‹ Histoire de l'internationalismeChapitre 69 sur 142 · ERASME: DULCE BEI.LUM INEXPERTIS · texte numérisé non relu

ERASME: DULCE BEI.LUM INEXPERTIS

et opprimer un Etat; lorsqu'ils conspirent entre eux dans le même but, ils appellent cela la paix.»'" Scarabaeus aquilam quaerit," le no. 2601 des Adages, est une satire violente contre les rois, et notamment contre leur politique étrangère.

Nous avons hâte, cependant, d'arriver à celui des Adag es dans lequel Erasme se prononce de la manière la plus complète au sujet du problème qui nous occupe. C'est le célèbre traité Dulce hélium inexpertis, le no. 3101 des Adages.'- Déjà le développement donné par Erasme à son interprétation de cet adage montre quelle importance il attribue au sujet. L'article est de 20 colonnes in«folio, alors qu'en moyenne, les autres ne comprennent qu'un tiers ou qu'un quart de colonne. Aucun autre adage n'a reçu le même développe» ment. — L'adage ne se trouve pas dans les éditions antérieures, en» core une preuve de l'attention apportée par Erasme au problème de la guerre pendant ces années.

Il a trouvé un adage charmant pour ses considérations sur la guerre: «La guerre est douce pour ceux qui ne l'ont pas connue» — la forme moitié ironique, moitié mélancolique caractérise bien la façon de voir d'Erasme. C est encore le moraliste, le spectateur ré» signé de l'humanité qui nous parle.

Il débute par une dénonciation directe de la guerre," et passe ensuite à la question de savoir comment, en réalité, l'homme se prête à la guerre. Tous les animaux ont reçu de la nature des armes avec la seule exception de l'homme. Seul parmi tous les animaux

'" «Justum bellum vocant cum ad exhauriendam opprimendamque rem» publicam Principes inter se colludunt ; pacem vocant cum in hoc ipsum inter sese conspirant.» Op. II, p. 775.

"' 1. c. pp. 869—83. — Ces deux adages sont mentionnés par Beatus Rhenanus comme des ouvrages qui doivent être publiés à part (Voir sa lettre, Erasmi Opéra, III. 2., 1537). On a donc le droit de croire qu'ils ont eu du succis..

»•■' Op. II. pp. 951-70.

"'.... bellum . . . quo non alia res vel magis impia, vel calamitosior, vel latins perniciosa, vel haerens tenacius, vel tetrior, et in totum homine indignior. ut ne dicam Christiano. 1. c. p. 951.

LA TRADITION PACIFISTE : L'HUMANISME CHRÉTIEN

l'homme, après sa naissance, dépend de l'assistance des autres. Les hommes sont faits pour le secours réciproque et pour l'amitié, et la guerre est la négation de tout ce qui est humain. Nous retrouvons, dans les développements d'Erasme sur sa conception de la guerre, à peu près la même description par onomatopées que nous avions vue déjà dans r«Eloge de la Folie»: «Rauca cornua, terrificum taratan> tarae cantum».'^ Erasme examine ensuite les conséquences de la guerre, celles qui accompagnent «même la guerre la plus heureuse et la plus juste.»'* La nature s'indigne au spectacle offert par le guer» rier. «Regarde toi=même, si tu le peux, guerrier furieux ... Je t'ai imaginé comme un animal d'un certain caractère divin.»'" Il paraît évident que ce mal terrible s'est insinué sous prétexte d'être un bien. Erasme cherche donc l'origine de la guerre. Il la trouve dans l'habitude de tuer d'abord les bêtes sauvages, puis les animaux in» nocents mangés par l'homme. Sur ce point le raisonnement d'Erasme est d'un végétarien convaincu. Il trouve, dans la coutume de man« ger la viande, l'origine de la disposition à répandre le sang; de là il n'y a qu'une étape insignifiante à franchir, et on verse en colère le sang humain. La guerre, c'est l'homicide en général, et pourtant nous ne voyons personne s'indigner. Au contraire: même l'Eglise excuse et défend la guerre. On croirait que l'humanité, qui souffre de tant de maux inévitables, ne voudrait pas tolérer un mal volon» taire, créé par elle«même. Et Erasme développe cette idée, qui a joué un rôle considérable parmi les arguments des pacifistes contempo* rains.^' «Trop, hélas! trop de maux, dont, continuellement, qu'elle le veuille ou non, l'humanité affligée est vexée, harassée, absorbée.»^*

"... felicissimum etiam ac justissimum bellum ... p. 953.

" «Tamen adspice teipsum, si potes, furiose bellator . . . Ego te divinum quod< dam animal finxi.» 1. c. p. 954.

" Frédéric Passy en 1856: Contraste entre la guerre de Crimée et l'inondac tion de la Loire. Epouvante créée par cellcjci, indifférence envers la guerre.

" «Nimiura, heul nimium malorum erat quibus assidue, velit, nolit, vexatur, atteritur, absorbetur, aerumnosa mortalitas.» Op. II. 958.

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