‹ Histoire de l'Observatoire de Paris de sa fondation à 1793Chapitre 36 sur 61 · LA RÉVOLUTION A L*OBSERVATOIRE · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION A L*OBSERVATOIRE

de l'organisation de l'instruction publique, un règlement fondé sur les principes de TEgalité et de la Liberté.

Visé par l'inspecteur. Signé : Blaix.

Collationné à l'original par nous Président et Secrétaires de la Convention Nationale à Paris ce vingt un Septembre 1793, l'an second de la République française une et indivisible, signé Cambon fils aine, président, Pons de Verdun, S. P. Lejeune secrétaires.

Au nom de la République, le Conseil exécutif provisoire mande et

ordonne, etc

Signé : Bouchotte.

Certifié conforme à V original

GoiiiKR.

Contre signé Gohier

et scellé du sceau de la République.

Cassini ne pouvait accepter la position qui lui était faite par ce décret. Le 5 septembre, il donna sa démission par la lettre suivante :

a Citoyens,

» Le nouvel ordre de choses que vous venez d'établir à l'Observatoire m'astreignant à un service réglé et à des veilles qui deviennent pénibles lorsqu'on n'est plus dans la première jeunesse, me privant surtout de la faculté de pouvoir jouir comme par le passé de vacances nécessaires à ma santé et à l'arrangement de mes affaires, je me vois forcé de vous prévenir qu'il m'est impossible de rester au nombre des observateurs qui vont être chargés de suivre à l'Observatoire le cours des observations astronomiques que j'y avais établi depuis neuf ans et que je vois avec plaisir que l'on se propose de continuer. C'est après vingt six années de travaux tant à l'Observatoire qu'à l'Académie que je crois avoir des droits à obtenir ma retraite. J'ai donc lieu d'espérer qu'il me sera libre d'aller dans mon champ jouir du repos et de la satisfaction que j'emporte avec moi de ne m'étre pas montré indigne du nom que m'ont transmis les trois ancêtres qui m'ont précédé à l'Observatoire, et d'y avoir complété dans ce moment cent vingt deux ans d'observations astronomiques dont je suis prêt à remettre à la nation la précieuse collection comme un hommage de mon respectueux dévouement et comme le titre le plus digne que je puisse faire valoir auprès d'elle pour obtenir son estime.

» Le 5 Septembre 1793. »

Je dois avouer que la lecture de celle lettre éveille dans mon esprit une impression de désillusion pénible. Je n'y reconnais plus le caractère ferme et droit de Cassini et il faut qu'elle soit

346 CHAPITRE XX. — LA REVOLUTION A l'OBSER VATOIRE.

transcrite tout entière de sa main pour que j'en admette l'authenticité . Est-ce par des considérations d'âge, de santé, d'arrangements particuliers et de commodités de la vie, que le Directeur du premier observatoire de l'Europe, membre de l'Académie des Sciences, habitué, nous l'avons vu, à traiter d'égal à égal avec les ministres du Roi, devait motiver sa démission? Est-ce que déjà, sous le coup que lui portait l'eiTondrement subit de ses espérances qu'il avait vues si brillantes, sa fermeté d'âme avait fait place à cet état de découragement où l'incohérence de ses pensées se traduira plus tard par de continuelles alternatives de demandes de réintégration dans sa place à l'Observatoire et de démissions? Espérait-il, en évitant de froisser les susceptibilités des membres du Comité d'Instruction publique, les faire revenir sur leurs décisions? L'abbé Devic n'a pas cité cette lettre de démission : la considéraitil, ainsi que moi, comme peu digne d'un Casslni ?

Elle fut remise le 6 septembre à Grégoire, qui vint ce jour-là à l'Observatoire avec Arbogaste, autre membre du Comité d'Instruction publique, pour voir une éclipse de Soleil. Casslni demandait en même temps que le Comité déterminât la forme dans laquelle devait être faite la remise de l'Observatoire à ses nouveaux maîtres. La réponse du Comité, écrite par Grégoire, ne vint que le i" octobre; nous la trouverons à cette date.

REMISE DES POUVOIRS DE CASSINI AU DIRECTEUR TEMPORAIRE DE l' OBSERVATOIRE .

Inventaires du matériel. — Perny élu Directeur temporaire. — Apparition de liouvard comme astronome. — Conduite odieuse des astronomes envers leur ancien Directeur. — Influence néfaste de Lakanal. — Cassini rend compte de sa gestion ûnancière et quitte TObservatoire. — Son incarcération. — Il se retire à Tbury. — État de l'Observatoire à la fin de 1793.

Le premier acte de Cassini, dès qu'il eut donné sa démission, fut de demander le récolenient officiel des instruments et des livres appartenant à l'Observatoire dont il allait abandonner la charge. Les inventaires en furent faits par les soins de la Commission des Arts que le ministre de Tintérieur Paré avait nommée « pour inventorier et conserver tous les objets utiles à l'instruction publique, qui se trouvaient dispersés dans les Académies et autres établissements, ou confiés à divers savants » (*).

Les Archives de l'Observatoire possèdent les copies de ces inventaires, certifiées conformes par Oudry, qui s'intitule Secrétaire général {Arch., D. 5. 89, n"» 20, 21 et 22).

Les Commissaires chargés d'inventorier les objets relatifs à la Géographie et à la Marine étaient Monge et Buache. Ce dernier

(') Voir, sur Torigine de celte Commission, la note (^) de la page 4^9 du Tome deuiiéme des Procès-verbaux du Comité d'Instruction publique, par J. Guillaume, et à la page 509 la liste des membres qui composaient celte Commission et leur subdivision en sections.

vint seul à l'Observatoire dès le 5 septembre. La pièce n' 20 est intitulée :

« Section de Marine et de Géographie, 5 septembre 1793. Inventaire des objets qui se sont trouvés à TObservatoire national et ont été déclarés propriété nationale par le C®" Cassigny {sic) à l'époque de sa démission de sa place de Directeur du dit Observatoire. »

Elle ne comprend que cinq articles, les deux globes de Coronelli, un globe terrestre de Bonne et un globe céleste de Lalande, d'un pied de diamètre (*); un volume des cartes des Cotes d'Espagne, par Vincente Tofino; le Pilote de Saint-Domingue, par Chatenet Puységur, et un astrolabe en cuivre de Pierre Sevin, 1669, de onze pouces de diamètre. « Les dits objets ont été laissés à la garde et sous la surveillance des astronomes établis à l'Observatoire par les décrets de la Convention nationale. »

L'inventaire des instruments fut fait le 19 septembre, par Charles, Fortin et Lenoir; le quatrième membre de la Commission chargée des instruments de physique, Berthoud, habitait à Groslay et ne vint pas à l'Observatoire. Le procès-verbal de ce récolement a été publié par Cassini, dans les Mémoires pour servir. . . , Pièce justificative n** X, p. 208, avec des notes très intéressantes que j'ai eu plusieurs fois occasion de citer. La copie en existe en double exemplaire dans les Archives de l'Observatoire ; la pièce n** 22 qui porte le « certifié conforme de Oudry » est annotée de la main de Delambre et de celle de Méchain; j'aurai à revenir plus tard sur ces notes d'un très grand intérêt. Le préambule en est ainsi libellé :

« Le dix-neuvième jour du premier mois de Tan II de la République Française, une et indivisible, nous soussignés Lenoir, Charles et Fortin, commissaires délégués par le ministre de l'intérieur à reiïet de procéder aux divers inventaires des objets de sciences et d'arts susceptibles de servir à l'Instruction publique, nous nous sommes transportés à l'Observatoire de la République, et là, en présence du G. Jean-Dominique Cassini, ci-devant directeur de l'Observatoire, du C. Jean Perny, directeur temporaire du dit Observatoire, du C. Bouvard, l'un des astronomes qui

(^) Ces deux globes avaient été achetés en 1793, pour le prix de 23i livres.

ont signé avec nous, nous avons procédé à l'inventaire des instruments de cet Observatoire ainsi qu'il suit »

La date de cette opération, prise à la lettre, correspondrait au 10 octobre 1793, le premier mois de l'an II ayant commencé le 22 septembre; c'est l'interprétation qu'a admise M. J. Guillaume dans les Procès-verbaux du Comité d^ Instruction publique, t. II, p. 601. Mais dans une lettre à Pernj, datée explicitement du 28 septembre 1798, que l'on va lire plus loin, Cassini dit qu'à cette dernière date l'inventaire des instruments avait été fait. C'est pourquoi je lui assigne la date du 19 septembre 1793. Ce mélange du calendrier grégorien et des dénominations républicaines n'a rien qui puisse surprendre, à une époque de transition où l'établissement de la nouvelle ère avait été l'objet de deux décrets contradictoires. J'ai déjà cité, à la page 338, un exemple d'un pareil mélange des deux manières de dater et j'en ai donné la raison. M. Guillaume cite lui-même, à la page 5o5 du tome II de son ouvrage, un autre exemple de confusion identique à celui que je relève ici et il y consacre une note intéressante qui confirme l'interprétation que j'adopte.

Cet inventaire de 1798 ne nous apprend rien de nouveau sur les instruments de l'Observatoire à cette époque. Il est aisé d'identifier les divers articles mentionnés avec les appareils que nous connaissons déjà, sauf un seul, le n° 4 ^^^ pendules, qui est ainsi désigné :

« Pendule élémentaire à secondes décimales^ lentille et verge en platine, le couteau porté sur des diamants, la totalité appuyée sur un triangle en fer et recouverte par une cage en bois et en verre; par Louis Berthoud. »

Il serait impossible aujourd'hui de comprendre ce que les Commissaires ont voulu indiquer par ce singulier libellé, si une note, de la main de Delambre probablement, ne nous en fournissait l'explication. Il s'agit, non pas d'une pendule, mais d'unpendufe quasi-simple (élémentaire) ou plutôt d'un pendule invariable. Je n'ai pu savoir à quelle occasion il avait été construit; les documents relatifs aux opérations géodésiques entreprises pour la détermination du mètre sont muets sur son sujet. Mais la note de Delambre nous apprend que ce pendule fut déposé, ullérieu-

35o CHAPITRE XXI.

rement à Tinvenlaire, à l'Agence des poids et mesures, qu'en brumaire de l'an XI (1802) il fut remis par ordre du minisire de l'intérieur <( au citoyen Méchain pour en faire les expériences auxquelles il est destiné, à Paris, à Bordeaux, ou sous le 45* parallèle au bord de la mer, aux isles Baléares et vers l'extrémité australe de la méridienne de France et enfin à Dunkerque, extrémité boréale de cette méridienne ». Dans le Discours préliminaire de la Base du Système métrique, Delambre écrit à la page 96 que Méchain, à son retour, comptait observer le pendule à 4^**; et celui-ci, dans ses lettres à son collaborateur l'ingénieur Dezauche {Revue rétrospective, i *^'' septembre 1891 : La dernière mission de V astronome Méchain en i8o4), parle en effet à plusieurs reprises des expériences du pendule dont il était chargé. La mort ne lui laissa pas le temps de les exécuter, et probablement l'instrument qu'il avait emporté n'est jamais revenu en France.

Quant à l'inventaire des livres de la bibliothèque, il ne fut fait que plus tard, par Ameilhan, qui était chargé, avec Domergue et Dorât Gubières, de la reconnaissance des dépôts littéraires. La copie que possède l'Observatoire n'est pas, il est vrai, certifiée conforme à l'original, mais elle présente tous les caractères d'authenticité; elle porte le n*' 23 de l'écriture de Delambre. Elle se termine ainsi :

a Le 9* jour de la i**** Décade du 2** mois de la 2*** année de la République française une et indivisiblei nous Hubert-Pascal Ameilhan nommé en qualité de membre de la Commission des Arts du Comité d'Instruction publique, pour la reconnaissance des bibliothèques nationales, Jean Perny, Directeur temporaire de l'Observatoire de la République et Jean- Dominique Cassini, ci-devant Directeur du dit Observatoire, après avoir fait le présent inventaire de tous les livres composant la bibliothèque de l'Observatoire, et reconnu l'existence de ces livres tels qu'ils sont rapportés dans le présent état comprenant trente pages de papier in-folio, avons opéré la remise de la bibliothèque entre les mains du citoyen Pemy qui reconnaît les avoir reçus et s'en charger au lieu et place du citoyen Cassini qui les avait eu {sic) jusqu'ici en sa garde et auquel nous donnons décharge et avons tous paraphé et signé.

» Ainsi signé : Cassini, Perny, Aueiliian. »

La comparaison de cet inventaire à celui de 1791 fait ressortir

REMISE DES POUVOIRS DE CASSINl. 35l

une augmentation importante de la bibliothèque pendant cet intervalle de deux ans. Les manuscrits se sont enrichis d^un volume des observations jusqu'à 1793, d'un volume de V Histoire céleste pour 1791 et d'un volume des tableaux des calculs pour la même année. Les registres des observations météorologiques ne sont pas mentionnés. Le catalogue de 1791 contient 385 volumes, celui de 1793, 674 volumes. D'après les comptes annuels, il avait été dépensé pour la bibliothèque 968*8* en 1791, 946*2* en 1792 et 200* en 1793, soit une somme de 2ii9*io* qui, ajoutée aux 63i5* 16* consacrés à la même dépense de 1786 à 1790, forme un total de 8435*6*.

C'est par ces procès-verbaux, et par eux seulement, que nous apprenons la nomination de Perny comme directeur temporaire de l'Observatoire et celle de Bouvard en remplacement de Cassini, démissionnaire. Par qui furent faites ces nominations? Aucun document ne nous l'apprend. Le décret du 3i août paraît attribuer à la Commission des Six la haute main sur l'Observatoire. Or, les procès-verbaux des séances de cette Commission ou du Comité d'Instruction publique sont muets sur les nominations de Perny et de Bouvard. Faut-il croire que Lakanal, nommé Inspecteur de l'Observatoire par le Comité, se crut autorisé à pourvoir immédiatement aux vacances qu'entraînait la démission de Cassini ? Perny fut-il porté à la direction temporaire par les suffrages de ses deux collègues Nouet et Ruelle? Nous n'en savons rien, mais cette dernière hypothèse paraît probable d'après un passage de la lettre de Grégoire que nous lirons tout à l'heure. Quanta Bouvard, son entrée à l'Observatoire est entourée des mêmes nuages que le lieu de sa naissance (*). Arago, qui le connaissait bien, dit seulement que le hasard, en le rendant témoin des travaux de l'Observatoire, décida de sa vocation astronomique. Il n'était pas connu comme astronome en 1^93 et l'on ne sait par qui il fut présenté pour remplacer Cassini. a On me donna pour successeur, dit celui-ci, {Mémoires pour servir,,, y p. 2) un jeune homme qui, sans doute,

(') Les biographes le font nattre l'un à Haut-Faucigny, prés Chamouni, d'autres dans un chalet du mont Joli, ou dans un village non loin de Saint- GervaiS) ou enGn à Och, au pied du mont Blanc.

s'est montré depuis digne d'occuper un des premiers observatoires de l'Europe, mais dont le choix, à cette époque, fut, j'ose le dire, d'autant plus extraordinaire qu'il y avait à peine six mois qu'il s'occupait d'astronomie. » Où avait-il fait ce court apprentissage ? Nous savons seulement qu'il avait suivi au Collège de France les cours de mathématiques de Cousin et de Mauduit. Mais il n'y avait pas fréquenté l'observatoire de Lalande, qui, dans sa Bibliographie astronomique, dit simplement de lui qu'il fut admis à l'Observatoire après la démission de Cassini (p. 727). Nous ne pouvons que constater qu'en septembre 1798, il fut l'un des quatre astronomes, ou plus exactement, suivant la dénomination qui prévalut à cette époque, l'un des quatre professeurs chargés de l'Observatoire.

La retraite forcée de Cassini aurait dû, semble-t-il, être accompagnée des regrets de ses élèves et des témoignages de leur reconnaissance pour les bienfaits dont il les avait comblés. Nouet ne pouvait oublier que Cassini lui avait fait dès le premier jour à l'Observatoire une position enviable; Pernj, que Cassini lui avait maintes fois évité les suites de ses écarts de jeunesse et lui avait pardonné son esclandre criminel de décembre 1 789 ; le déserteur Ruelle, que son Directeur l'avait sauvé de la corde, en lui permettant de se réfugiera l'Observatoire. Mais un vent de révolte et d'ingratitude avait soufflé sur l'établissement. Pendant tout le mois de septembre et jusqu'au jour où l'ancien Directeur quitta définitivement la place, l'Observatoire fut le théâtre des scènes les plus regrettables, à l'insu peut-être du Comité d'Instruction publique et contrairement aux intentions, sinon de la majorité, du moins de plusieurs de ses membres. Les rapports de Cassini avec ses anciens élèves et avec Lakanal, chargé par le Comité de l'Inspection de l'établissement, prirent un caractère d'aigreur et de grossièreté qui dut froisser singulièrement un homme habitué à la correspondance polie et distinguée des ministres de l'ancienne royauté. Le registre D. 5. 87 des Archives de l^Obsen^atoire se termine par un Exposé^ écrit tout entier de la main de Cassini, des événements qui suivirent sa démission. L'insubordination et l'insolence des élèves y sont nettement attribuées, non sans raison il faut l'avouer, à l'influence de Lakanal. Mais Cassini n'a pas cru

devoir publier cet exposé dans ses Mémoires pour servir à l'histoire des Sciences et de V Observatoire. Un seul fait a été révélé par lui dans la plaquette quMl a écrite en 182^, à propos de la publication, par Mathieu, du quatrième volume de Y Histoire de l'Astronomie moderne de Delambre; c'est l'insolent arrêté pris par les astronomes, le 22 septembre, que je citerai plus loin. J'imiterai sa réserve et je me bornerai à relater par ordre de date les documents écrits, qui parlent assez d'eux-mêmes.

Cassini n'avait pu quitter l'Observatoire aussitôt après avoir donné sa démission. Il y était retenu par l'obligation d'assister aux inventaires et surtout au plus important, celui des instruments, qui n'eut lieu que le 19 septembre; d'autre part, son intention était de se retirer dans la maison de la rue Maillet qu'il avait déjà occupée en 1787, et la personne qui l'habitait ne pouvait en sortir avant le mois d'octobre. Mais les astronomes de l'Observatoire, grisés par la liberté que venait de leur octroyer subitement la Convention, étaient impatients d'y régner seuls. Ce fut l'origine de la première querelle.

Le 22 septembre, ayant appris que Lakanal était en conférence avec les astronomes chez Perny, Cassini lui fit demander verbalement s'il pourrait avoir l'honneur de le voir. Sur son refus, il lui adressa immédiatement ce billet :

« Le citoyen Lakanal est représentant du peuple. En cette qualité à

toute heure à tout instant ses oreilles et son cœur doivent être ouverts

à toute demande d'un citoyen quelconque. Il ne peut donc me refuser

Tentretien que je lui demande, sur des choses fort simples et qui même le

regardent.

)# Signé : Cassini. »

On peut croire que Cassini voulait s'entendre avec lui sur la date de son départ.

Lakanal écrivit sa réponse sur le billet même :

a Le citoyen Lakanal est à l'Observatoire pour affaires publiques. Il ne peut s'occuper d'aucun objet particulier; du reste quand on a à le voir on vient à lui fut-on même comte. »

L'original de ce billet est dans les Archives de l'Observatoire (D. 5.40).

Lakanal était à peine sorti de TObservatoire que Cassini recevait de ses anciens élèves la sommation suivante :

« Extrait du registre des Assemblées des quatre astronomes en activité de service à V Observatoire de la République,

u II est enjoint au citoyen Cassini et à sa mère de déménager d'ici à huitaine des logemens qu'ils occupent dans le bâtiment de l'Observatoire, et faute par eux de se conformer à cette invitation, ils y seront contraints par tous les moyens indiqués d'après le règlement de l'Observatoire.

» A Paris, ce 12 septembre, Tan II de la République française une et indivisible.

» Signé : Perny, président,

NouET, secrétaire. "

Il n'est pas inutile de remarquer que ce prétendu règlement de l'Observatoire n'existait pas; nous en aurons bientôt la preuve. Réponse de Cassini :

9 Les citoyens Perny et INouct sçavent très bien que mon intention n'est pas de prolonger mon séjour à l'Observatoire, que j'ai loué une maison où l'on prépare même déjà l'une des chambres, et que la personne qui l'occupe ne peut me céder la place que le 6 d'octobre. Il y avait déjà trois jours que j'avais parlé de cette époque au G*" Ruelle. J'espère donc que les astronomes de l'Observatoire trouveront bon que j'use d'un dclay un peu plus long que celui qu'ils m'ont prescrit par leur arrêté et plus conforme à la lo.i qui dans les cas les plus défavorables m'accorderait au

moins quinze jours pour déménager.

» Signé : Cassim. »

Le lendemain 2 3 septembre, nouvelle machination des astronomes qui ferment à clef et barricadent la porte de communication de l'appartement de Cassini avec les cabinets d'observation.

« Je me suis présenté, leur écrit l'ancien directeur, pour entrer dans les cabinets, et j'ai trouvé la porte fermée. Les astronomes de l'Observatoire, en m'interdisant ainsi l'entrée des cabinets, n'ont pas fait attention que je suis chargé, par l'inventaire qui a été fait, de la garde des instrumens et des livres que ces cabinets renferment. Qu'en conséquence si quelqu'un a le droit de veiller à ces effets, c'est moi (*). Je prie donc les

0) Cette prétention de Cassini était-elle bien fondée? Il est permis d*en douter. Les inventaires des instruments d'Astronomie « et de Géographie ayant été

astronomes de TObservatoire de vouloir bien rétablir une communication que j'ai plus d'un titre à réclamer, et de me faire connaître leur adhésion ou leur refus.

» A Paris, ce 23 septembre.

» Signé : Cassini. »

Réponse :

« Les astronomes délibérant sur votre lettre du 23 septembre ont arrêté que la porte resterait fermée et que la clef ( * ) qu'un des portiers tient de vous vous serait remise. En conséquence vous pouvez la lui retirer et vous en servir jusqu'à l'instant où vous aurez entièrement rendu vos comptes au directeur temporaire qui est chargé de les recevoir. Je vous préviens que si vous les rendez au Ministre de l'Intérieur, vous les rendrez deux. fois. Au demeurant la lettre que la Commission des six doit vous adresser incessamment vous indiquera plus directement cette marche.

» Pour les astronomes de l'Observatoire de la République.

n Signé : Perny.

» A rObservatoire, ce 2■^ septembre 1793, l'an II, etc. »

Cassini hâte son déménagement et, comme c'était son droit, fait enlever du jardin qu'il avait sous le mur ouest de la terrasse, des treillages qu'il y avait placés. Perny mande le juge de paix du district pour constater le rapt qu'il dénonce en même temps à Lakanal.

a Je déclare à Monsieur Cassini, lui écrit alors ce député, qu'en qualité de représentant du peuple, chargé par la Commission de l'Instruction publique de surveiller l'exécution de son règlement de l'Observatoire, je poursuivrai le dit Monsieur Cassini par les voyes de droit s'il se commet par ses ordres ou par sa faute la plus légère dilapidation dans cet établissement national.

» Paris, du 28 septembre 1793, Tan II de la République française, etc.

» Signé : le républicain Lakanal. »

faits en présence de Perny et les procès-verbaux signés par lui, il semble que, par cette formalité, il les avait pris en charge et que, par conséquent, c'est à lui qu'en appartenait la garde. Les astronomes de l'Observatoire avaient peut-être pour eux la légalité; ils se seraient honorés, comme le leur dira plus tard le Président du Comité, en usant de procédés honnêtes à l'égard de leur ancien Directeur.

(*) Cette clef était celle d'une porte extérieure donnant de la terrasse dans les cabinets d'observation.

Réponse :

<i J'ai rhoDDeur d'inviter le citoyen Lakanal en sa qualité de représentant du peuple, chargé par la Commission de l'Instruction publique de surveiller l'exécution du règlement de l'Observatoire, à venir reconnaître lui-même la grande dévastation qui lui a été dénoncée sans doute ainsi qu'au juge de paix lequel croyant trouvé des arbres coupés, un terrain

bouleversé, etc. est venu à l'Observatoire et a été fort étonné de ne

voir que quelques feuilles de charmille semées par terre et trois ou quatre petites branches grosses comme la moitié du petit doigt brisées en enlevant des treillages qui sont à moi, que j'ai payés de mon argent et qui de tout temps et dans tout pays sont regardés comme mobilier d'ornement et par conséquent comme la propriété de celui qui les a fait faire. Aussi le dit juge de paix n'a-t-il pas cru qu'il y ait le moindre lieu à procès-verbal ni à la moindre plainte. J'espère que le G. Lakanal reconnaîtra la même chose s'il veut se donner la peine d'examiner les faits par lui-même, il verra enfin combien il doit être en garde contre de faux rapports dictés par l'humeur, l'aigreur et la vengeance, sentimens qu'un représentant du peuple, un législateur impartial et impassible ne peut jamais partager, et que sûrement le G. Lakanal désapprouve.

» Signé: le citoyen Gassini qui mérite un autre titre que celui de dilapidateur de l'Observatoire.

» 29 septembre 1793. »

Gassini à Perny, le 3 octobre :

a Le citoyen Gassini ayant terminé son déménagement est prêt à céder les lieux aux astronomes de l'Observatoire. Il aurait dès l'instant remis les clefs des logements, si la plainte qui a été faite devant le juge de paix et la lettre du citoyen Lakanal qui le traite comme un dilapidateur de l'Observatoire, ne l'obligeaient à requérir la présence d'un commissaire civil pour reconnaître l'état des lieux, en dresser procès-verbal et constater qu'il n'y a point de dilapidations. Les commissaires civils se rendront demain vendredi à quatre heures du soir à l'Observatoire. Le citoyen Gassini remettra les clefs et les lieux en leur présence. Il ne tient qu'à MM. les Astronomes d'effectuer également la remise des instrumens et des livres d'après les procès-verbaux qui ont été dressés.

» A Paris, ce 3 octobre. » Signé : Gassini. »

Perny ayant récusé les commissaires civils, sons prétexte que l'Observatoire se trouvait par son règlement sous la surveillance du pouvoir exécutif, Gassini dut en référer à ce pouvoir et, d'après sa réponse, écrivit à Perny cette nouvelle lettre :

« Gomme je n'ai jamais eu aucune communication du règlement de l'Observatoire, il est tout simple que je me sois mépris du pouvoir exécutif au

pouvoir civil. Mais ayant appris que la surveillance de l'Observatoire appartenait au pouvoir exécutif, je me suis adressé à lui ce matin et j'ai été bien étonné d'apprendre que lui-même ne connaissait pas plus que moi les règlements de l'Observatoire qu'on dit cependant être sous sa surveillance (1). Il faut néanmoins sçavoir à quoi s'en tenir. Je suis aussi pressé de remettre les lieux aux astronomes de l'Observatoire qu'ils le sont de les recevoir. Mais je ne dois les rendre qu'avec bonne et valable décharge. Ni moi, ni ces messieurs ne sommes parties capables pour dresser le procès-verbal, juger les contestations s'il y a lieu, et donner décharge. Il faut donc un tiers et, puisque le pouvoir exécutif ne veut point s'en mêler, il faut absolument en référer au pouvoir civil, comme je l'avais fait d'abord, lequel pourra envoyer son procès-verbal au pouvoir exécutif pour le ratifier. Il n'eut donc tenu qu'au citoyen Perny, s'il eut bien voulu laisser les choses comme elles étaient, d'entrer en jouissance dès aujourd'hui à \ heures, ainsi que je l'avais proposé.

» Ce 4 octobre 1793.

» Signé : Gassini. »

a Le citoyen Perny est surpris de la conduite que vous tenez, elle est digne de son auteur. Vous cherchez tous les moyens de retarder la remise des lieux, je sçaurai vous y forcer. Vos comptes de l'Observatoire doivent m'étre rendus, la lettre du Comité vous indique assez la marche que vous devez tenir sans avoir besoin d'un tiers. Au surplus vous vous conduirez comme vous le voudrez, j'attends votre réponse pour sçavoir ce que je dois faire.

» L'an II de la République, le 4 octobre à \ heures. »

Réponse de Cassini :

« J'ai écrit au G. Perny une heure avant de recevoir sa lettre. Son ton et ses menaces ne m'empêcheront pas d'agir avec la prudence et la pré-

(') Le décret du 3i août avait chargé les quatre Astronomes en activité de service à l'Observatoire d'élaborer un nouveau règlement qu'ils devaient soumettre à Tapprobation de la Commission des Six. Il semble bien que le projet de règlement avait été préparé. Mais, ni la Commission, ni le Comité d'instruction publique ne paraissent avoir mis beaucoup d'empressement à l'examiner. Le i4 octobre : « Le Comité arrête que le projet de règlement sur la police intérieure de l'Observatoire sera examiné par le citoyen Bouquier, qui en fera son rapport au Comité. » (Guillaume, Procès- Verbaux du Comité, p. 622.) Bouquier avait remplacé Lakanal comme Commissaire spécial de l'Observatoire.

Le i5 novembre : « Un membre de l'Observatoire vient demander l'examen de la pétition pour obtenir un règlement d'organisation pour cet établissement. » Bouquier est rapporteur. {Ibid., p. 825.)

Il n'est plus question ensuite de ce règlement dans les Procès-Verbaux du Comité.

caution que je dois apporter dans des actions importantes. La lettre du Comité d'Instruction publique aussi honnête, aussi digne, aussi mesurée, aussi flatteuse pour moi que les billets du G. Perny le sont peu, montrent suffîsamment combien le Comité désapprouve la conduite que les astronomes de l'Observatoire ont tenu jusqu'ici envers moi ('). Cette lettre me prescrit de remettre les instrumens, les livres et l'ordonnance d'après les Comptes, au Directeur, mais elle ne me dit pas un mot du logement et ne me défend pas de demander que l'état des lieux soit constaté par un commissaire particulier pour ma sûreté; c'est une chose de droit que le C. Perny devrait même être le premier à demander bien loin de s'y refuser et d'en prendre une humeur qui n'est pas de la dignité de la place qu'il occupe et qui demande un peu plus de talent, de prudence et de sang froid qu'il n'en met et que par la suite du temps il acquierera sans doute lorsqu'il aura mon âge et mon expérience. J'ai passé 4^ ans, je suis père et chef d*une nombreuse famille, j'ai rempli diverses fonctions dans la société, j'ai connu les hommes, je dois pardonner au C. Perny des torts qui tiennent sûrement plus à la fougue de sa jeunesse qu'au fond de son cœur. »

Certificat des Commissaires de la Section de l* Observatoire.

n Nous, soussignés, membres du Comité civil de la section de l'Observatoire, sur la réquisition du citoyen J.-D. Cassini, disant :

» Qu'étant prêt à se retirer de l'Observatoire de la République et de céder les logemens qu'il y occupait aux astronomes attachés à cet établissement, il désirait remettre les clefs des lieux en présence de témoins et de commissaires compétans pour reconnaître l'état où il laissait et remettait les logemens et dépendances, en dresser un procès-verbal et constater qu'il n'y a aucune dégradation, ni dilapidation. Qu'ayant appris que selon les nouveaux réglemens de l'Observatoire cet édifice se trouve mis sous la surveillance du Conseil exécutif, en conséquence il s'est adressé d'abord à l'administration du Ministre de l'intérieur, mais que là il lui a été répondu que le règlement de l'Observatoire était absolument inconnu, n'avait point été notifié officiellement. Qu'en conséquence le ministre ne pouvait agir d'après un règlement dont il n'avait aucune connaissance. Que d'après cette réponse le dit citoyen J.-Dom. Cassini représentait au Comité civil de la .section de l'Observatoire que cet établissement, jusqu'à ce que la surveillance en fut attribué officiellement au Conseil exécutif, devait être en attendant sous celle du Comité civil de la section.

» Sur ce délibéré, l'Assemblée nous ayant nommé commissaires pour assister à la reddition des clefs, reconnaître l'état des lieux et en dresser

(') La lettre de Grégoire au nom du Comité est du i" octobre. Nous la trouverons un peu plus loin.

procès-verbal, nous nous sommes rendus le vendredi 4 du présent mois à 5 heures du soir au dit Observatoire et après avoir parcouru attentivement tous les lieux, logemens et dépendances, attestons et certifions que nous avons trouvé tout dans le meilleur état, que bien loin d'avoir rien dégradé, ni dilapidé, le citoyen Cassini a laissé tous les logemens garnis de papiers tentures, les plus propres, les mieux tenus, et les mieux conservés, quoique ces papiers eussent pu être endommagés dans le déménagement, et même emportés puisqu'ils avnient été mis aux frais du C. Cassini et lui appartenaient. Ce dont il nous a demandé acte et le lui avons donné pour lui servir ce que de raison. Fait à Paris, le 5 octobre 1798, l'an deuxième de la République française une et indivisible.

» Signé : Dun, Lauy, Lucotte, J. Millasse.

Président, Cardin. »

11 ne restait plus à Cassini qu'à rendre compte de sa gestion financière; d'après la lettre du Comité de rinslriiction publique, ce compte devait être rendu au directeur temporaire de l'Observatoire; l'opération eut lieu le 5 octobre. En voici le procèsverbal :

Compte rendu par le citoyen Cassini des fonds par lui touchés comme directeur de l'Observatoire depuis le i*"^ janvier 1793 jusqu'au I" septembre de la même année où il a cessé ses fonctions.

recette.

Le C. Cassini doit faire compte :

f De ce qu'il a touché au trésor national sur diverses ordonnances, savoir :

Le lo janvier pour le mois de décembre 1792 5ao* ]

Le 18 juin, pour janvier, février et mars 1793 '2176 [ 4 S5o »

Le 9 juillet pour avril, mai et juin 1793 1 iy5 j

II** Du reliquat des fonds de l'année 1792 restés entre ses mains selon l'arrêté du 3 mai 1793, et montant à la s*"' de i 34i 10

m* Du reliquat d'une somme de 6000^ touchée sur le trésor royal le 9 décembre 1788 pour le payement particulier des instrumens commandés en Angleterre à M*^ Ramsden, laquelle somme devait être délivrée moitié lorsque le premier instrument seroit fait; comme il est encor à venir il n'y a eu que 3ooo^ de distribuées ce dont on fournit ici les quittances il est donc resté entre les mains du C Cassini 3 000 »

9 i9i*"io'o*'

S6o CHAPITRE XXI.

Report 9 191* lo' o**

IV® Fait également rapport d'une somme de 90* pour reliures de diiïérens livres qui n'apartenoient point à la bibliothèque et qui ont été comprises dans dlfTérens mémoires des comptes précédens 90 » »

V* Fait rapport du produit de la vente des cartes de la Lune

au profit des cabinets de l'Observatoire i5o » »

(La réduction de la Carte de la Lune de J.-D. Gassini a été gravée sur les fonds de l'Observatoire et a coûté 271^ qu'il est juste de reprendre sur le produit de la vente de la ditte Lune dont la planche reste déposée dans la bibliothèque de rObservatoire; la planche de la grande Lune est entre les mains du G. Duperron, qui par ordre du ministre m'en a remis 200 exemplaires dont une partie a été donnée en présent, une autre reste à la bibliothèque de l'Observatoire, une autre a été vendue et j'en ai fait raison de 3oo^ dans les comptes précédents.)

Total de la recette 9 43 1 * 10' o*

Page 1