‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 201 sur 257 · TÉMOIGNAGES DU MARQUIS DE BIENCOURT ET DE MONSEI- GNEUR DE BONNECHOSE · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES DU MARQUIS DE BIENCOURT ET DE MONSEI- GNEUR DE BONNECHOSE

Le prince Frédéric-Charles reçut coup sur coup, du marquis de Biencourt, deux leçons cinglantes.

I. Déjà une fois, Stieber avait entamé un déménagement semblable avenue de Saint-Gloud, 69, mais l'intervention d'un intendant général bavarois était venue fort à propos arrêter l'opération. Dele^^oi- (E.), op. cit., pp. 479 et 480.

Le prince était installé, depuis une semaine déjà, à Azay-Ie-Rideau lorsque l'armistice fut conclu ; comme il n'en tenait aucun compte, le marquis de Biencourt lui écrivit.

Château d'Azay-le-Rideaii, ai février i8ji.

Monseigneur,

Il a plu à Votre Altesse Royale de visiter le château d'Azay. En d'autres temps, j'eusse été très honoré de cette visite. Aujourd'hui, je suis forcé de dire à Votre Altesse Royale combien je trouve ses façons odieuses et grossières.

N'oubliez pas, Monseigneur, que vous n'êtes pas au soir d'une bataille ; vous occupez le déparlement d'Indre-et-Loire en vertu des conditions d'un armistice, et rien ne vous donne le droit de venir chez moi, de vous y faire servir malgré moi, de manger mon pain et de boire mon vin.

Les gentilshommes de votre état-major, des officiers de votre armée et vous ne savez rien des égards que les gens bien élevés observent entre eux ; vous ignorez le respect que, chez les nations civilisées, le vainqueur doit au vaincu.

En vous asseyant à ma table, en vous faisant héberger à mes frais, en exig-eant du vin de Champagne que je n'avais point, vous me donnez le droit, dont je suis profondément triste, de vous parler comme je le fais.

En voyant les façons de leur prince, je ne m'étonne plus des procédés parfaitement grossiers des officiers de votre armée, qui souillent ma demeure et se font nourrir chez nous, à mes frais, depuis le 4 février.

Veuillez agréer, Monseigneur, l'expression des sentiments d'indignation que j'ai dans le cœur.

J'ai l'honneur d'être. Monseigneur, avec le plus profond respect, de Voire Altesse Royale, le plus humble ennemi.

Marquis de Biencourt.

['. S. — Ou inédit que j'ai eu également l'honneur bien involontaire de traiter à ma table Son Altesse Royale le prince liérilier.

Quelques jours plus tard, le marquis refusait de prêter ses cinq voitures au prince Frédéric-Charles; on les saisit et elles servirent à promener une don-

zaine de drôlesses louées ou réquisitionnées par ces messieurs.

Le lendemain, comme le prince passait une revue en face du château, il s'étonna de voir un grand feu allumé devant la porte principale ; on lui répondit que c'étaient les voitures qui brûlaient : le marquis, les regardant comme souillées, avait donné l'ordre qu'on les détruisît.

Le i3 mars 1 871, ce fut le grand-duc de Mecklembourg-, qui reçut de Monseigneur de Bonnechose, archevêque de Rouen, une lettre confirmant bon nombre des jugements que nous avons portés.

Monseigneur,

Du 21 janvier au 5 mars, le modeste manoir de ma famille, situé près de Broçlie (Eure), vient d'abriter et de nourrir environ 200 cavaliers de votre armée.

Pendant ce temps, la cave a été vidée ; le linge, l'argenterie, une partie du mobilier ont disparu, toutes les armoires et tous les tiroirs ont été crochetés ou brisés; enfin on a percé jusqu'aux murailles pour découvrir des cachettes qui n'existaient pas.

En dénonçant ce pillage à Votre Altesse Royale, je n'ai pas la naïveté de croire l'instruire : elle sait (\ne, partout sur lapnssage des armées allemandes , les mêmes Jaits se sont reproduits avec une précision mathématique ; et ces faits. Monseigneur, vous les déplorez certainement plus que moi, car leur divulgation est le commencement de notre revanche.

Pour ma part, j'attache un si grand prix à perpétuer le souvenir du pillage continué chez moi durant l'armistice et achevé le 4 mars, la paix déjà conclue, qu'une plaque commémorative va être fixée au mur de ma maison ; et si chacun de mes concitoyens dévalisés en fait autant, il n'y aura pas sur tout le territoire un coin de terre où ne soit pieusement gardée la mémoire de la curée allemande.

Veuillez agréer, Monseigneur, l'expression des sentiments français avec lesquels j'ai l'honneur d'être, de Votre Altesse Royale, le très humble et très obéissant serviteur.

Charles de Bonnechose.

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