CHAPITRE IL
Le concile de Bâle.
Convocation du concile. — Scission avec le pape Eugène IV. — En présence des manoeuvres des deux partis, la Pologne hésite à prendre part au concile. — Le gouvernement incline du côté de Rome.— Une entente intervient entre le concile et le pape, (1433 — 1434). — Envoi officiel d'une députation polonaise au concile (1434). — Les universités au concile. ~ Les professeurs de l'université au concile dès 1433. — Ils sont envoyés des évéques, ou viennent de leur propre initiative. — Leur présence en 1433, suscite un conflit entre
l'université et le concile.
Députation officielle polonaise: Stanislas Ciolek, Lutek de Brzezie Nicolas Lasocki. — Service pour le repos de l'âme de Jagellon. —
Nicolas Koziowski prononce l'oraison funèbre. L'humanisme au concile. — Personnalité de Lasocki. — Son action. —
Thomas Strzempii^ski.
Rupture entre le pape et le concile qui, en 1438, suspend Eugène IV, le dépose en 1439 et élit l'antipape Félix V. Divisions et partis dans la chrétienté. — Attitude de l'université de Cracovie, de Zbigniew Oleénicki, du roi, du gouvernement. — Ambassadeurs du concile en Pologne: Marc Bonfili, Derslaw de Borzynow, Stanislas de Sobniôw. — Leur réception à l'université. — Mémoires des professeurs de Cracovie en faveur du concile. — Le synode de Lenczyca en 1441 penche pour le concile en faveur duquel se déclare surtout Zbigniew Oleénicki. — Bonfili revient en 1441 de Bâle en Pologne. — Zbigniew Oleénicki et l'archevêque de Gniezno reçoivent la pourpre des mains de Félix V. — Elgot se rend à Bâle pour remercier, au nom de Zbigniew, Félix V, et lui prêter le serment d'obédience. — Appréciation de cette démarche. — Lutte des deux partis et tergiversation de la Pologne. — Le roi Ladislas refrène l'ardeur des partisans du
concile et réprimande l'université. — L'union de Florence et l'accueil qu'on lui fait en Pologne. — Désastre de Warna. — Interrègne. — Nicolas V succède à Eugène IV. — Casimir Jagellon reconnaît formellement le nouveau pape. — Zbigniew Oleânicki rompt avec le passé et se range du côté de Nicolas V. — L'affaire du cardinalat d'Oleénicki. —- Pourparlers afin de lui obtenir la pourpre romaine, engagés par Lasocki, menés à bonne fin par Dïugosz. — L'université persiste à soutenir le concile. — Conflit avec le gouvernement en 1448. Elle sollicite l'avis des autres universités. — Correspondance à ce sujet. — L'université de Cracovie se soumet enfin au nouveau pape (1449). — Examen de la conduite de l'université pendant le concile. — De la part d'influence du concile de Bâle sur le développement de
la civilisation.
L'année même de la mort de Jagellon, la Pologne allait de nouveau paraître sur une vaste scène, entrer en contact avec les hommes qui dirigeaient alors les intelligences et la politique, et, en prenant part à un congrès européen, prouver quelle appartenait bien à la famille européenne. Nous avons déjà parlé du conciliarisme et de l'importance des conciles au XV. siècle. Celui de Bâle est à bien des égards semblable aux précédents. En dehors de sa haute signification dans l'histoire de l'Eglise, cette assemblée tient une large place dans les annales de la civilisation. Ce fut une réunion de savants du monde chrétien où, toute question de dogme et de politique mise à part, les esprits en quête de nouveautés se groupèrent un instant en un même foyer, et gagnèrent à cette vie commune prolongée l'assurance et la vigueur indispensables au développement futur de leur idéal. Nous venons de voir jusqu'à quel point la Pologne était préparée à collaborer à une telle oeuvre; beaucoup de personnages qui ont défilé devant nos yeux figureront à Bâle comme représentants de la Pologne ou de ses dignitaires. Nombre d'impressions ressenties au concile devaient agir plus tard sur la pensée et la science polonaises.
Le concile de Bâle fut une conséquence des conci-
les antérieurs. En 1424, au concile de Sienne, on avait dé <3idé que la nouvelle grande assemblée religieuse aurait lieu dans sept ans; aussi Eugène IV, intronisé en 1431, consentit-il immédiatement à la convocation du concile à Bàle et en nomma président Julien Cesarini. Ce concile avait surtout trois questions à résoudre: achever la réforme de TEglise à peine ébauchée à Constance; guérir la plaie du Hussitisme, encore saignante dans toute l'Europe centrale; réconcilier enfin les princes et les peuples en désaccord. Une théorie troublante préoccupait aussi tout le monde: celle de la supériorité du concile sur le pape, théorie proclamée au concile de Constance et qui depuis n'avait cessé d'exciter les controverses, sans avoir été pleinement acceptée. Au concile de Bâle où se trouvaient fort peu de cardinaux, quelques évoques, mais un grand nombre de membres inférieurs du clergé, des maîtres et docteurs des universités, elle rencontra de fermes adeptes qui résolument tentèrent de la faire prévaloir et amenèrent un schisme plus redoutable peut-être que celui dont l'ébranlement durait encore* Notre tâche se bornera, tout en ne perdant pas de vue l'enchaînement des événements qui se déroulèrent alors en Europe, à déterminer la part que la Pologne et l'université de Cracovie eurent dans ces luttes et ces violences.
Le concile, ouvert en 1431, procéda à ses travaux préliminaires, ne comptant d'abord qu'un fort petit nombre de membres. La première séance solennelle ne fut tenue que le 31 décembre de cette même année. Quelques jours après, une bulle de pape venait dissoudre l'assemblée. Cette bulle avait sans doute été inspirée par les pourparlers engagés pour arriver à une union avec l'Eglise grecque, (Bàle n'était réellement pas l'endroit à choisir pour de semblables négociations), par le peu de participants au concile, encore par beaucoup d'autres raisons i), telles que
*) Voir là»ëessus Haller,Oon<^ilium BaBîleense. Bàle 1896, 1. 1, 118,
les appréhensions de Rome en présence des dispositions trop révolutionnaires de ce lointain congrès. A Bâle, on ne tint nullement compte de l'injonction pontificale; en sorte que tout aussitôt la scission éclata entre le concile et le pape: elle devait durer jusqu'à Tentente apparente et éphémère de 1434. Ainsi le monde chrétien retombait dans la discorde et l'incertitude. On commença à faire des concessions, tantôt à l'un, tantôt à l'autre parti, à chercher des moyens de conciliation. Le roi Sigismond appuyait le concile, parce qu'il espérait que l'intervention de cette assemblée aurait d'heureuses conséquences sur la tourmente hussite. Quelques autres princes envoyèrent aussi à Bâle des paroles d'encouragement; les universités, guidées par celle de Paris, presque unaniment approuvèrent le concile qui se mit alors à dépêcher des ambassades de tous côtés pour sommer les souverains et les dignitaires de l'Eglise de le reconnaître, de lui prêter main forte, de venir participer à ses travaux. Au milieu du désarroi général, on allait presque en arriver à demander au suffrage universel si l'organisation de l'Eglise, jusquelà monarchique, ne devait pas se transformer en démocratique, si la levée de boucliers de l'assemblée de Bâle était la légitime expression du droit et de la vérité.
Quelle était alors la situation de la Pologne? Le pays traversait une crise dangereuse, la maladie d'enfance, pourrait-on dire, de l'union de la Pologne avec la Lithuanie. A l'est, les Lithuaniens et les Ruthènes s'étair ent révoltés contre la Pologne, sous la conduite de Swir drygiello, le plus jeune frère de Jagellon. Tandis que Tarmée polonaise s'avançait contre les rebelles, les Teutoniques, rompant la paix de Melno, envahissaient inopinér ment la Pologne et ravageaient la Kujavie et le territoire de Dobrzyh (1431). C'est ainsi que des peuples récemment conquis à la foi et un Ordre fondé jadis pour la défendre conjuraient ensemble la perte du Royaume. En ces conjonctures, une alliance secrète fut conclue avec les Hussi-
tes (1432) qui fournirent à la Polog:ne des renforts pour châtier ses ennemis.
Sur ces entrefaites parvinrent au pays les appels de Bâle. Le 28 octobre 1431, Julien Cesarini adresse aux évêques polonais une pressante sollicitation de se rendre au concile ^). Nous possédons la déclaration que fit parvenir Olesnicki à Cesarini, en réponse à cette communication. Le 3 janvier 1432, l'évêque de Cracovie convoque une assemblée des prélats, du clergé séculier et régulier de son diocèse et, en môme temps, des membres de l'université, à l'effet de prendre une décision. On y choisit trois abbés, trois maîtres en théologie et deux docteurs en droit canon qui, le cas échéant, devraient partir pour Bâle. Zbigniéw Olesnicki s'excuse lui-même, alléguant dans sa missive l'état politique de la Pologne, état qu'il expose en détail: il parle de la rébellion de Swidrygiello, des machinations de l'Ordre teutonique, du péril hussite: c'est au concile à lui indiquer ce qu'en ces circonstances il lui sied de faire; les délégués désignés ne se rendront pas à Bâle avant qu'il n'ait la réponse du concile. 11 est vraisemblable que cette lettre fut écrite vers la fin de janvier 1432*). En février 1432, le chapitre de Posen choisit ses procureurs au concile, mais le manque d'argent empêcha ce projet de représentation d'aboutir •').
Il y eut donc, comme nous le voyons, du côté de la Pologne certaines hésitations à assister au concile. Elles s'expliquent par des causes de différente nature. En 1432 éclata la rupture entre Bâle et le pape, Les membres du concile de Bâle jouissaient de la faveur du roi Sigismond qui, hostile aux Polonais, soutenait Swidrygiello et l'Ordre teutonique. Il ne restait à la Pologne qu'à se rapprocher
*) Ulanowski. Acta judicii ecclesiastici, p. 490. L'éditeur a gracieusement mis à notre disposition les bonnes feuilles imprimées jusqu'à ce jour.
•) Codex epist. II. 287.
^) Acta capituli dans les Monum. medii aevi XIII. p, 14.
du pape Eugène qui fut fort aise de s'attacher un pareil allié, de le détourner de participer à un concile dissous par lui *). Les ambassades que le concile envoya en Pologne se proposaient de briser cette résistance, de dissiper ces préventions. C'est sans doute dans ce but que Gilles, évoque »Rosnensis«(?), séjourna en 1432 en Pologne. Ces tentatives se renouvelèrent l'année suivante. En janvier, le concile résolut de déléguer en Pologne Delfin, évéque de Parme, Jérôme, provincial des Carmes et Antoine de Besuntiis, docteur des décrets. Au mois d'avril de la même année, il envoie Jérôme de Prague qui connaissait le pays et avait été confesseur du roi Jagellon '^). On multiplia donc les démarches pour entraîner la Pologne au concile; grandes furent les difflcultés à surmonter pour réaliser ce dessein, car le pape apportait tous ses efforts à dissuader la Pologne d'aller au concile et ne lui ménageait ni les promesses, ni les concessions. Cependant le concile parvint enfin à. obtenir une «adhésion» c'est-à-dire la reconnaissance de sa légitimité et l'engagement de dépêcher des représentants à Bàle'). Zbigniew Oleénicki invita, en juin 1433, le clergé du diocèse de Cracovie à contribuer aux frais de la mission qui allait partir pour la Suisse. Dans son mandement, il parle des désordres et des irrégularités qui afïiigent l'Eglise et exalte le »consilium générale» comme Tunique tribunal compétent pour extirper le mal et remédier aux fautes commises*). Aussi, tandis que jusqu'alors il n'y avait presque pas eu de Polonais à Bâie % voyons-nous incorporer à l'assemblée, le 17 octobre 1433;
^) Grosse: La l^ologne et le concile de Bàle (1885) p. 27.
•) Haller, Concilium Basileense II, 302 et 389.
^) Voir là-dessus Jean de Ségovie, Historia synodi Basileensis. Vol. ï. (Vienne) p. 4U.
*) Voir Codex epist. (Lewicki) IL 318.
*) En 1432, le custode de Plock y prend plusieurs fois la parole, en qualité de procureur du chapitre de Pïock et des ducs de Mazovie. Voir. Haller, Conc. Bas. II. 88, 90. 111.
Thomas de Strzempin, docteur des décrets et chanoine de Gniezno, comme représentant de Tarchevêque de cette ville, Nicolas, sans doute Nicolas Lasocki, délégué de Zbigniew Olesnicki, enfin Jean, abbé de Miechôw^).
Néanmoins le gouvernement polonais se montrait beaucoup plus correct, beaucoup plus circonspect, beaucoup moins empressé à se prononcer. Depuis 1433 ne régnait-il pas en effet entre le pape et le concile un désaccord qui ne devait commencer à se dissiper que vers la fin de la même année? Aussi dans les documents officiels s'exprime-t-on avec plus de ménagement que ne l'avait fait Olesnicki. Si l'évêque de Gracovie donne le titre de concile oecuménique à l'assemblée de Bàle, la chancellerie royale l'appelle «congrégation «, c'est-à-dire emploie la dénomination adoptée à Rome pour désigner ce congrès*). On décide en conseil royal de répondre aux propositions venues de Bàle par l'envoi d'ambassadeurs extraordinaires: maître Derslaw de Borzynow et Pierre de Chetm. Le roi toutefois, avant toute démarche définitive, voulut amener le pape à se réconcilier avec l'assemblée de Bàle. Il se proposait de lui députer une mission à cet effet, tandis qu'il chargeait les délégués à Bàle de recommander aux membres du concile la déférence à l'égard du souverain pontife »qui caput est ecclesiae« ^). Nous ignorons si ces ambassades projetées aboutirent; il est permis pourtant d'en douter. En tous cas nous voyons que 1' »ad* hésion« royale ne fut que conditionnelle et que le gouver+ nement se garda bien de s'avancer comme le firent certains évêques polonais en 1433.
D'ailleurs la conduite ultérieure du roi fut facilitée par ce qui se passait à Bàle. Après une année d'essais infructueux pour ramener la concorde, les représentations
*) Voir Haller 1. c. IL 505.
») Voir Cod. epist. (Lewicki) IJ, 315: oongregationem, quam ipsi nuntii (Basileenses) sacrosanctum concflium appellant. •) L. c. p. 315.
des princes et les embarras politiques dans lesquels se débattait la papauté inclinèrent Eugène IV à reconnaître enfin, dans les derniers mois de 1433, l'assemblée de Bàle comme concile. Cette entente apparente et débile eut pourtant un résultat important: en avril 1434, on »incorpora« au concile les légats et les présidents désignés par le pape^).
La Pologne n'hésita plus alors: le roi se décida à se faire représenter officiellement au concile. C'était d'autant plus urgent que les mandataires des Teutoniques avaient déjà plusieurs fois saisi l'assemblée de leurs contestations avec la Pologne et réclamé l'intervention, la médiation du concile. Dans leur demande les Chevaliers présentaient Jagellon comme un soutien de l'hérésie hussite. La mort du roi mit obstacle à l'exécution de tous les projets, en cela du moins que le chef de la députation, Olesnicki, dut rester à Cracovie. En revanche, on dépêcha à Rome, selon Dlugosz, comme wambasiatoresw du roi et du royaume, Stanislas Ciolek, évêque de Posen, le chanoine de Gniezno, Lutek de Brzezie, et Nicolas Lasocki ^), La députation officielle polonaise ne partit pas ensemble, Lasocki, d'après toutes les probabilités, se trouvait à Bàle dès 1433, tandis que Stanislas Ciotek ne quitta Posen que le 28 avril 1434 % pour arriver au concile à la fin de juillet, et Lutek de Brzezie ne vint à Bâle que vers la fin d'octobre, porteur d'une lettre de créance du nouveau roi^). Le 5 novembre la députation polonaise fut incorporée solennellement.
*) Hefele. Conciliengeschichte 7, 560 et suiv. *) Voir Dlugosz. Hist. IV 551 et Cod. dipl. univ, Crac. Il, 50. ^) Les acta judicii eccl. Poznan, (éd. Ulanowski) p. 50(), sont péremptoires à cet égard.
*) Grosse, 1. c. p. M.
Nous nous en occuperons plus tard. Maintenant il faut examiner si l'université de Cracovie n'eut pas au concile son représentant particulier, si elle ne participa pas officiellement à cette assemblée; d'autant plus que les conciles furent à cette époque dominés et conduits par les maîtres des universités qui s'y pressaient comme en des champs clos où ils se livraient à leurs passes d'armes oratoires et où ils s'efforçaient de faire triompher leurs opinions. En outre, le concile de Bâle n'avait-il pas tout spécialement et par une adresse toute particulière, datée du 1 avril 14^2, invité l'université à l'aider dans ses travaux ^), et la reine des universités, celle de Paris, n'avaitelle pas dirigé par ses délégués les premières séances de l'assemblée? 11 est certain que ces institutions scientifi^ ques auraient volontiers député à Bàle leurs représentants: depuis 1431, ne s'étaient-elles pas, presque sans exception, prononcées en taveur du concile, ne l'avaient-elles pas soutenu, et par des écrits et par des actes? Mais l'envoi de délégués se heurtait à d'insurmontables obstacles, dont le principal était la pénurie d'argent. C'est pour cela que les universités mirent beaucoup de lenteur à envoyer à Bâle leurs mandataires; Heidelberg en envoya trois, en 1433 seulement, et encore ces professeurs reçurent-ils du prince (kurftirst) une partie de leur entretien 2); Leipzig n'eut qu'un délégué commun avec l'évêché^); certaines universités, comme Rostock, ne furent pas représentées au cour cile, et d'autres n'y maintinrent leurs docteurs que fort peu de temps ^). L'université de Cracovie, en cette occar sion, n'agit pas autrement que les universités allemandes, Si Dîugosz ^) parle en l'année 1434 de maître Nicolas
*) Hergenrôther, Handbuch der Kirchengeschichte II, 705. ') Thorbecke, Gechichte der Univ. Heidelberg, p. 3H. ') Kaufmann: Geschichte der deutschen Universitâten II, 450. *) Ibid. p. 463; et surtout Bressler: Die Stellung der deutschen Universitâten zum Baseler Konzil, Leipzig 1885 p. Ib et 16. *) Hist. IV, 551. . .
Koztowski, comme »représentant de Zbigniew Oleénicki au concile de Bàle«, nous ne croyons pas nous écarter de la vérité en affirmant que Nicolas représentait Tévêque, le chancelier de l'université et l'université de Cracovie elle-même. C'était d'ailleurs un usage général: les universités confièrent à leurs maîtres renommés qui se rendaient au concile au nom de quelque haut dignitaire, la mission de parler aussi au nom de Tinstltution à laquelle ils appartenaient ^). C'est ainsi qu'au concile de Constance l'université de Cracovie n'eut pas ses délégués particuliers: Paul Vladamiri et les autres n'étaient en effet que des envoyés du roi, de l'Etat ou des évêques. Ce n'est qu'au concile de Pise, en 1409, que l'université eut sa députation propre 2). Néanmoins, comme nous l'avons dit, cette abstention apparente ne faisait qu'éviter des frais à l'université, sans la priver d'avoir part aux délibérations: les maîtres représentaient le roi ou les évêques, il est vrai, mais aussi l'université.
Dès 1435, les évêques polonais avaient d'habiles dé* légués à Bâle; Thomas Strzempii^ski pouvait aussi passer pour un digne représentant de l'université. Ainsi s'expliquent les termes qu'un prédicateur employait dans l'oraison funèbre de Jean de Saccis, prononcée en 1433 ou au commencement de 1434, et dans laquelle il recommande aux prières de l'université toute »la congrégation» de Bâle et en particulier les maîtres et docteurs de notre royaume qui y travaillent pour le bien de tous« '). On pourrait il est vrai, appliquer ces paroles à d'autres maîtres. N'y avait-il pas alors à Bâle nombre de membres de l'université qui y étaient venus soutenir, soit leurs propres intérêts, soit ceux de leurs protecteurs? Une assemblée qui excitait tant d'ambitions et d'espérances pouvait sans
•) Bressler, 1. c. 19.
') L'abbé Fialek, Jacques de Paradis, I, 187.
«) Ms. Vratisl. (Univ.) I. Q. 381 f. I, 184.
doute attirer par elle-même des membres de Tuniversité avides d'y produire leur savoir ou leur savoir-faire. Le concile de Bàle accueillait à bras ouvert» tous les nouveaux venus, surtout s'ils sortaient d'un corps universitaire: ils faisaient nombre et ajoutaient à la splendeur de l'assemblée. Il ne faut pas non plus s*étonner que les universités aient souvent désavoué ces ambassadeurs improvisés qui, sans autorisation, sans mission définie, s'étaient rendus à Baie où ils s'occupaient tout simplement de leurs affaires personnelles. Du vivant même de Jagiellon, c'est-à-dire avant le mois de mai 1434, l'université en vint aux prises avec le concile à ce sujet. 11 y avait à Bàle, en 1433, trois maîtres cracoviens qui, déclare le mémoire de l'université, n'y sont point venus pour le bien de la chose publique, mais dans un autre but (pro fovendis alienis litibus). Il s'agissait de Jean Puszka de Cracovie, Nicolas Morsztyn Spicymirz et Stanislas Sobniowski. Jean Puszka, maître en 1424, doyen des artistes pendant l'été de 1433 devint recteur en 1434 — 1435. C'est probablement vers la fin de 1433 qu'il était accouru à Bàle. Nicolas Spicymirz, pendant longtemps collecteur du denier de Saint-Pierre en Pologne, se fît remarquer plus tard comme décrétiste. Stanislas Sobniowski enfin,* doyen des artistes en 1419/20, s'attacha de bonne heure à son mécène, Alexandre, duc de Mazovie, et c'est sana* doute par délégation de ce dernier qu'il alla à Bàle^). L'université leur manda donc d'avoir à retourner en Pologne, leur reprochant de s'en être éloignés sans autorisation, et leur rappelant qu'ils appartiennent à l'université où ils touchent un traitement et où ils ont de pressants devoirs à remplir (ad certos actus dietim explendos obligari). L'université souffre de cette indiscipline, ou plutôt «Ladislas, notre bien aimé souverain,
') RadyminBki Ms. Jag: 226, p. 70 écrit en 1433: mittit rex Stanislaum de Sobnow cum altero professore Basileam. Cela manque de précision.
fondateur de runiversité«. Il est probable, ajoute la lettre de rappel, «que si le roi ou sa baronie étaient informés de cette négligence dans nos travaux», l'université s*atti-* rerait de sévères réprimandes ^). C'était, comme on le voit, un blâme catégorique. Mais le concile prit la défense de ses membres et demanda à l'université de révoquer l'ordre donné. Les maîtres cracoviens adressèrent alors à Zbigniew Olesnicki un long mémoire où ils exposaient les raisons auxquelles ils avaient obéi en rappelant leurs collègues du concile pour lequel du reste ils protestaient de leur plus vive sympathie *). Nous ne savons au juste comment prit fin cet incident. Puszka ne dut pas tarder à rentrer à Cracovie, puisqu'il fut élu recteur pour l'hiver de 1434 — 35; Spicymirz l'avait aussi suivi probablement. Quant à Sobniowski, pour qui d'ailleurs l'université voulut se montrer indulgente, par ménagement pour son auguste protecteur, il resta à Bâle où nous le retrouverons bientôt.
Nous avons déjà rapporté les noms des membres de la députation officielle polonaise au concile. Nous connaissons ausssi Stanislas Ciotek. Les penchants humanistes de ce prélat, son amour des belles-lettres, son expérience dans les choses de chancellerie et d'administration l'avaient préparé à ces nouvelles fonctions diplomatiques. Il paraît que, comme autrefois Tromba, il déploya à Bâle le plus grand luxe, afin d'y représenter ainsi dignement son souverain: les cotisations du clergé de Posen alimentaient ces splendeurs. Il écrivait en 1438 au roi Ladislas: )>Votre Majesté sait combien j'ai travaillé à Bâle et quelles énormes dé-
') Si huiuscemodi neglectus laborum coram rege et baronia sua exponeretur aut in ipsorum veniret nooionem, non dubitamus hoc ipsis admodum posse displicere et contra universitatem iusto indignationis nubilo celsitudinem regiaïn commoveri.
*) Nous connaissons toute cette querelle, d*après le mémoire même de l'université. Ms. Vratisl. (univ.) II. F. 23. p. \2\.
penses j'ai dû m'y imposer» *). Parmi les familiers de Ciotek se trouvait peut-être le canoniste Nicolas de Btonie, ancien professeur de l'université: du moins il avait été choisi comme procureur du chapitre de Posen au concile de Bàle^). En tous cas, Stanislas Cioïek ne séjourna pas longtemps à Bàle, car en 1435 il est de retour à Posen où il ne devait plus vivre que quelques années. Son action au concile se borna à des somptuosités pour lesquelles il euj; plus d'habileté que de ressources. Lutek de Brzezie, avant de partir pour la grande assemblée ecclésiastique, s'était distingué dans les chancelleries, d'abord auprès du grand-duc Witold, puis de Jagellon. Très versé dans les questions orientales, il était en mission en Lithuanie, lors de la rébellion de Swidrygiello; ses aptitudes diplomatiques le recommandaient à la confiance de ses supérieurs qui le chargèrent de leurs intérêts à l'étranger. Ce n'est qu'assez tard qu'il acquit ses grades universitaires. Il est vrai que le chapitre de Posen lui permet en 1435 «in aliquo studio generali standi«'^). Toutefois, il n'obtient le titre de docteur utriusque juris que bien plus tard, à Rome, où il passe dans l'étude du droit les années 1450 et 1451*)- ))La noblesse de sa naissance, non moins que celle de sa vie et de ses manières» le rapprochèrent alors du pape Nicolas V qui le créa auditeur »sacri palatii» s). A la diète de Ratisbonne (1454), il s'éleva avec vigueur contre les Turcs; d'ailleurs tous ceux qui avaient un nom à cette époque se croyaient obligés de prononcer leur harangue anti-ottomane. Vice-chancelier en 1455, il devient évéque de Kujavie en 1463, évêque de Cracovie en 1464. Il mourut dans cette dernière ville. Sa participation au con-
') Codex epist. (Szujski) I. 2. 346.
*) Monuinenta medii aevi XIII, 27.
^) Monumenta medii aevi XIII, 3H.
*) Voir Ibid. 79. Korytkowski, Prélats et chanoines I, 95,
*) Theiner. Monumenta Pol. II, 84—85.
cile de Bâle, modeste et effacée, fut donc un des premiers pas de la carrière de ce parfait courtisan.
Nous avons déjà eu l'occasion de parler de Nicolas Lasocki, l'humaniste consommé, et de Nicolas Koztowski, professeur de théologie à l'université de Cracovie. Lasocki joua un rôle prépondérant dans la première députation polonaise: Lutek de Brzezie et Kozlowski n'en firent partie que passagèrement.
Lorsque ces envoyés, à l'exception de Lutek, arrivèrent à Baie, au courant de l'été de 1434, ils apportèrent au concile la nouvelle officielle de la mort du roi, et dans les premiers jours de juillet, firent célébrer un imposant service funèbre pour le repos de l'âme du monarque défunt On couvrit les murs de la cathédrale de magnifiques tentures aux armes du roi, le cardinal Branda Castiglione ^), célébra la messe et Nicolas Kozlowski prononça un panégyrique de Jagellon, qui nous est parvenu'*^). Dans ce discours de forme remarquable, Kozlowski, à grand renfort de citations de Sénèque et des écrivains chrétiens, célèbre les vertus du roi, fait un tableau de sa vie si remplie, relève les mérites peu communs qu'il s'est acquis par son zèle à répandre les lumières et, à ce propos, rappelle tous ses bienfaits à l'égard de l'université. L'orateur s'adressant à un auditoire d'élite avait soigné sa composition; Peffet dut en être immense, puisque l'historien du concile,
') Jean de Ségovie, Historia Synodi Basileensis Vol. I. 716. Le cardinal Branda avait été légat en Pologne, à deux reprises différentes: en 1411, puis en 142;^— 24 Ce fait explique sa présence au service funèbre. Les envoyés polonais connurent peut-être Cesarini qui avait séjourné dans le Nord en 1431, ils purent aussi rencontrer à Bàle l'aventurier Gilbert de Lannoy, véritable chevalier errant qui avait parcouru la Pologne en 14:14; et en 1421. Voir Lelewel: Gilbert de L. Posen 1844. Cet infatigable voyageur vint à Bàle en 143H, en qualité d'ambassadeur du duc de Bourgogne. Voir Haller. Conc. Bas. II, H70; Dlugosz Hist. IV. 274 nous montre ce personnage touché de de la réception que lui fit Jagellon; usque im diem mortis suae gratiarum actiones in Vladislaum regem celebrabat.
•^) Codex epist. T. IL 323. Ibid. 332.
Jean de Ségovie, en donne un résumé assez étendu et que, plus tard en 1435, Kozlowski fut chargé de prêcher devant les membres du concile de Bâle ^).
Le concile de Bâle était en pleine activité et comptait déjà beaucoup de membres lorsqu*y parut la délégation polonaise. En avril 1434, après la réconcilation avec le pape, de 7 à 11 cardinaux, 90 à 100 évoques et abbés, un grand nombre de dignitaires ecclésiastiques, représentants des princes ou de la science prenaient part aux délibérations de l'assemblée 2). L'ardeur la plus vive animait tous les esprits; on discutait avec passion toutes les questions politico-religieuses, on sortait même souvent de ces larges limites pour s'intéresser à d'autres sujets. L'humanisme lui aussi préoccupait tous ces hommes de talent réunis en un congrès universel^). On parlait des découvertes récentes, on échangeait des vues, on se communiquait les manuscrits précieux qui, de là devaient se répandre ensuite sur toute la terre. En outre, et comme on l'a fait remarquer justement, là prit naissance en même temps la rhétorique, cette science du bien dire, conquête toute nouvelle de la civilisation. Cet art cultivé avec passion en Italie depuis le commencement du siècle faisait alors invasion sur une scène internationale, y recueillait des adeptes qui allaient le transplanter dans leur patrie^). L'excellente latinité qui retentissait dans Teiiceinte de l'assemblée devait trouver un écho jusque dans les lointains parages du Nord.
Nicolas Lasocki, homme d'un caractère élevé et d'une valeur peu commune, dut briller au premier rang parmi
') Voir le ms. de la bibl. Jag. n, 1614 Dans ces discours on lit un passage fort caractéristique sur l'éloquence de la chaire en général. Les citations des Pérès et de l'Ecriture sainte s'y mêlent à celles de Pétrarque.
») Voigt, Eneas Silvio 1. 67.
^) Sur la vie des humanistes à Bàle voir Voigt 1. c. I. 143.
*) Voigt 1. 0. I. 212.
Morawski, II. 4t
les membres du concile. Les grands problèmes qui occupaient alors le monde chrétien intéressaient sans doute au plus haut point ce profond penseur. Il prit résolument parti pour les Basiléens dans la question du conciliarisme, de la supériorité du concile sur le pape ^). Aussi lorsqu*en 1438, après la mort de Stanislas (.'iolek, le roi Ladislas WarneAczyk proposa Lasocki pour l'évêché de Posen, le pape Eugène IV écarta la candidature de ce maître^ »quod partes concilii Basiliensis enixius promovisset<(. Malgré la désignation du chapitre et les chaleureuses recommandations du roi louant la »legalitas morum« et l'expérience politique de Lasocki, André Bnii^ski lui fut préféré. En vain Lasocki en appela de cette nomination au concile de Bâie; son rival fut maintenu*). L*amitié qui unissait Lasocki à Etienne de Caccia de Novare, avocat du concile et Tun des plus entêtés partisans du conciliarisme, témoigne surabondamment du penchant du maître polonais pour cette doctrine^). Etienne employait encore en 1442 les termes les plus affectueux en s'adressant à Lasocki (Nicolae mi suavissime) et lui rappelait leurs longs entretiens à Bàle*). Nous verrons que malgré ces liens, au moment critique de la rupture définitive entre le pape et le concile, Lasocki ne prit point part aux délibérations, peut-être parce que l'attitude radicale de l'assemblée blessait ses sentiments élevés.
En dehors de ces débats sur des questions de principe, Lasocki suivant les traces de ses compatriotes qui à Constance, avaient si vaillamment combattu pour la patrie, apporta tous ses efforts à défendre une cause chère à la
*) Lasocki semble avoir passé quelque temps à Rome en 1434, à titre d'ambassadeur du roi. Voir Dlugosz Opéra I, 538.
*) Voir là-dessus Dlugosz Hist. IV, 603. La lettre du roi se trouve dans le Cod. epist. I, 1, 115. Au sujet de l'appel, voir Dlugosz Opéra I, 511.
«j Voigt, Enea Silvio I, 239.
*) Codex epist. (Szujski) 1, 1. 130.
Pologne. Presque dès le début du concile, FOrdre teutonique avait porté à Bâle ses doléances et s'était fait le détracteur de la Pologne et de ses souverains, essayant de faire suspecter la bonne foi de Jagellon, accusant la politique polonaise d'être de connivence avec le Hussitisme. C'était renouveler les attaques tant de fois répétées à Constance. Le concile passa à l'ordre du jour sur ces plaintes, se réservant d'y répondre à l'arrivée des Polonais. Cesarini lui-même et quelques autres membres durent plusieurs fois protester contre la violence de ces dénonciations. Mais en 1435, l'Ordre ayant tenté un nouvel assaut contre l'ennemi héréditaire, Lasocki défendit éner giquement la mémoire du feu roi et se fit fort de démontrer que ))non seulement l'Ordre est inutile, mais qu'il est encore un scandale pour l'Eglisea *) et que par conséquent on devrait l'abolir. Ces paroles étaient un écho de celles que Paul Vladimiri, l'infatigable avocat de la Pologne, avait fait entendre à l'assemblée de Constance. Un autre fait atteste encore la considération dont jouissait Lasocki au concile: au mois de mai 1435, oir le désigna pour faire partie d'une députation envoyée à Arras dans le but de mettre fin à la guerre sanglante qui depuis si longtemps désolait la France et l'Angleterre *).
A cette même époque, il y avait encore à Bâle un chaud partisan polonaisdu conciliarisme, Thomas de Strzempin, professeur de l'université de Cracovie. On sait qu'il parvint plus tard aux plus hautes dignités: plus heureux que Lasocki, il monta sur le siège épiscopal de Cracovie, où il succéda à Zbigniew Olesnicki. Il avait fait ses études à l'université de Cracovie; maître en 1421 «), il devint
•) Jean de Ségovie. Vol. I. 782. Voir Ms. Vratisl. (univ.)IL F. 23 p. 157—158.
•) Jean de Ségovie, I, 796.
*) Muczkowski, lib. prom. 14
docteur des décrets en 1431 ^), et l'année suivante recteur de l'université jagellonienhe. Il se rendit à Bâle en 1433, en qualité de représentant de Tarchevêque de Gniezno^), il fut incorporé en 1435'*). Au concile, il remplit les fonctions d' «auditor causarum« en 1435^), et fut rapporteur dans la question de la réfornr)e du calendrier et dans quelques autres encore^). Thomas Strzempinski qui, plus tard, fut un des maîtres les plus éminents de l'université, se laissa gagner à Bâle à la cause du conciliarisme et ces idées se reflétèrent par la suite dans ses écrits et dans sa conduite. En 1436, le chapitre de Gniezno le délégua vers la curie romaine; il dut certainement prendre la parole le 9 janvier 1437, à Bologne, devant le pape Eugène IV, pour faire valoir le choix de Vincent Kot au siège épiscopal de Gniezno et en arracher la sanction au souverain pontife *^). Il passa les années suivantes dans les études théologiques; en sorte qu'on peut le considérer comme le type du savant de cette époque, qui, après avoir parcouru les différents domaines de la science, s'arrête et se plonge dans la théologie, suprême couronnement des connaissances humaines.
A mesure que le concile se prolongeait, il devenait de plus en plus violent. Les membres du bas clergé avec lesquels s'étaient alliés les maîtres des universités formaient une majorité qui imprima aux délibérations un
') Cod. Jag. N. 1210. Dans les Monum. Un. Prag. II, 430 on lit au bas de Tacte condamnant les livres de Wiclef, acte promulgué par une commision papale siégeant à Bologne, en 1410, la signature suivante: Thomas Jasconis de Sczrenpina presbyter Poznaniensis dioecesis. Si le futur évêque, Thomas Strzempinski, naquit en 1398, il n*est pas admissible qu'il figure sur ce document.
*) Haller Concil. Basil. II. 55.
») Jean de Ségovie I, 829.
*) Haller. 1. 90.
^) Cod. jag. 4164.
«) Cod. epist. IL 353.
caractère démocratique toujours plus marqué et proposa des mesures toujours plus extrêmes. L'entente avec le pape ne fut qu'éphémère. En 1435, le conflit devint aigu à propos de la désignation de la ville où siégerait le concile pour l'union avec l'Eglise grecque. En 1437, les élénients révolutionnaires triomphaient si ouvertement, que Thonnête Gesarini quitta Bâle. Le pape convoqua, en 1438, un concile à Ferrare. Cette asseniblée qui se transporta bientôt à Florence devait infirmer les résolutions de celle de Bâle; mais les conciliaristes tinrent ferme et restèrent dans cette dernière ville. Le 4 janvier 1438., on y prononça la suspension d'Eugène IV et, le 25 juin de la même année, fut proclamé un décret aux termes duquel le pape était déposé.
L'Eglise allait donc être encore déchirée par les divisions que le concile de Constance venait à peine de faire cesser. L'humanité se trouvait de nouveau ballotée entre deux puissances qui prétendaient avoir également droit à la direction de la nef de S. Pierre et qui réclamaient également la soumission et l'adhésion. L'élection d'Amédée de Savoie qui, le 5 novembre 1439, fut exalté pape, ou plutôt antipape, et prit le nom de Félix V, ne fit que rendre la situation plus périlleuse et plus tendue encore. Trois voies s'ouvraient devant les peuples qui s'y engagèrent. Une fraction peu nombreuse, mais très ardente, suivit l'antipape; elle comprenait la Suisse, l'Ordre teutonique, quelques universités .comme Cologne, Paris, Erfurt, Vienne et enfin Cracovie. La plupart des princes et des Etats persistèrent dans l'obédience d'Eugène IV. Restait la troisième voie, celle de l'intervention conciliatrice entre le pape et le concile. Les deux plus grandes puissances de l'Occident, la France et l'Allemagne l'adoptèrent. Tout en reconnaissant toujours Eugène IV comme le chef de l'Eglise, ces deux pays se montrèrent pleins de déférence envers le concile, ca,r pour les plans de réforme qu'ils projetaient, celui-ci leur semblait plus favorable que celui-
là. Et Ton vit alors se multiplier les interventions de la France et de TAUemagne, interventions qui s'espacèrent en des dizaines d'années et prolongèrent simplement le schisme i). Les princes allemands proclamèrent, le 17 mars 1438, la neutralité, autrement dit ^suspensio animorum«, par laquelle ils se déclaraient en dehors des deux partis belligérants. C'était un moyen commode d'éluder les difficultés; mais cette »suspensio« devait à la longue conduire à l'anarchie et, qui pis est, à l'anarchie approuvée. Enéas Sylvius déclara que cette »neutralitas« serait plus justement appelée )>dualitas((. On n'admettait plus aucune ingérence, ni du pape, ni du concile, dans l'administration de l'Eglise. Toutefois lorsqu'il s'agissait d'une dispense, d'un bénéfice, d'une grâce, on s'adressait tantôt au pape, tantôt au concile, selon que le succès semblait plus assuré à Rome ou à Bàle«).
Quelle fut l'attitude de la Pologne dans cette crise de 1439? Beaucoup d'écrivains, entre autres Dlugosz, affirment que, comme en Allemagne, on s'en tint à la neutralité'). Cependant notre historien avoue qu'en ce qui concernait les bénéfices on sollicitait les décrets de Bâle. Il est donc permis d'affirmer qu'en Pologne, de même qu'en Allemagne, régna l'anarchie mitigée par une forte inclination pour le concile et ses doctrines. C'est alors que l'université de Cracovie et son illustre chancelier, Zbigniew Oleénicki, prirent un rang marquant dans le mouvement conciliariste.
Faisons d'abord ressortir un fait des plus caractéristiques: en mai 1439, c'est-à-dire après la suspension d'Eugène IV et fort peu de temps avant sa détronisation, fut incorporé au concile de Bâle Derslaw de Borzynôw
') Hefele. Conciliengeschichte VII. 762.
•) Voir au sujet de cette neutralité Voigt Enea Silvio I, 165— 2Ô6— 308. Hefele 1. c. 777.
') Dlugosz. Hist. IV. 677. Il parle en ce passage du gouvernement et des évéques.
archidiacre de Cracovie, par conséquent membre du chapitre, et, à la fois, maître renommé de l'université de Cracovie, dont il avait été deux fois recteur, en 1431 et en 1438^). Ce Dersiaw ne tarda pas à ôtre un personnage en vue au concile. En 1439, il est envoyé, avec quelques autres, aux états-géneraux tenus en France pour la conclusion de la paix entre ce royaume et l'Angleterre*). Il fut aussi un des trente-deux électeurs dont se composait le conclave choisi par le concile pour élire un pape. Il fait ensuite partie de la députation du concile envoyée vers le nouveau pontife^).
Dersiaw de Borzynôw passait dans son pays pour une autorité en droit canon et en théologie. Il sut en outre s'attirer les coeurs des étrangers, non moins que de ses compatriotes, par sa politesse et son esprit. «Conversatione suavistt, dit de lui Eneas Sylvius^). Cet enjouement ne l'abandonna pas même au sein du conclave. D'après les règlements de ce conclave, les électeurs ne devaient faire que de très frugals repas: une seule viande leur était per mise et l'on tenait la main à ce que cette prescription fut strictement observée. Le famulus de Dersiaw lui apporte un jour un plat de volaille et de mouton, en recommandant que ce mets fut remis à qui de droit: il espérait qu'il lui en reviendrait au moins un bon morceau de mouton. Mais voilà que' les gardes impitoyables confisquent un des deux aliments; notre Dersiaw se lamente et déclare que depuis qu'il est prêtre il n'a jamais passé plus mauvaise journée. On lui fait remarquer qu'un cardinal français a subi le même sort que lui. Et Dersiaw de riposter: »Eh quoi! vous osez me comparer à un car-
*) Avec lui se trouvait aussi à Bàle un autre déorétiste cracovien, Michel de Szydlow. Voir Fialek, Jacques de Paradis I, 184.
») Jean de Ségovie. Vol. II, 269 et 270.
") Jean de Ségovie II, 424 et 449.
*) Eneas Sylvio Commentarii de concilie Basileensi. Helmstadt 1700, p. 94.
dinal français, un avare qui n'a pas d'estomac et qui, pour ainsi dire, n'est presque pas un homme. Que lui importe sa nourriture? Tandis que moi, je n'ai rien de commun avec lui. Je suis Polonais, il est Français; mon estomac crie famine, le sien sommeille; pour lui rien n'est plus sain que le jeûne; pour moi c'est mortel... Que les Français pratiquent l'abstinence, mais que les Polonais mangent à leur appétit!» Cette saillie de Derslaw excita une grande hilarité parmi les pères du concile, nous rap^ porte Eneas Sylvius ').
Les intérêts du concile allaient bientôt l'appeler en Pologne. Le zèle de l'université pour ce concile n'avait pas besoin d'être réchauffé et ranimé; car, tout d'abord la grande école avait penché pour Bâle, et arboré ouvertement l'étendard du concile. Le document que l'université rédigea le 7 décembre 1439, porte cette formule caractéristique: ))Sacro Concilio Basileensi praesidente« ^). Donc pour elle, la déposition d'Eugène IV était un fait accompli et reconnu.
Diverses causes dictèrent aux universités cette manière d'agir. C'était d'elles qu'étaient parties les demandes de la réforme de l'église, réforme que seul, disaient-elles, le concile pouvait opérer. De plus, les conciles de Constance et de Bâle étaient en majeure partie composés de maîtres des universités ou d'ecclésiastiquespossédant des grades universitaires. Cette masse tout entière était animée des mêmes idées. Elle se proposait d'améliorer l'état de l'Eglise, mais elle ne négligeait pas non plus ses propres intérêts matériels. Un décret du concile de Bâle (24 janvier 1438) ^) décide que le tiers des fonctions dans les églises cathédrales et collégiales seront réservées aux prêtres ayant
') Ibid. p. 103.
') Codex univ. Crac. I. 193.
«) Hefele 7. 662.
des grades universitaires, et que dans la distribution des cures ces mêmes grades auront la préférence. En France^ conformément aux doctrines du concile de Bâle, fut promulguée, en 1438, une pragmatique assurant à l'université de Paris la haute main sur l'administration de l'Eglise, lui permettant d'appuyer partout ses élèves, ses membres actuels ou passés i). Les universités poussaient à la décentralisation au détriment du pape et à leur profit. Il est nécessaire de tenir compte de cette particularité toute temporelle, quand on étudie le rôle conciliariste des grandes écoles de cette période historique.
Il faut aussi en tenir compte en Pologne. L'université de Cracovie accompagna toujours de ses voeux et de son aide ceux qu'elle avait élevés. Nous n'en donnerons pour preuve que la requête adressée par les maîtres cracoviens à Eugène IV, en 1437. Ils citaient parmi les titres de Vincent Kot à l'archevêché de Gniezno, sa qualité d'ancien élève de l'université win gremio universitatis nostrae fotus« ^), Cet exemple est éloquent, et l'université de Cracovie tint d'autant plus le parti du concile de Bâle, que celui-ci sut être l'interprète des intentions et des espérances de cette institution et de toutes les institutions du même genre.
La situation de l'évêque de Cracovie, Zbigniew 01eénicki, était beaucoup plus délicate. Il n'eut eu simplement qu'à rester dans l'obédience d'Eugène IV, légitime chef de l'Eglise. C'est d'ailleurs ce que fit le clergé français, malgré ses convictions conciliaristes et gallicanes. Le sage et noble cardinal Cesarini, lors de la crise de 1437, n'hésita pas non plus à suivre son pontife. Les évêques polonais n'imitèrent pas cette ferme conduite: Ils usèrent de réticences, d'atermoiements, comme en Allemagne, et le plus éminent peut-être des membres de l'épiscopat, An-
») Voigt. Enea Silvio. III, 182-183, *) Codex epist. I. 1, 80.
dré Bninski, êvêque de Posen, qui s'acquit plus tard le renom de défenseur du pape, s'abrita parfois sous le manteau commode de la neutralité ^). Pour Olesnicki les circonstances étaient plus difficiles peut-être que pour tout autre. Ses propres convictions, la pression de son entourage, la raison d'Etat, la politique, tout cela agitait son âme. Il désirait ardemment la réforme de l'Eglise*) et croyait trouver dans le concile l'instrument nécessaire pour la réaliser; aussi applaudit-il à plus d'une mesure de l'assemblée de Bâle. Du reste, tous ses amis, tous ceux qui l'approchaient étaient plus ou moins fervents conciliaristes; l'université tout entière le poussait vers ces doctrines, tandis que, d'un autre côté, des considérations politiques et religieuses le retenaient sur cette pente et l'empêchaient de se prononcer catégoriquement. Il luttait avec lui même; on luttait pour le décider. En décembre 1439, le pape Eugène IV le créa cardinal de l'Eglise romaine. C'était un grand mais périlleux honneur: il se crut tenu de le refuser, obéissant, dit-il plus tard, à la volonté royale. Mais n'écouta-t-il pas plutôt ses inclinations conciliaristes? A cette date de 1440, en effet, le gouvernement polonais était favorable à Eugène IV. C'était alors que commençait cette grande campagne hongroise, concertée surtout par Zbigniew Olesnicki, qui se proposait de placer la dynastie des Jagellons sur le trône de Hongrie. L'empereur Albrecht venait de mourir en 1439, laissant sa femme enceinte: bientôt elle mit au monde un prince connu sous le nom de Ladislas le Posthume. La division éclate en Hongrie; on s'y prépare aux combats. Le parti des Jagellons est sans contredit le plus fort; mais Elisabeth veut aussi faire valoir ses droits et ceux de son fils. Les discordes religieuses viennent alors se confondre avec les discordes civiles. Tandis que le roi
') Monum. medii aevii XIII, 52 (année 1442).
') D'après Jean de Ségovie, il écrivait en 1440 à Derslaw de Borzynow (IL 470): nihil ita carum, ita décorum, quam ut reformatio in ecclesia dei habere posset executionem.
Ladislas est appuyé par le pape Eugène IV qui considère ce prince comme le chef tout désigné d'une croisade contre les Turcs, la reine Elisabeth demande appui au concile et reconnaît Félix V. L'affaire de Hongrie compliquait singulièrement les dissensions religieuses *). Forcée de négocier avec le pape et avec le concile, la Pologne devait nécessairement pencher pour celui qui reconnaîtrait Jagellon comme roi de Hongrie: aussi cette situation amenât-elle la neutralité, la »suspensio animorum« du gouvernement qui, il est vrai, ne ménagea pas à Eugène IV les témoignages de soumission, et soutint en somme les revendications du pontife romain. Olesnicki resta quelque temps indécis entre les deux adversaires; mais enfin rompant avec son souverain, il épousa franchement la querelle du concile. Cette opposition à la politique que I^adislas Warneùczyk suivit jusqu'à sa mort semble, de la part d'Olesnicki, une concession à l'opinion publique, à la majorité du clergé, aux intimes de la cour épiscopale.
Le concile ne négligeait rien pour gagner la Pologne, d'autant plus qu'il s'était convaincu du peu d'empressement que les nations de l'occident de l'Europe, malgré leurs sympathies affichées pour les principes préconisés à Bâle, avait mis à se séparer d'Eugène IV et à se soumettre à l'antipape'). Il s'agissait d'amener la Pologne à une adhésion absolue au concile et à son élu. Derslaw de Borzynôw, qui était en correspondance avec Zbigniew et avec.Lasocki, fomentait ces espérances en entretenant l'assemblée des sentiments bienveillants de la Pologne, en faisant ressortir ce refus de la pourpre offerte par Eugène IV à Oleénicki^).
Dans les premiers mois de 1440, Guillaume de Balma, légat de Félix V, arriva en Pologne pour notifier l'élec-
*) Voir là-dessus Groasé: La Pologne et le concile de Bàle, p. 66 et suiv.
*) Grosse, p. 74.
") Jean de Ségovie, II, 470.
tion de ce pontife; il rejoignit le roi en Hongrie, mais ne put en obtenir aucune réponse satisfaisante i). En revanche l'archevêque Kot et l'université de Cracovie se rangèrent immédiatement sous la houlette du pasteur choisi à Bâle.
La Pologne semblait donc un terrain tout particulièrement favorable aux doctrines du concile. Il fallait seulement déployer encore de l'énergie et agir promptement, pour triompher des dernières hésitations commandées par l'intérêt politique: on décida donc qu'une délégation se rendrait dans le Nord, pendant Tété de 1440.
Cette mission fut confiée à trois diplomates: Tun, Espagnol, d'une habileté éprouvée, les deux autres, Polonais. Ils s'appelaient Marco Bonfili, Derslaw de Borzynôw et Stanislas de Sobniow. Us n'arrivèrent pas ensemble en Pologne. Derslaw se trouve déjà le 3 juin 1440, à Cracovie, à la séance du chapitre*). Les lettres de créance des trois envoyés sont délivrées à Bâle, le 17 septembre de la même année -^j; le 22 octobre, Bonfili et Stanislas de Sobniow sont à Posen*), le 12 novembre, à Gniezno ^). Ils y distribuent des indulgences, y accordent des concessions, mettent tout en oeuvre pour gagner les coeurs.
Marco Bonfili, maître en théologie, s'était distingué au concile de Bâle par sa brillante élocution et par ses aptitudes diplomatiques. En une des circonstances les plus graves du concile, à la veille de l'élection de Félix V, c'est lui qui avait été chargé de réchauffer le zèle des
•) Dlugosz. Hist. IV, 630. Jean de Ségovie II, 497. ') Collectanea ex archivo Coll. hist. VI, 3.
•) Monumv med. aevi XIII. p* 371.
*) Acta judicii (ecclesiae posn.) éd. Ulanowski p. 519. *) Monum. med. aevi XIII, 371. Ces dates avaient été jusqu'ici faussement indiquées.
électeurs ^). On eut souvent recours à ses talents de négociateur et il fut envoyé plusieurs fois en Pologne où il sut s'acquérir de solides amitiés, tout en s*initiant parfaitement aux affaires de ce pays. Nous le retrouvons plus tard h Rome représentant, pour ainsi dire, de Tévêque de Cracovie. C'est par son entremise qu' Oleénicki communique avec le Saint-Siège, traite toutes ses affaires 2). Dans la période qui comprend les années 1440 à 1449, Bonfîli est mêlé à toutes les questions concernant la Pologne portées devant le concile de Bâle, et sa science, sa parole facilitent les négociations engagées entre ce pays et la grande assemblée.
Derslaw de Borzynow nous est déjà connu. Le troisième délégué, Stanislas de Sobniôw, est un personnage de moindre envergure. Après avoir obtenu la maîtrise des arts à l'université de Cracovie, en 1411, il exerça, en 1419, les fonctions de doyen à la même faculté % S'il ne fut recteur qu'en 1446, c'est probablement parce qu'il fit de longues absences à l'étranger et que, d'un autre côté, il ne conquit pas de grade plus élevé que celui de maître des arts. Chanoine de S. Florian en 1427,*) par la suite il porte constamment le titre de curé de Trente. C'est sans doute à Alexandre de Mazovie qu'il était redevable de cette dignité. Ce prince, neveu de Ladislas Jagellon, fut comme nous l'avons vu, recteur de l'université en 1422. S'étant ensuite rendu en Allemagne, il devint, en 1424^ évèque de Trente. Comme tel, il fit partie du concile de Bâle dont il fut un des plus chauds partisans. De plus^ son illustre origine lui attira les bonnes grâces de Félix V qui, en 1440, le créa cardinal. Ce prélat, d'intelligence médiocre, dut son élévation bien plus à sa naissance qu'à
*) Jean de Ségovie II, 417.
*) Voir Cod. epist. 1, 2 101 et 122.
*) Muczkowski. Lib. Promet. 7 et 13.
*) Cod. univ. Crac. I, 157.
ses mérites. Eloigné de son pays, il s'efïorça sans doute d'attirer auprès de lui des Polonais, et c'est ainsi que maître Stanislas de Sobniôw obtint la cure de Trente. C'est probablement en qualité de représentant de Tévèque de Trente que Stanislas de Sobniôw vint à Bâle en 1433 »).
Bonfîli et Stanislas se trouvaient donc à Posen et à Gniezno, dans l'autoume de 1440. L'évêque de Posen, André Bninski, promit évasivement de soutenir le concile, autant que le lui permettrait sa propre »bonestas(c. On fut plus encourageant à Gniezno, mais on posa aussi des conditions à l'obédience du diocèse: le roi Ladislas serait reconnu souverain de la Hongrie, et les sommes recueillies pour le concile resteraient en Pologne *). Satisfaits de ce résultat, les délégués partirent pour Cracovie. Derslaw leur avait déjà préparé le terrain dans cette ville où d'ailleurs l'université s'était depuis longtemps prononcée pour le concile.
La réception fut enthousiaste et solennelle. Les maîtres de l'université répandirent à profusion des fleurs de rhétorique, ne ménagèrent ni les éloges ni les approbations*). Un des orateurs, vraisemblablement Jacques de Paradis, chargé de souhaiter la bienvenue aux envoyés du concile en termes pathétiques, implora la réforme de r Eglise, et, entrainé sans doute par sa passion pour la restauration des bonnes moeurs parmi le clergé, proposa
') On s*attendait à recevoir ces envoyés épiscopaux, dès 1432. Voir Haller, Concilium Basil. II, 161—152.
*) Jean de Ségovie II, 956.
') Au sujet des actes de cette délégation à Cracovie, nous nous en tenons absolument au consciencieux et excellent travail de M. l'abbé Fialek: Jacques de Paradis, Cracovie 1890. 1, p. 190 et suivantes.
l'abrogation du célibat ecclésiastique. Tout enflammé par son zèle à épurer le monde, il se répand en menaces et en sombres prophéties; il fait appel à la colère de Dieu et aux châtiments célestes; nouvel Isaïe, il tonne contre la corruption avec une violence qui rappelle les prophètes d'Israël et, parfois, le poëme de Dante. Le discours se termine par un éclatant hommage au concile et à son élu, Félix V.
Après ces sybilliques imprécations, les muses gracieuses de la renaissance, à peine acclimatées dans le Nord, entonnèrent leur chant mélodieux. Le concile, l'antipape; leurs envoyés furent couverts de fleurs. On répandit devant eux des tlots de réminiscences classiques; l'orateur qui succéda à Jacques de Paradis arbora l'étendard de rhumanitas, de la nouvelle esthétique désormais adoptée à Cracovie. Sa harangue respire l'influence italienne; selon toute probabilité elle fut prononcée par Jean de Ludzisko *), qui avait fait ses études à Padoue.
Mais ce n'était là que le prélude à l'action. Dans cette lutte des âmes et des esprits en faveur du pape ou du concile, il s'agissait avant tout de gagner des partisans puissants et les universités étaient l'objet des plus vives sollicitations, des circonventions les plus pressantes. C'étaient des institutions influentes, presque religieuses, et leur opinion avait un très grand poids dans les contestations qui déchiraient alors la chrétienté. A elles s'adressaient les princes, les hauts dignitaires de l'EIglise, pour en obtenir des conseils, des règles de conduite, des décisions au sujet des dissentiments qui bouleversaient l'humanité. En 1440, notamment, on se tourna de différents cotés vers les universités, leur demandant d'indiquer la bonne voie, de servir de guides aux nations. En Allemagne, trois universités répondirent à cet appel: Erfurt d'abord, puis Cologne, en octobre 1440, enfin Vienne. Elles publièrent de longs mé-
») Voir Fialek 1. c. 231.
moires consultatifs sur les questions du jour et leur solution, à Tinstigation de leurs métropolitains, les évoques de Mayence, de Cologne et de Salzbourg^). Qui invita alors l'université de Cracovie à une semblable manifestation? On a fait observer avec raison que l'évêque de Cracovie ne souffla mot lors du premier séjour de la délégation en Pologne. Loin d'imposer ses vues à Técole dont il était le chancelier, le gardien vigilant, Oleénicki attend d'elle un jugement, un plan à adopter. C'était la plus haute instance scientifique; à elle de prononcer en dernier ressort ''^). Sans doute Zbigniew suivait d'un oeil attentif et bienveillant les événements qui se déroulaient sous l'impulsion de l'université; mais l'initiative vint des envoyés seuls. Ceux-ci s'adressèrent à l'université pour en obtenir une déclaration catégorique, un témoignage en faveur du droit et de la vérité. Ils prévoyaient bien quelle serait la sentence de la grande école et l'attendaient avec confiance.
La relation que Bonfili, de retour à Bâle, soumit à l'assemblée nous apprend ce qui se passa alors à l'université. Il rapporte que l'université se réunit d'abord tout entière, afin de préparer une déclaration formelle de tout le corps enseignant. On désigna ensuite une commission de vingt membres, composée de dix théologiens, huit décrétistes et deux médecins, chargée de rédiger des projets »préparatoires«; puis on créa une sous-commission de six théologiens et décrétistes; enfin le rapport définitif fut confié à Jacques de Paradis et à Thomas Strzempinski^).
Le chroniqueur du concile n'en dit pas plus long. Joignons quelques éclaircissement à cette sèche relation. Nous possédons sur la matière cinq copieux mémoires dus à des maîtres de l'université jagellonienne: ceux de Be-
*) Bressler: die Stellung der deutschen Uaiversitâten zum Bas- 1er Koncil. p. 45.
2) Fialek 1. c. 226.
^) Jean de Ségovie, II, 956.
noit Hesse, Laurent de Ratibor et Jacques de Paradis théologiens, des décrétistes Jean Elgot et Thomas StrzempiAski. Comparons ces divers écrits et faisons en ressortir les traits principaux^).
Le mémoire de Benoît Hesse précéda sans doute ceux de ses collègues. Il fut transmis au concile de Bâle ainsi que le mémoire de l'université. Le chroniqueur du concile en cite en effet les principaux points et l'appelle »secundus tractatus et brevior. . . universitatis Cracoviensis* *). Cette distinction serait étrange s'il avait paru en même temps et s'il avait eu la même importance que les autres mémoires. Il est donc vraisemblable qu'il fut écrit plus tôt, dès le printemps même de 1440, peut-être pendant la première mission de Guillaume de Balma, alors que les autres universités firent parvenir au concile des déclarations analogues. Ce n'était cependant pas le mémoire de l'école elle même, car il n'avait reçu ni la sanction de l'université, ni celle du chancelier en ce moment absent du pays. Pour le concile ce n'en était pas moins un document précieux, car il avait été sans nul doute approuvé par les autorités universitaires, quoiqu'il n'eût aucunement la valeur d'une pièce officielle. Ce factum de Hesse est une lourde dissertation scolastique: il est tout imprégné de conciliarisme et s'égare parfois jusqu'aux hardiesses préconisées par l'université d'Erfurt. L'auteur y soutient la légitimité de l'élection de Félix V, la suprématie du concile sur le pape. En cas de conflit, c'est au concile qu'il faut obéir, car le pape n'est pas infaillible. Il justifie la déposition d'Eugène IV par des précédents historiques: autrefois des conciles et des princes mêmes ont plus d'une fois détronisé des souverains pontifes. Il blâme enfin l'abstention des princes, leur négligence à assister aux saints conciles, et les
J'emprunte mon résumé à l'analyse fort consciencieuse de l'abbé Fialek.
^) Monum. Concil. gêner. III, 2. 535.
Morawski. II. 5
menace de toutes les foudres du ciel pour leur tiédeur à s'intéresser au bien de l'Eglise.
Ce mémoire de Hesse fut donc une sorte d'avantpropos de celui des maîtres cracoviens, dont il révélait d'ailleurs les tendances. Ceux d'Elgot et de Laurent de Ratibor furent peut-être le fruit des délibérations de cette commission de six membres, dont nous avons parlé. On pourrait supposer que puisqu'on publia deux mémoires, il y eut deux partis et deux opinions différentes dans cette commission; mais ce ne serait-là qu'une pure hypothèse. Ces deux mémoires, l'un du théologien Laurent de Ratibor, l'autre du canoniste Jean Elgot, parurent donc en même temps, expression, tous deux, non des opinions particulières de leurs auteurs, mais de celles de l'université, tous deux écrits à la demande de l'université et ambitionnant, chacun, l'honneur être envoyé au concile de Baie par le chancelier de l'université, évêque de Cracovie, Zbigniew Olesnicki *). Le mémoire de Laurent de Ratibor est encore à la manière scolastique; il se perd dans les détails sans donner un aperçu général de la question; il n'a en vue que le concile de Bàle et se borne à vouloir prouver que l'Eglise et le concile sont au-dessus du pape. Le mémoire d'Elgot au contraire »avant de parler de l'obédience de l'université sollicitée pour Félix V, définitmagnifîquement le rôle del'Eglise, son essence, ses qualités, son pouvoir. Toute la seconde partie du mémoire, en six articles, n'est qu'une conclusion tirée de l'exposé doctrinaire qui la précède. Elle a surtout en vue de réfuter des arguments juridiques, puisés dans le droit canon, contre la légitimité fondamentale du conciliarisme, de la supériorité du concile sur le pape. Cette dissertation purement canonique met tout à fait à part le mémoire d'Elgot« 2).
») Fialek 1. c. 294.
>) Fialek 1. c. 295.
En définitive l'université ne voulut reconnaître en aucun de ces deux traités l'expression de son opinion. Nous ignorons le motif de cette improbation. Peut-être les conciliaristes décidés se trouvèrent-ils blessés de ce que Ratibor, et bien plus encore Elgot, soutenaient que la Curie romaine était l'équivalent du concile oecuménique, en d'autres termes que le Sacré Collège et le pape, en l'absence du concile, représentent l'Eglise catholique et la gouvernent ^). C'était se ranger à l'opinion modérée que le pouvoir de Pierre, tout aussi bien que celui de l'Eglise, venait directement de Jésus-Christ. Tandis que les théologiens radicaux, comme Benoît Hesse, prétendaient que le Christ avait donné plein pouvoir à Pierre, in persona ecclesiae, c'est-à-dire non à la personne de Pierre, mais à l'Eglise entière, dont Pierre était le réprésentant, lorsque le Sauveur lui adressa ces paroles: »Tibi dabo claves etc.« *^).
D'ailleurs Ratibor et Elgot avaient formellement reconnu que, malgré la provenance divine de ces deux pouvoirs, celui du concile et de l'Eglise primait celui du pape.
Les maîtres cracoviens appuyaient leurs conclusions sur l'autorité des conciliaristes comme Pierre d'Ailly, Zabarella, Etienne Palecz, Maurice Rvacka, Escobar, et leurs déductions, à la manière d'Aristote, s'émaillaient de citations de l'Ecriture et des Pères. Depuis le concile de Constance, le décret »Frequens<( rendu par cette assemblée était devenu le code des conciliaristes, la charte au nom de laquelle ils revendiquaient la suprématie du concile sur le pape, proclamaient l'infaillibilité de l'assemblée oecuménique.
Les mémoires d'Elgot et de Laurent de Ratibor ne furent donc pas envoyés à Bâie^). On y fit parvenir un
') Fialek 1. c. 296. Ibid. 305.
^) 11 dut y avoir des compétitions entre les facultés et entre les professeurs. Nous n'avons aucun renseignement précis là-dessus. M. Fialek suppose que le mémoire de Benoît Hesse est l'écho des opinions des théologiens et des artistes du Collegium maius 1. c. 310). Voir ibid. p. 294. 295.
autre mémoire moins individuel et, par conséquent, répondant mieux aux désirs de la corporation. Bonfili, esquissant brièvement devant le concile les incidents de toute cette affaire à l'université de Cracovie, termine ainsi sa relation: «enfin on délégua Jacques de Paradis et Thomas de Strzempin«.
Ce fut donc eux qu'on chargea de rédiger le document définitif, puisqu'on n'avait pas été satisfait des mémoires proposés. Jacques de Paradis, professeur de théologie et le maître le plus versé dans les Livres Saints à l'université de Cracovie, prit la plume à son tour. »I1 a plu à l'université, écrit-il au début de son travail, de me demander à moi aussi de démontrer une vérité claire comme le jour et qu'ont déjà fait ressortir chez nous des théologiens, des canonistes, hommes illustres par leur rang, leur savoir et leur expérience; il ne devrait plus subsister aucun doute après que ces maîtres éminents ont parlé; mais il a plu, dis-je, à l'université que moi, frère Jacques, professeur de théologie à l'université de Cracovie, je prisse la défense des principes de notre foi et du concile de Bâle, représentant de l'autorité de l'Eglise catholique».
Le mémoire de Jacques de Paradis est avant tout théologique: il est basé sur la Bible, l'exégèse des deux Testaments et les Pères de l'Eglise. Comme son collègue, le théologien Hesse, Jacques pousse ses conclusions conciliaristes beaucoup plus loin qu'Elgot; il refuse au pape le pouvoir absolu, il ne l'appelle ni «caput ecelesiae«, ni »vicarius Christi«; il le considère seulement comme le chef administratif de la chrétienté (instrumentale, ministeriale), l'intermédiaire entre les membres de l'Eglise et Jésus- Christ. D'après lui, le pape est à la tète de tous les membres de la cité chrétienne, à la tète de toutes les églises particulières, mais non le chef de l'Eglise catholique. Il ne lui a pas été délégué la pleine puissance du Christ sur l'Eglise, parce que s'il en était ainsi, il devrait avoir et la sainteté et l'infaillibilité du Christ, et l'on sait que
plusieurs papes furent abandonnés de l'Esprit-Saint. L'Eglise, au contraire, est infaillible dans tous les articles de foi, tandis que le pape est peccabilis, fallibilis, obliquabilis. C'est ainsi que Paradis expose sa doctrine, la suprême expression du conciliarisme, l'affirmation du pouvoir du concile sur l'Eglise ^). Ce théologien qui naguère avait proposé l'abolition du célibat ecclésiastique, allait maintenant jusqu'aux dernières limites de ses théories et en tirait les conséquences les plus extrêmes. Pour lui, le pouvoir n'appartient qu'à l'Eglise universelle,et le pape n'est qu'un médiateur entre le Christ et son Eglise.
11 n'est pas étonnant que ces assertions aient fait reculer la généralité des maîtres de Cracovie. Elgot, conciliariste décidé pourtant, n'avait-il pas avancé que le Christ avait transmis son pouvoir à Pierre et à ses successeurs aussi bien qu'à 1* Eglise? Elgot et Laurent de Ratibor n'avaient-ils pas reconnu que l'autorité de Pierre, non moins que celle de l'Eglise, venait directement de Jesus-Christ, avec cette restriction ultérieure toutefois, que leur pouvoir n'est pas égal, parce que l'Eglise est éternelle, tandis que le pape n'est qu'un souverain temporaire et peut par conséquent errer (temporaliter et deviabiliter)? Le mémoire de Jacques refusant au pape le titre de vicaire de Jesus-Christ, allait évidemment trop loin. Pour calmer l'agitation qu'il avait soulevée, on chargea Thomas Strzempinski, docteur des décrets et bachelier en théologie, de formuler la doctrine de l'université. Il lui fut prescrit d'éviter toute violence ostentatoire, d'adoucir le ton de cet écrit, d'échapper à Charybde sans tomber en Scylla. C'était faire un choix heureux, non à cause
') D'après M. Fialek, Jacques de Paradis puisa son argumentation dans l'instruction que les envoyés de Bàle, avant de se mettre en route, avaient, selon toute probabilité, reçue du théologien parisien Denis Sabrenays (1. c. 3H1. 332); il connaissait d'ailleurs toute la littérature conciliariste; les sermons et les écrits de Mathieu de Cracovie, de Gerson, de Palecz, n'avaient pas peu contribué à déterminer ses opinions (1. c. 342—343).
de la science étendue de Strzempiùski, mais parce qu'il était souple, connaissait bien des pays et bien des gens, enfin avait siégé au concile. «Non sunt enim patres Cracoviensis universitatis parvuli fluctuantes, qui circumferuntur omni vento doctrinae«, écrivait plus tard le concile, rendant hommage à la fermeté des opinions de Funiversité. Le mémoire de Strzempihski, mémoire officiel de l'université, est aussi expressément conciliariste; mais s'il affirme la primauté du concile sur le pape, il est mesuré dans ses conclusions, bien éloigné de la véhémence habituelle à la plupart des combattants de cette époque. C'est une compilation des traités qui avaient été composés précédemment, c'est-à-dire de ceux d'Elgot et de Jacques de Paradis; Benoît Hesse et Laurent de Ratibor lui avaient aussi fourni des arguments. Il était avant tout fort difficile de concilier «les principes conciliaristes avec le pouvoir absolu de la papauté, pouvoir reconnu par les sources juridiques, parles Saints de l'Eglisecc Malgré leurs efforts, les conciliaristes ne parvinrent pas à infirmer ces autorités. Strzempinski confesse, conformément à la tradition des Pères, que Jésus-Christ délégua son pouvoir à Pierre et à ses successeurs; mais il ajoute, au nom des conciliaristes, que l'Eglise, et non le pape, détient ce pouvoir wprincipaliter«. 11 répète cet argument: Jésus-Christ donna les clefs à Pierre, en tant que représentant de l'Eglise, par conséquent, comme il le dit, «figurative sed non proprie«. Toutefois, il s'écarte en ce point de l'intransigeance de Jacques de Paradis et accorde formellement au pape le titre de «vicarius Christi«. Dans ce mémoire s'enchevêtrent des preuves théologiques, historiques et philosophiques. Mais, comme il invoque contre la suprématie papale des décisions votées à Constance ou à Bâle même, on trouve ici une certaine wpetitio principii«, coutumière d'ailleurs aux conciliaristes, et affaiblissant la portée de leur thèse. Strzempinski ne dit rien de très original, car il ne fait que suivre une ligne tracée d'avance. Au surplus, toute
la littérature conciliariste qui s*épanouit à Cracovie ne présente non plus rien de bien particulier. Cependant ce mémoire a le grand mérite d'être clair, bien composé, bien écrit Aussi Ta-t-on nommé, non sans raison, le manuel de la doctrine du conciliarisme au XVe siècle ^).
C'estàsesraresqualitésqu'ildutrapprobation du concile et son immense popularité dans le monde savant et universitaire.
Il avait néanmoins tous les caractères d'une déclaration officielle. C'était le manifeste, non seulement «du recteur, des docteurs et des maîtres de l'universitéw, mais encore de Tévèque de Cracovie, chancelier de cette université. Ecrit à l'instigation des envoyés du concile, il se proposait de venir en aide à la cause que le concile avait embrassée. Dans tous les manuscrits que nous en possédons, c'est à Zbigniew Olesnicki qu'il est dédié ^j; sans aucun doute il y en eut d'autres copies avec dédicace au roi Ladislas^). Il prétendait en effet exercer une action politique locale, entraîner le gouvernement polonais dans le camp de Bâie en le faisant sortir de la neutralité. Nous y lisons: «Non est ergo neutializandum in hac re cum sit res fidei, hoc est enim claudicare in utramque partem« ^). Sans examiner si l'ardeur conciliariste de l'université était plausible ou non, il faut avouer que cette comparaison de la neutralité à une claudication ne manquait, ni de justesse, ni de bon sens.
Elgot, Ratibor et Paradis écrivirent leurs mémoire» pendant l'hiver de 1440 — 1441; Strzempii^ski composa le sien dans les premiers mois de 1441 ^). 11 nous reste à considérer les résulats de cette démonstration bruyante et remarquée de l'université de Cracovie.
') Fialek 1. c. 384.
*) Par exemple dans le Ms. Vratisl. (univ.) I. Q 90, et dans beaucoup d'autres manuscrits.
^) Il porte cette dédidace dans Bulaeus, Hist univ. Paris V. 479. *) Bulaeus 1. c. 517.
«) Fialek, 1. c. :H44.
Le clepi^é devait se prononcer catégoriquement au synode de Lenczyca, en 1441. Le chapitre de Cracovie se déclara ouvertement, le 30 avril 1441, pour le conciliarisme, c'est-à-dire qu'on y désigna des délégués au synode de Lenczyca, avec mission d'y affirmer cette doctrine, de se ranger sous l'obédience du saint concile de Bâle i). On ne pouvait s'attendre à une décision contraire d'une assemblée où siégeaient Derslaw de Borzynôw, Stanislas de Sobniow et Elgot. Cependant la résolution votée par le chapitre ne faisait aucune mention de Félix V; le point le plus délicat de la situation était ainsi passé sous silence. Bien plus, le chapitre enjoignait à ses délégués à Lenczyca de consentir à tous les moyens dilatoires que le synode trouverait bon de mettre en oeuvre avant de signer l'acte d'obédience. Les choses prirent une tournure pleinement conforme à ces prévisions. Zbigniew Olesnicki se déclara »pro voto nostro«, en faveur du concile, »pro ecclesia universali«, mais, en égard à l'intérêt de la république, l'adresse d'obédience fut ajournée; en sorte qu'on restait de fait dans la ncmtralité -).
Bonfîli rapportait donc à Bâle l'assurance de la plus nette sympathie, des meilleures intentions, le souvenir de la chaleureuse réception qui lui avait été faite et le mémoire de l'université. L'éloquent et délié Espagnol comparaissant devant le concile, y peignit ce triomphe sous les plus riantes couleurs: son rapport occupa trois longues séances 3); il y fait l'éloge de la grandeur d'âme, de l'affabilité de la reine; il rappelle les réunions auxquelles il a assisté, réunions que «sapientes convivium nominarunt«, les repas qu'on lui a souvent donnés, somptueux, incomparables. La lecture du mémoire cracovien prit quatre journées: il recueillit le suffrage de tous les pères du concile.
') Collectanea ex archive Coll. hist. VI, H.
*) Cod. epist. 1, 2, 352.
^) Jean de Ségovie II, 956, Cod. epist 1, 1, 124
L*envoyé du roi d'Aragon, dans une lettre à Tuniversité de Paris, en loue la profondeur et la composition. Etienne de Caccia s'empresse d'écrire à Lasocki: «toutes les universités allemandes et beaucoup d'autres encore se sont prononcées pour le saint concile oecuménique de Bâle et son élu, mais aucune n'a confirmé son adhésion par des arguments aussi clairs, aussi irréfutables que ceux du mémoire de votre illustre école de Cracovie<( ').
Tout cela pourtant n'était que de vaines phrases. Seul, l'archevêque de Léopol fît acte solennel d'obédience. En somme Bonfili n'apporta au concile que des promesses, ne lui notifia que les conditions auxquelles on consentait à signer l'obédience, entre autres la reconnaissance de Ladislas comme roi de Hongrie. Le zèle de l'université ne compensait nullement ces hésitations; vers le milieu de 1441, arriva à Bâle et s'incorpora au concile Jacques de Szadek, jeune maître à l'université jagellonienne ^), Etait-ce pour y remplacer Dersiavv de Borzynow et Stanislas de Sobniow restés au pays?
A la fin de l'année 1441, le concile envoie derechef Bonfili en Pologne. Par une lettre du 8 novembre 1441 Félix V recommande cet envoyé à l'université, de laquelle il loue la fidélité témoignée, et par des écrits et par des actes, l'empressement qui ne cache pas la lumière sous le boisseau ^). Aussi ceite mission de Bonfili eut-elle des résultats considérables. Lors du premier séjour de ce personnage en Pologne, Félix V avait fait offrir la dignité de cardinal à Vincent Kot, archevêque de Gniezno, et à Zbignievv Olesnicki. Les deux prélats avaient évasiment répondu à ces avances captieuses*).
>) Cod. cpist. 1. 1. 123 et IHO.
*) Jean de Ségovie, 11, 952.
*) Cod. univ. Crac. II. 8.
*) Voir là-dessus Grosse: La Pologne et le concile de Bàle, p. 79 et 171.
Néanmoins on continua de négocier à ce sujet, tandis que l'es évoques continuèrent à user de réponses dilatoires. La balance pencha enfin du côté du concile. Il est évident que lorsque le concile, le 1 novembre 1441, confirmait Zbigniewdans toutes ses dignités ecclésiastiques et y ajoutait le cardinalat, celui-ci avait formellement accepté la pourpre. En tout cas, d'après Jean de Ségovie, la lettre de créance remise à Elgot, envoyé à Bâle par Oleénicki, porte la date du 4 octobre^); en sorte que Bonfili, venant en Pologne pour y régler nombre de questions et celle des cardinaux en premier lieu, n'eut plus à s'occuper de cette dernière.
Wincent Kot et Zbigniew Olesnicki recevant la pourpre des mains de Félix V, c'était là un événement gros de conséquences. Par ce fait, la neutralité où s'était jusqu'alors abritée la Pologne, la neutralité affirmée en tant de circonstances, cessait d'exister, et on s'engageait dans une voie opposée à celle qu'on avait suivie, à celle où se tenait la politique royale, favorable à Eugène IV. Zbigniew Oleénicki, qui sans doute entraîna l'archevêque, ne s'était décidé à cette démarche révolutionnaire probablement qu'après de longues tergiversations. Il avait cédé à la poussée de son entourage ouvertement conciliariste. Peut-être obéit-il aussi à des considérations politiques; peut-être à des motifs secrets, à des susceptibilités froissées, à des désirs personnels, à des mécomptes qu'il est malaisé de discerner. Quoi qu'il en soit, cette adhésion du plus puissant des évêques polonais à l'antipape, cet abandon du pape romain furent, tout à la fois, une témérité et un faux pas. Ils suscitèrent dans la suite les plus cruels embarras à Olesnicki; cependant leur effet fut surtout funeste à l'Eglise de Pologne touchant à la fin d'une lutte religieuse dans laquelle, pour revendiquer ses droits, elle avait besoin d'être appuyée sur de solides assises, et où
*) Jean de Ségovie II. 970.
rj*^n
enfin la main du monarque s'entremit pour réparer le mal causé par les princes de l'Eglise, mais pour peser aussi désormais sur cette Eglise et sur ses dignitaires.
Les conciliaristes en Pologne et à Bâie exultèrent. Olesnicki dépêcha vers cette dernière ville Elgot, maître à l'université et écolâtre du chapitre de Cracovie. Auteur d'un des mémoires conciliaristes de l'université, ce théologien s'était tout particulièrement signalé dans la campagne en faveur des doctrines préconisées à Bâle. D'origine silésienne, il s'était cru appelé à s'occuper de rt]glise de Silésie. Conrad, évêque de Breslau, s'étant prononcé pour Eugène IV, Elgot, au commencement de 1441, écrivit au prince d'Olesnica, frère du prélat, une lettre où il défendait la cause du concile ^). Elgot arriva à Bâle vers la fin de 1441, et, en janvier 1442, transmit au pape Félix V et au concile l'hommage d'Olesnicki. Les discours qu'il adressa à Félix V en cette circonstance, pleins d'assurance, abondent en pompeuses tirades. Il jure obédience au pape de Bâle »ut vero et unico summo pontifici«. Il appelle Eugène IV, Gabriel, sobriquet que les membres du concile avaient donné au pape bafoué. Il remercie spécialement les cardinaux pour la pourpre accordée à Olesnicki qui, après bien des débats, s'est enfin décidé à l'accepter, non sans appréhension (tremebundus tandem consensit^). Quand on lit ces déclarations catégoriques, véhémentes même, on est porté à se demander qui était la main, qui était l'instrument dans toute cette affaire. Zbigniew avaitil créé l'atmosphère qui l'entourait, ou s'était-il laissé diriger par ses familiers? Nous pensons que cette seconde hypothèse est plus fondée que la première. L'université en effet avait adopté les théories des autres institutions du même genre, des universités allemandes et de celle de Paris. Elle entraîna Zbigniew à sa suite et le poussa à
') Cod. epist. II, (Lewicki), XLÏI et p. 422. *) Voir ces discours 1. c. p. 428—432.
cette radicale démarche de 1441, dont auraient dû le détourner, et la volonté royale, et la saine compréhension des choses. L'université de Cracovie resta encore pendant longtemps la forteresse du conciliarisme; en 1442, elle en est félicitée par l'université de Paris ^), et le concile ne lui ménage ni les éloges, ni les encouragements à persister dans la fidélité à ces doctrines.
Cette fidélité devenait de jour en jour plus précieuse: malgré d'éphémères triomphes, Félix V voyait des partisans se détacher de lui pour se tourner vers le pape légitime. A partir de 1442, le probe et intelligent Cesarini^) vint combattre dans le Nord l'influence du concile de Bàle, et le cardinal de Félix V, Alexandre, prince de Mazovie, que le concile avait délégué auprès de Frédéric III et du roi Ladislas, n'était pas de taille à lutter contre un tel adversaire et à le vaincre. Peu de temps après son arrivée à Vienne, en mai 1443, Alexandre s'adresse à l'université de Cracovie, fait l'éloge de la conduite qu'elle a tenue jusqu'à ce jour, annonce qu'il va bientôt se mesurer avec Cesarini, ce Julien l'Apostat, dit-il, transfuge du saint concile; il excite l'université à agir sur Ladislas qu'il appelle roi de Pologne et de Hongrie, pour que ce prince se range sous l'obédience de Bâle^). Le pape Eugène IV venait précisément, le 20 février de la même année, d'enjoindre aux amis du concile en Pologne d'avoir à rompre avec Bâie et les menaçait des peines les plus terribles, en cas de désobéissance. Simultanément, Cesarini envoyait à Zbigniew et à l'université de Cracovie divers mémoires en faveur d'P]ugène et de la papauté, entre autres une dissertation de Jean Palomar
') Cod. univ. Crac. II, 21.
*) Voigt. Enea Silvio I, H2H.
■) Ms. des archives de Tuniv. de Crac. fasc. 491. n. 16187.
et une autre qu'il avait composée lui-même, afin de les opposer aux écrits prodigués par Bâle à la Pologne ^). En réponse à ces tentatives, Marc Bonfili, encore une fois délégué en Pologne en 1444, y répandit quantité de factums conciliaristes réfutant avec violence les arguments de Cesarini et de Palomar^).
Mais le Hussitisme fut l'épouvantail efficace qu'on agita devant Tuniversité de Cracovie. Dès 1431, le concile de Bâle avait négocié avec les Tchèques; après bien des discussions on en était venu, en 1433, au compromis de Prague, et en 1436 — 37, à celui d'Iglau qui, entre autres concessions, permettait à la Bohème la communion sous les deux espèces. Les maîtres cracoviens s'indignèrent alors de cette faiblesse. Et voilà qu'en 1444, on écrit de Bâle à l'université que Jules Cesarini et Palomar avaient été les principaux instigateurs de ces transactions, que Cesarini avait proclamé la même liberté pour les Polonais. On s*imagine la sainte colère des champions cracoviens de l'Eglise 3). Au cours de ces luttes de plume, le roi Ladislas envoya de Hongrie en Pologne de vives réprimandes et même des ordres mettant un frein à Tardeur jdes conciliaristes. Sous l'inspiration de Cesarini, il adressait à l'université de sévères admonitions, et il est même probable qu'il défendit à Zbigniew et à Vincent Kot de faire usage
*) Voir là-dessus Grosse 1. c. pag. 117 et suiv. Les Mss. où ces mémoires ont été conservés y sont énumérés.
») Ibid. p. 120—121.
') Adresse du concile de Bâle dans le Cod. jag. 418 f. 72—97. Nous ne savons pas si Cesarini voulut étendre cette autorisation à la Pologne. Le fait est qu*01esnicki, dans une lettre au concile, sans date, (Cod. Univ. Vratisl. II, F. 13 f. 119) mais écrite vraisemblablement vers 14H (l'auteur ignore où se tiendra le concile pro reductione Graecorum), dit en parlant des Hussites; Emergentibus nonnullis in regno hoc et dioecesi mea, qui quantum possent, vellent istorum heretioorum et praesertim in ritu communionis sub utraque specie fîeri imitatores, ass?erentes id ipsum non minus ipsis, quam bohemis licere debere.
des insignes cardinalices. Nous savons en effet qu'en 1444 l'université traversa une. crise pénible, qu'elle se justifia auprès du roi des décisions qu'elle avait prises, qu'elle supplia ce monarque de ne pas s'écarter ))de la voie où marchent les savants experts en droit divin«, de daigner, avant de prendre des résolutions définitives, attendre ce que décideront les autres princes catholiques ^). Il est donc évident que les soutiens enthousiastes du concile avaient été vertement blâmés par le roi, sans qu'il soit toutefois possible de préciser le genre et la portée de ce blâme. Mais bientôt après, en mars 1444, par l'entremise de Jean d'inowroclaw, »scriptor« de la sacrée pénitencerie du concile et curé de Krobia, le concile envoya à l'université un écrit où les maîtres de Cracovie, ))ces vaillants athlètes et défenseurs du christianisme» que venait «d'attaquer avec tant de fureur l'ennemi du genre humain«, étaient comblés de louanges et de bénédictions*).
Le roi se contenta-t-il de vouloir maintenir l'université dans cette neutralité adoptée au synode de Lenczyca; exigea-t-il qu'elle reconnût le pape auquel, lui, était soumis? Il serait difficile de se prononcer là-dessus. Au milieu de l'indécision qui régnait à ce moment en Pologne, il est probable que Ladislas ne demanda que la neutralité. Il avait alors les yeux tournés vers l'Orient où il allait bientôt trouver une mort prématurée.
Les Turcs étaient devenus de plus en plus menaçants pour l'Europe. Devant l'imminence du péril, la chrétienté songea à grouper ses forces; les papes reprirent l'ancien projet de réunir l'Eglise d'Orient à celle d'Occident, et Eugène IV opéra à Florence (1439) cette fusion qui mettait l'Europe religieuse sous l'autorité du souverain
*) Ood. un. Crac. II, 32.
•) Cet écrit se trouve dans le Cod. Univ. Crac. II. 31. Nous y lisons: Non nescii sumus, quanta adversum vos procuraverit superioribus diebus hostis humani generis.
pontife romain. Cette union fut tout de suite un levain de discorde entre le concile et le pape. Le concile en effet avait voulu en faire son oeuvre, tandis que le pape prétendait se la réserver. On discuta longtemps sur le mode de convocation et sur le choix de la ville où se tiendrait l'assemblée des représentants des deux confessions. Les deux partis envoyèrent des ambassades en Orient et reçurent des délégués grecs ^). Les opinions étaient très partagées au concile à ce sujet (1437). La majorité désirait voir conclure cette union à Bâle. Une minorité s'était prononcée pour Florence, Udine, ou toute autre ville agréée par le pape et les Grecs. Les esprits s'échauffèrent à tel point que les partisans de Bàle prirent une série de décisions qui aboutirent à la détronisation d'Eugène IV.
Le pape néanmoins courait au but qu'il s'était assigné, et le concile tenu sous sa direction, d'abord à Ferrare, puis à Florence (1438 — 1439), établissait l'union avec les Grecs. Les Basiléens ne se firent point faute de dénigrer l'alliance conclue, et leurs fidèles en Pologne répétèrent leurs appréciations malveillantes. L'oeuvre de la papauté fut aussi attaquée pour d'autres motifs. wZbigniew 01e-
*) Isidore, abbé de S. Demètre, plus tard métropolite de Kiew se rendant à Bàle pour la première fois, s'arrêta à Cracovie. Nous ne saurions citer la date précise de ce séjour. Nous savons toutefois qu'Isidore arriva à Bâle au milieu de l'été de 1434 (Hefele Conciliengeschichte VII, 586/7). Zbigniew Olesnicki (Cod. univ. Vratisl. IL F. 23. f. 119) écrit qu'il n'a pas pu apprendre où se tiendrait le concile pro reductione Graecorum, d'Isidore abbas s. Demetrii, qui pro tempore patriarchae et imperatoris Constantinopolitani ambasiator hue..', circa festa .natalis domini in Cracoviam cum notabili comitiva advenerat. Il ajoute plus bas, au sujet d'Isidore: Puto, notiora habebit cum etiam ad sacrum concilium dicitur venisse ibique moram fecisse in facto reductionis praedictae. Cela ne saurait se rapporter à l'ambassade de 1434, si nous considérons comme exactes la date du départ de Constantinople (vers le 1 janvier) et celles que donne Hefele, 7. ô8H, d'après lesquelles la mission, qui se trouvait vers la Pentecôte en Hongrie, arriva à Bàle fin juillet ou commencement août.
énicki et l'université de Cracovie trouvaient le pacte de Florence maladroit, car les concessions trop larges qu'on y faisait aux Grecs devaient nécessairement entraver Fessor du catholicisme romain en Lithuanie et en Russie» i). Cette union avec les Grecs fut, comme on le voit, assez mal accueillie en Pologne; on en mettait en doute le succès; on en redoutait même les conséquences. Elle ne fut point admise en Lithuanie, et les événements vinrent bientôt justifier en grande partie les craintes et l'opposition qu'elle avait suscitées.
L'union devait être suivie d'une croisade contre les Turcs. Rome avait choisi Ladislas, roi de Pologne et de Hongrie, pour diriger cette campagne. Le désastre de Warna (novembre 1444) mit à néant tous ces projets, amena la chute de Ladislas et du cardinal Jules Cesarini, l'infatigable adversaire des Ottomans. Ce fut une défaite pour le christianisme et pour la Pologne; une défaite pour la politique du pape Eugène et, en même temps, pour le conciliariste Zbignievv Olesnicki qui avait poussé le roi en Hongrie et l'avait en quelque sorte engagé dans ces lointaines et trop vastes entreprises.
L'absence du roi qui, depuis 1440, ne résidait plus en Pologne, n'avait pas peu contribué à accroître le désordre de l'Eglise et du pays: sa mort ne fit que rendre encore l'avenir plus incertain. 11 semblait que les conciliaristes dont le souverain défunt avait réprimé les tendances, allaient maintenant jeter la Pologne dans le parti du concile. 11 n'en fut pourtant pas ainsi: la neutralité survécut à Ladislas Warnei^czyk; les synodes la proclamèrent, en firent une question de principe pour l'Eglise de Pologne. Cependant, en Allemagne, le roi Frédéric III se rapprochait d'Eugène IV (1446); des négociations étaient entamées qui devaient en détînitive faire sortir
') Fialek 1. c. 443.
oe pays de la neutralité. Le 7 février 1447, Enéas Sylvius lut au pape Eugène IV expirant la déclaration d'obédience de Frédéric III et des princes allemands. Le 6 mars 1447, le conclave donna comme successeur à Eugène, sur le Siège apostolique, Thomas Parentucelli qui prit le nom de Nicolas V. Cette même an«née, après un long interrègne, Casimir Jagellon monta sur le trône de Pologne. La situation était complètement changée. Eugène IV avait emporté dans sa tombe une grande partie de Tanimosité des conciliaristes, hostiles surtout à sa personne et prêts à s'entendre avec le nouveau pontife. Celui-ci, plein de vivacité et d'humeur accueillante, ami de l'humanisme et de la science, formait un heureux contraste avec son prédécesseur sombre et grave. Une réaction s'annonçait; le retour vers Rome, fin de tous les troubles de conscience, devenait possible et aisé. De même, avec le souverain, l'homme énergique et ferme qui était appelé à présider aux destinées de la Pologne, un souffle régénérateur et calmant allait vivifier le pays, balloté jusque-là dans les intrigues et l'incertitude du lendemain. C'étaient avant tout les affaires religieuses qui exigeaient une prompte solution.
Le prince héritier Casimir, n'étant encore que grand duc de Lithuanie, tenait pour le concile: il lui avait môme juré obédience en 1441, par son envoyé, le franciscain Nicolas; Tévêque de Wilna, Matthias, s'était aussi ouvertement prononcé pour Bâle, Le concile était donc en droit de s'attendre à la coopération du roi. Aussi, vers la fin d'avril 1447, envoya-t-il au nouvel élu une adresse demandant l'appui et le secours du monarque et des fils fidèles à une commune mère. Il réclamait en même temps d'Oleénicki protection et bienveillance. Dans les deux écrits qu'on fit tenir au roi et à l'évêque, on remarque le ton larmoyant d'une cause compromise. On choisit trois délégués pour porter à Casimir les voeux et les prières du concile. Ce furent encore Marc Bonfili, Stanislas de Sobniow, alors protonotaire apostolique, et Derslaw de
Morawski. II fi
Borzynow ^). Il est probable que ces trois personnages se trouvaient déjà en Pologne, et qu'on ne fit que leur transmettre de nouveaux pleins-pouvoirs. Nous savons en effet que le premier y était en 1446; quant à Stanislas de Sobniow, il avait rempli les fonctions de recteur de Tuniversité pendant leté de 1446, tandis qu'en cette même année Derslaw de Borzynow avait pris part aux séances du chapitre de Cracovie*).
Cette démarche du concile n'en eut pas moins aucun succès. Le couronnement du nouveau roi eut lieu le 25 juin; peu de temps après, ce prince fit un pas décisif. Dans le conseil royal s'élevaient des voix en faveur de la temporisation, c'est-à-dire de la neutralité. Dlugosz nous apprend que cette opinion était soutenue par quelques prélats et barons «les mieux intentionnés pour le bien delaRépubliquecc »). C'était vouloir prolonger pendantle nouveau règne une situation fausse, périlleuse, indigne d'un grand pays et d'un grand souverain. Lorsque Ladislas Warnenczyk était en Hongrie, on avait remis la décision à prendre à son retour et, ce monarque étant mort, à l'élection de son successeur. Il venait d'être élu, ce successeur, et l'on proposait toujours de prolonger la »suspensio animorum«, l'expectative pernicieuse. Le roi Casimir n'écouta pas ces conseils et se mit délibérément à l'oeuvre. Le 6 juillet 1447, il reconnaissait Nicolas V comme l'unique héritier de S, Pierre.
Il fallait maintenant régler les rapports de l'Eglise de Pologne avec le Saint-Siège; le moment était venu pour les évèques de rendre compte de leurs actes, de reconnaître leurs fautes et d'en implorer le pardon. Les prélats s'acquittèrent de ce pénible devoir de plusieurs manières. Zbigniew Olesnicki fut le premier à faire amende honorable. Il s'était sans doute aperçu que le conciliarisme
») Cod. epist. I, 2, 17 et III, 8.
*) Voir CoUectanea ex archivo Coll. histor. VI. 5.
') Dlugosz, Hist. V, B4.
qu'il avait embrassé n'était qu'une source de troubles pour le pays et les consciences, et le nouveau pape était pour lui la colonne lumineuse qui allait lui servir de guide. Â ces impulsions secrètes qui avaient agité son âmë se joignaient encore de sérieuses considérations ecclésiastico-politiques. Pendant l'interrègne, en présence des hésitations de Casimir à accepter la couronne, Zbigniew, pendant quelque temps, avait mis en avant Frédéric, margrave de Brandebourg, ce Frédéric élevé en Pologne et que Jagellon sans postérité avait songé à adopter. L'évèque croyait que les princes allemands relèveraient la Pologne, comme ils avaient, estimait-il, relevé (nobilitare) la Bohème. Ses convictions anti-hussites lui dictaient sans doute cette opinion optimiste. Cependant cette candidature n'était guère soutenable; et Zbigniew qui avait certaines préventions contre Casimir, qui craignait la fermeté de ce prince, ne put cependant en empêcher l'élection. Il dut donc en prendre son parti et se faire au nouvel état de choses. Si le roi s'immisçait dans les questions ecclésiastiques et, sous le prétexte d'y ramener Tordre, en prétendait prendre la direction, l'indépendance de l'Eglise, cette indépendance dont Oleénicki s'était toujours montré si jaloux, se trouverait désormais atteinte, et, dans les négociations à intervenir, le pouvoir et les droits de l'évoque céderaient à ceux du roi. Cette perspective effrayait Zbigniew. Aussi pour s'assurer la prépondérance dans les discussions qui nécessairement allaient naître, l'évêque s'empressa-t-il de faire sa soumission à Nicolas V, rompant ainsi avec le passé, pour sauvegarder l'avenir. Peut-être eût-il préféré en toute sincérité le maintien de la neutralité; mais le roi ayant abandonné cette politique, l'intelligence si ouverte d'Oleénicki vit tout d'un coup le péril que l'obstination opiniâtre eût fait courir aux personnalités indécises, écartées des délibérations, et à la question, objet des débats.
Ces mobiles et d'autres encore déterminèrent 01e-
énicki à rendre hommage à Nicolas V, et à rentrer sous Tobédience de ce pontife. L'intérêt de TEglise, la confiance en le nouveau pasteur pour lequel Zbigniew professait le plus grand respect se joignirent ici pour peser sur son esprit. Il n'est pas non plus téméraire d'admettre que l'exemple donné par Enéas Sylvius acheva de dis si per les derniers scrupules de Zbigniew. Dès 1446 en effet, Enéas s*était rallié à Rome et, en 1447, il commença à publier ses «Rétractations». L'évêque de Cracovie écrivit et envoya la sienne le 6 juillet 1447, c'est-à-dire le jour même où le conseil royal votait l'obédience *). Olesnicki visiblement se hâtait de prendre date.
Il avait sans doute en vue de prévenir les conventions qu'on pourrait faire avec le roi et de s'entendre préalablement avec le Saint-Siège, non moins que d'obtenir la pourpre que lui avaient offerte, et Eugène IV, et l'antipape Félix V. Il entra immédiatement en pourparlers; mais les choses traînèrent en longueur, car Zbigniew avait à se reprocher bien des offenses envers la papauté, et les nombreux ennemis du prélat ne manquèrent pas de faire valoir contre lui, à Rome, ce passé frondeur. La Grande Pologne se montrait très opposée à l'élévation de Zbigniew au cardinalat. Cette distinction eût rabaissé le primat de Pologne devant l'évêque de Cracovie, et Vincent Kot, surtout André Bninski, évêque de Posen, que Zbigniew regardait comme son mortel ennemi 2), firent jouer tous les ressorts pour porter obstacle à Oleénicki. Le roi lui-même enfin ne vit pas d'un bon oeil toute cette affaire qui pouvait susciter dans le pays des mécontentements et des désordres.
Olesnicki mit de grandes espérances en l'entremise de Nicolas Lasocki qui partit pour Rome en 1448, en qualité d'envoyé de Jean Hunyade. L'appui de cet habile
Cod. Epist. I, 2. 21.
») Voir Cod. epistol. I. 2, 32.
diplomate, d*un caractère si élevé et si noble, qui avait su gagner tous les coeurs, aussi bien en Hongrie qu'en Pologne, et qui ne tarda pas, malgré son passé conciliariste, à conquérir la faveur de Nicolas V, praeeipuum locum amoris, comme s'exprime Olesnicki *), cet appui, disons-nous, pouvait aplanir bien des difficultés. Le Souverain Pontife appréciait tout particulièrement cet homme si exceptionnellement doué sous tous les rapports et voulait l'élever au siège de primat de Pologne, ou tout au moins à un évêché; il s'apprêtaitmême, dit-on, d'accord avec le Sacré-Collège, à lui offrir le cardinalat*). La mort frappa Lasocki avant qu'il eût obtenu ces distinctions; il s'éteignit en 1450, alors qu'il venait de quitter Rome pour prendre possession de l'évôché de Wloclavek qui lui avait été concédé par le pape. Il mourut simple doyen de Cracovie, et Dlugosz célébrant sa mémoire ajoute: »II s'écoulera beau temps avant que la Pologne enfante encore un tel doyen «.
C'est donc à Lasocki quOleénicki confia sa cause à Rome, en 1448. A la fin de la même année, il envoya à Rome un émissaire qui parvint à mener à bonne fin cette affaire du Chapeau. Elgot avait du être écarté, à cause de son voyage à Bâle en 1442, et ce fut Dlugosz dont le passé était sans tâche qu'on chargea de cette délicate mission. Le pape Nicolas V se laissa enfin fléchir et, le premier août 1449, remit à Dlugosz la promotion de Zbigniew au cardinalat Le premier octobre suivant, dans la cathédrale du Wawel, Dîugosz apporta solennellement à Oleénicki les insignes cardinalices, et en présence d'une foule de peuple, de dignitaires, »de docteurs, de magistrats, d'écoliers de l'université de Cracovie«, prononça un discours approprié à la circonstance. A la fin de la grand'messe
») Cod. epistol. I, 2, 67.
•) Dlugosz. Opéra I. 639—40.
Tuniversité, par la bouche de son recteur, Matthias de Labiszyn, exprima ses voeux au nouveau cardinal^).
Oleânicki avait donc fait volte face de bonne heure et s'était, non seulement réconcilié avec le pape, mais avait vu couronner ses ambitions. Tandis que le chancelier agissait ainsi, comment se comportaient ses doctes ouailles, les maîtres de l'université de Cracovie?
On peut affirmer qu'à partir de 1442 le renom et l'éclat du concile de Bàle commencèrent à pâlir. Vers la fin de cette année, l'antipape Félix V, voyant les pays et les princes se détacher de lui chaque jour, quitta Bàle pour se transporter à Lausanne. L'année suivante, Eugène IV, après une longue persécution, passait de Florence à Rome. Dès lors toute action sembla cesser à Bàle'); les questions d'attributions de bénéfices reléguèrent au second plan les grandes questions générales, et les appels réitérés à la fidélité et à la persévérance ne firent qu'accuser l'impuissance grandissante de l'assemblée.' L'accession de Frédéric, roi d'Allemagne, à l'obédience d'Eugène IV, en 1446, les concordats conclus entre l'Allemagne et Rome, en 1447, enfin la soumission de la Pologne A Nicolas V, précipitèrent la chute du conciliarisme.
En 1444, comme nous l'avons rapporté, le concile avait adressé ses félicitations et ses louanges à l'université de Cracovie. C'était récompenser le passé, engager l'avenir. La théorie du conciliarisme professée par l'université, proclamée dans les mémoires de 1440/41, avait si bien pénétré les esprits, si étroitement uni l'université au concile, que rien n'était parvenu à rompre ce lien. Cet esprit était soigneusement entretenu dans les murs de l'école par les maîtres qui la dirigeaient Encore en 1447, ils dressaient tous leurs documents sous les auspices du
^) Dlugosz. Hist. V. 63. Toute cette affaire du cardinalat est exposée longuement dans Grosse, p. 134 et suiv. ') Hefele. Goncilengeschichte. VII. 809.
concile '). En 1446, Derslaw de Borzynôw^ en qualité de commissaire délègue du concile, juge à Cracovie le procès du curé de 8. Nicolas'). Toujours en 1446, lors du rectorat dé Stanislas de Sobniow^ maître Marc Bonfili, le plénipotentiaire favori du concile, s'inscrit dans le registre matricule des écoliers cracoviens; Jean d'Inowroclaw, curé de Krobia, »scriptor« de la pénitencerie du concile et de Félix V, ce même Jean qui, en 1444, avait porté à l'université le message des Basiléens, s'inscrit aussi à côté de Bonfili. Cette admission à Tinscription était une marque de déférence de la part de Tuniversité. On l'accordait à des personnes qui n'étaient ni professeurs ni élèves de l'université, quand on voulait les honorer tout particulièrement ou bien quand on en attendait des bienfaits'). En accueillant ces deux noms dans r»Âlbum studiosorum«, l'université prétendait donc rendre hommage au concile.
D'ailleurs des rapports incessants ne faisaient que resserrer ces noeuds si solides. De Bàle à Cracovie et de Cracovie à Bâle, les envoyés du concile et de l'université se succédaient sans interruption. Les maîtres cracoviens, Kozlowski, Derslaw de Borzynôw, Sobniowski Jacques de Szadek viennent assister aux délibérations du concile; et l'assemblée peut ajuste titre écrire à l'université en 1448: «Toujours jusqu'aujourd'hui le saint synode a compté l'un de vous parmi ses membres» *).
L'université tenta, en 1447, de retenir le nouveau roi Les maîtres de l'école de Jagellon prièrent le souverain d'observer encore pendant un an la neutralité (ut non praecipitaret in obedientiam, sed in suspenso maneret ad unum annum) *>). Ils échouèrent.
') Sacro ooncilio Basil, durante — par exemple, 19 août 1447. Cod. univ. Crac. II. 70.
*) Cod. univ. Crac. IL 58.
') Toepke. Matrikel der Universitât Heidelberg T. I. p. XLII.
*) Cod. dipl. univ. Crac. II. 82.
*) Cod. epistol. I. 2. 20.
C'est alors que l'ère des difficultés s'ouvrit pour Tu* niyersité. Le roi Casimir ayant juré obédience à Nicolas V, le 6 juillet 1447, les conciliaristes et les »neutralistesc( se hâtèrent de se disculper aux yeux de Rome, afin de conserver ce qu'ils avaient précédemment acquis, grâce à la confusion générale, et si possible, de retirer encore quelque profit de leur prompte adhésion. Le roi et les évêques envoyèrent dans ce but leurs représentants à Rome. Mais l'université, immuable dans ses doctrines, continua sa résistance au Saint-Siège. Un conflit était imminent. Il éclata en juin 1448, lors de l'arrivée à Cracovie du légat Jean Baptiste Enrici, évêque de Camerino, accompagné des délégués royaux, revenant de Rome en Pologne. La ville fit à l'envoyé du Souverain Pontife une réception magnifique: plus de mille citoyens à cheval allèrent au devant du nonce, tandis que le clergé tout entier, régulier^ et séculier, l'attendait aux portes de la ville. Seuls, les maîtres de l'université s'abstinrent avec ostentation de prendre part à ces fêtes ^). La population fut loin d'approuver cette réserve hostile des professeurs qui avouèrent plus tard avoir agi «magno cum scandalo populi, cum magna etiam infamia nominis nostri« *).
L'année précédente Vienne avait été le théâtre d'un pareil spectacle; mais tandis qu'à Vienne, l'opposition n'avait groupé qu'une fraction de mécontents, à Cracovie, ce fut la grande majorité de l'université qui protesta. A Vienne les facultés supérieures, dociles à la pression royale, s'étaient montrées prêtes à jurer obédience; seule la faculté des artistes, la plus nombreuse, il est vrai, composée des maîtres qui n'avaient presque rien à perdre, et, par conséquent, pouvaient tout oser, afficha la résistance. Le roi ayant ordonné à l'université de se rendre wprocessionaliter« au devant du légat, les artistes refusèrent d'abord
») Dlugosz, Hist. V. 50.
') Cod. univ. Oac. II, 75.
d'obéir; puis se rendirent à la cérémonie^ mais »sine habitibus magistrorum« y. Frédéric, irrité de cette rébellion, menaça les dissidents de la suppression des bénéfices, des allocations, et d'autres peines sévères*).
Les mômes scènes allaient se renouveler à Cracovie. Le roi cita les professeurs devant lui et leur demanda pourquoi ils se séparaient ainsi ostensiblement de toute la nation. Vaines instances; les maîtres, entendus en présence du légat, persistèrent dans leur résolution. Le lé.gat leur ayant déclaré que tous les souverains, toutes les universités, y compris celle de Paris, avaient fait leur soumission au pape,' les maîtres prièrent que pour le moment on les laissât en repos, afin qu'ils pussent écrire à l'université de Paris et aux autres pour en obtenir des renseignements. Au cas où les réponses qui leur parviendraient confirmeraient l'obédience et contiendraient des arguments convaincants, ils suivraient l'exemple de leurs confrères. Il fut en outre décidé en conseil royal que le légat rendrait compte au pape de tout ce qui s'était passé, afin que le monarque se conformât à la sentence que rendrait le Souverain Pontife. Il paraît que le légat exigea que les mutins fussent emprisonnés et déchus de toutes leurs dignités ecclésiastiques et universitaires; le roi refusa de se porter à ces rigueurs, et le pape luimême désavoua plus tard la sévérité de son représentant *).
L'université adressa aussitôt des messages à Lausanne, à l'université de Paris et à quatre universités allemandes, celles de Vienne, de Leipzig, d'Erfurt et de Cologne. Ces écrits, identiques de pensée, furent confiés aux délé-
') Kink, Geschichte der Universitât Wien I, 2, 76—82.
') Kaufmann, Geschichte der deutschen Universitâten II, 458.
*) Voir Cod. epistol. 1. 2. 20. Cod. univ. Crac. II, 75. D'après une lettre anonyme (Cod. epist. 1. 2. 313) il semblerait que les professeurs étaient alors prêts à signer Facte d'obédience, mais qu'ils demandaient un délai pour atténuer la contradiction avec ce qu'ils avaient jusqu'à ce moment soutenu.
gués, Nicolas de Dzialoszyn et Jacques de Gracovie. Ces deux mandataires se rendirent d'abord à Lausanne; puis Jacques se dirigea seul vers Cologne, tandis que Nicolas gagnait Paris. Le concile transféré à Lausanne approuva la fermeté des professeurs cracoviens qui brillent »sicut luminaria in mundocc, et nç leur dit presque rien en des flots de paroles; toutefois il déclara qu'on était en négociations avec Rome ^). Les réponses des universités allemandes, celle d'Erfurt exceptée, sont assez évasives: elles avouent l'obédience, en circonlocutions timides, exaltent la vaillance des »Machabées« de Gracovie, leur conseillant toutefois de rentrer sous la tente. Cologne insinue qu'il est impossible de nager contre le courant *). Leipzig conseille de suivre une route moins escarpée, plus sûre dans les situations douteuses, »humaniorem viam quae semper in dubiis eligenda est«*). Tous ces actes décèlent le manque de résolution et un certain embarras. Erfurt au contraire arbore encore hautement l'étendard du concile. Parmi toutes les réponses parvenues à Gracovie dans la seconde moitié de l'année 1448, on trouve encore deux lettres qui se distinguent par l'exposition claire et nette de l'opinion de leurs auteurs et des motifs qui la déterminent. L'une de ces lettres est écrite par Sébastien, appariteur de l'université de Cologne, à l'appariteur de Gracovie. Les appariteurs ou bedeaux de l'université tenaient alors un rang bien plus élevé que la domesticité universitaire de nos jours. Par leurs fonctions, ils se rapprochaient des secrétaires actuels, et le surnom de »Sapientia« qu'on leur donnait, à Prague et à Gracovie, par exemple, montre assez la considération qu'on leur témoignait. Cette situation de l'auteur explique le ton tranchant et familier de son épître. Ce Sébastien, est fort irrité de la tournure que les choses ont prise à Cologne. Gonciliariste convaincu,
') Cod. univ. Crac. II. 83.
») Ibid. p. 89.
•) Ibid. p. 95.
ennemi de toute neutralité, il veut rester tel jusqu'au bout. II entremêle de citations de l'Ecriture ses critiques acerbes. Il se sent à Taise avec les Gracoviens: ils ont même âme et mêmes idées que lui; mais il s'emporte contre les universités renégates dont les maîtres ne visent qu'au cardinalat ou aux évêchés, (magistri quorum studium est cardinalari, episcopari) contre les moines professeurs qui »mendicantes vellent manducantes fieri«. Le tout est sur ce ton fougueux. L'université de Cologne rédigea ses explications souples et retorses le 17 septembre; le 19, monsieur Sébastien y ajoutait ce singulier commentaire ^).
La réponse de Tuniversité de Paris ne fut transmise que le 3 octobre. C'était celle qu'on attendait, qu'on désirait, à laquelle on attachait le plus d'importance. L'université de Cracovie en effet s'était adressée aux autres grandes écoles, comme à des soeurs; mais à celle de Paris, comme à une mère, une maîtresse vénérée, dépositaire du vrai savoir. L'écrit de Paris est simple et catégorique. Il y est dit que l'université avait reconnu Eugène IV et a juré obédience à Nicolas V, avec d'autant plus d'empressement que cet éminent professeur de théologie, ce savant occupe fort dignement la chaire de Saint Pierre. Au surplus, les maîtres parisiens assurent qu'ils ne manqueront pas d'intercéder auprès du roi de Pologne en faveur de leurs confrères de Cracovie.
Olesnicki resta presque neutre dans toute cette querelle; il sembla même compatir aux épreuves de l'université. On se serait sans doute attendu à ce qu'après avoir signé l'obédience, lui qui savait être si aiitoritaire, exigerait que les maîtres de la grande école le suivissent dans sa rétractation. II n'en fut pas ainsi, et Zbigniew, après s'être d'abord appliqué à calmer le courroux du légat'),
*) Voir cette lettre dans le Cod. liniv. Crac. II, 144, où se trouvent d'ailleurs toutes les pièces relatives à ce procès. ') Dlugosz. Hist. V. 50.
suivit d'un oeil attentif et sympathique le débat qui se déroulait devant lui, se fit communiquer les réponses des universités étrangères et, en ayant pris connaissance, reconnut avec tristesse que ces institutions »sequuntur tractum fluminisa et n'apportent aux doctrinaires de Cracovie ni aide ni réconfort*). Le vieil homme subsistait toujours en lui; les vieilles opinions pour lesquelles il avait si longtemps combattu et ceux qui les défendaient encore attiraient toute sa sollicitude. Peut-être était-ce parce que sa nomination au cardinalat était encore en suspens et qu'en cette même année 1448 ses ennemis lui suscitaient mille entraves.
Lorsque Zbigniew témoignait ainsi sa bienveillance aux maîtres de Cracovie, la réponse de Paris n'était "pas encore arrivée: elle dut faire sur lui une profonde impres' sion. Les Cracoviens ne voulaient pas, disaient-ils, «imiter la vile multitude» 2); mais voilà que la première université du monde, la source de sagesse, le foyer de théologie venait de se déclarer.
L'ardeur des maîtres de Cracovie en fut aussitôt modérée; et vers la fin de 1448, lorsque Oleénicki délégua Dlugosz à Rome, il le chargea de rendre hommage au nouveau pape au nom de l'université ^). Il est vrai^que cette mission orale n'eut aucun caractère officiel. On hésitait toujours à brûler ce qu'on avait adoré.
Ce n'est qu'en 1449 que la situation s'éclaircit tout à fait. Le 7 avril, Félix V dépose la tiare, et, le 16 le concile rapporte toutes les censures édictées contre ses adversaires. Enfin, le 25 avril, le concile se sépare et, ce même jour, charge Nicolas de Dzialoszyn de remettre, en même temps que la collection de ses décrets, une dernière adresse à l'université de Cracovie*). L'acte suprême de
») Cod. epist. I, 2, 47.
*) Cod. univ. Crac. II. 74.
») Cod. univ. Crac. II, 119.
*) Ibid. p. 101-102.
soumission de Tuniversité ne fut pourtant accompli que le 3 juillet: puisque Taccord régnait dans tout l'Occident, il n'y avait plus à tergiverser, et les maîtres envoyèrent à Dlugosz, alors à Rome, le serment d'obédience à Nicolas VI).
Ainsi prit fin cet épisode mouvementé de l'histoire de l'université. Pendant le concile de Bâle, la Pologne s'était signalée par son radicalisme: une fois engagée dans la voie des réformes, elle était allée beaucoup plus loin que les peuples voisins, avec cette intempérance propre aux sociétés adolescentes. Elle ne se crut pas tenue à ce respect que la France, malgré tout, avait conservé pour Rome, et cette neutralité dont elle se targuait, cette neutralité empruntée à l'Allemagne, elle la rompit mainte fois. Il serait aisé de déterminer la genèse de cette crise, à partir du «traité des Annates« de Paul Vladimiri, jusqu'au mémoire universitaire de 1441, d'André de Goslawice à Constance, jusqu'à Oleénicki, en 1441 et 1442. On lutta pour la décentralisation, l'autonomie de l'Eglise, et si l'on eût réussi, on en serait arrivé à la séparation d'avec le Saint-Siège, à la création d'une Eglise polonaise nationale. Les événements qui se déroulaient alors en Europe firent échouer ces visées; les pensées se détournèrent de ces projets, et, même sous le pontificat de Nicolas V, les théories conciliaristes furent abandonnées.
Si l'université persista si longtemps à tenir pour le concile, c'est que les doctrines de Bâle avaient eu surtout pour marraines les universités et que les louanges décernées aux maîtres cracoviens les avaient enivrés; en outre, on se montra plus tenace.que partout ailleurs, parce qu'on avait cette opiniâtreté des éléments jeunes qui ne sacrifient pas volontiers leurs principes aux exigences de la politique et de la vie. Et puis, les ébranlements intérieurs, promptement calmés dans l'Occident, se prolongèrent
») Ibid. p. 118.
en Pologne; à l'étranger on s^aperçut vite qu'on faisait fausse route, et du reste l'autorité des princes eût bientôt étouffé les discordes et dissipé les illusions; tandis qu'en Pologne, il fallut attendre pour cela l'avènement de Casimir Jagellon.
Mais en dehors de tous ces motifs, la soif ardente de réforme, de suppression des abus, de régénération de l'Eglise, poussait l'université au conciliarisme. Quelquesuns des maîtres de Cracovie, entre autres Jacques de Paradis, avaient fait de ces réformes l'idée conductrice de leur existence, et ils croyaient que les conciles uniquement étaient aptes à les imposer.
Pour la seconde fois l'université de Cracovie venait de paraître devant l'Europe et de faire entendre sa voix. D'un autre côté, sous l'influence des relations qui se nouèrent alors, le trésor scientifique de Cracovie se trouva considérablement accru. Une foule d'ouvrages enrichirent les collections nationales. Dlugosz, d'après son biographe anonyme, transporta à Cracovie une quantité d'ouvrages classiques et théologiques. Ce même biographe nous apprend que Dlugosz passa quelque temps au concile de Bâle ^). Stanislas Ciolek fonda la bibliothèque de Posen. La bibliothèque Jagellonienne reçut à mainte reprise des livres de Bâle, des manuscrits qui en sont encore aujourd'hui l'ornement. Stanislas de Sobniow se montra tout particulièrement généreux; c'est lui qui fit don à la bibliothèque de divers «Commentaires d'Aristote« et de quelques ouvrages de philosophie, vraisemblablement acquis à Bâle ^) C'est encore à Bâle que Thomas Strzempiùski acheta nombre de manuscrits, et parmi eux le fameux commentaire de l'Ecriture Sainte par Valafrid Strabon, auteur
') Voir Opéra I, XI.
') Catalogue des ms. Jag. n. 625, 650, 762, 2660.
du IXe siècle, fous ces livres précieux devaient être légués à la bibliothèque ^). A cette époque le concile était la grande préoccupation de tous les esprits. Certains manuscrits des bibliothèques cracoviennes sont couverts de notes sur Bàle, d'extraits de mémoires, de discouirs sur les questions en litige, prononcés au concile*). S. Jean Kanty fut un des plus zélés à recueillir tout ce qui concernait le concile, à transcrire de sa propre main et en détail toutes les informations qu'il pouvait se procurer sur les délibérations de la grande assemblée*). Ces échanges d'idées et de livres, ces communications sans doute apportaient souvent des ferments de polémique; mais elles laissaient aussi dans les esprits des empreintes fécondes. Il nous reste à parler d'un fait qui, sans avoir eu desconséquences immédiates, n'en est pas moins remarquable. Depuis le commencement du XV-e siècle, les humanistes italiens s'étaient fort intéressés à la langue grecque. Il n'était pas de vrai savant, sans la connaissance plus ou moins étendue de certte langue. Les fameux humanistes italiens de cette période, Philelphe, Guarino, Bruni lisaient et comprenaient les auteurs grecs. Le séjour en Italie^ vers la fin du XlV-e siècle, du savant grec Chrysoloras qui résida successivement à Florence, à Venise, à Pavie, à Rome, avait donné naissance à ce philhellénisme. Ce Manuel Chrysoloras fut aussi appelé au concile de Constance; mais, déjà fort âgé, il y mourut en 1415. L'amour du grec s'accentua encore par suite du concile convoqué à Ferrare en 1438, et transféré à Florence en 1439, pour conclure l'union avec l'Eglise grecque. A cette assemblée vinrent de Byzance l'empereur lui-même, avec une suite de Grecs^ parmi lesquels on voyait le fameux admirateur de
') Ibid. n. 316, 1454. 1371. Voir Tintroduction de Wislocki p. IX.
*) Manusc. du chapitre de Crac. N. 102 (Propriété de Paul de Zator).
') Voir entre autres le ms. n. él4, contenant une énorme série d'aotes, de mémoires, de sermons conciliaires.
Platon, Gemistos Pléthon, et le futur car4inal Bessarioh, de Rome une foule d'humanistes attirés par la présence de la cour pontiflcale; ils devaient aussi servir d'interprètes. On grécisa avec passion alors; et bientôt après, Nicolas V ayant favorisé de sa haute protection cet engouement hellénique, les esprits s'éprirent de ces études ^).
Dans le Nord, il ne pouvait être question d'imiter en cela Tltalie. D'ailleurs, si quelqu'un eût voulu apprendre le grec, il n'aurait pu y parvenir, faute de livres. D'un autre côté, il eût été prématuré d'introduire la culture grecque dans un domaine où venaient à peine de pénétrer quelques rayons de la vieille civilisation romaine.
Le concile pour l'union grecque passa à peu près inaperçu en Pologne, et n'éveilla presque aucun écho, ni dans l'Eglise, ni dans le pays. Les actes et documents du temps en font à peine mention. Il nous est permis de supposer que Nicolas Lasocki séjourna alors quelque temps à Ferrare, auprès de son ami Guarino, et que Grégoire de Sanok, à la recherche d'Eugène IV, vint*aussi de Bologne à Ferrare; mais ce ne sont là que de simples hypothèses. Nous ne connaissons avec certitude qu'un Polonais qui ait pris part à l'assemblée de Ferrare: c'est Sendziwoj de Czechel, personnalité fort intéressante à tous égards.
Comme nous le retrouverons plus tard, nous ne lui consacrerons ici que quelques lignes. Sendziwoj Czechel, reçu maître à l'université de Cracovie en 1428 y professe aussitôt après à la faculté des artistes. En 1430, son cours roule sur la »Perspectiva Communis«; ces leçons manuscrites sont conservées à la bibliothèque Jagellonienne'^). Cet esprit délié et avide de savoir ne se contenta pas des connaissances qu'il avait acquises dans son pays; nous verrons qu'il fréquenta par la suite les écoles
^) Voir Voigt. Wiederbelebung d. class. Alterthums, II, 117 et Enea Silvio, II, 264.
*) Ood. bibl. Jag. n. 1929.
étrangères. Mais auparavant, et tout jeune encore, il quitté la Pologne et vient assister au célèbre concile de Ferrare (1438). C'est le seul Polonais dont la présence à ce concile soit incontestablement constatée. Dans une lettre postérieure, Sendziwoj rappelle son séjour à Perrare, rapporte des entretiens qu'il y eut avec un certain Kosmas »inter graecos nominatissimus doctor« *). Ces entretiens roulaient sur les divergences qui séparaient l'Eglise d'Orient de celle d'Occident, sur les amendements à apporter aux moeurs ecclésiastiques, constant objet des préoccupations de Sendziwoj qui, conciliariste convaincu, combattit toute sa vie pour les réformes qu'il souhaitait.
L'union conclue à Ferrare et à Florence demeura sans effets appréciables. La mission en Pologne, en Lithuanie et en Ruthénie d'Isidore, métropolite de Kiew, qu'Eugène IV avait créé cardinal, fut presque complètement infructueuse. Ce Grec*), passa par Cracovie en 1440 et fut hospitalièrement accueilli par Oleénicki. Il est aussi probable que l'université reçut l'ambassade grecque dans ses murs; Jean Elgot la harangua au nom des maîtres cracoviens, et par des arguments philosophico-scolastiques démontra la nécessité de l'unité, vers laquelle tout tend dans la nature. Ce discours assez vide, prononcé par un conciliariste, qui lui-même combattait l'unité avec le Saint- Siège, ne pouvait guère toucher l'auditoire grec^).
Vers la même époque, arriva en Pologne un autre
>) Cod. epist. I, 2. 264.
*) Ce Grec aussi sans doute joua un rôle dans la renaissance des études grecques en Italie» Il possédait en effet des mapuscriits précieux, «ntre autres un Strabon. Voir Sabbadini. La scuola . . . di Guarino (1896) p. 127. Le successeur de Nicolas V, Callixte III, lui fit don, plus tard, de quantité de manuscrits grecs. Voigt, die Wiederbelebung ... II, 209.
^} Ce discours se trouve dans Lb Cod. Jagel. n. 2232, 9^—97» L'Eglise a pour chef •Christum dominum«; le pape ci*y est mémie pas mentionné.
Morawski. II. 7
Orec dont la présence eût eu de tout autres résultats, si Ton avait su la mettre à profit. On sait que le concile de Bàle avait mis Tunion avec TEçlise grecque au nombre des questions, qu'il se proposait de résoudre, et s'en était occupé dès ses premières séances. Sur ce point aussi il y eut des froissements avec le pape, car celui-ci prétendait avoir la haute main sur ces négociations. On vit en 1434 une ambasade de l'empereur grec paraître à Bàle. Les pourparlers s'engagèrent, le conflit avec le pape affaiblit auprès de l'ambassade l'autorité du concile. Les Basiléens cependant ne perdaient pas de vue cette affaire et ils publièrent en 1436 une bulle aux termes de laquelle indulgence plénière était accordée à quiconque contribuerait par un don à la réunion d'un concile chargé d'amener l'union, au nom du concile de Bàle. Vains efforts: le pape Eugène IV triompha du concile dans cette question grecque. Les sommes recueillies à la suite de la bulle, furent ultérieurement l'objet de contestations entre les pays donateurs et le concile, qui respectivement s'en attribuaient la propriété ^). A la dix-neuvième séance du concile de l'année 1434, pendant qu'on discutait la question grecque, on rendit un décret contre les Juifs que le concile projetait de convertir. Pour atteindre ce but, on décida de créer dans chaque université des chaires de langue hébraïque, arabe, grecque et chaldéenne 2). Tout cela resta sur le papier, mais n'en eut pas moins pour conséquence indirecte l'envoi en Pologne (1439) du Orec Démétrius de Constantinople, chargé d'une lettre
*) Dans un écrit de la même époque (Cod. Vrat. II. F. 23, f; 119) nous lisons au sujet des malentendus entre les maîtres craco* viens: dissensio inter doctores in facto indulgentiarum Sacri Concilii. Nous n'avons pu découvrir les causes de cette «dissensio» qui dut être vive, sMl faut en juger par ce qui suit: Si saltem modo scola- Btico libris et scripturis decertarent, tolerabile foret . . M une autem indecens et stalui doctorali adversum armis et pugnis velle defendere opiniones.
') Hefelo Conciliengeschichte VII, 589.
de créance du concile, où ce personnage assistait peut- ^tre depuis 1434, et où il avait donné mainte preuve de son dévouement à l'Eglise catholique. D'après la lettre du concile, Démétrius possédait à fond le latin et le grec «et il pourrait parfaitement enseigner cette dernière langue, si on lui confiait une chaire dans une université. Il nous a semblé, écrivent les pères du concile, qu'il ne saurait être mieux placé qu'en Pologne, pays voisin des contrées grecques, notamment à runiversité de Cracovie«. Conjointement, le concile sollicitait l'intervention du roi Ladialas pour faire obtenir des émoluments pour ce maître^).
Ce l'ait si caractéristique marquerait une date importante dans l'histoire de la restauration des études grectjues, si cette mission avait été suivie d'effet. Mcalheureusement ce ne fut qu'un pas prématuré, et la connaissance du grec ne commença à se répandre dans le Nord que de très longues années plus tard. Quoi qu'il en soit il est certain que ce Démétrius vint en Pologne, mais nous ignorons quelles y furent ses fonctions, et même s'il y donna un enseignement quelconque.
Après le concile de Florence, la Pologne exigea des Basiléens. que Targent des indulgences amassé jadis, pour établir l'union fût restitué au pays et aux princes *). Zbigniew désigna alors sur ces fonds une somme pour l'entretien de Démétrius, ainsi qu'il ressort clairement de la déclaration que ce prélat fit au synode de Lenczyca ^).
Nous ne savons point ce que devint ce Grec. Néanjnoins dans l'histoire des influences que les conciles du XV siècle eurent sur la civilisation du monde, ce détail mérite d'être conservé. Comme beaucoup d'autres semences trop hâtives, celle-là aussi périt étouffée dans le terrain mal préparé du Nord.
*) Le message à l'université se trouve aux arch. un. f. 4-91, n. 16782. Voir Wiszniewski, Histoire de la littérature polonaise IIÏ, IV. *) Voir Jean de Ségovie II, 957.
») Cod. epist. 1. 2. 352.