I. Cet Ordre a été analysé page
g-nant aux Français leurs compatriotes sous « le nom d'ennemis ».
Avec de pareils exemples, il n'est pas étonnant que le major de Rosemberg- ait eu l'audace de s'exprimer ainsi à Pontchartrain, le i3 octobre 1870, en s'adressant aux maires des communes dans lesquelles son régiment était cantonné :
Je vous informe que, du moment qu'aucune ennemilé (sic) soit faite par les habitants envers les soldats de mon réffiment, que je ferai brûler le village Jusqu'à la dernière maison et de plus tuer tous li^s hommes. Par suite de la déclaration de guerre dé la part de l'armée française, sommes nous ici et nous reconnaissons tout l'ennemi en uniforme. Nous ne ferons aucun mal à la personne ou à la propriété de citoyen, que ne prend à cette guerre, mais nous n'aurons aucun pitié envers les communes où Vassaisinal (sic) aura lieu '.
La reproduction est littéralement conforme à l'original.
DE l'espionnage
L'Espionnage, dont le corollaire naturel est la délation, joua un tel rôle pendant la guerre qu'il est naturel de le rattacher au système de terreur; les Allemands y sont, ou le sait, passés maîtres à ce point qu'un de leurs compatriotes, qui s'y connaissait, l'ancien ministre de la police prussienne Von Rochow, se plaisait à répéter :
« La Prusse est un état militaire et policier. » Le général Lewal a démontré avec quelle science, dès le temps de paix, le système d'espionnage prus-
I. Desjardins (G.'i, Tableau de la guerre des Allemands dans le département de Seine-et-Oisc, 1870 l'Syr, p. 55 : proclamation communiquée, en 1872, par le maire du Tremblay.
sien était pratiquement et fortement org^anisé *. Aussi, dès le début de la guerre, les espions allemands rendirent-ils de réels services ; plus d'un fut pris : citons deux cas bien différents.
Le 12 août, Charles de Harth, officier prussien qui s'était déguisé en marchand ambulant, est convaincu d'espionnage et condamné à mort; il commande luimême le feu : « Tirez ; pour la Patrie ! »
Le 2 2 août, un espion méprisable, Nicolas Schull, juif et Hong-rois, meurt en fataliste, sans émotion apparente.
L'espionnage s'étendit sur la plus grande partie de la France.
C'est ainsi que, dans les Souvenirs intimes de Schneider, il est question, à plusieurs reprises, d'agents fonctionnant à Lyon, à Tours, à Bordeaux. Nous lui devons le renseignement suivant : « Les rapports de nos agents au delà de la Loire (et parmi eux il y en avait un fort habile) étaient adressés à un négociant de Genève, sous couleur de correspondance commerciale 2... »
Pendant la seconde partie de la guerre surtout, les Français ahuris virent se démasquer, de proche en proche, les espions que, sans défiance, ils avaient employés en qualité de domestiques, d'ouvriers, de garçons de magasins, de brasseurs, d'épiciers, de comptables, de secrétaires, de précepteurs, etc. Ainsi que l'attestent bien des Relations 3, les surprises de cette nature se multiplièrent en Alsace, en Lorraine, en
1. Lbwal (général). Eludes de guerre. Tactique de renseignements, chap. XX.