâtre sur lequel toutes ces réalités paraisiàent et disparaissent ; ce théâtre que cherchait Hume et qu'il ne trouvait pas, par la raison qu'il le cherchait seulement au moyen de l'appréhension qui ne le saisit pas et ne peut pas le saisir, comme il a été précédemment démontré (a); mais qui tombe continuellement sous l'apperception et se trouve saisi par contre-coiq>, si je puis parler ainsi, dans la continuation de nos perceptions. Gomment Hume ne s'est-il pas apperçu que la condition des perceptions déterminées, des perceptions successives dont il parle, c'est l'apperception continuelle, vague, indéterminée, d'une réalité sans limites apperçues dans laquelle ces perceptions commencent et finissent, dans laquelle et au moyen de laquelle je les saisis apperceptiyement, et qu'il m'est impossible de saisir ces perceptions sans appercevoir du même coup, d'une manière plus ou moins distincte, la réalité indéterminée qui leur sert de théâtre : voilà l'idée de LA substance.

Cette idée, sans doute, n'est pas une perception distincte : ce n'est pas une appréhension; mais l'apperception devenue distincte par contre-coup. C'est donc une idée , c'est une intuition ; mais une idée vague comme est l'idée de la substance. Avons-nous un mot pour représenter cette idée? avons-nous un mot pour dési-

(«) Voyez même lîTrc, ch. ï, g V.

484 niSToniB di l'intblligkngb, liy. n, es. m.

gner la substance à cet état d'intuition yague, à cet état de simple apperception distincte : avons-nous un substantif?

Ce serait une chose merveilleuse si nous n'en avions pas, une chose presque incompréhensible, et qui ferait douter de la théorie qui précède. Nous devons donc avoir un substantif; oui, et toute langue doit en avoir un: quel est-il?

Parmi les grammairiens, — les uns voient le substantif dans le nom. C'est une erreur évidente, c'est presque une étourderie : le nom désigne une chose parfaitement déterminée : ce n'est pas la représentation verbale delà substance, mais de la substance modifiée d'une certaine manière; c'est la représentation verbale d'un mode de la substance : observa lignum^ dit Bayle, quatenm est lignum^ non esse substantiam sed modum quemdam materiœ (a). Il en faut dire autant des mots or, argent ^ fer, soufre : ce ne sont point là des substances, mais des modes de la substance : l'or, c'est la substance sous une modification déterminée; l'argent, la substance sous une autre modification, etc. Il en faut dire autant de tous les noms indistinctement : tous représentent des modes de la substance indéterminée que je vous montrais toutà-l'heure, aucun d'eux ne la représente en soi, dans son indétermination; leur multitude seule prouverait leur modalité. — Les autres, plus intelligents, sans être plus heureux, voient le substantif dans le verbe être, esse, eîv«t;

(a) Bayle, Logique, ch. II, de accidente»

BB L* àn^tSSUUOn KT DB la CONCIPT. CONSIDftftÉBS ETC. 486

c'est une autre erreur : le verbe être ne représente point la substance, mais la permanence de la substance dans tout changement donné, c'est-à-dire un rapport de la substance avec ses modes.

Mais, si le nom, si le verbe être ne sont ni Tun ni l'autre notre substantif, quel est-il donc?

Il est dans la langue un petit mot sur la définition duquel les grammairiens n'ont jamais pu s'entendre, auquel ils n'ont jamais pu assigner qu'une fonction à peu près in^gnifiante, et qu'ils sont tout prêts aujourd'hui à traiter comme un écolier traite le fièv et le dé des Grecs ; un petk mot qui, en lui-même, ne signifie rien du tout, vous le croiriez du moins, mais sans lequel le nom et X adjectif ne vous oflTriront jamais un sens complet, par la raison bien simple qu'ils ne représentent l'un et l'autre que le deuxième terme d'un concept dont le mot que je veux dire représente toujours le premier : voilà notre substantif. J'ose à peine le nommer tant la chose est nouvelle et inattendue : c'est l'article LE ou LA. Oui, cherchez bien, je vous défie de trouver à l'article une autre fonction ; je vous défie de lui ôter celle-là.

Mais l'article ne se présente pas toujours sous cette forme ordinaire et connue , il se présente encore sous la forme de son congénère IL dans les locutions suivantes : IL pleut^ IL gèle, IL neige, IL bruine^ IL vente, IL bruit, IL fait chaud, IL fait froid, IL fait lourd, IL tonne, IL éclaire, etc. Dans ces locutions, en effet, le sujet IL représente la réalité indéterminée dont je vous parlais tout-à-l'heure, c'est-à-dire, la substance, et le verbe qui le suit, un mode de cetlft substance; vou»

486 UUTOIRB Dg L^'lNTSLLIGBlfGB, UV. U» CV. Bl.

pouvez remplacer IL par LE et dire : LE pieui, LE gèle, LE neige, LE vente, LE tonne : TO pluit, TO gelât, TO ningit, etc., sans rien changer au sens, sans même paraître faire une chose extraordinaire , tant il est de suite évident pour T intelligence que c'est tout-à-fait la même chose.

Une fois apperçu distinctement, LE reste Tobjet d'une apperception distincte, un peu vague sans doute, mm réelle. C'est là, je le répète, notre idée de substance : simple apperception continuée d'une réalité sans limites, vague et indéterminée. Mais bientôt d'autres idées vont se joindre à cette apperception centrale et constituer avec elle, dans des associations diverses, nos concepts de Vêtre, de LA substance : LA sub-stans^ DU tiioi, DU sow, de V odeur, de LA résistance, de LA couleur^ etc., etc.; en un mot, toute notre intelligence.

Premièrement, je suis du regard cette réalité vaguement saisie et je la vois permaner : permanere, sous les apparitions et disparitions qui continuent : je la conçois alors permanente par opposition aux différents phénomènes qui commencent et finissent, vont et viennent, naissent et meurent, paraissent et disparaissent en elle permanens; je dis : LE permanens, ou LE permanet; LE est ou LE être : voilà l'idée d'être et le concept de L'être.

Si maintenant, dans LE, toujours tenu par Tapper^*

DB L*AmiteBlf81(m ET Mi LA CONCBPT. COll8ID<tlRl8 ETC. 487

ception dont je viens de parler, je saisis apperceptivement un phénomène déterminé, Y . G. , son; que se passe* t-il ? tenant alors à la fois, d'une part, la réalité indéterminée LEou LA, de l'autre, le phénomène déterminé son, et les saisissant tous les deux au moyen du silence qui disparait, je les pends nécessairement Tun avec Vautre dans le rappoit déterminé entr'eux par cette disparition, c'est-à-dire dans le rapport de substance : sub-stans, je dis : LE son : LE sufh-stans sono : LE sous une forme déterminée : son. Voilà l'idée de substance, et le concept de LE ou LA substance : de LE sub-stans sono; d'une manière plus rapide, et, sans exprimer le rapport assez mal représenté par le mot sub-^tans, de LE son.

Reprenons ce concept, et poursuivons-en la formation dans quelques unes des ramifications qu'il nous présente.

^y Je vous suppose tout près de moi. Vous poussez un cri, vous lé prolongez un instant, puis vous le variez ;

soit

ce cri : il commence dans LE indéterminé

et s'y trouve déterminé, d'une certaine manière, que nous connaissons, par l'état particulier de LE qui disparaît, c'est-à'-dire par LE silence. Je saisis cette forme déterminée au moyen de cet état particulier, et je dis : SON. Mais déjà, par une apperception distincte antérieure , je tiens LE : la réalité indéterminée dans laquelle la forme déterminée dont je parle se produit ; saisissant alors à la fois, d'une part, la réalité indéterminée LE , d'autre part , la forme déterminée son ; et cela au moment même de la disparition du silence , et ,

488 HISTOIEB Dl L*lIITILLIGBlfCK, UT. U, GB. i|I.

pour ainsi dire , au moyen de cette disparition « je les prends nécessairement Tune avec l'autre dans le rapport déterminé entr*eux par cette disparition même, c*est4dire, dans le rapport de substance^ et» au lieu de dire tout simplement , son , je dis : LE son : LE sulhstans sono. Voilà l'idée de son , et le concept de LE son, ou DU son.

Bientôt LE SON varie sous mon apperception : il passe

de à I . commence dans LE SON et s'y

trouve déterminé par A qui disparait, jele saisis au moyen de A, et je dis : 0. Mais déjà, par une perception antérieure, je tiens LE SON dans lequel se produit; saisissant alors à la fois, d'une part, LE SON, d'autre part, ; et cela au moment même de la disparition de A, et , pour ainsi dire , au moyen de cette disparition , je les prends nécessairement l'un avec l'autre dans le rap. port déterminé entr'eux par cette disparition même, c'està-dire encore, dans le rapport de substance; et au lieu de dire tout simplement 0, je dis: LE SON : LE SON sub'Stans 0. Voilà Tidée de 0, et le concept DU SON 0.

Mais bientôt LE SON varie à son tour : il passe sous

mon apperception de

com-

mence dans LE SON et s'y trouve déterminé par qui disparait , je le saisis au moyen de

, et je

DB L'APPltBBNSION BT BB LA COIICKPT. CONUBÉIÉBS BTC. 489

dis, dans mon verbe intérieur : | . Mais déjà, par

une perception antérieure, je tiens LE SON dans lè-

se produit ; saisissant alors k la fois, d'une

part, LE SON 0, d'autre part, l ; et cela au mo-

, et , pour

ment même de la disparition de

ainsi dire, au moyen de cette disparition, je les prends nécessairement Tun avec l'autre dans le rapport déterminé entr'eux par cette disparition même, c'està-dire toujours, dans le rapport de substance; et

au lieu de dire tout simplement : I , je dis :

LE SON g : LE SON sub-stans

Voilà l'idée de I et le concept DU SON

Maintenant placez sous mon nez un œillet, soit le dianthus caryophyllus. Une odeur m'est alors donnée : l'odeur du dianthus caryophyllus. Elle commence dans LA indéterminé et s'y trouve déterminée d'une certaine manière que nous connaissons par l'état particulier de LA qui disparait , c'esfrà-dire par LA non odeur. Je saisis cette forme déterminée au moyen de cet

490 HISTOIIIK DE l'iNTKLLIQBNGB, LIV. II, CB. lU.

état particulier, et je dis : odeur. Mais déjà, par une apperception distincte antérieure, je tiens LA : la réalité indéterminée dans laquelle la forme déterminée dont je parle se produit; saisissant alors à la fois, d'une part, la réalité indéterminée LA , d'autre part, la forme déterminée odeur, et cela, au moment même de la disparition de LA non odeur, et , pour ainsi dire , au moyen de cette disparition, je les prends nécessairement Tune avec l'autre dans le rapport déterminé entr'elles par cette disparition même, c'est-à-dire dans le rapport de substance, et, au lieu de dire tout simplement obbur» je dis: L'odeur, LA sub^stans odore. Voilà l'idée d'onsuRetle concept de L'odeur.

A peine ce concept estril formé, vous placez sous mon nez , à la place de l'œillet qui s'y trouve , une rose : la rose à cent feuilles. Un changement se produit alors dans L'ODEUR. Elle passe sous mon apperception du mode odeur d' œillet au mode odeur de rose. Le second de ces modes commence dans L'ODEUR et s'y trouve déterminé par le premier qui disparait, je le saisis au moyen du premier , et je dis : odeur de rose : rhodosms. Mais déjà , par une perception antérieure, je tiens L*ODEUR dans laquelle rhodosme se produit ; saisissant alors à la fois , d'une part , L'ODEUR, d'autre part , rhodosme ou odeur de rose , et cela au moment même de la disparition de odeur d' œillet, et, pour ainsi dire au moyen de cette disparition, je les prends nécessairement l'une avec l'autre dans le rapport déterminé entr'eux par cette disparition même , c'est-à-dire encore, dans le rapport de substance ; et , au lieu de dire tout simplement ,

DB L*APPEÉHEM9i01l BT DB hk CCmCRPT. CONSIDÉBtBB F.TC. 194 OBBDB 1)B ROSB , RHODQSM^ » je dis : L'ODEUR DB ROSE ,

L'ODEDR RHODûSMB , L'ODEUR sub^tans rhodosmb. Voilà ridée simple de rhodosmb , ou d'oBsuR bb rosb , et le coiicept de L'ODEUR bb rose.

Mais à peine la conception est-elle descendue à son deuxième degré que déjà vous placez sous mon nez, à la place de la rose à cent feuilles qui s'y trouve, la rose musquée. Une variation se produit alors dans L'ODEUR DE ROSE : L'ODEUR DE ROSE passe , sous mon appercepticm du mode odeur'^e'Tose'^'CenUfeuilles au mode musquée Musqué commence dans L'ODEUR DE ROSE et s'y trouve déterminé par le mode odeur-de-rose-àcent-feuilles qui disparait; je le saisis au moyen de' ce mode 9 et je dis : musqué. Mais déjà, par une perception antérieure, je tiens L'ODEUR DE ROSE dans laquelle musqué se produit : saisissant alors à la fois, d'une part, L'ODEUR DE ROSE, d'autre part, musqué, et cela au moment même de la disparition de odeurde-rrose^à-^cent^femlles^ et, pour ainsi dire, au moyen de cette disparition, je les prends nécessairement l'une avec l'autre dans le rapport déterminé entr'eux par cette disparition môme, c'est-à-dire toujours dans le rappoFt.de substance; et, au lieu de dire tout simplement MUSQUÉ , je dis : L'ODEUR DE ROSE musqués : L'ODEUR^^DE ROSE sub^tans musqué. Voilà l'idée simple de MUSQUÉ et le concept de L'ODEUR DE ROSE musqués : de L'ODEUR RHODOSME musqué.

Le lecteur voudra bien, je l'espère , me pardonner ce mot grec sans prétention, momentanément introduit dans la langue française pour le besoin de la théorie :

492 HiSTOïKE DK l'iutblligbnci, uv. n, GB. UL

je voulais un mot un pour représenter une idée une, et celui-là s'est trouvé sous ma main. C'est qu'en effet l'expression composée odeur de rose ne représente pas du tout l'idée dont je veux parler, mds un oonce|it qui s'y rattachera plus tard et nous montrera cette odeur particulière venant d'un objet déterminé que nous connaissons : la rose; et le concept L'ODEUR. DE ROSE MUSQUÉE, au lieu de se composer de six idées différentes, associées de différentes manières , se compose uniquement de quatre idées, toutes assodées de la même manière , manière assez mal nommée , je l'ai déjà dit, par le mot substance : sulh^tans, mais qui jamais ne se fait représenter dans la représentation verbale de la conception qui s'appuie sur elle.

Je pourrais multiplier ces exemples, ceux-là nous suffisent, et je conclus. La perception ne monté pas, comme l'ont dit les philosophes, des individus au genre; elle suit la marche contraire : elle descend du genre à l'espèce , puis de l'espèce aux individus. Partant du genre suprême , c'est-à-dire de LA sub-stans, elle la suit pas à pas dans ses transformations successives jusqu'au point ou ces transformations finissent, ou plutôt jusqu'au point où ces transformations cessent d'intéresser la vie , s'arrétant là où s'arrêtent nos besoins du moment, et laissant à l'avenir le soin de compter, pour des besoins nouveaux, de nouvelles différences, et celui

DB x'AmtHBMSiON ET DR LA CONCKFT. CONMDfillÉRS KTG. 1 93

d'étaUir , au-dessous des derniers concepts formés , le concept des variétés nouvelles^ Ainsi nous n'avons pas d'abord » comme Ta dit un philosophe célèbre , Ytdée d'odeur d* œillet et Vidée d'odeur de rose, et nous ne nous élevons pas de la contemplation de ces deux idées à ridée générale odeur; mais nous avons d'abord l'idée générale odeur, et de cette idée , par la perception des différences , nous descendons à Vidée d'odeur d'odllet, à Vidée d* odeur de rose, puis de celle-ci à Vidée de l'odeur de la rose à cent feuilles, à Vidée de l'odeur de la rose musquée y etc., etc.

Ce n'est pas tout : la perception n'acquiert pas, tout d'abord et tout d'un coup, en masse , comme on dit , la notion complète , entière , synthétique et oonfude d'une chose : son idée concrète individuelle ; elle la compose d'idées partielles successivement acquises , savoir l'idée de la chose qui subsiste ou de LÀ substance , l'idée du mode qui la modifie , et le concept de la manière dont le mode se rapporte à LA substance; acquérant ainsi successivement : 1*^ ridée LE, 2^ l'idée SON, 3*» le concept su/hstans , et du même coup , l'idée concrète de LE mlh^tans SONO : LE SON. Gela étant, quel jugement faut41 porter du principe suivant ?

« Une vérité acquise à la science et dont tous con-

» viennent, c'est que ce n'est point par l'analyse, mais

« par la synthèse , point par l'abstrait , mais par le

1» concret que l'esprit humain débute dans l'acquisition

» de toutes les connaissances : en d'autres termes, quel

» que soit l'objet qui se présente à nous pour la pre-

» mi^ fois, nous le saisissons en masse et non succes-

194 uifTomi Di l'imtblugsmcb, uv. n, ch. w.

y> sivement ou par la notion successive de tout ce que » nous pouvons y découvrir. Plus tard, sans doute, nous Tf> en distinguons les éléments, nous en abstrayons les » différentes manières d'être ; mais nous n'opérons » ainsi qu'après l'avoir préalablement cjfmnn synthéti- ]» quement, sans en distinguer les points de vue divers. » Nous n'avons donc pas d'abord l'idée de phénomèBe 1^ distincte de celle de substance , et l'idée de rapport y> distincte des deux précédentes ; nous ne compos(ms y> pas la première connaissance que nous avons d'un être » des trois idées trouvées aujourd'hui par l'analyse dans x> la notion concrète , dans le concept d'un être quel- » conque : l'idée de substance , l'idée de mode et celle » de leur rapport ; nous connaissons l'être tel qu'il se » montre à nous , et cela par le seul pouvoir que nous » avons de le saisir apperceptivement , c'est*à-dire de » l'appréhender (1). »

Ce principe acquis à la science, et dont tout le monde en effet convient, est tout simplement une erreur; c'est une erreur de tout point : renversez-le , vous aurez la vérité.

« Ce n'est point par la synthèse, mais par l'analyse, » point par le concret, mais par l'abstrait que l'esprit » humain débute dans l'acquisition de toutes les con- » naissances ; en d'autres termes, quel que soit l'objet » qui se présente à nous pour la première fois, nous ne » le saisissons jamais en masse , mais toujours succes- » sivement, c'est-à-dire, par la notion successive de tout » ce que nous pouvons y découvrir. Plus tard sans doute » nous en rècombinons les divers éléments , et alors

DB l'aPPRÉHBNSION BT DB Là COMGBPT. CONMDtRtlS BTC. 4 95

y» nous saisissons l'objet dans sa totalité, nous le conce- » vous : substantiam suam modo sub-^apimus ; mais » nous n'opérons ainsi qu'après avoir saisi ces éléments 9 les uns après les autres. D'abord c'est la substance » que nous saisissons , ensuite le mode ; puis nous les » prenons tous les deux dans le rapport déterminé du » mode à la substance. Par conséquent, nous avons l'idée » de la substance avant celle du phénomène, puis celles » du phénomène et de la substance avant le concept de » leur ensemble. De la sorte, nous composons véritable- » ment la première connaissance que nous avons d'un » être , son idée concrète, des deux premières idées , » en les prenant ensemble dans le rapport représenté » par la troisième. Avant , l'objet est apperçu, il n'est » point connu, nous ne le concevons pas : il est impos- » sible de dire que nous en ayons une idée. »

Voilà la vérité ; voilà la manière dont véritablement les choses se passent ; mais elles ne peuvent pas se passer autrement, et le principe qui précède, ce principe si bien acquis à la science , non-seulement affirme une chose qui n'est pas , il affirme une chose qui ne peut pas être : il affirme une chose impossible. Plus tard, ditril , nous analysons la notion concrète tout d'abord obtenue et nous en distinguons les divers éléments. Mais cette analyse suppose en nous les idées de ces éléments et n'est possible qu'avec ces idées (a): où, quand et comment les avons-nous acquises ? les avons-nous ti-

(a) Voyez même liv., ch. 1, ^lU et IV.

496 msTOits db l'imtbluubkgi, ut. n, gh. m.

rées par abstraction des réalités individuelles? Mais Fabstraction , c'est l'analyse dont il s'agit , elle les suppose acquises. Les obtenons-nous par la comparaison de ces rés^ités individuelles les unes avec les autres ? Mais la comparaison suppose l'idée générale : elle part de cette idée pour trouver les différences qui s'y rapportent et constituer au-dessous d'elle les variétés dont elle est mëre : varietates quas tnuiata gênerai (a). & la perception débutait par des idées concrètes individuelles, représentant les choses en masse , elle n'en sortirait jamais : l'analyse au moyen de laquelle on prétend l'en faire sortir serait une chose absolument impossible; elle manquerait du flambeau qui seul peut éclairer son oeuvre et la rendre possible, celui des idées abstraites. L'idée concrète n'est donc pas le résultat d'une simple et première appréhensicm • c'est le résultat de plusieurs appréhensions séparées et successives, trois au moins : — 1^ l'appréhension de LA substance ou de la chose qui subsiste ; — 2^ l'appréhension delà différence qui la modifie; — 3® l'appréhension ensemble de ces deux choses dans un rapport déterminé, le rapport substance: c'est un concept, ou plutôt c'est une conception dont le concept fondamental est le sub-stans.

Revenons maintenant sur ce petit mot que les grammairiens appellent l'article pour dire l'usage véritable que la langue en fait et le besoin qu'elle en a.

(a) Voyez même li?., ch. I, g IV. — Cli. IV, g I.

DIS l'aPPIAHENSIOM et DB Là CONCEPT. CONSIDftitfiS ETC. 4 97

Nos idées sont de deux espèces : simples — ou composéesy autrement dit» concrètes. Parmi nos idées simples» l'une représente la substance : c'estVidée substantielle; toutes les autres représentent des différences : elles sont différencielles. Mais elles représentent des différences de premier» de second» de troisième ou de quatrième degré » etc. : elles sont primodiffêrencielles^ secundodifférencielles, tertiodifférencielles, quartodifférencielles, etc. Quant à nos idées concrètes ou composées» elles représentent les différentes transformations sous lesquelles la substance nous est donnée» par conséquent les choses elles-mêmes» les réalités. Elles renferment toutes l'idée substantielle associée» dans le concept sub^ stanSj soit à une» ÇK)it à deux» soit à plusieurs idées diff^encielles. Prenez-vous l'idée substantielle avec une idée primodifférencielle? vous avez l'idée concrète ou le concept représentant la première transformation de la substance, autrement dit» Y espèce. Prenez-^vous l'idée substantielle déjà modifiée» comme je viens de dire» avec une idée secundodifférencielle ? vous avez l'idée concrète ou le concept représentant la deuxième transformation de la substance , autrement dit » la variété. Prenez-vous l'idée substantielle déjà modifiée par les deux idées qui précèdent avec une idée tertiodifférencielle » puis cette troisième modification de la substance avec une idée qaartodifférencielle? vous aveiÈ , dans le premier cas» Fidée concrète ou le concept représentant la troisième transformation de la substance» autrement dit » la sous-variété; dans le second» l'idée concrète ou le concept représentantia quatrième trans-

498 mSTOlM DE L*1NTKLLIGP.HCE, LIV. H, Cm, UI.

formation de la substance , autrement dit, rindividu ; ou , sinon tout-à-fait l'individu, auquel la perception ne saurait arriver parce que l'individu c'est l'infini, une certaine transformation de la substance qui, momentanément, peut être prise pour lui.

Voilà la pensée, voilà l'intelligence; voici maintenant la langue. L'article LE ou LA représente la substance; le nom et l'adjectif représentent les différences qui la modifient. Le nom commun représente ordinairement la différence à son plus haut degré; celle qui, réunie à la substance^ constitue l'espèce : la différence spécifique. Le nom propre représente toujours la différence à son plus bas degré, au degré où la perception s'est arrêtée; celle qui, réunie à la substance, constitue l'individu : la différence individuelle. L'adjectif représente la différence à tous les degrés intermédiaires ; celles qui, réunies à la substance déjà spécifiée, constituent au-dessous de l'espèce, la variété ; et au-dessous de la variété, la sous-variété : les différences particulières ou sousspécifiques. Voulez-vous maintenant des mots pour représenter vos idées concrètes ? vous pouvez les composer vous-mêmes sans la moindre difficulté : prenez T article, placez-le devant le nom commun, vous avez la représentation verbale de l'espèce : LA couleur, LE sos, L'odeur, etc.; devant le nom commun suivi d'un adjectif, vous avez la représents^tion verbale de la variété: LA COULEUR ROUGE, LE soii 0, L'odeur M rose : rhodosme, etc; devant le nom commun suivi de deux adjectifs, vous avez la représentation verbale de la sous-variété : LA couleur ROUGE ROSE, LE SOU MI, L'oDEUR-RHODOSME MUSQUÉ ; OU

DE L*AFPUlHEirSIOlf KT Dl LA CONCEPT. COIfSrbtlltlÉ ITÉ. \W

bien en supprimant et sous-enf endant les intermédwâres : LE ROSE, LE MI, LE musqué, etc. Enfin, p1acez*Ie devant le nom propre, vous avez la représentation verbale de rindividu : Ô J^npôtnnç , LA frangb , LE louvre , LE par-

THBNON.

y^oàs-nous maintenant nous faire une juste idée du besoin que toute langue a de l'article ? supposons une langue sans article et voyons ce qui va résulter, pour elle, de cette supposition. Premièrement, la substance, dans cette langue , n*est pas représentée ; par conséquent toutes les proportions dans lesquelles l'idée substantidle est sttjct se trouvent réduites à l'énoncé pur et simple d'un attribut jeté tout seul et comme une énigme à deviner à ceux qui nous écoutent : neige , pleut, grêle : ningit, ptuit, grandinat : c'est la langue d'un idiot cm d'un enfant. Deuxièmement, la substance n'étant pas représentée dans la langue en question, aucune de nos idées concrètes n'y saurait avoir sa re^ présentation. Comment allons-nous faire pour représenter ces idées? allons-nous donner à l'espèce le nom tout seul de la différence spécifique; à la variété, le nom tout seul de la différence particulière ; à l'individu , le nom tout seul de la différence individuelle? ce serait tout confondre. Une pareille langue ne serait pas intelligible, il faudrait la deviner comnitô on devine les inscriptions hiéroglyphiques laissées sur les pyramides de l'Egypte. Sapiens non est pauper, sapiens non est servus (a). Qu'est-ce que cela veut dire? cela veut-il

(a) Sénëqae, De constantia sapientis^ lU.

200 msTOiii Di l'uitilligbncs, uv. h, gh. im.

dire que le ctetge n'est jamais pauvre, ou que le pauvre n'est pas sage? que le sage n'est jamais esclave, ou que l'esclave n'est jamais sage? l'idée concrète sapiens et l'idée difTérencielle pauper ou servus ayant toutes les deux la même représentation verbale, la même forme, on ne le ssdt pas. Vous êtes assez intelligent pour le deviner : tant mieux, car la langue n'en dit rien. Mais étes-vous sûr de deviner toujours ? vous devinerez tant que le philosophe, le poète ou l'écrivain vous prmnèœront dans des vérités connues; mais le jour où ils voudront vous initier à des vérités nouvelles, vous ne les comprendrez plus ; car vous ne pourrez plus les deviner. Voilà notre langue sans article : c'est une énigme perpétuelle, une véritable Babel dans laquelle tout est confondu. Que sera-ce donc si cette langue, à ce premier défaut, à ce défaut capital , énorme, en ajoute un second qui a presque la même origine , qui dérive presque directement du premier : celui de renverser l'ordre des idées difTérencielles qui entrent dans une combinaison concrète , de mettre, le premier, le mot qui représente la dernière idée de la combinaison, et de dire : pauper non est sapiens (a) ? cette langue est tout-à-fsût absurde. Voulez-vous la rendre parfaite? donnez-lui l'article , elle va le devenir ; car au lieu de dire : ningit , grandinat , elle va dire : illud ningit , illud grandinat ; au lieu de dire : pauper non est sa^ piens, elle va dire : pauper non est ille sapiens. La

{a) Sénëque^ De constantia s:rpientis, III.

BS L*APPRfiHSNSION ET DK LÀ CONCEPT. GONSIDÉKtiS ETC. SOI

voilà devenue presque aussi parfaite, presque aussi intel*ligible que la langue française.

Une langue qui n'aurait pas d'article serait donc privée d'un élément nécessaire, indispensable ; elle serait condamnée à une infériorité réelle.

Parmi les langues modernes , la langue française est assurément une de celles qui ont le mieux compris, le plus heureusement deviné , le rôle de l'article. Cependant, sous ce rapport, elle n'est pas toutrà*fait parfaite. Elle dit bien sans doute : la Parthenon, le Pirée, le Parnasse, le Tage, la France, etc. ; mais elle ne dit pas : le Sardanapale, le Socrate, le Néron, etc. C'est un défaut. Sardanapale, Socrate, Néron, sans l'article, ne représentent pas du tout, le premier, ce voluptueux roi d'Assyrie qui mourut en héros ; le second , ce sage de la Grèce qui apprit a douter aux philosophes de son temps ; le troisième , cet empereur romain qui mettait le feu à sa capitale pour se donner l'image d'un incendie ; mais de simples différences, par conséquent une manière d'être parfaitement générale. Et la preuve, c'est que je puis dire : vivre en Sardanapale, mourir en Socrate, gouverner en Néron ; et que, dans ces façons de parler, Sardanapale, Socrate, Néron, ne représentent certainement pas des individus, mais des modes : le mode dont mourut Soarate, dont gouverna Néron, dont vécut Sardanapale.

La signification du nom : du nom commun , du nom propre, du nom qualificatif, tient donc essentiellement à la manière dont nous l'employons : avec l'article, c'est un substantif, si vous voulez , car c'est le substantif

209 BISTOÏKB DE L'iNTBLLfGBIfCB , LIT. H, CE. là.

modifié; il représente une réalité concrète: l'houms, li cheval; la couleur , le rouge ; le Parthbnon , le Lovyu. Sans l'article, c'est un qualificatif ; il représente unedifTérence, rien de plus: homme, cheval; couleur, rouge; Parthenon , Louvre. Tous ces mots doivent être ajoutés a l'article pour présenter un sens complet : ce sont tous des adjectifs.

Mais l'article devant les noms propres nous parait inutile et même gênant. C'est que nous avons laissé s'en aller la véritable signification de ces noms : rappelonsla. Habituons-nous à ne voir dans Socrate, dans jP/aton, que ce qui s'y trouve en effet, c'est^i-dire des différences individuelles, et nous ne tarderons pas k sentir le besoin de l'article devant ces noms. ÔSwxpiryîç nous parait déjà moins étrange que le Socrate ; et nous disons tous les jours, sans même songer à nous en étonner : le Titien , le Véronèse , le Tintoret , Le Tasse , la Champmeslé , la Duckesnois , la Ristori, etc. Je sais bien que quelques uns de ces noms ont été primitivement des noms communs , mais ils n'en sont pas moins aujourd'hui , pour tout le monde , des noms propres ; et personne ne voit plus dans le Tintoret, par exemple , le fils du teinturier, mais le peintre célèbre qui porte ce nom : LE-vivant-animal-homme-artistepeintre-tintoret , ou simplement LE Tintoret. Oui, voilà ce que tout le monde, aujourd'hui, apperçoit confusément dans ces deux mots accolés l'un à l'autre: le Tintoret. Le jour donc où l'humanité aura compris la véritable signification des noms propres , l'article viendra, tout naturellement, se placer devant ces noms

DE l'appr^hehsion kt de la concept, considérées etc. iOZ

comme il est venu se placer devant les noms communs, et nous trouverons alors cette manière de parler plus commode et plus claire que Vautre, car elle Test en effet. Nous en sommes aujourd'hui, relativement aux noms propres, au point où en étaient les Latins au siècle d'Auguste. Est-ce que vous croyez que ces Latins, à l'époque dont je parle , n'eussent pas trouvé , eux aussi , gênant et incommode, l'article devant les noms communs? Quatre siècles pourtant ne se passeront pas sans que le peuple romain écrive sur les murs des catacombes, au-dessous des images de la Vierge et du Christ : illa virgo mater, ille filius Dei crucifixus, etc. Une chose remarquable, c'est qu'aujourd'hui, parmi le peuple de la campagne , l'article devant les noms propres d'hommes ou de femmes est très en usage (2) .

Avant d'aller plus loin, donnons ici la formation d'un concept important^ qui, sans être absolument nécessaire à la perception, doit pourtant avoir sur elle une immense influence en ce qu'il est, pour ainsi dire, l'acquisition de la conscience : c'en est l'acquisition dans cette vie , et qu'avant lui la perception est tout entière instinctive , par conséquent peu suivie, peutégulière, et abandonnée à toutes les sollicitations qui peuvent la distraire : elle est ce qu'elle est dans une foule de circonstances où nous pouvons l'observer pour ainsi dire après coup dans la perception rétrospective qui la ressaisit tout entière au moment où elle disparait ; ce qu'elle est dans certains réveils si calmes, si tranquilles qu'ils ne sont pas apperçm^ et

â04 H18T01KB Di: l'uitblligemgb, lit. u, c&. œ.

dans lesquels la veille succède au sommeil sans accident, sans secousse» sans brusque transition, mais naturellement, comme le jour succède à la nuit. Je yeui dire le concept du-moi.

Vous me touchez : une sensation commence dans L'indéterminé et s'y trouve déterminée par Tétat parti*culier de LE qui disparait ; mais de quelle manière la sensation dont je parle est-elle déterminée par cet état particulier ? En soi, cette sensation c'est moi sentant d'une certaine manière; nous pouvons la représenter par MsN, eu appelant M le moi, s la sensation et n sod caractère opposé au plaisir et k la douleur, n dans Msh n'est pas déterminé par l'état particulier qui disparait; car ses déterminants ne sont pas donnés dans cet état particulier. Quels sont en effet ces déterminants ? ce sont tous les non-N^ c'est-à-dire toutes les sensations non n, autrement dit le plaisir et la douleur : ils ne sont ni l'un ni l'autre dans l'état qui disparait. Quant à s, bien qu'il ait peut-être ses déterminants dans l'état particulier qui disparait, il n'est pas non plus déterminé par cet état, nous savons pourquoi. C'est donc M tout seul qui est déterminé dans Msn par l'état particulier de LE qui disparait. Mais comment cela ? M est dans l'état qui finit comme dans celui qui jcommence, et l'on ne peut pas dire qu'il soit dans ce dernier en plus; car ce serait faire du moi une quantité. Sans doute, on ne peut pas le dire, dans ces mots là du moins , mais on peut le dire autrement ; car la chose est parfaitement vraie : le moi n'est pas dans la sensation en plus grande quantité, mais il y est davantage, il y est d'une manière

DB L* APPRÉHENSION ET DE LA CONCEPT. CONHDtBtM ETC. 205

particulière : il y est davantage, parce qu'une faculté qui tout-à-rheure dormait inactive au fond de lui-même est passée de la puissance à l'acte, du repos au mouvement et pour ainsi dire du néant k l'être.

La sensation à son apparition dans LE s'y trouve donc déterminée sous un seul rapport : moi. Je saisis cette forme au moyen de l'état particulier qui disparaît et la détermine et je dis : moi ou je. Mais tout en disant Moi, c'est-k-dire tout en me saisissant, je me prends avec LE dans le rapport déterminé du mode k la substance et je dis LE moi. Par suite de cette manière dont je me saisis, le phénomène qui disparait ne m' apparaît plus comme un simple phénomène, mais comme une réalité vague : je ne sais quelle réalité mystérieuse de laquelle je sors, qiui de-veniOf et dont je me sépare : LE nonmoi qui me contenait, pour ainsi dire, et qui m*enfante. Yoilk l'idée moi ou ji , voilk le double concept DU moi et DU NON-Moi.

La conscience pu la notion du moi se compose donc de deux idées : 1^ de l'idée vague et indéterminée LE, 2^ de l'idée parfaitement déterminée MOI, associées dans le concept substans ; autrement dit , de l'idée indéter^ minée LE prise apperceptivement sous la détermination MOI : de LE substans MOL Mais sous cette notion, et comme condition de son acquisition, se trouve déjk une notion du moi beaucoup plus confuse , c'est vrai , mais aussi beaucoup plus complète , comprenant , avec les deux, ou plutôt les trois éléments, dont je viens de parler, le souvenir confus de tout un passé qui est incompréhensible.

206 niSTOIlB DB L*iNTBLLIGBKCB, LIY. 11, Cil. lU.

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