‹ Histoire de l'internationalismeChapitre 64 sur 142 · ERASME DE ROTTERDAM · texte numérisé non relu

ERASME DE ROTTERDAM

lectuels de son époque, il savait les apprécier et les critiquer tous. Ainsi il fut appelé au rôle de conciliateur dans le grand conflit re» ligieux. Comme c'est si souvent le cas chez les hommes d'une haute culture intellectuelle, les opinions extrêmes lui répugnèrent. Il vit trop bien que tout problème peut être envisagé de plus d'un côté. Il n'avait rien du fanatique.

Mais le fracas des armes, et les clameurs des disputes domi' nèrent sa voix tranquille. Peut»étre son effort pour une conciliation fut»il non seulement le résultat d'une méditation philosophique, mais aussi, et non moins, d'une particularité de son caractère : il n'avait pas toujours et partout le courage de son opinion; il ne risqua qu'à contre»coeur sa popularité. Toujours est»il qu'à ce point de vue aussi, Erasme était appelé à être un apôtre de la paix et de la conciliation. En effet, le problème religieux était de son temps un problème international, même le problème international le plus grave et le plus urgent.

Desiderius Erasmus' naquit à Rotterdam (ou à Gouda) en 1466 ou 1467. Il était enfant naturel. Il fréquenta dans son enfance une école à Deventer dirigée par les Frères de la Vie commune;* chez eux il a appris l'étude de la Bible, et les doctrines des «Frères» quant à la haute valeur de la douceur et d'une vie pacifique ont certainement jeté les bases de sa doctrine éthique, même au point de vue internationale. L'école de Deventer fut également une des pre» mières au nord des Alpes à subir l'influence de la Renaissance ita» lienne. A ces deux égards elle a été pour beaucoup dans la forma» tion de l'esprit de notre humaniste. — Après la mort de son père, Erasme, malgré une certaine répugnance, devint religieux; mais il ne

' Pour les détails de la vie d'Erasme, voir son propre Compendiutn Vitae (.Opéra, 1, réimprimé dans Allen, Opus epistolarum, I, 46—52), et parmi les biogra» phies modernes surtout Drummond, Erasmus, His Life and Character, 2 vols., I.ondon, 1873.

'' Voir plus haut p. 58

LA TRADITION PACIFISTE: L'HUMANISME CHRÉTIEN

resta pas longtemps au monastère. Il commença une vie de savant indépendant, souvent exposé à des privations, plus souvent encore obligé à recourir aux «faveurs» des princes et des prélats. Mais malgré ce que cette existence avait de désagréable, il trouva une riche compensation dans ses études et dans l'indépendance de son attitude intellectuelle.

Il n'y a pas lieu de raconter ici la vie d'Erasme. Il faut tout de même insister sur certains points, notamment sur ses visites en Angleterre. Déjà lors de son premier séjour, en 1499, il y fit la connaissance de John Colet, son contemporain, alors le chef des jeunes réformateurs d'Oxford, plus tard doyen de Saint* Paul de Londres;' il y connut aussi Thomas More, le futur Chancelier, plus jeune qu'Erasme et Colet, (il était né en 1477). Ce milieu, dans lequel on étudiait les Saintes Ecritures dans leurs langues originales, dans lequel on discutait la possibilité d'une réforme de l'Eglise et d'une renaissance des études classiques et théologiques, a beacuoup plu à Erasme; la fréquentation en a peut«être exercé une influence décisive sur le développement de ses idées. M. Seebohm, et avec lui M. Nys, semblent d'avis que John Colet a exercé un grand ascendant sur Erasme et notamment sur ses idées quant à la guerre. Il nous paraît difficile d'affirmer que c'est John Colet qui doit être considéré pour ainsi dire comme le «chef» de cette école pacifiste. Il n'était pas l'aîné d'Erasme, et il n'a certainement pas fait preuve de tant de zèle antiguerrier que l'humaniste néerlandais. M. Nys a surtout insisté sur ce point que les idées anti«guerrières de Colet seraient dues à l'influence des Lollards ou Wyclifites. On sait que des Lollards ont suivi les prônes de John Colet à l'Eglise de St. Paul,* fait accentué par ses adversaires, qui l'accusaient d'hérésie.

• Cp. Frédéric Seebohm, The Oxford Reformers (3d. Ed. London, 1887) — Cité ici d'après la 2« éd., London, 1869. — Nys, Quatre utopistes au XVI» siècle. Revue de Droit international et de législation comparée. Tome XXI, Bru.xelles, 1889, pp. 65—76.

* Seebohm 1. c. (2» Ed.), p. 222.

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