‹ Histoire de l'Opéra-Comique: La seconde Salle Favart--1840-[1887] (volume 2)Chapitre 20 sur 22 · THEATRE-LYRIQUE · texte numérisé non relu

THEATRE-LYRIQUE

Pièces Emprunts

originales. an répertoire français • Tradactions . *

Gastibelza. Aline.

Une bonne fortune. * Félix.

LeBraiteur de Pr eston.

LA CONCORHBNCE DU THÉAT«E-LYRIQnE

Pièces

Emprunts

originaleH.

an répertoire français.

Traductions.

La Perle du Brésil*

Le Maître de Cha-

Le Barbier de Se-

pelle.*

ville. *

Les rendez-vous

bourgeois. *

Ma tante Aurore.

Maison à vendre,*

Ambroise.

Les Travestisse-

ments. *

iSS2.

La Poupée de Nu-

Les Visitandines .

La Pie voleuse ,

remberg.

Si j'étais Roi !

Le Postillon de Lon-

jumeau.* Les Deux Voleurs.*

Les Amours du

LeRoid'Yvetot.*

Elisabeth,

Diable.*

Bonsoir, Voisin.*

Le Diable à quatre.

Le Bijou perdu.

Maître Wolfram.*

Le Panier fleuri. *

Le Billet de Margue-

La Reine d'un jour ^*

rite,

Le Tableau parlant.*

Les Charmeurs, *

La Sirène.*

Robin des Bois.

Jaguar ita,*

Marie. *

Le 'Secret de Voncle

Le Solitaire.

Vincent.

Falstaff.

Le Sourd,*

La Fànchonnette.

Richard Cœur de Lion. *

Les Dragons de Vil^

lars.*

La Reine Topaze.

Pièces originales.

Emprunts au répertoire français.

Les Nuits d'Espagne^ Maître Griffard.

Le Médecin matgré lui, *

Faust, Orphée.

Mamz'elle Pénélope.*

Ma Tante dort. * Philémon et Baucis.* Gil Bios.

Les Deux Cadis, La Statue. * Au travers du mur.* Le Café du Roi. *

La Chatte merveilleuse.

Les Pêcheurs de

Perles, Les Troyens, Mireille. *

La Fiancée d'Abij' dos.

Les Rosières.

Le Val d'Andorre. *

Traductions.

Obéron.

Èuryanthe.

Preciosa.

Les Noces de Figaro.*

Abou'Hassan, L'Enlèvement au Sérail.

Fidélio.

Joseph.

LÉpreuve villa- peines d'amour .

geoise.

Rigoletto.

Norma.

Don Pasquale.

Violetta ' {la Traviata). *

La flûte enchantée,* Macbecth.

Lisbeth.

Martha,

ra-Comique et le Théâtre-Lyrique, partie sérieuse et intéressante où l'avantage devait rester tout d'abord à ce dernier. En l'espace de trois ans, on enregistra comme victoires : d'un côté la Perle du Brésil^ la Poupée de Nuremberg, Si fêtais Roi, les Amours du Diable, Bonsoir, Voisin et le Bijou perdu, c'est-à-dire de grands ouvrages, sauf deux, ayant au moins trois actes et formant spectacle; de l'autre, seulement Bonsoir, Monsieur Pantalon, le Farfadet, Galathée^ le Sourd, qui devait d'ailleurs émigrer presque aussitôt après son apparition au Théâtre-Lyrique, les Noces de Jeannette, les Papillotes de M, Benoist, c'est-à-dire de petites pièces ne pouvant se suffire à elles-mêmes. La salle Favart voyait en outre ses fournisseurs favoris l'abandonner, ou perdre une partie de leur chance : Auber, attiré par l'Opéra, venait d'y donner VEnfant prodigue; Ambroise Thomas allait se heurter à une série de livrets médiocres qui pouvaient compro-

Pièces originales.

Emprunts au répertoire français.

Traductions.

Don Juan.

Les joyeuses Com^ mères de Windsor.

Sardanapale, Bornéo et Juliette.*

La Somnambule.

La Jolie Fille de

Perth.

L'Irato,*

Iphigénie en Tauride.

Rienzi.

Le Bal masqué.

La Bohémienne.

Charles VL

Dès Tannée i85

il. la nartie s'an^af

rftait entre rOni^-

mm^mmemmamm^m

mettre le succès de ses partitions; Adolphe Adam tenait trop au théâtre qu'il avait fondé pour n'y pas rentrer aussitôt qu'on le rouvrirait; pour Halévy enfin, l'heure du déclin semblait approcher, et le seul succès durable qui lui fût encore réservé à Paris devait être précédemment obtenu avec une pièce représentée tout d'abord au Théâtre-Lyrique, Jaguarita VIndienne.

Bonsoir, Monsieur Pantalon, le premier ouvrage nouveau monté en 1851 à POpéra-Comique, inaugura du reste heureusement l'année et devait compter parmi ceux qui se sont maintenus longtemps au répertoire de ce théâtre. Nous avons relevé à cet égard les chiffres suivants : 204 représentations de 1851 à 1861, 131 de 1869 à 1874; en tout 335 représentations. En outre, ce petit acte a fait rapidement le tour de la province et de l'étranger; on l'a repris il y a quelques années au Château-d'Eau et, à l'heure actuelle, l'Allemagne s'amuse encore de cette boufTonnerie, d'ailleurs spirituellement traitée par Lockroy et Morvan. La musique d'Albert Grisar n'est pas jugée indigne des grandes scènes de la Prusse et de la Bavière; on applaudit donc Gute nacht, Herr Pantalon, car le titre a été littéralement traduit; et, bien qu'elle ne soit plus toujours interprétée comme elle le fut à Torigine par Ricquier, Ponchard, Belleeour, M"*" Revilly, Decroix et Lemercier, sans oublier les deux porteurs du fameux panier, Palianti et Nathan, cette pièce déjà vieille a vraiment gardé de la fraîcheur.

Il faut attendre plus de trois mois avant de rencontrer une nouveauté, et cet intervalle est rempli par une double reprise à la date du 27 avril : le Calife de Bagdad et le Tableau parlant, 0*est dans une représentation extraordinaire organisée par M"*' Scribe au

profit de l'œuvre des secours à domicile, que reparurent ces deux ouvrages, dont le premier remontait au 16 septembre 1800 et le second au 20 septembre n69. Celui de Boieldieu ne compta pas moins de 122 représentations en cinq ans, puis quitta le répertoire pour y revenir huit fois seulement, en 1875. Celui de Grétry ne disparut définitivement qu'en 1865, maïs on Ta revu de notre temps, lorsque M. Offenbach tenta de faire revivre le Théâtre - Lyrique à la Gaîté. Comme dernier détail concernant la résurrection de ces deux pièces, ajoutons qu'elles étaient jouées Tune et l'autre par M™' Ugalde, et que le pre*» mier soir la recette de cette représentation extraordinaire atteignit le chijffre notable de 11,686 fr. 50 c. De belles recettes ne furent jamais celles de Ray-» mond ou le Secret de la Reine, opéra-comique en trois actes, représenté le 5 juin. Ambroise Thomas ne pouvait réussir à donner grande valeur au poème à la fois invraisemblable et banal que lui avaient confectionné de Leuven et Rosier. C'est l'histoire du Masque de fer que ces. librettistes avaient prétendu faire mettre en musique. Suivant eux , le paysan Raymond^ qui veut épouser la jeune Stella, fille d'une Espagnole nommée Juana, serait le propre frère de Louis XIV et, pour cette cause, verrait sa liberté menacée et ses amours contrariées. Quant au prisonnier célèbre, ce serait tout simplement le chevalier de Rosargues, séducteur de Juana et père de Stella, un diable incarné qui se ferait ermite au dénouement, en se substituant à Raymond et en prenant son masque de fer pour expier ses péchés de jeunesse. Voilà une version nouvelle et pour le moins inattendue à ce fameux problème historique. Le public y prit un médiocre intérêt, car au bout de trente*

quatre représentations, il renonça au plaisir de goûter une partition qui valait mieux alors qu'un simple succès d'estime. Nous n'en voulons retenir ici que deni analogies curieuses, deux points de ressemblance avec une autre pièce du môme auteur : Le premier acte de Raymond se termine par un incendie, comme le deuxième acte de Mignon; l'entr'acte du deuxième acte est pour l'un un menuet et pour l'autre une gavotte.

Au surplus, le compositeur pouvait se consoler d'un demi*8uccès au théâtre, en songeant au triomphe qu'il avait obtenu quelques mois auparavant, le 22 mars, à l'Institut. Pour occuper le fauteuil de Spontini, décédé le 24 janvier 1851, onze candidats se présentaient, savoir : Batton, Benoist, Berlioz, Clapis- BOn, Collet, Elwart, Martin d'Angers, Niedermeyer, Panseron, A. Thomas, Zimmermann, qui eut la modestie et le bon goût de se désister au dernier moment. Malgré ce nombre exceptionnel de concurrents, il n'y eut qu'un tour de scrutin : Ambroise Thomas obtint 30 voix contre 5 données à Niedermeyer et 3 à Batton! On remarquera que Berlioz n'en eut pas une seule !

Vers le même temps, il semble qu'on ait voulu accorder une sorte de réparation à un autre compositeur, dont la chance n'était pas toujours à la hauteur du talent, Adolphe Adam. 11 avait donné le 11 juin 1838, c'est-à-dire immédiatement après son Postillon de Lonjumeau, si bien accueilli, si fêté, un opéracomique en trois actes intitulé le Fidèle Berger, contre lequel se déchaîna une jalouse cabale. Malgré le nom des librettistes, Scribe et de Saint-Georges, malgré la valeur du musicien, la pièce fut silflée. Or, par un phénomène qui n'est pas sans précédents, le Fidèle

Berger^ qui était mort à Paris, avait retrouvé la vie en province et même à l'étranger, en Belgique, en Allemagne. Suivant la formule d'un journaliste, « il n'avait été frappé que d'un trépas en quelque sorte local, et c'est une maladie dont on revient. » Il en revint, en effet, le 14 juillet 1851; les interprètes de la création, ChoUet, Tilly, Grignon, M"»" Jenny Colon, Rossi et Boulanger avaient pour successeurs Couderc, Carvalho, Lemaire, M"" Meyer, Révilly, Mélotte ; le poème et la musique parurent pleins de gaieté; le succès delà reprise se chiffra par 31 représentations.

Après le maître, l'élève. C'est, en effet, sous la direction d'Adolphe Adam que s'était initié aux difficultés de la composition l'auteur de la Séraphina ou rOccasion fait le larron^ opéra-comique en un acte, représenté le 16 août 1851. Doué d'une voix charmante, et fort épris de musique, M. Clemenceau de Saint-Julien comptait quelques succès, même en dehors des salons ; il avait donné en 1849, à l'Opéra, un ballet, la Filleule des Fées^ qu'Adolphe Adam avait signé avec lui; et, depuis, les deux collaborateurs avaient composé une messe qui fut exécutée avec éclat, pour la première fois, le 15 septembre 1850, à Écouen, lors de l'inauguration solennelle d'un orgue en l'église de cette ville. A TOpéra-Comique, il attendait son tour depuis longtemps; car, dès 1849, on annonçait à ce théâtre les répétitions de la Séraphina^ Le précieux concours de ses librettistes, de Saint- Georges et Dupin, finit par avoir raison du directeur, et la Séraphina , chanteuse égarée dans une caverne de faux brigands, comme on l'avait déjà vu dans Picaros et Diego^ put égrener, durant 2< représentations, tout le chapelet de ses vocalises.

Parmi les ouvrages de Tancieii répertoire, il en est peu qui aient réuni et réunissent encore plus que Joseph les suffrages des artistes et des critiques; que Ton tienne pour la musique du passé ou pour celle de l'avenir, on s'incline avec respect devant le chefd'œuvre de Méhul, et on oublie, en Técoutant, le grand âge auquel il est parvenu. Malgré ses beautés, rOpéra-Gomique Tavait cependant fort négligé; depuis l'ouverture de la seconde salle Favart il n'avait plus reparu, et ce fut presque une surprise lorsqu'en 1850 on le revit au Conservatoire avec les élèves pour interprètes. Le succès de cette tentative décida M. Perrin à lui rouvrir les portes de son théâtre. Les rôle^ furent confiés à des artistes pleins de zèle : le jeune Delaunay-Ricquier, récemment engagé (Joseph), Bussine (Jacob), Couderc, puis Duvernoy (Siméon), et M"® Lefebvre (Benjamin). De brillants décors furent brossés. Enfin la partition ne reçut aucune des retouches qu'on avait imposées à Richard Cœur de Lion et à Camille ; on respecta jusqu'au dialogue d'Alexandre Duval, et Siméon put continuer à dire sérieusement des phrases comme celles-ci : « Je me promenais dans une vaste plaine dont Vétendue se -perd dans V horizon d^ ou bien encore : « Mon âme est noyée comme une mer In Mais la richesse des mélodies faisait oublier la bizarrerie de la prose, et l'on vint avec empressement pour assister à cette reprise du 11 septembre 1851.

Malgré sa haute valeur, Joseph ne s'est jamais maintenu longtemps de suite au répertoire; il ne compte que 113 représentations dans la seconde salle Favart, et elles se décomposent ainsi : En 1851, 37; en 1852, 16; en 1866, "26 ; en 1867, 1; en 1882, 19; en 1883, 5; en 1886, 5; en 1887, 4. Il est juste d'ajouter qu'entre 1852 et 1866, ce fut le Théâtre-Lyrique qui

s'en empara. Quoi qu'il en soit, l'œuvre s'impose encore, et il suffira toujours, pour la classer à son juste rang, de rappeler le témoignage fameux rendu par Richard Wagner en sa faveur : « Je me sentis pendant un certain temps ravi dans un monde supérieur en faisant étudier à une petite compagnie d'opéra ce magnifique opéra de ^, Joseph. » Sous la plume d'un juge sévère comme le maître allemand, ce simple aveu a son importance.

Il se fût exprimé d'autre sorte pour la VieillCy pièce en un acte, vieille déjà dé vingt-cinq ans, reprise le 11 octobre, et gratifiée de treize représentations. Sur les paroles de Scribe et Germain Delavigne, Fétis avait écrit une partition dont les petites proportions contrastaient avec l'importance de ses grands travaux de musicologie : Bequies ea certa laborum ! Lemonnier, Huet, Firmin et M"* Pradher, créateurs de la pièce le 14 mars 1826, avaient pour successeurs Ch. Ponchard, Carvalho, Lemaire et M"* Meyer, une des meilleures artistes de la troupe, déjà fiancée au baryton Meillet, qu'elle allait épouser le 4 décembre suivant et avec qui elle avait partagé les prix d'opéra et d'opéra-comique aux concours du Conservatoire de 1848.

Chose curieuse, un compositeur comme Fétis ne semblait point, par la nature même de son talent, destiné aux succès populaires, et pourtant quelques mélodies de la Vieille se sont bien vite envolées de rOpéra-Comique vers les théâtres de vaudeville. On a chanté un peu partout les couplets : France/ et ceux sur les Arts et V Amitié. C'était le sort, et presque l'honneur alors de petites pièces comme la Vieille ou, par exemple, le Concert à la Cour, qu'on redonna le 17 octobre de cette même année pour le début de

M"' Talmon, une jeune élève de M*"* Damoreau, sortie récemment du Conservatoire où elle avait remporté, sous le nom de Tillemont, un premier prix de chant.

Au contraire, il ne parait pas que rien soit resté du dernier ouvrage représenté en Tannée 1851, le Château de la Barbe-Bleue^ opéra-comique en trois actes, paroles de de Saint-Georges, musique de M.Limnander. La partition était compacte, et pouvait s'imposer par la masse, puisque le deuxième acte renfermait à lui seul douze morceaux, juste le chiffre dont se contentait Auber pour des pièces comme le Duc d*Olonne, Aussi avait-elle coûté au théâtre trois soirées de relâche, c'est-à-dire de répétitions générales, les 20, 27 et 29 novembre. L'inspiration était rare, la gaieté un peu lourde, et déjà Ton y signalait l'abus des « calcul^ harmoniques et les bruyants effets d'une foudroyante instrumentation », reproche qui nous fait sourire aujourd'hui, car, depuis, nos oreilles en ont subi bien d'autres. Le titre seul du nouvel ouvrage promettait quelque chose... qu'on ne vit point. Il s'agissait dune nièce de Jacques II, roi d'Angleterre détrôné, habitant près de Madras un château mystérieux ; on lui faisait la triste réputation de traiter ses époux comme Marguerite de Bourgogne ses amoureux; mais elle laissait dire pour mieux préparer dans l'ombre son débarquement en Europe et la restauration de son oncle ! Car depuis longtemps, constatait un critique, « M. Scribe aidant, l'Opéra-Comique vit surtout de restaurations. »

On aurait pu dire pareille chose de la France ellemême, puisque le Château de la Barbe-Bleue fut donné le 1" décembre 1851, la veille du jour où le coup d'État allait ramener sur le trône une dynastie.

Cette coïncidence n'était pas pour favoriser le succès de la nouvelle œuvre qui disparut au bout de 25 représentations interrompues le 3 et le 4 décembre par deux jours de relâche. On était plus occupé de politique que de musique.

Grâce à l'habileté du directeur, Tannée 1851 ne s'en soldait pas moins par une recette totale, de 924,613 fr. 90 c. Les nouveautés pourtant n'avaient été ni nombreuses, ni heureuses : deux pièces en trois actes, Raymond et le Château de la Barbe-Bleue; deux pièces en un acte, la Séraphina et Bonsoir, Monsieur Pantalon; cette dernière pouvait seule prétendre à la palme du succès. Les reprises l'emportaient par la qualité et par la quantité : le Calife de Bagdad^ le Tableau parlant ^ le Fidèle Berger y la Vieilley le Concert à la Cour, et surtout Joseph. En revanche, deux ouvrages anciens avaient disparu déûnitivement de l'affiche : l'Amant jaloux et Une Heure de mariage. Quant au personnel, il n'avait pas subi encore de très importantes modifications; il s'était accru toutefois de six artistes : M"* Anna Lemaire, qui venait du Conservatoire, où elle avait obtenu en 1849 les premiers prix de chant et d'opéra-comique, en 1850 le premier prix d'opéra, et qui débuta le 7 janvier dans le rôle d'Angèle du Domino noir; M"" Petit-Brière, qui avait quitté l'Opéra, et débuta le 8 juin dans le rôle d'Anna delà Dame-blanche; Delaunay-Ricquier,. ténor qui sortait du Conservatoire, où il avait obtenu en 1850 le premier prix d'opéra-comique, et qui débuta dans le rôle d'Isaoun du Calife de Bagdad; Cou- Ion, basse-taille, qui arrivait de Strasbourg, après avoir appartenu au Conservatoire et commencé la car- | rière de province, et qui débuta dans le rôle d'Atalmuck de la Fée aux Roses; M^ Talrnoo, dont nous

avons parlé à propos du Concert à la Cour; Dufresne, ténor, qui, en sortant du Conservatoire, était entré à rOpéra, puis avait chanté à Lyon, et qui débuta le 1*' décembre dans le rôle de Gaston du Château de la Barbe- Bleue. Cette année, comme la précédente, M™® Ugalde restait la grande étoile de la troupe : pièces anciennes ou modernes, tout convenait à son talent souple et varié. Tandis que M"* Cruvelli s'essayait au Théâtre-Italien dans /a Fille du Régiment^ elle aussi abordait ce même rôle de Marie, et s'y montrait particulièrement touchante. Un témoin raconte que a dans les passages de sentiment, la charmante cantatrice ne pouvait retenir ses larmes», et tous les spectateurs alors devaient suivre son exemple.

Quelque trente ans plus tard, une autre Ugalde paraissait dans Touvrage de Donizetti pour y faire ses débuts. Qui sait alors si dans quelque coin de loge la diva n'a pas pleuré en voyant le public applaudir la divette ? Une vision légère a dû passer devant ses yeux : le souvenir de sa jeunesse et de son talent I

La prospérité financière de l'Opéra- Comique ne pouvait manquer de valoir une récompense spéciale à celui qui, par son intelligence et son goût, en avait fait un des théâtres les plus artistiques de Paris, Le 21 janvier 1852, en effet, M. Emile Perrin fut nommé chevalier de la Légion d'honneur; un souper avait réuni sur la scène, après le spectacle, le personnel, qui s'était cotisé pour offrir une croix au héros de la fête; Mocker, en qualité de régisseur, porta un toast; Lemaire lut des vers de circonstance; le directeur remercia en termes émus, comme il convient en ces sortes de circonstances, et tout finit, suivant l'usage, par un bal soi-disant improvisé. Quelque temps

228 LÀ GONCURRBNGB DU THÉATRE-LTRIQUB

avant de recevoir cette distinction, M. Emile Perrin avait obtenu un avantage qui lui assurait, outre l'hionneur, le proût. Son privilège d'exploitation devait expirer le 1" mai 1853 ; un décret du ministre de l'intérieur, rendu le 24 avril 1851, sur Tavis unanime de

la commission des théâtres, Tavait prolongé pour dix années, à compter du 1®*" mai 1851.

Assuré d'avoir ainsi du temps devant lui, il continua de pratiquer, avec la même constance, le système qui lui avait réussi jusqu'alors : varier le répertoire en assurant le succès des reprises par le choix des artistes, et renouveler la troupe en y ajoutant l'utile appoint de recrues brillantes.

C'est avec une reprise et un début que s'inaugure justement l'année 1852; Nina ou la Folle par amour ^ de Dalayrac, fut donnée le 5 janvier, avec M"® Andréa Favel dans le principal rôle, une nouvelle venue qui se fit bientôt une place distinguée dans la troupe de la salle Favart et devait un jour porter le nom d'un artiste de talent, le compositeur Louis Lacombe. On sait que le libretto de MarsoUier des Vivetières séduisit Paisiello, qui en refit la musique; de sorte qu'à un an de distance, le compositeur français et le compositeur italien purent se mesurer (mai 1786 — mai 1787), Jadis on se prononçait en faveur de Tun ou de l'autre, suivant qu'on tenait pour Tune ou l'autre école; aujourd'hui les deux partitions sont également oubliées. Malgré le succès personnel de la débutante qui avait remporté le second prix d'opéra-comique au concours de 1851, Nina disparut après 18 représentations. Respectueux du passé, le directeur avait joué la pièce telle qu'elle était écrite, et le dialogue avait paru quelque peu suranné. D'autre part, on avait critiqué les rentoilages auxquels précédemment on

s'était livré : ce qui preuve une fois de plus qu'en pareil cas, il est difficile de contenter tout le monde. Le temps était venu d'ailleurs où le charme des mélodies naïves de Dalayrac allait cesser d'agir sur le public parisien. Trois mois plus tard, on remettait à la scène Adolphe et Clara, qu'on négligeait depuis trois ans. Avec un total de 22 représentations, la pièce disparut au bout de deux années, ainsi, d'ailleurs, qu'un autre ouvrage du même auteur, Maison à vendre ^ et cette fois sans retour. Le nom de Dalayrac n'a plus brillé depuis surraffiche delà salle Favart qu'en 1861, avec Deux Mots ou Une Nuit dans la Forêt, ouvrage en un acte où se rencontre le prototype du personnage de Fénella.

La première nouveauté de Tannée fut un opéra-comique en trois actes, le Carillonneur de Bruges, paroles de Saint-Georges musique de Grisar, représenté le 20 février. Est-ce là que les auteurs de Patrie ont puisé pour créer leur figure sympathique du sonneur de cloches? Le fait est qu'on y rencontre sous les traits de Matheus (c'était le titre provisoire de l'ouvrage), un patriote flamand, « sorte de Quasimodo» qui déteste le joug de l'Espagnol vainqueur, et chante gaiement ses « Cloches gentilles », que sa surdité ne lui permet plus d'entendre. Battaille jouait ce rôle avec originalité, et ses partenaires, Boulo, Sainte-Foy, Ricquier, M"" Révilly, Miolan et Wertheimber, lui donnaient vaillamment la réplique. Cette' dernière débutait et s'imposait à l'avance par l'importance de ses succès au Conservatoire : lors des concours de 1851, elle avait obtenu, en effet, les trois premiers prix de chant, d'opéra et d'opéra-comique. A la suite d'une légère indisposition, elle dut se faire remplacer, et l'on ne vit pas sans quelque étonne-

ment celle qui se présentait pour recueillir cette succession ; c'était Mademoiselle Darcier, gui^ mariée, nous Tavons dit, et retirée du théâtre, avait sans doute la nostalgie des planches et revenait sous le nom de Madame Darcier. Ce même rôle de Béatrix devait encore, dans la même année, trouver une troisième interprète en la personne de M"* Meillet-Mey er. Malgré la valeur des artistes, malgré Tattrait de la mise en scène, le Carillonneur de Bruges ne se maintint pas au delà de sept mois, fournissant un total de 40 représentations, que nulle reprise depuis n'est venue grossir. Bien à Taise dans les ouvrages franchement gais, lestes et pimpants, Albert Grisar semblait gêné quand il s'agissait d'aborder le style dramatique ; en essayant d'élever le ton, il perdait une partie de son originalité, et l'imitation des procédés d'autrui égairait son inspiration plus qu'elle ne la soutenait.

Le 19 mars suivant on représentait le Farfadet, d'Adam, répété d'abord sous le titre du Lutin. Là, du moins, le librettiste Planard avait taillé son poème en tenant compte de la nature et des qualités du compositeur. Ce petit acte était une aimable fantaisie où sa verve pouvait se donner carrière. Le quiproquo du personnage qui se fait passer ou veut se faire passer pour un fantôme aûn de réussir en ses équipées amoureuses n'avait pas le mérite de la nouveauté ; mais Adam y avait ajouté celui de son esprit, et Ton en pourrait citer comme exemple la scène où le farfadet, enfermé dans un sac à farine, apparaît tout à coup comme la statue du Commandeur, tandis que l'orchestre, profitant de la ressemblance, s'empare de cette phrase de Don Juan, en bouleverse le rythme et la revêt ironiquement d'harmonies étranges. Bien joué à Torigine par Jourdan, Bussine, Lemaire,

M^**» Lemercier et Talmon, l^ Farfadet obtint 43 représentations en trois ans ; mais la fortune ne devait pas le confiner entre les murs de la salle Favart. On Ta revu plus tard au théâtre des Fantaisies-Parisiennes, puis au théâtre de la Gaîté, sous la direction Martinet et Husson, au théâtre du Château-d'Eau en 1882, enfin, tout récemment, au concert de la Cigale. Après le Farfadet, Madelon; après Madelon, Gala'^ thée : c'est-à-dire une suite d*œuvres de petites dimensions, qui, réunies, composaient un spectacle et, séparées, fournissaient à la pièce principale un lever de rideau. On admettait alors la multiplicité des noms sur l'affiche, et il fallait que l'ouvrage fut bien important, très couru et encore dans sa nouveauté^ pour qu'un autre ne lui fût pas associé. C'est un usage qui remonte au dix-huitième siècle, et dans un almanach paru en 1751 sous le titre de Calendrier historique des théâtres de VOpéra et des Comédies française, italienne, et des foires^ nous trouvons à ce sujet un renseignement curieux. Ilparait que jusqu'en 1722 l'usage était de donner seules les pièces nouvelles; c'est seulement au bout de huit ou dix représentations, suivant le succès, qu'on recourait à une adjonction, regardée d'ailleurs comme un signe de la baisse des receltes. Pour éviter ce fâcheux effet, La Motte, l'auteur d'Inès de Castro, « eut le courage d^ faire donner une petite pièce le jour même où sa tragédie deRomulus était représentée pour la première fois. Tous ses confrères suivirent son exemple, qu'ils trouvèrent bon, et, pendant de longues années, il n'y fut pas dérogé. Mais depuis quelque temps, ajoute le rédacteur du Calendrier, l'usage primitif a repris son empire, et trop souvent la longueur démesurée des ouvrages le perpétue au delà de toute raison. » De nos

jours» il serait aisé de démontrer le tort que fait aux auteurs et au pubiicla suppression de ce qu'on appelait les « spectacles coupés ». Le public y a perdu un élément de variété qui devait ajouter à son plaisir; les auteurs y ont perdu non seulement quelques chances de plus d'être joués, mais encore ce goût si éminemment français de la concision au théâtre, cet art de proportionner le nombre des actes à Fimportance du sujet, et de ne point délayer en cinq ce qui tiendrait en deux.

Th. Sauvage avait eu raison de ne pas dépasser ce dernier chiffre en écrivant le livret de Madelon, qui s'appelait d'abord les Barreaux Verts, et qui mis en musique par Bazin fut représenté le 26 mars; ce tableau de genre n'en comportait pas davantage, et encore fallut-il, après la première, resserrer le dialogue musical. Grâce à ces quelques coupures, Made- Ion, que personnifiait d'abord avec beaucoup de charme et d'entrain M"® Lefebvre, remplacée peu après, pour cause de maladie, par M"* Talmon, fut trouvée une cabarelière accorte, ayant le sourire aux lèvres et chantant de joyeux refrains ; on lui fit bon accueil et la pièce qu'on avait jouée 48 fois la première année se maintint jusqu'en 1858, où elle atteignit sa 76' et dernière représentation.

Galathée réussit beaucoup plus encore que Madelon. Ce n'est pas que le libretto de Jules Barbier et Michel Carré fût jugé de qualité supérieure : on lui reprochait, et ces critiques ont trouvé récemment, en la personne de M. Camille Bellaigue, un fin lettré pour les formuler à nouveau, d'être en désaccord avec la tradition et d'avoir ainsi perdu tout ou partie de sa poésie. Comme le Pygmalion de l'antiquité, celui de Jean-Jacques Rousseau s'était écrié : « Que

l'àme faîte pour animer ud tel corps doit être belle! > Et les librettistes tendaient à démontrer

que celte enveloppe charmante recouvrait tous les vices et qu'ainsi la beauté n'était que mensonge. Mais la musique avait assez de grâce par elle-même pour triompher de ces oppositions faites au nom de la philosophie. Victor Massé a sa place en effet dans l'histoire de l'opèra-comique français; c'était uu tempérament musical où se fondaient, en un ensemble heureux, la sensibilité vraie, l'émotion communii^ative, la pensée sobre et juste, la gaité simple et franche. C'était une nature, comme on dit volontiers aujourd'hui; beaucoup d'efl'efs lui appartiennent qu'on a depuis attribués à tel ou tel maître, à Ch. Gounod, pour ne citer qu'un noml On s'en aperçut clairement à l'époque où il donna Paul et Virginie; il semblait emprunter, alors qu'il reprenait simplement son bien l

Par un singulier hasard, il arriva que sur les quatre rôles de la pièce trois faillirent changer ou changèrent de titulaires presque au lendemain de la première. D'abord, M.'°' Ugalde dut interrompre ses représentations pour raisou de santé ; puis, Mocker quittant le théâtre, laissa son rôle de Gaoymède à Delaunay-Ricquier et les fonctions de régisseur général de rOpéra-Comique à son camarade Duvernoy (15 mai); enfin M"" Werlheimber, qui avait créé le personnage de Pygmalion, primitivement destiné i Battaille, se vit remplacée à son tour par un débutant dont le nom suffit à rappeler la fortune, Faure ; seul, le banquier Midas, représenté par 8ainte-Foy, était resté, comme toujours, fidèle à son poste, et pendant bien des années il a continué de venir acheter au sculpteur amoureux sa belle statue, car Galathée n'a

presque jamais quitté le répertoire ; on Ta revue encore à la place du Châtelet, et nous avons constaté qu'à la salle Pavart le chiffre de 350 représentations avait été dépassé.

Malgré sa valeur et son succès, l'œuvre eut dès l'origine ses détracteurs, et, vu la signature de ses auteurs, il est piquant de rappeler aujourd'hui certaine appréciation extraite des « Mystères des théâtres en Î852 », ouvrage devenu fort rare et publié par les frères de Goncourt et Cornélius Wolff, Voici le passage, dans toute sa naïveté : « Notre collaborateur Cornélius Wolff est malade en sortant de la première représentation de Galathée, La contraction musculaire q u'il s'était imposée pour ne pas bâiller lui a donné une névralgie qui le fait beaucoup souffrir.» Et c'est tout î

Après la série des nouveautés, voici venir toute une suite de reprises : le 23 avril, la Perruche; le 7 mai, les Voitures versées; le 28 mai, VIrato; le 30 juin, Actéon; le 5 juillet, la Sirène.

La Perruche^ où Couderc succédait à ChoUet, devait être jouée 19 fois, et ne plus revenir qu'en 1860 pQur disparaître l'année suivante, et définitivement. Les Voitures versées, qui dataient de 1820, ne s'étaient pas montrées encore à la salle Favart et divertirent le public presque autant qu'à Torigiae, puisqu'elles se maintinrent quatre années de suite au répertoire, sans parler de la dernière reprise, qui eutlieu en 1868. Ces deux petits actes comptent d'ailleurs parmi les plus jolis qu'ait écrits Boieldieu, et le libretto même de Dupaty ne manque pas d'originalité avec son héros faisant disposer les abords de sa propriété, située sur la grande roule^ de façon que la diligence lui verse les convives dont son humeur a besoin. Les deux rôles d'hommes y étaient tenus par Bussine et j

Sainte-Foy, les deux rôles de femme par M"" Favel et Miolan.

Ij Irato, lui aussi, obtint un succès honorable, soit 29 représentations en deux ans, et servit au début d'un baryton, Meillet, ancien élève du Conservatoire qui depuis s'était produit, non sans éclat, au Théâtre- Lyrique, alors Opéra-National. L'histoire de cet ouvrage est trop connue pour qu'il soit nécessaire de la rappeler. Disons seulement qu'il occupe en somme, dans l'ancien répertoire, une place musicale analogue à celle du Caïd dans le nouveau. Méhul «t Ambroise Thomas, musiciens sérieux, ont eu leur jour de bonne humeur ; ils ont voulu plaisanter l'école italienne, et ils ont fait une œuvre qui tient tout à la fois de l'imitation et de la parodie. Ajoutons que V Irato n'a plus été revu à Paris qu'une fois, en 1868, au Théâtre-Lyrique; mais il y fit triste figure. Albert de Lasalle nous apprend que les acteurs le jouèrent « trop lugubrement. » Quoi qu'il en soit, la chute fut lourde, et la pièce ne s'en releva plus.

La reprise d'Actéon fut la dernière qui se produisit à la salle Favart ; après 29 représentations en deux ans, ce petit acte, né en 1836 de l'heureuse collaboration de Scribe et Auber, disparut définitivement : il avait servi du moins à assurer le succès personnel de Jourdan, Ooulon, M"" Révilly, Decroix et surtout de M"" Miolan, qui tendait de plus en plus à occuper alors la première place parmi les cantatrices du théâtre. La reprise de la Sirène, quelques jours plus tard, ne fit qu'ajouter à la notoriété de la jeune cantatrice ; à côté de Boulo (Scopetto), Ricquier (Popoli), Jourdan (Scipion) Nathan (Bolbaya), M"*' Miolan sut faire preuve d'une virtuosité qui ne le cédait en rien à celle de la créatrice du rôle, M"« Lavoye, et Ton ne

comprit pas pour quelle cause elle ne parut qu'une fois dans cette pièce, dont le succès alors était loin d'être épuisé, puisque nous la retrouverons encore à la salle Favart.

La série des reprises était close pour Tannée ; celle des nouveautés comprenait encore cinq ouvrages, dont trois devaient fournir une carrière pour le moins honorable. Parmi ces trois privilégiés ne figure point la Croix de Marie, opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Lockroy et Dennery, musique d'Aimé Maillart, représenté le 19 juillet. On ne savait trop comment baptiser Toeuvre, puisqu'on l'appela tour à tour aux répétitions le Baiser de la Vierge et la Vierge de Kerno; on ne sut jamais mieux en définir le caractère littéraire et musical ; le poème semblait empreint d'un mysticisme assez sombre, qui seyait mal au cadre de l'Opéra-Oomique ; la musique reflétait des influences diverses qui en compromettaient l'ordonnance générale et en faisaient paraître le style « tourmenté », nous apprend un contemporain. Dans ce doute, le public s'abstint, et son indifférence ne permit pas aux représentations de dépasser le chiffre de 28.

Les Deux Jaket, d'abord appelés Lucy, furent plus heureux ; venus au monde le 12 août, ils ne se maintinrent pas moins de trois années au répertoire; c'était plus qu'on n'en pouvait attendre de cet acte sans prétention, dont Planard avait écrit les paroles et Justin Cadaux la musique. Huit années auparavant ces deux auteurs avaient donné les Deux Gentils^ hommes; ils donnaient aujourd'hui les Deux Jaket; on voit qu'ils avaient l'habitude de procéder par paire. Quant à ce dernier titre, un peu énigmatique, disons, pour satisfaire une curiosité légitime, qu'il s'agit d'un nom propre, que Jaket ne désigne pas plus un

jeu qu'un habit, et qu'en somme les Deux Jaket se réduisaient à un seul, matelot de son état, honnête homme et dancé timide, revenant en Hollande où, victime d'un quiproquo, il est pris pour un homonyme, marin aussi, mais autrefois amateur de beau sexe et mort depuis dans un naufrage.

Tout finissait d'ailleurs le plus moralement du monde, comme dans Topéra-comique en trois actes, de Sauvage pour les paroles, de Reber pour la musique, intitulé le Père Gaillard et représenté le 7 septemble. C'est un petit drame intime où Francine, rhonnéte femme, doit se justifier des soupçons que fait naître en son mari un héritage brusquement tombé dans la maison; le désappointement des parents qui convoitaient la somme et se prétendent frustrés, forme un puissant contraste avec l'émotion de Gaillard, cabaretier-poète, menant de front le commerce et les vers, ami fidèle et protecteur des amoureux, comme un autre Hans Sachs. Cet heureux mélange de' situations touchantes et honnêtement gaies donnait à l'œuvre l'allure d^un véritable opérateur, tel qu'on l'eût compris au temps de Dalayrac et de Grétry. La partition de Reber pouvait entretenir encore cette illusion; supérieure au précédent ouvrage des mêmes auteurs, la Nuit de Noël^ elle contenait plus d'une page expressive et bien venue; le charmé de la mélodie, le souci de la facture, la délicatesse , des harmonies, la sobriété des effets, la simplicité des moyens employés, voilà quelques-unes des qualités dont le compositeur ne manquait jamais de faire preuve dans sa musique de chambre ou de théâtre. Et cependant le Père Gaillard n'a jamais été repris! Bien chantée par Battaille, auquel succéda Bussine, et par M"" Andréa Favel remplaçant hâti-

vement au dernier moment M"' Darcier, qui voulut renoncer alors non seulement au rôle mais au théâtre de rOpéra-Gomique, où sa réapparition n'avait pas duré une année, la pièce eut contre elle cette mauvaise chance de venir après Si fêtais roi^ un des plus grands succès du Théâtre-Lyrique, et disparut des affiches après y avoir figuré 75 fois en trois années.

Une carrière, relativement aussi longue, ne devait pas être fournie par les Mystères dHJdolphe^ trois actes de Scribe, Germain Delavigne et Clapisson, qui furent donnés pour la première fois le 4 novembre. Le poème, assez obscur en son intrigue, avait une couleur sombre qui s'alliait mal aux procédés clairs et limpides du musicien : bref, les Mystères d'Udol phe sombrèrent à la sixième soirée. |

Marco Spada eut, le 21 décembre, un sort plus brillant ; c'était la rentrée à TOpéra-Oomique d'un maître qui depuis quelques années semblait se laisser attirer par rOpéra, et 78 représentations payèrent sa bienvenue. Il appartenait à ceux qui jadis avaient montré, sous les traits de Fra DiavolOy le brigand italien amoureux et galant, de le présenter avec Marco Spada comme un bon père de famille ; Scribe et Auber firent de leur héros le modèle des vertus domestiques ; et l'on jugera de la délicatesse de ses sentiments à ce seul fait que, frappé mortellement par la balle d'un carabinier, il tombe en reniant sa fille qu'il adore, pour ne pas lui laisser un nom trop compromis l La partition ne compte pas parmi les meilleures i d* Auber, et cependant il faut constater que nulle ne ' reçut un plus favorable accueil entre Haydée et le Premier Jour de bonheur, soit en l'espace de vingt j années. Oe qu'il y eut peut-être de plus intéressant 1 daDs cette première représentation, ce fut le début

d'une jeune cantatrice, portant un nom déjà célèbre au théâtre, pleine de talent elle-même, et devant marquer son passage à la salle Favart par quelques créations importantes, M"° Caroline Duprez.

Cette acquisition, jointe à celle de M'" Bélia, qui déïiuta le 3 1 décembre dans le rôle de Madelon de la pièce dece nom, compensait dansune certaine mesure, outre la perte de M"' Darcier, partie, cette fois pour toujours, nous l'avons dit, celle de M"°Atina Lemaire, engagée à Bruxelles, et de M'" Pelit-Brière, retournant au Théâtre-Lyrique, où elle avait fait ses premières armes sous la direction d'Adolphe Adam. De même, du côté des hommes, le regret que devait causer le départ d'Audran, engagé à Marseille, d'Hermann-Léou et de Mocker, organisant des tournées en province et à l'étranger, était atténué par l'arrivée d'un jeune baryton, élève de Ponchard, qui, aux derniers concours du Conservatoire, avait remp'^'^t'^à l'unanimité, le premier pris de chant et le pre prix d'opéra-comique. Faure débuta le 20 oclt nous l'avons dit, dans le rôle de Pygmalion, de ( thée, puis dans celui du tambour-major du Caïd du premier coup, il fut aisé de comprendre qu'o trouvait en présence d'un artiste de premier oj Dans un journal du temps, nous avons retrouv jugement porté sur le nouveau venu : « Il pos une belle et bonne voix qu'il conduit avec art, goût; il est excellent musicien, hien fait de sa sonne, comédien autant qu'on peut l'être à son et à son début. Il a donc réussi autant que possi il a été applaudi, rappelé. Ses amis n'ont plus qu chose à lui souhaiter, c'est de rester ce qu'il est, c à-dire modeste, et de ne pas se croire un g homme parce qu'il a bien joué et bien chanté un

d'opéra. » Celui dont on parlait ainsi devait, comme Roger, appartenir à nos deux grands théâtres de musique et y occuper la première place.

Tandis que la troupe se modifiait ainsi, la salle Favart subissait quelques changements dignes d'être rappelés. La place sur laquelle elle était bâtie s'était de tout temps appelée, en souvenir de ses premiers occupants, place des Italiens. Par décret du 13 avril, le nom de place Boieldieu fut substitué à l'ancien ; on avait un instant pensé à Nicolo ; mais quelques protestations surgirent dans la presse, et l'auteur de Joconde dut céder le pas, c'était justice, à l'auteur de la Dame blanche. Puis, le 2 décembre, les théâtres reprirent la dénomination qu'ils avaient sous le premier Empire, et Ton vit de nouveau briller en lettres d'or sur le monument : Théâtre Impérial de l' Opéra- Comique. Enfin, par une attention délicate du ministère des Beaux- Arts, quatorze bustes en marbre furent commandés à divers artistes afin d'orner le foyer ; savoir : huit pour les musiciens : Monsigny, Grétry, Dalayrac, Méhul, Berton, Boieldieu, Nicolo, Herold ; six pour les auteurs dramatiques : Favart, Sedaine, Marmontel,Marsollier, Saint-Just, Etienne.

Entre temps, à la date du 16 novembre, une représentation extraordinaire avait eu lieu pour célébrer solennellement la réunion du Louvre et des Tuileries, et le Prince-Président y assista. Le Domino noir fut donné avec Ponchard, Duvernoy, Nathan, M°*** Blanchard, Félix, Decroix, Révilly, dans les rôles secondaires, Couderc, dans le rôle d'Horace qu'il avait créé, et M"*® Ugalde dans celui qui avait sepvi à ses débuts. Au second acte, un pas de ballet fut dansé par M^*" Priora, Mathilde et Louise Marquet, venues de l'Opéra. Enfin, entre le deuxième et le troisième

acte, uae sorte de cantate fut exécutée, dont Méry avait écrit les paroles et Adolphe Adam la mugiqae. Daus cette scène, intitulée la Fête des Arts, chants de l'Avenir, figuraient quatre personnages : la Musique, représentée par M"" Ugalde ; la Poésie, par M,"* Lefebvre; la Sculpture, par M"° Wertheimber, et, sous les traits de Battaille, un Africain, venu d'Algérie pour chanter ce couplet bizarre :

Entre les cités la première, Paris aux rayons éclatauta, Nous venoDS chercher ta lumière, Eteinte chez nous par le temps.

Sur nos monts, comme l'aigle antique, Ton aigle trouve un libre accès ; La Tapeur, sur la mer d'Afrique, Est an poat sar le lac français!

Il faut avoir la mélodie facile pour se sentir inspiré par une telle poésie. Plus loin, d'ailleurs, l'aimable compositeur avait fait appel à ses souvenirs, et par une flatteuse attention pour l'élu du peuple, il avait eu soin de placer l'air de la reine Hortense sous ces autres vers non moins dignes de remarque :

De sa mère chérie

Il se souvient touiours,

France, ô toi. Patrie

Des beaux-arts, des amours 1

Son cœur reconnaissant :

La lyre d'une mère

Le berçait en naissant I

Après ce couplet, reçu avec transports, dit un journal de l'époque, « la toile du fond s'est relevée, soutenue par deux génies, et le Louvre réuni aux Tuileries s'est présenté aux regards, en même temps que

l'on voyait descendre deux autres génies portant une couronne impériale et que tous les artistes, qui remplissaient le devant de la scène, dans les costumes les plus variés, agitaient des palmes vers la loge du prince et entonnaient le chœur final. » Quelques jours plus tard, les gazettes enregistraient la liste curieuse des cadeaux distribués à cette occasion: MM. Emile Perrin, Méry, Ad. Adam, Battaille recevaient chacun une tabatière enrichie de diamants, M™* Ugalde une broche montée en diamants et en pierres précieuses, M"® Wertheimber un bracelet en diamants. M"® Lefebvre un bracelet en émeraudes.

La cantate d'Adolphe Adam était venue s'ajouter aux neuf ouvrages nouveaux donnés pendant l'année 1852, dont cinq en trois actes, deux en deux, et deux en un, soit en tout vingt-un actes, tandis que Tannée précédente n'avait vu naître que quatre pièces nouvelles comprenant huit actes. Il y avait donc supériorité au point de vue de la production, mais il y eut infériorité au point de vue des recettes. 1851 avait doQné 924,613 fr. 90 c, 1852 donna 894,299 fr. 47 c. C'est que le gros succès de Tannée musicale, Si fêtais Roi! ne s'était pas produit à TOpéra-Oomique ; à cette différence de 30,000 francs on mesurait donc le tort matériel que pouvait faire à la salle Favart cette rude concurrence du Théâtre-Lyrique.

A la différence de nombreux directeurs, dont les noms importent peu, M. Perrin aimait les jeunes ; il ne craignait pas d'accueillir les débutants, et il le prouva, par exemple, en montant le Miroir (19 janvier 1853). Ce petit acte de Bayard et d'Avrigny offrait au musicien, M. Gastinel, prix de Rome en 1846, une suite de scènes plus favorables aux couplets qu'aux scènes dramatiques ; c'était de la magie, si l'on veut,

mais de la magie à Teau de rose, où les sorciers n'ont rien d'eflfrayant, où le miroir n*est pour ainsi dire quMn piège à alouettes^ destiné à prendre les amoureux. Parmi les morceaux, plusieurs étaient agréa* blement tournés, quoiqu'un critique du temps y eût relevé « un orchestre trop bruyant et une facture un peu prétentieuse. 9 Mais quel débutant n'a jamais encouru de tels reproches! Certes M. Gastinel eût dû y être exposé moins qu'un autre I Personne, en tout cas, De se trouva pour adresser cette critique à Adam quand il donna quinze jours plus tard sa spirituelle bouffonnerie du Sourd ou Vauberge pleine. Peu de pièces ont subi depuis leur origine plus de changements et même plus de déménagements. Avec ou sans musique, leSourd a été entendu un peu partout ; partout il s'est fait bien accueillir, parce que le point de départ en était amusant, et que sur cette donnée carnavalesque chacun, arrangeur ou interprète, pouvait laisser libre cours à sa fantaisie. Tout d'abord en trois actes, la comédie de Desforges est représentée au théâtre Montausier en 1790; le Gymnase se l'approprie en 1824 et la réduit en un acte ; le Palais- Royal lui rend un second acte et la joue en 1852. Arrivent les librettistes de Leuven et Lenglé, qui reconstituent les trois actes primitifs, et la musique d'Adam, fort appropriée au sujet, est applaudie à rOpéra-Ck)mique le 2 février 1853. Une nouvelle odyssée^commence, et l'on retrouve le Sourd au Théâtre- Lyrique en 1856, aux Fantaisies-Parisiennes du boulevard des Italiens en 1869, à la Gaité, sous la direction Vizentini en 1876, jusqu'à ce qu'il revienne à son point de départ, l'Opéra-Comique, en 1885.

Deux jours après la première représentation du Sourd avait lieu celle des iVoces de Jeannette. MM. Mt>

Or, de ces onze pièces en un acte, quatre se sont maintenues assez longtemps au répertoire, savoir : les Trovatelle^^ les Sabots de la Marquise^ le. Chien du jardinier et Maître Pathelin, Les pièces en deux actes ont, au contraire, échoué toutes les trois» Pour le&azx pièces en trois actes, une seule a réus&i, celle de Meyerbeer*

En réalité tout est éclipsé par elle, et l'importance de ce fait caractéristique jixsti&e Tétude que nous lui consacrons au début du présent chapitre : car ce n'est plus une simple victoire, c'est un pas décisif dans la voie nouvelle où s'engage le vieux genre de Topéracomique. Quant aux reprises , elles deviennent moins fréquentes ; pendant la période qui nous occupe on ne remettra guère à la scène que des ouvrages en quelque sorte appartenant au répertoire courant, le Pré aux Clercs^ les Diamants de la Couronne, les Mousquetaires de la Reine : deux seulement n'avaient pas été joués depuis dix ans, Jean de Paris et Zampa; tous avaient déjà figuré sur L'affiche de la seconde salle Favart.

Si l'on voulait écrire une monographie complète de VEtoile du Nord^ il faudrait remonter au 7 décembre 1844. Ce jour-là on inaugurait à Berlin le nouveau Théâtre Royal, construit pour remplacer l'ancien qu'un incendie avait détruit, comme celui même dont nous racontons ici l'histoire. A cette occasion, Meyerbeer avait composé un opéra en trois actes intitulé le Camp de Silésie; puisse une œuvre semblable venir au monde à Fheure, hélas I indéfiniment retardée, où la troisième salle Favart renaîtra e ses cendres 1 Le succès fut tel qu'on joua bientôt ouvrage à Vienne sous le titre de Vielka^ et qu'il fut uestion de le monter à Paris. Nous avons raconté

célèbre finale ; au troisième acte, enfin, le trio de la voix et des flûtes. A défaut de ces indications précises un fait suffirait seul à démontrer la situation délicate dans laquelle se trouvait ^éditeur et Tinanité de ses appréciations : c'est que le jour où se leva l'Etoile du Nord, on n'entendit plus parler du Camp de Silésie, la partition complète n'en fat même jamais gravée, et en dehors du théâtre de la Cour qui possède le manuscrit ayant servi aux représentations, on n'en connaît qu'une seule et unique copie appartenant à M. Spoelberg de Lovenjoul, Térudit bibliographe belge.

Quant à V Etoile du Nord, qui, détail amusant, avait failli s'appeler VEtoile polai7'e et avait môme été annoncée un instant sous ce titre plus froid que brillant, elle obtint un succès immédiat, complet et retentissant. Tous les interprètes étaient de premier ordre, et les plus petits rôles avaient trouvé en de grands artistes des interprètes remarquables et dévoués ; il suffit de rappeler Battaille, Mocker, Jourdan, Hermann-Léon, M"-* Caroline Duprez, Lefebvre, Lemercier et Decroix ; l'orchestre et les chœurs avaient remarquablement fonctionné sous la direction énergique de Tilmant; enfin, la mise en scène et la décoration faisaient vraiment honneur à l'intelligence artistique du directeur. Aussi, l'empressement du public fut'il extraordinaire. Une indisposition de M^ï* Duprez mit huit jours d'intervalle entre la deuxième et la troisième représentation ; mais depuis ce moment jusqu'au 28 juillet, où la pièce atteignit sa soixante-quatrième représentation, VEtoile du IVord fut jouée régulièrement trois fois par semaine, et même quatre par exception. Le 16 octobre, après une interruption causée par le congé annuel de Bat-

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La Nouvelle-Orléans, Cologne, Darmstadt, Munich, Hambourg, Cassel, Leipzig, Brunswick, Hanovre, Brème, Wiesbaden, Erfurt, Mayence, Vienne, plus de trenle-cinq villes, et partout le public s'y portait en foule et témoignait d'un indéniable engouement. De bonne heure aussi la popularité s'en était emparée. Moins d'un mois après la première représentation on signalait déjà VEtoile du Nord comme enseigne à un hôtel meublé situé sur Tun des quais de Paris, et à un grand magasin de nouveautés du Faubourg-- Montmartre. Il lui fallait aussi la consécration d'une parodie, et elle l'eut, en effet, le 31 mars, aux Délassements-Comiques, avec une plaisante bouffonnerie ainsi dénommée : les Toiles du Nord, par MM. Guénée, A. Monnièr et A. Flan, musique de Meyerbeer, Auber, Donizetti, etc., mise en désordre (sic) , par M. Krie* sel. La pièce, où le noble czar était devenu un vulgaire industriel débitant les produits de sa manufacture, était précédée d'un prologue bon à rappeler, car il témoigne du respect des auteurs et combien ils s'inclinaient devant le génie du musicien, s'excu*» sant :

Pauvres pygmées De menacer le trône du géant.

O JMeyerbeer, ajoutaient-ils,

En contemplant ton étoile argentée.

Pour composer ce chef-d'œuvre immortel, Tout Paris croit que, nouveau Promélhée, Ta main osa ravir le feu du ciel.

Somme toute, ils n'en voulaient qu'au poème :

... Est-ce donc un grand crime D'en rire un peu ? car tel est notre but.

C'est le serpent qui veut mordre la lime.

C'est l'écolier corrigeant l'Institut.

MHMMMMAM^nM

savait tout ce que Ton peut apprendre. Par exemple, il assistait à la première représentation des Porche^ ronsy et comme Grisar venait le remercier de l'honneur qu'il lui faisait en daignant écouter son œuvre : a Monsieur, répondit Meyerbeer, je viens prendre des leçons d'opéra-comique! » Le mot est piquant; l'auteur de VEtoile du Nord^ à laquelle il travaillait alors, était assez fin diplomate pour le dire sans y croire ; il était aussi assez bon connaisseur pour y croire en le disant. De fait, il avait profité de l'enseignement et réduit, pour ce cadre nouveau, la dimension ordinaire de ses toiles. Mais si humble qu'il eût tâché de se faire, il était demeuré grand. Aussi ne pouvonsrnous, sans quelque émotion, feuilleter les premières épreuves de cette partition d'orchestre que le hasarda fait tomber en notre possession. Toutes ces pages sont là, revues et corrigées par cette main qui trahit en son écriture la vivacité de la pensée et Ténergie de la décision. En traçant ces lignes, Meyerbeer ne se doutait pas qu'il allait, plus que personne, modifier le caractère de ce théâtre où il donnait sa pièce ; il apportait la force et la puissance sur une scène où Ton s'était presque toujours contenté jusque-là de grâce et d'esprit; il élargissait ce cadre un peu étroit ; il poussait l'opéra-comique dans la voie de l'opéra : le temps lui a donné raison.

Après VEtoile du Nord^ il était à craindre que le premier ouvrage en trois actes, coulé dans le vieux moule, ne parût bien petit. Victor Massé risqua la partie et en 20 représentations la perdit. La Fiancée du Diable, jouée le 5 juin, avait pour auteurs Scribe et Romand, qui s'étaient inspirés pour leur livret d'une légende ayant cours au pays d'Avignon et déjà mise en vers par Jasmin sous le titre de Francounetta.

scène le maréchal de Saxe et M"* Pavart, une troupe de soldats et une troupe de comédiens. Le maréchal de Saxe s'appelait Duveinoy, et M"" Pavart, M"* Andréa Pavel. Leur talent ne suffit pas à plaider avec succès la cause du compositeur, Varney, qui vivait toujours sur la réputation de son Chant des Girondins, et la treizième représentation fat la dernière.

Un mois plus tard, le 16 septembre 1854, avait lieu une des reprises les plus importantes de cette période, importante et par la valeur de l'œuvre et par la qualité' des interprètes. Croirait-on que le Pré aux Clercs, cette pièce classique, n'avait pas reparu sur l'afûche depuis 18497 II faut ajouter qu'une telle interruption rentrait assez dans le système de M. Perrin : produire de l'effet et par conséquent amener la recette, même avec un vieil ouvrage. Volontiers il le laissait, pour ainsi dire, reposer quelque temps, semblait l'oublier, puis tout à coup le rappelait à la .vie et au succès par une distribution brillante et une mise en scène soignée. Ainsi fit-il pour le Pré aux Clercs, où furent applaudis M"' Miolan-Carvalh" """ belle), M°" Colson, venue du Théâtre-Lyrit débutant à la salle Pavart dans le rôle de la 1 M"' Lefebvre (Nicette), MM. Puget(Mergy), Coi {Comminges), Sainte-Foy, (Cantarelli) , Bi (Girot), L'événement répondit aux calculs du eur ; cette reprise fournil 46 représentatio 1854, et 44 l'année suivante. C'est, parparentb la suite de la représentation gratuite donnée, ei année 1855, à l'occasion de la prise de Séba:

tait seul de la création, soit avec MM. Puget Delaunay-Ricquier, M'" Boulard (Athénî^s' Qa (Berlhe) ; enfin, le 26 août, Marco Spaô 3uprez (Angela), M"* Favel, MM. Jourdai Bussine, Carvalho et Paure ; ce derolE

>o' rapreseinai,-

ri

Depuis on ne l'a plus revue, si ce n'est au Châteaud'Eau ; autant dire qu'elle n'a pas été reprise. Elle mériterait cependant de Tétre.

Le 13 février on donnait un acte encore, mais moins bien accueilli que le précédent, puisqu'il ne compta que 38 représentations. Il avait pour auteurs d'une part Jules Barbier et Michel Carré, de l'autre Victor Massé ; seulement, Miss Fauvette ne valait pas les Noces de Jeannette, On y voyait un Anglais, inimitable d'ailleurs en la personne de Sainte-Foy, cherchant à faire taire une jeune voisine qui gazouillait tout le jour comme un oiseau, et usant de mille subterfuges, violence, douceur, argent, pour éteindre l'ardeur de son gosier : ce qui peut passer pour une version dramatique de la fable bien connue, le Savelier et le Financier. A cette pièce se rattache un simple détail, prouvant que M^i* Lefebvre était alors le véritable terre-neuve de la salle Favart. Princesse ou paysanne, elle abordait tous les rôles avec une abnégation que pouvaient seuls égaler son intelligence et son talent. En 1851, le Songe d'une Nuit d^été avait été écrit pour M"® Ugalde ; au dernier moment une indisposition survint; M"' Lefebvre prit le rôle d'Elisabeth et le garda. De même, en 1855, Miss Fauvette avait été écrite pour M"® Miolan-Oarvalho ; sur ces entrefaites, il fut question de son départ de rOpéra-Oomique et de son engagement à l'Opéra, lequel n'eut pas lieu d'ailleurs ; M^*® Lefebvre se dévoua et fut payée de sa peine par des bravos unanimes.

Par une série de malchances, le reste de l'année

855 ne devait plus amener que des chutes, tout au plus des demi-succès; qu'on en juge par le chiffre des représentations : 12 pour Yvonne; 19 pour la Cour

s'appeler plutôt les Quatorze, car on avait oublié dans ce nombre le commandeur (Battaille) et le chevalier (Jourdan), les deux seuls amoureux sérieux, justement. Par une disposition originale, ces douze voix, réparties en trois groupes, tenaient lieu de chœurs et donnaient plus de légèreté à cette comédie, que Ton s'était efforcé de maintenir dans le ton du dix-huitième siècle. Le compositeur, Ambroise Thornas, avait écrit son principal rôle pour M*' Miolan-Carvalho, dont ce fut la dernière création à la salle Favart. Le mari avait déjà résilié, préparant en sous-main son entrée dans la carrière directoriale : la femme allait le suivre et remporter bientôt ces triomphes qui Tout associée au succès de tant de compositeurs.

Malgré Texcellence de cette marque de fabrique : Scribe et Auber, Jenny Bell^ le 2 juin, ne dépassa guère le niveau d'un succès d'estime. On aurait pu trouver quelque intérêt dans Thistoire de cette enfant abandonnée, protégée mystérieusement par un noble lord anglais, devenue cantatrice et finissant par épouser le fils de ce bienfaiteur, qui pour rapprocher et se faire aimer d'elle avait pris l'apparence et le nom d'un jeune musicien. C'était, comme on le voit, une nouvelle édition de V Ambassadrice; peutêtr« s'y joignait-il aussi quelques souvenirs d'un Suîlivan de Mêles ville et d'un Tiridate de Maxime Pournier. Jenny Bell, en tout cas, n'avait rien de commun avec Jenny Lind, comme on se plaisait à le dire avant la représentation. L'amour d'une actrice et d'un grand seigneur aurait plutôt éveillé le souvenir

Adrienne Lecouvreur et du chevalier d'Argental.

1 somme cette question d'origine laissa le public

différent et les trois actes d' Auber furent bientôt

Lbliés.

ordre signitiait que l'auteur était bien en cour. L'Empereur en effet vint à la première ; mais le public ne vint pas à la seconde, de sorte que la troisième n'eut jamais lieu.

Ce fâcheux début fut suivi d'un autre à peine plus heureux, l'Anneau d'Argent, « bergerie » en un acte, paroles de Jules Barbier et Léon Battu, musique de M. Deffès (5 jcillel). Le livret, que ses auteurs avaient d'abord baptisé la Ferme, suivant les uns, la Ferme et la Fabrique, suivant les autres, ne brillait pas par son intérêt. Prix de Rome en 1847, le compositeur devait s'estimer heureux qu'on eût enfin songé à lui ; mais le futur directeur du Conservatoire de Toulouse ne put en ce premier essai donner sa mesure ; il avait une revanche à prendre, et, quelques années plus tard, il la prit en effet avec les Bourguignonnes et le Café du Roi.

Il était écrit qu'en 1855 nulle autre nouveauté que le Chien du Jardinier ne se maintiendrait debout ; la malchance soufflait sur les compositeurs et renver leurs ouvrages tour à tour ; tous étaient frap même les habitués du succès, Victor Massé, Ainbn Thomas, Auber, et maintenant Montfort avec Deu

doivent compter daossoa- histoire: le concert spiri* tuel du 7 avril, où fut exécuté, sous la direction de Berliox^ son oratorio. VEnfançe du Christ,, précédemment entendu troisi fois de suite à la salle Herzi; la représentation eiitraordinaire organisée le 49 juillet, au bénéfice d'une troupe anglaise, avec le concours de la Comédie-Française et de l'Opéra, CaXn avec BeauvaUet et M"® Rachel, une Tempête dans un Verr^ d'Eau avec M"* Fix, la valse de Giselle et le pas de la folie dansés par Mérante et Petipa ; la représentation de gala donnée le 24 août en l'honneur de la reine d'Angleterre, où Haydée vit pour la circonstanfie les chœurs de VOp^ra-Comique doublés par Fadjonction de ceux du Théâtre-Lyrique ; surtout la représentation gratuite du 13 septembre, où, pour fêter la prise de Sébastopol, retentit la célèbre cantate d'Adolphe Adam, Victoire! C'était une véritable improvisation. La veille, à trois heures, il n'y avait rien de prêt ; vite on s'adresse à Michel Carré, qui écrit des vers sur-le-champ ; on les porte à Adolphe Adam qui se met au travail sans plus tarder : avant dix heures du soir la musique était faite et Ton copiait les parties» Pendant ce temps on brossait un décor ; on arrangeait des costumes ; Faure, Jourdan, Delaunay-Ricquier, Bussine répétaient, et, le soir, la cantate était si chaleureusement accueillie, que, pendant treize jours, elle accompagna le spectacle.

La première pièce nouvelle représentée en 1856 (23 février) fut Manon Lescaut, qui obtint 58 représentations la première année et 5 la seconde.

Ce n'était pas la première fois, et ce ne devait pas j la dernière qu'on transportait à la scène le roa célèbre de l'abbé Prévost. Scribe, à l'exemple ses prédécesseurs» ne se gêna pas pour modi&er à

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Opéra-Comique

Théâtre-Lyrique

Richard . . .

MiVI. Jourdan

MM. Michot (début)

Blondel . . .

Barbot

Meillet

Florestan . .

Delaunay-Ricquier

Legrand

Williams . .

Beckers

Gabel

Le Sénéchal

Duvernoy

Quinchez

Mathurin . .

Lemaire

1 Leroy

Un paysan .

Sainte- Foy

Guillot. . . .

Ghapron

Girardot

Urbain. . . .

Beaupré

Adam

Marguerite. .

Mmes Rey

M™es Brunet

Laurette. . .

Boulard

Pouilley

Antonio . . .

Bélia

Girard

Mathurine. .

Félix

Vadé

Colette . . .

Talmon

G. Vadé

Beatrix . . .

Lasserre

Gaye

Parmi tous ces noms deux sont à noter particulièrement : Barbot, qui venait de province après avoir passé par rOpéra, avait débuté récemment, le 11 mars, dans le rôle de Georges de la Dame blanche ; Michot débutait au Théâtre-Lyrique dans le rôle de Richard. Ajoutons que sous les traits de Blondel, le premier se tailla un double succès de chanteur et d'instrumentiste, car il jouait lui-môme sur le violon les variations du sultan Saladin.

A cette reprise succéda, le 2 juin, un acte de M. Daprato pour la musique, de E. Grange et La Rounat pour les paroles, Pâquerette. C'était une bluette sans importance. Le compositeur n'avait pas eu, en la traitant, la main aussi légère que pour les Trovatelles, et sa Pâquerette^ après 17 représentations la première

inée, une la seconde et une la troisième, se trouva mée, morte et oubliée.

Pour ramener la chance, M. Perrin se hâta de recourir à de nouvelles reprises, et l'on vit ainsi repaie.

croyait mieux à sa place à rOpéra-Oomique ; Pellegrin, parce que son prédécesseur lavait condamnée. M. Oarvalho, plus avisé, s'en empara.

M. Perrin n'eut pour se consoler d'avoir perdu les Dragons de Villars que les 23 représentations d'un opéra-comique en deux actes, le Sylphe^ paroles de Saint-Georges, musique de Clapisson. Ce sylphe et naturellement un beau jeune homme qui chantait à minuit sous la fenêtre de la rêveuse Angèle et, dans l'ombre du feuillage, lui avait conseillé d'épouser le marquis de Valbreuse; le mariage célébré, la voix du sylphe ne s'était plus fait entendre. Or, certain cousin amoureux vient tenter de rôder autour de la marquise, où le berne d'abord, puis on l'écoute, et quand le danger devient imminent, le sylphe se retrouve. C'est le marquis lui-même qui, sylphe en chair et en os, se jette aux pieds de sa femme pour se faire pardonner son mauvais carac- \

tère qui avait un instant failli troubler la paix du ménage. Cette baliverne, ornée musicalement d'ori- :

peaux médiocres, avait été représentée à Bade le 7 août précédent avec M"" Duprez, Mira, MM. Montjauze, Prilleux et Legrand. Elle convenait peut-être à un public cosmopolite et peu sévère en ses jugements ; :

le public parisien fut plus difficile, et, le premier soir (27 novembre), il réserva tous ses applaudissements pour les deux principaux interprètes : d'une part, <^

M'i® Duprez qui avait épousé le 13 septembre un accompagnateur de l'Opéra et s'appelait désormais M"' Vandenheuvel ; de l'autre, Paure qui dans cette

èce accomplissait un vrai tour de force, car il chant sur la scène en voix de baryton et dans la cou-

sse en voix de ténor, délicieusement d'ailleurs, et

vec une égale facilité dans les deux registres. Un

salle Favart, où elle faillit même être reprise en 1877 pour les débuts de M. Boyer, fournissant un total de 235 représentations. En 1887, Maître Pathelin a reparu au théâtre du Ohâteau-d'Eau, mais hélas! sans la distribution primitive ; on n'avait rencontré ni Couderc, qui dans le rôle de Pathelin atteignait la perfection, ni Berthelier, qui devait devenir un des plus célèbres comédiens de notre temps, et qui débutait alors sous les traits d'Aignelet, déjà plein de gaieté communicative, de verve malicieuse et de fantaisie originale.

Ce début venait grossir la troupe des recrues dont nous avons déjà parlé, M™« Gabel, MM. Barbot et Stockhausen; il y faut joindre les noms de Prilleux qui venait du Théâtre-Lyrique et débuta le 20 juin dans le Maçon ; d' Azéma, baryton qui arrivait de province après avoir appartenu jadis aux chœurs de rOpéra-Comique et qui débuta le 1" août dans Frontin du Nouveau Seigneur; d'Edmond Cabel, beaufrère de la cantatrice, jeune lauréat du Conservatoire, qui débuta dans V Ambassadrice; enfin, de M^^" Lhéritier, qui débuta dans la même pièce le 26 novembre, après avoir obtenu aux précédents concours du Conservatoire les premiers prix de chant et d'opéracomique, plus un second d'opéra et un second d'harmonie. Ainsi se trouvait comblé le vide laissé par les quatre partants de cette année 1856, Bussine, le vieux Ricquier, M"® Blanchard et le ténor Puget.

Dans ce bilan sommaire, quelques soirées méritent d'être rappelées : par exemple, celle du 17 mars, re- -^--ésentation gratuite où fut, après les Porcherons, écutée et bissée une cantate composée par Halévy r des vers de Michel Carré et Jules Barbier, à l'ocsion de la naissance du prince impérial. Citons

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