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RÉPUBLIQUE CHRESTIENNE - CROISADES CONTRE LES TURCS

tius à Crucé'. Il n'y a pas de trace chez les quelques auteurs que nous allons passer en revue dans ce chapitre, qu'ils aient connu les fondateurs du Droit international. Et cependant Franciscus a Victoria ou Suarez auraient pu fournir une base philosophique solide à leurs constructions; elles en ont grand besoin.

Certains facteurs d'ordre général forment le fond commun de ces spéculations.

Il y a d'abord l'héritage spirituel du Moyen»Age, le souvenir d'une communauté chrétienne, qui avait trouvé une expression dans le Saint'Empire romain aussi bien que dans l'Eglise catholique. On rencontre encore dans la littérature politique, avec une fréquence qui surprend, la formule «République chrestienne» tard dans le XVIIe siècle ; la «République chrestienne», cela veut dire la communauté religieuse et supra«confessionnelle de tous les chrétiens. C'est l'expression d'un idéal de paix entre les chrétiens — idéal né des horreurs et des misères de la guerre. Puisque à cet âge on ne mâchait guère les mots on rencontre souvent une autre formule pas moins ambitieuse: «paix universelle», sans qu'il soit permis de prendre cette expression au pied de la lettre.

Une idée était intimement liée à celle d'une République chré* tienne; c'est ce que l'on appelait la Materia christiana*, le grand problème de l'expulsion des infidèles de l'Europe. L'idée d'une ex» pédition commune, d'une croisade des chrétiens contre les Turcs, hante les esprits, et dans les nombreux projets inspirés par cette préoc* cupation,' se retrouvent constamment les formules que nous venons

' Voir plus haut, pp. 323-24.

' Comp. plus haut, p. 110.

' Voir DjuvARA, Cent projets de partage de la Turquie, Paris, 1914. Après avoir mentionné Erasme, dont la «Consultatiox> (plus haut, pp. 172ss) est caractérisée avec raison comme «plutôt un réquisitoire contre la Turquie qu'un plaidoyer pour l'entreprise d'une nouvelle croisade» (p. 68), le savant auteur cite plus de vingt «projets», depuis 1536 jusqu'en 1646. — Presque dans tous, on relève des formules pacifistes ou internationalistes. Nannius (1536) «n'approuve pas les guerres entre chrétiens» (p. 70). — Le Hongrois Georgevits (1542) dit: «cum una gens christiana

LE PROBLÈME D'UNE ORGANISATION INTERNATIONALE

de citer. Il ne faut pas supposer, cependant, que les deux préoccu* pations se fondent complètement; il serait notamment exagéré que de croire que tout projet d'une croisade contre le Sultan fût basé

contra Turcos pugnat». (p. 77). - Le pape Pie V (1565-1572) presse les princes de s'associer à une «Ligue chrétienne» (p. 98); dans une lettre à Charles IX, Roi de France, du 25 janvier 1571, il parle de «l'affaire de la très^sainte Alliance en faveur de la république chrétienne» (p. 100). — Ces efforts de Pie V semblèrent courons nés de succès par la victoire de Lépante, le 7 oct. 1571, bataille que eut un énorme retentissement, et renforça le zèle des auteurs de projets anti»turcs. — Un projet italien anonyme de 1571 ou 1572 parle d'«una stabile e perpétua confederatione sull'essaltatione délia Republica Christiana» (p. 112). Un autre projet italien de la même époque est plus sobre (voir p. 118). — Nous avons déjà parlé des idées de

La Noue (1587). Clément VIII (1592-1605) ayant repris le projet de Pie V,

l'Archiduc Mathias discute les conditions d'une issue heureuse de l'entreprise : la première est que la ligue doit être générale; même les protestants doivent y être admis, afin de les apaiser (p. 130). — Un certain Italien, Lutio, auteur d'un projet datant de 1600, vante la «Felice guerra che ne darà perpétua pace» (p. 153). — Un Français, docteur en droit et en théologie, Jean de Chavigny, a rédigé vers 1604 un «Discours parénétique sur les choses turques, — — — où est proposé s'il est expédient et utile à la République chrestienne de prendre les armes par communes

forces » (p. 159). — Un autre Français, Esprinchard, qui publia en 1609

une «Histoire des Ottomans Empereurs des Turcs», estime que «le plus expédient seroit de faire une bonne et sainte ligue de tous les Princes Chrestiens» (p. 176). — Le fameux confident de Richelieu, le Père Joseph, écrivit de 1619 à 1620 un projet de croisade contre les Turcs, dans lequel il expose «l'interest de tous les princes» à semblable entreprise (p. 196). — François Savary de Brèves, qui avait été ambassadeur de France à Constantinople de 1591 à 1606, et qui avait alors fait une étude approfondie de la puissance turque et des moyens dont elle disposait, avait découvert «les défauts de la cuirasse de l'Empire». 11 exposa un plan d'attas que et de partage à Louis XIll, «Discours abrégé des Asseurez Moyens d'anéantir et ruiner la Monarchie des Princes Ottomans». Djuvara (p. 204) cite cet ouvrage comme étant imprimé s. d. et s. 1. Il semble qu'il en parut deux éditions, tous tes les deux à Paris et in 4°, l'une en 1628, l'autre en 1630. A la Bibliothèque royale de Berlin, j'ai pu consulter celle de 1630. On y lit (pp. 33—34): «Et bien que j'aye fait cognoistre par ce traicté la puissance de ce grand aduersaire, ie ne laisseray pas d'assurer que Dieu permettant l'union des forces des Roys et autres Potentats de la Chrestienté, qu'ils sont plus que suffisants dès la première année pour la bouleverser.» Mais cette «union» n'aurait qu'un caractère tout passager et de circonstance; l'auteur s'abstient même d'en discuter les modalités: «Je n'ay point voulu, en ce discours, parler des moyens qu'il faudrait tenir, pour unir toutes ces puissances, ie .laisseray cela au jugement de ceux qui ont plus de cognoissance de

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