‹ Histoire de l'Université de Valence et des autres etablissements d'instruction de cette villeChapitre 23 sur 69 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Le séminaire diocésain de Valence a été le premier établissement de ce géiire fondé dans le royaume. — Fondation d*un collège par les consuls.

Nous avons dit dans le chapitre précédent que le séminaire diocésain, fondé parTévêque de Valence en 1639, devait être regardé comme la première institution de ce genre non-seulement du Dauphiné, mais encore de toutes les autres provinces du royaume. Cependant un vénérable ecclésiastique de Saint-Sulpice a publié en 1841, une Vie de M. Ollier dans laquelle il soutient que le premier séminaire de France fut celui de Vaugirard , à Paris. Selon lui, les historiens qui ont fait honneur de cette priorité au séminaire de Valence ont émis une assertion démentie par les témoignages contemporains. « Les renseignements qu'on nous a donnés à Valence même, ajoute-t-il, setnblent supposer que le séminaire de celte ville ne fut d'abord qu'un séminaire-collège, comme tous ceux que dirigeaient alors les Oratoriens. Du moins le collège de Valence, ayant été établi en 1643, fut annexé à perpétuité au séminaire et fixé dans la même maison (1). »

(4) Vie de M. Ollier, tom. I, pag. i08.

Mais, en énonçant une opinion aussi' affirmative , le savant sulpicien a été mal servi par ses souvenirs, ou bien il a puisé à des sources qui n'étaient p^s véridiques. Borclli, qu'il traite S! auteur trop récent^ avait été élevé dans la congrégation de M. d'Authier, par le ministère de qui Dieu l'avait retiré du siècle. Cet auteur (1) ne dit et n'affirme rien sur l'établissement du séminaire de Valence qu'il n'ait vu de ses propres yeux , pendant les longues années qu'il fut attaché à la personne du fondateur, ou qu'il n'ait appris de témoins qui l'avaient connu dès sa plus tendre jeunesse.

Au reste, pour justifier ses assertions, iln'y a qu'à jeter un coup d'oeil sur l'histoire de l'établissement de nos divers séminaires. Celui de Vaugirard ou Saint-Sulpice fut fondé par M. OUier en 1642, et définitivement constitué en 1645, celui de Rhodez et celui de Limoges furent fondés en 1647, celui de Nantes, en 1648; celui d'Aix, en 1650; ceux de Viviers et de Lyon, en 1651 ; celui d'Avignon, en 1652; ceux du Puy et de Clermont, en 1653. Saint Vincent de Paul ne fonda celui de Saint-Charles, près de Saint- Lazare, qu'en 1642; le P. Eudes fonda celui de Caen en 1643 et celui de Saint-Nicolas de Chardonnet, à Paris, en 1644. Il est donc manifeste que le séminaire de Valence eut l'honneur de précéder tous les autres établissements de ce genre , puisqu'il fut fondé en 1639.

Mais, dit-on, ce séminaire ne fut, à son origine , qu'un séminaire-collège. C'est une erreur: le collège de Valence, dont nous parlerons bientôt , ne fut établi que cinq ans après la fondation du séminaire, c'est-à-dire en 1643. Il est si peu vrai qu'il fut réuni au séminaire que, d'après le

{}) Vie de M, d*Authier de Sisgaud, pag. 72. Vie du P. Eudes , pag. 110.

procès-verbal qui est sous nos yeux, il fut* établi dans un local tout à fait séparé de celui qui était destiné aux exercices des ecclésiastiques, et eut une destination toute spéciale que nous croyons n'avoir jamais été adoptée dans les séminaires-collèges , celle de recevoir les jeunes gens de diverses religions. Au surplus, on lit dans un ouvrage de l'époque (I) que la ville de Valence offrit d'elle-même la direction d'un nouveau collège à la Congrégation du Saint- Sacrement, qui l'accepta à des conditions garanties par un contrat en date du 14 octobre 1643. C'est ce fait mémorable que nous devons mettre maintenant sous les yeux de nos lecteurs.

Témoins de la prospérité du séminaire fondé en 1639 , par Charles de Léberon, les notables de Valence résolurent d'établir, eux aussi, un collège pour la jeunesse de la ville, et de le confier aux disciples de M. d'Authier. Les njotifs de cette détermination sont exposés dans le passage suivant du contrat qu'ils passèrent avec lui :

« Comme ainsy soit que la ville de Valence , en Dauphiné, la plus belle et agréable de la province pour la situation et commodité de vivre, autrefois composée de sept à huit mille familles, soit à présent rédhuite par le malheur des siècles passés, guerres civiles et aultres fléaux du Ciel, à un diziesme et ainsy dèzertée, s'il n'y est pourvu, les habitants de présant s'estant diverses fois assemblés pour chercher les moyens de le restablir, n'ont point trouvé de

plus plausible, soubs le consentement et ad vis de Monseigneur l'illustrissime évesque et comte de Valence et Die, que d'establir un collège pour l'instruction de la jeunesse

(1) Exordia Congregaîionis Sancti Sacramentif pag. 94 et suiv.

de la dite ville et lieux circonvoisins, laquelle à faute d'instruction contractant des mauvaises habitudes dans la dé«bauche est le plus souvent contrainte de les continuer dans leur fénéanlize perpétuelle dans laquelle la plupart finissent leurs jours ; et ainsy au lieu de peupler la ville des originaires, on est rédhuit aux réfugiés ; d'ailleurs le roy ayant establi dans icelle université des facultés de théologie, de droit civil et canon et de la médecine, dont les professeurs actuellement servants sont stipendiés soubs Testât de Sa Majesté, il semble que cette université soit un corps imparfait , s'il n'est accompagné des aultres sciences , même des principaux fondements et degrez pour y parvenir qui sont la grand-maire, les humanitez et la philosophie ; mais comme le principe de toutes les bomies œuvres et notamment pour l'instruction de la jeunesse doibt être la piété et la dévotion, les mêmes habitants assemblés ont jeté les yeux sur la devotte compagnie de Messieurs de la Congrégation des missionnaires du clergé de France pour l'establissement du dit collège avec lesquels en ayant diverses fois conféré, et même Monsieur Cristofle Authier de Sigaud, prebtre, docteur en sainte théologie et directeur de la dite Congrégation, ayant donné les mains à cette bonne œuvre , il ne reste pour l'exécution que de convenir entre la dite ville et la dite Congrégation pour la fondation et dottation du dit^coUége ; de quoi ils sont demeurés d'accord comme s'en suit soubs le bon plaisir de Monseigneur Fillustrissime Charles Jacques de Gelas de Léberon, évesque et comte de Valence et Die. »

Le contrat, en date du 14 octobre 1643, portait que la congrégation des missionnaires se chargerait à perpétuité d'entretenir un collège à Valence pour enseigner « les let-

très humaines en cinq classes, savoir : la première de rhéthorique , la deuxième d'humanités , et les trois autres de grand-maire ; et outre ça , deux classes de philosophie avec toutes les parties, mesures et formes ainsy qu'est observé aux aultres plus fameux collèges du royaume , tant pour l'instruction de la jeunesse aux lettres que pour aultres exercices de piété, de dévotion, de sainte institution, tant aux originaires, habitants et circonvoisins que étrangers, ecclésiastiques que aultres. »

D'autre part, les consuls de la ville s'engagèrent à payer annuellement à la congrégation une somme de 1 ,500 livres, « quartier par quartier. » Et comme la ville n'avait pas de local propre à être converti en collège , les consuls allouèrent , jusqu'à la construction du bâtiment , une sommme annuelle de 300 livres pour les frais de loyer.

Ce contrat fut homologué au parlement de Grenoble le 25 novembre 1643, et confirmé par lettres-patentes de la Cour, le 5 mai 1644 (1).

En 1789 , les missionnaires du Saint-Sacrement dirigeaient encore le grand séminaire de notre ville, ainsi que le collège. Celui-ci était dans le local où se trouve de nos jours le musée. Les bâtiments du séminaire sont occupés aujourd'hui par le collège communal. La construction de ce dernier édifice avait coûté aux missionnaires 140,000 livres. Ils n'en ont joui que l'espace de cinq ans (2).

Nous avons cru devoir entrer dans ces détails pour faire

(0 Archives de la préfecture de la Drôme.

(2) n est pénible de dire que la première ville de France qui a vu fonder dans ses murs un grand séminaire, en est privée depuis un demi-siècle; mais aussi nulle ville n'a éprouvé plus de difficultés au sujet de cet établissement. Valence en a été dépouillée deux fols, la première en 1789, et la seconde en 1830. Espérons qu'une troisième tentative sera plus heureuse.

mieux connaître quelle était autrefois l'organisation de l'enseignement public à Valence. Il est facile de constater que, depuis le milieu du quinzième siècle, l'instruction de la jeunesse a occupé une large part dans les sollicitudes de l'autorité religieuse et civile, et que, sous ce rapport, il était peut-être, à l'époque dont nous parlons, très peu de cités plus favorisées que la nôtre.

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