‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 64 sur 125 · EN FRANCS AU XIII* SIÈCLE I · texte numérisé non relu

EN FRANCS AU XIII* SIÈCLE I

voulaient aller à Compostelle par mer, se rendaient à Cap-Breton, dans les Landes, par Langoiran, Portets, THôpital. de Bessaut (écart de Lencouacq) , Mont-de-Marsan. Ceux qui préféraient la voie de terre passaient par Bordeaux, THospitalet de Bélîet, Muret, Vieux-Boucau, Bayonne, Saint-Jeàn-de-Luz, et suivaient de là le premier itinéraire ^

Tous les lieux cités possédaient des hospices de Saint- Jacques, stations naturelles des pieux voyageurs *. Comment la plupart de ces maisons, sinon toutes, sont-elles venues en possession de l'ordre du Saint-Esprit dès le commencement du XIII« siècle (avant 1220)? Nous ne l'avons pu découvrir. Il est probable toutefois que Tordre de Saint- Jacques, après avoir fondé tant d'hospices, se sera trouvé impuissant à les desservir et aura été tout heureux de trouver, dans les enfants de Gui de Montpellier, de précieux auxiliaires. Telle est du moins l'explication qui nous parait la plus naturelle '.

Une question plus difficile encore, est celle des relations dé Tordre du Saint-Esprit avec celui des Frères Pontifes. Elle a été posée par Pierre Saulnier en ces termes : « Si dans cet ouvrage il m'était permis de donner quelque place à la conjecture, je ne penserais pas errer beaucoup, eti revendiquant pour Tordre du Saint-Esprit, saint Jean Benezet, le thaumaturge de TOccitanie, le constructeur Pontife d'Avignon, l'architecte inspiré du ciel pour un ouvrage digne de la force de Samson *. » Il apporte ensuite

' L*abbé Pardiac, Histoire de saint Jacques le Majeur et du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle (Rewue de Gascogne, t. IV-VI, 1873-1875).

* Outre les hospices de ces voies principales, l'Ordre en possédait dans bien d'autres lieux, comme nie-en -Jourdain, Boulac, Thésicrs, Gaillac, etc.

' On a confondu souvent les chevaliers de l'Epéc Rouge avec les chevaliers de S. Jacques de la Foi et de la Paix^ créés aux XI 11* siècle par Amanieu I, archevêque d'Auch, pour combattre les Albigeois, et dont les derniers survivants se donnèrent à l'ordre des Feuillants en i66). Les documents du XVII* siècle concernant l'ordre du Saint-Esprit témoignent plus d'une fois de cette confusion.

* De capite sacri ordinis,,, p. 64.

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diverses raisons à Tappui de sa thèse. Sans aller aussi loin que le premier historien de TOrdre, nous ne sommes pas sans apercevoir, nousaussi, des liens mystérieux entre les fils de Gui et ceux de Benezet. Si nous demeurons impuissant à les définir clairement, du moins nous espérons apporter quelques documents, qui permettront à des historiens mieux placés de résoudre définitivement le problème.

Dans le courant du XII* siècle, l'Italie avait vu naître, dans la ville de Lucques, un ordre religieux destiné à faciliter aux voyageurs le passage des rivières, par l'établissement de bacs et de ponts. On l'appelait l'ordre de Saint-Jacques du Haut-Pas'. A la même époque, la France était, elle aussi, en possession d'un ordre de Pontifes. La fondation des deux ordres de but identique fut-elle indépendante, ou bien l'un n'était-il qu'une branche de l'autre'? Il est probable qu'on ne le saura jamais au juste. Quoiqu'il en soit, voici comment les traditions locales rapportent l'établissement des frères Pontifes français. Un simple berger, Benezet, originaire soit de Millau*, soit d'Hauvillar enVivarais % s'offrit, sous l'inspiration de Dieu, à construire un pont sur le Rhône à Avignon. Après avoir triomphé par ses miracles de toutes les résistances, il se mit à l'œuvre, en 1177. Il mourut, dit-on, avant l'achèvement de son entreprise * ; mais ses disciples la menèrent heureusement à terme.

Peu après l'achèvement du pont d'Avignon, ils entreprenaient, sous la conduite d'un frère nommé Etienne, « la

* L'hôpital de Saint-Jacqucs du Haut-Pas, bÂti par Philippe-le-Bel à Paris, appartenait à cet ordre, selon Du Breul et d'autres historiens. — Voy. Du Breul, Théâtre des antiq, de Paris, liv. II, p. 579 ; Hélyot, t. II, p. 278-281.

* Le P. Hélyot et Tabbé Grégoire font des Pontifes français une branche de ceux de Lucques. — Abbé Grégoire, Recherches histor. sur Us frères Ponti/a, 1818, p. 16-25.

' Saulnier, p. 6$.

* L'abbé Grégoire, op. ciL, p. xi.

* Théoph. Raynaud, Opéra, t. VIII, p. 148, dans Hélyot, t. II, p. 28;.

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fabrique du pont du Rhône », à Lyon ^ Puis les villes de Vienne ' et de Saint-Saturnin-du-Port * reçurent le même bienfait, et les frères construisirent le pont de laDurance, au lieu appelé depuis Bonpas ^ Il est à croire que là ne se bornèrent pas leurs travaux et que bien d'autres pays leur durent des communications plus faciles, bien que les historiens n'en fassent pas expressément mention.

Les frères Pontifes ne se contentaient pas de construire des ponts ; ils avaient soin d'élever, tout auprès, des hôpitaux, où ils recevaient les passants. Ainsi les cinq ponts cités plus haut jouissaient de cet utile complément. Or, chose remarquable, trois de ces hôpitaux au moins sur cinq, ont appartenu à Tordre du Saint-Esprit, comme il nous sera facile de l'établir.

D'abord, en ce qui concerne Avignon, on sait que l'hôpital du pont, ainsi que sa chapelle, étaient dédiés au Saint-Esprit et que la fête de la Pentecôte y était célébrée avec im grand concours de peuple *. Il est certain d'autre part que l'ordre du Saint-Esprit possédait à Avignon, dès le XIII* siècle, un hôpital du même vocable. Comment deux maisons de même nom auraient-elles pu se fonder en même temps dans la même ville ? Ajoutons que les Papes attribuaient à l'Ordre tous les hôpitaux dédiés au Saint-Esprit*. De plus, Pierre Saulnier rapporte qu'on

* Bulle de Lucius III, ii8}. — Guiguc, Notre-Dame de Lyon» Recherches sur l'origine du pont de la Guillotière et du grand Hôtel-Dieu {Mém. de la Soc. Littéraire de Lyon, 1877, p. 201).

* Leblanc, Pont du Rhône entre Vienne et Sainte-Colombe {Congrès Archéol. de France, 1879, p. 96.

' P. Hélyot, t. II, p. 286. — Les enfants assistés au Pont-Saint-Esprit, (Bull. de la Soc. Dép. d'Archéologie, t. XVII, 188^, p. j20-pj). *Abbé Grégoire, Op. cit., p. 25.

' Saulnier, p* 65.

* Bulle de Sixte /V, 1470 : Nos.... omnia et singula alia hospitalia dicti ordinis, et sub vocabulo Sancti Spiritus intitulata, ab ipso nostro Hospitali In Saxia dependere, mullique alio monasterio, hospitali,.... ctiam si longeva consuetudo aut submissio alia repugnarent.... decernimus pariter et declaramus {Diplom,, I, p. 96).

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voyait encore de son temps la double croix sculptée sur la porte d'une grange de Malossène, appartenant à Thôpital d'Avignon '.

S'il est difficile de refuser à Tordre du Saint-Esprit la possession de l'hôpital du pont d'Avignon, il y aurait plus de difficulté encore s'il s agissait de celui de Lyon.

Il existait à Lyon un hôpital du Saint-Esprit apparte* nant à l'Ordre, car on lit dans l'acte de visite de frère Jean Monette, visiteur général en 1288, les lignes suivantes: « Selon l'invitation qui nous en a été faite par le précep* teur lui-même, nous avons vu et visité la maison hospi" talière du Saint-Esprit de Lyon, de la collation de Dijon. Pendant notre séjour, nous avons constaté, d'après les registres des propriétés et les comptes des dépenses, que les Statuts de l'Ordre n'y sont pas observés assez religieusement, tant au spirituel qu'au temporel ' » Mais Lyon

possédait au moyen-âge trois hôpitaux : lequel des trois appartenait à l'Ordre ? Il est incontestable que ce fut celui des frères Pontifes, bâti à la tète du pont de la Guillotière, c'est-à-dire, sur l'emplacement actuel de THôtel-Dieu.

Nous en trouvons la preuve dans un mémoire fort étudié de M. Guiguepère. On y voit en eflfet que la chapelle de l'hôpital du pont était dédiée au S. Esprit * ; — que le pont, de même que celui de Saint-Saturnin-du-Port, s'appelait quelquefois le pont du Saint-Esprit * ; — que tout auprès était un bâtiment, appelé VAumônerie du Saint-Esprit du Pont du Rhône. C'était l'entrepôt « où se centralisaient et se répartissaient les offrandes faites à

* Saulnier, p. 66

* Secundum invitattonem ab ipso Praeceptore nobis factam, vidimusac visitavimus domum hospitalariam Sancti Spiritus de Luçduno, collationis de Divione, in qua commorati fuimus; cujus ac pertinentiarum suarum nobis impense rationibus relatis, recognovimus statuta ordinis in illa non satis religiose observari, tam pro temporali, quam pro spirituali (Diplom», II, p. ^72).

* Guigue, Notre-Dame de Lyon^ p. 208.

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