‹ Histoire de l'Université de Cracovie (volume 5)Chapitre 6 sur 6 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'université pendant la seconde moitié du

règne de Jagellon.

Service public des professeurs de Craoovie. — Paul Vladimiri et son rôle dans le conflit de la Pologne avec TOrdre. — Phases de ce conflit. — Arrêt rendu par Sigismond à Breslau. — Les Polonais en appellent au pape. — Les Italiens en Pologne. — Relations de Jagellon avec Milan et Florence. — Paul Vladimiri en mission à Home. — Solution définitive de l'affaire de Falkenberg, en 14:2L — Mort d*André Laskary. — Dernières années de Paul Vladimiri; sa

fin. — Caractéristique de son oeuvre.

Développement de Tuniversité, nouvelles fondations et créations de

-chaires. — Les facultés. — Faculté des arts ou de philosophie. —

5on enseignement. — Tâche des maîtres. — Les chanoines de Saint-

Florian et leurs fonctions. — Disputes à la faculté des arts.

Faculté de médecine. — La médecine et son enseignement au moyen Age, — Maîtres médecins; Jean de Saccis. — Cette faculté manque des conditions indispensables à sa vitalité et à son développement.

Faculté de droit canon. — Devoirs et dotations des juristes. — Les

décrétistes les plus marquants: Jacques Zaborowski, Jean Elgot,

Nicolas de Blonie. — Les décrétistes au service des évêques et du

roi. — Compétition au sujet du royaume de Witold.

Faculté de théologie. — Ressources dont dispose cette faculté; grades qu'elle confère. — Tendances et méthodes de la théologie d'alors. — L'université et la faculté de théologie citadelles contre Thérésie

de Huss. — Plans pour ramener la Bohème; disputes avec les Husgîtes. — Les partis en Pologne à l'égard de ces plans. — Nicolaa Kozïowski et André de Kokorzyn. — L'éloquence de la chaire. —

Mérites de l'université sous ce rapport.

Hae sunt Marthae maires solliciter quae circa frequens fideî tninisteriutn satagentes turhantur erga plurima, écrivaient lesmaîtres de Cracovie aux pères réunis au concile de Constance ^), comparant les universités à des Marthes qui s'embarrassent du soin de bien des choses. La volonté des princes qui appelaient ces grandes écoles à la vie, imposait en effet aux membres de ces institutions les nombreux et divers devoirs de Marthe. En premier lieu, ils étaient tenus de dispenser leur savoir aux jeunes gens, mais, d'autre part, ils devalent le mettre au service des monarques et des besoins^ de leur temps; car en ouvrant ces ))studia«, les fondateurs étaient avant tout poussés par des considérations d'utilité pratique. Ce qui paraît être le but secondaire des écolea modernes, la préparation à la lutte pour la vie privée et publique, constituait au moyen âge la raison d'être principale des écoles supérieures. Un souverain, en créant une université, se flattait d'avoir ainsi sous la main des genscapables de le guider, de le conseiller dans toutes les complications politiques auxquelles il pourrait être mêlé^ Que la civilisation, la propagation du savoir souffrissent do cette déperdition, de cet émiettement des forces scientifiques,, c'était une considération moins importante au moyen âge.. Le progrès, l'avancement de la science n'étaient pas l'idéal de ceux qui fondèrent ou protégèrent ces foyers d'études^ Aussi la science suivit-elle les sentiers battus, s'en tenant aux livres prescrits, consacrés par l'usage. Un homme du moyen âge se préoccupait par dessus tout d'acquérir et de commenter l'héritage du passé, sans se tourner vers, de nouveaux horizons.

*) Cod. dipl. univ. Crac. L p. 113.

»Le soin de bien des choses» fit donc descendre les maîtres de Tuniversité dans l'arène politique, et nous avons précédemment eu à apprécier le principal représentant •de ce genre de professeurs. Nous allons maintenant examiner comment la nouvelle école répondit sous ce rapport aux intentions de son fondateur; nous essayerons ensuite de retracer l'histoire de son essor dans la seconde période du règne de Jagellon.

Paul Vladimiri, à son retour de Constance, ne put se reposer longtemps dans la paix des travaux scientifiques €it des tranquilles occupations de professeur de l'université. Il avait montré pendant le concile de telles aptitudes politiques, une connaissance si complète des relations de la Pologne avec l'Ordre teutonique qu'il était hors de doute, qu'en cas de besoin, le roi ne manquerait pas de l'employer aux négociations nécessitées par les querelles sans cesse renaissantes entre les deux adversaires. Toute la politique polonaise tournait alors autour de cette grave question.

Le différend que le concile de Constance n'avait pu ni trancher, ni aplanir, fut porté devant un autre tribunal, celui du roi Sigismond. 11 s'agissait de décider de la souveraineté sur la Poméranie, les territoires de Chelm, de Michalow et la Samogitie. La Pologne et la Lithuanîe soumettaient ainsi à cet arbitre leurs plus essentiels intérêts; pour l'Ordre, c'était une question de vie. ou de mort. Une grande assemblée devait se réunir à Breslau, en 1420, et dissiper toutes les incertitudes. La députation polonaise qui se rendit dans cette ville, comprenait en majeure partie des délégués qui avaient déjà combattu pour Ig, cause nationale à Constance, et Paul Vladimiri était toujours l'âme et l'interprète de toutes leurs revendications. A côté de ce maître, se trouvait un allié tchèque, Etienne Palecz

qui, depuis le concile résidait en Pologne, où il avait obtenu la dignité d'archidiacre de Kalisz.

Maître Paul commença par rédiger un mémoire où il exposa tous les griefs, toutes les prétentions des Polonais^). Il y faisait un résumé historique des phase» du conflit jusqu'à ce jour, discutait le bien fondé de» demandes polonaises et des exigences teutoniques et terminait par un appel à la justice et à l'impartialité de Sigismond. Néanmoins les choses prirent une tournure fort défavorable pour la Pologne, et l'arrêt d'arbitrage fut entièrement conforme aux désirs des Chevaliers teutoniques. Il provoqua, en Pologne et en Lithuanie, la plusvive surexcitation; la délégation protesta contre la sentence inique intervenue *), et l'on résolut bientôt de prendre une revanche et d'obtenir une décision équitable devant un autre tribunal, celui du pape Martin V qui réparerait les fautes de son rival dans le gouvernement du monde. A cet effet, Ladislas Jagellon envoya une ambassade à^ Rome. Le roi souhaitait que le pape modifiât, ou plutôt cassât l'arrêt de Sigismond, qu'il adjugeât à la Pologne et à la Lithuanie les territoires contestés, qu'il voulût bien enfin se prêter à une réforme radicale de l'Ordre teutonique, afin de rendre impossible à l'avenir les agressions, des Chevaliers contre les princes chrétiens-^). Paul Vladimiri fut désigné pour cette mission à Rome, conjointement avec le Milanais, Jacques de Paravesino *). Les lettres de créance leur furent délivrées le 23 novembre 1420^). L'affaire eut cette fois encore plus de retentissement que de résultats; elle irrita les esprits, dans le pays et à. l'étranger, émut les passions et aiguisa les plumes.

') Lites ac res gestae (Dzialynski), III, 192—215.

•) Ibid. p. 215.

■) Prochaska, Codex Vitoldî, p. 509.

*) Lites ac res gestae, p. 218.

») Prochaska, Codex Vitoldi, p. 603.

Le compagnon de Paul Wlodkowicz, Jacques de.

Paravesino était un de ces Italiens qui, à cette époque^ se trouvaient en assez grand nombre en Pologne. Jagellon entretenait d'amicales relations avec divers Etats italiens: les besoins du commerce avaient contribué à faire naître ces rapports que, plus tard, l'antagonisme avec Sigismond . ne fit que resserrer, le roi s'étant naturellement rapproché des adversaires méridionaux de l'empereur. Les Florentins considéraient Jagellon comme un bienfaiteur, et se rappelaient avec reconnaissance que leurs compatriotes avaient toujours trouvé bon accueil à la cour de Pologne: le monnayeur Léonard Badtoli, entre autres, était de Florence En 1406, les Florentins envoyèrent au roi deux lions, en, témoignage de gratitude pour son infatigable bienveillance^). Mais c'est avec les ducs de Milan que l'entente était la plus cordiale. Jagellon aimait à rappeler le souvenir de Jean Galeas Visconti qui gouverna de 1385 à 1402, et parlait avec complaisance du »ferventissimus amor« qui les unissait ^). En 1390, figurent dans les comptes de la cour de Jagellon, les dépenses occasionnées par la réception d'un ambassadeur envoyé par le duc de Milan à la reine Hedvige^).

Il est possible que ce soit cette princesse angevine qui ait noué ces relations et les ait léguées à la Pologne. L'amitié de la cour de Pologne avec Philippe Marie Visconti, second fils de Jean Galeas et chef de l'Etat, k, partir de 1412, fut peut-être plus étroite encore. Jagellon avait un chenil et des valets de chiens (canistae) milanais*); car les princes Visconti étaient renommés par leurs meutes et par leurs talents cynégétiques. Ces chiens

*) Voir Sokolowski-Szujski, Cod. epist. saec. XV, I, p. 25.

*) Caro, Liber cancellariae Stan. Ciolek, II, 83,

®) Voir Piekosinski, Comptes de la cour du roi Ladislas (Cracovie 1896), p. 44.

*) Ibid. p. 394 et 556. — Voir aussi Burckhardt: Cultur der Renaissance, I, 12 et 14.

«étaient dressés à chasser la bète, et quelquefois l'homme. En échange de ces présents, Jagellon envoyait au duc des faucons et des chevaux^). Ces communications ne furent pas sans influence sur la Pologne et y amenèrent plus d' un homme de valeur, comme, par exemple, ce Jacques de Paravesino, que Jagellon, dans une missive au duc Philippe, appelle «notre commun serviteur», »utriusque nostrum fidélisa. Il se peut qu*il soit arrivé à Cracovie en même temps que Tévêque de Milan, Barthélémy Capra qui, sur Tordre du pape, vint en Pologne, en 1419, dans le dessein de réconcilier cet état avec les Chevaliers teutoniques^). A partir de cette date'*), Jacques fit de longs séjours dans le pays, et chaque fois que des affaires importantes exigeaient d'activés et intelligentes démarches auprès du Saint-Siège, c'est lui que Jagellon envoyait toujours à Rome. En 1425, le roi le recommande au pape, et rappelle à cette occasion que Paravesino l'a fidèlement et fréquemment servi à Rome*).

L'ambassade de 1421 fournit à Paul Wïodkowicz l'occasion de déployer la plus énergique et la plus habile activité. Le pape Martin V, le 13 mars 1421, chargea le cardinal de Saint-Marc, Guillerin, de réunir toutes les pièces du débat pendant entre la Pologne et les Teutoniques. Chacun des deux partis dressa donc une liste de ses voeux et doléances; Paul Wlodkowicz parvint à se procurer une copie des documents présentés par les Chevaliers*), et écrivit alors un second mémoire: ))Ad impugnandum privilégia Cruciferorum« , par lequel il se proposait de rallier à la Pologne l'opinion publique et

*) Liber cane. Stan. Ciolek, I, 195.

') Comptes de la cour de Jagellon, p. 534. Liber cane. Stan. Ciolek, II, 112.

») Codex Vitoldi, p. 1039.

'*) Prochaska, Codex Vitoldi p. 701.

^) Lites ac res gestae I, 2, 1.

«elle des médiateurs appelés à se prononcer sur la .question. Ce mémoire, écrit avec autant de verve que de sagacité, est un des meilleurs ouvrages du maître cracovien'). L'auteur recherche d*abord les causes historiques de l'introduction des Teutoniques en Pologne, expose les agissements des Chevaliers et fait ressortir leur dépravation, il insiste surtout sur ce que cet ordre, essentiellement hospitalier, veut absolument se transformer en ordre militaire; il pèse la valeur des privilèges qu'ils ont extorqués sous les plus fallacieux prétextes, et dont il met en doute la légitimité, tout en signalant les contradictions. Enfin il prouve qu'en somme l'Ordre relève de Rome, et non de l'Empire, que l'Ordre s'est plusieurs fois soustrait à cette dépendance en plaçant les territoires qu'il venait à occuper, la Samogitie par exemple, sous la protection de l'empereur, faisant ainsi acte »d' ennemi de l'Eglise romaine» (p. 314).

C'était donc l'éternel antagonisme entre la papauté et l'empire que réveillait ici Wlodkowicz et cela avec d'autant plus d'opportunité qu'on s'attendait alors à voir le pape protester contre la sentence rendue par Sigismond, à Breslau, sentence qui avait soulevé les Polonais d'indignation. Au sujet de cette querelle locale, de ce conflit polono-prussien, s'accusait la séculaire hostilité des deux puissances universelles du moyen âge, dont l'une, l'Empire, Toulait réduire l'Ordre à n'être qu'un vassal de l'Allemagne, tandis que l'autre ne voyait là qu'une institution religieuse, nécessairement sous l'autorité du Saint-Siège. Cette rivalité fit naître des controverses sur le point de savoir, quel était en l'espèce le médiateur régulier, ayant qualité pour prévenir et étouffer par la parole, par la plume et par des actes l'effusion du sang et les luttes meurtrières *).

*) Lîtes ac res gestae III, 29é— 337.

■) Voir Caro, Geschiohte Polens, III, 494—5.

Après Tempereur qui, en 1420, avait pris Taffaire en main, le pape allait s*en occuper à son tour. La Pologne se tournait vers ce dernier, le suppliant de guérir une fois pour toutes les blessures qui s* envenimaient sans cesse davantage, et, conforn>ément à l'arrêt pontifical de 1339, arrêt pleinement favorable à la Pologne, de daigner prononcer la parole décisive, seule capable de mettre un terme à ces perpétuels démêlés. On s'efforçait d'écarter tous autres arrangements et décisions intervenus au cours de ce long conflit, en leur déniant la moindre signification ou portée légale. Les instances des envoyés polonais, d une part, et la pression du Saint-Siège, de l'autre, amenèrent les plus éminents jurisconsultes italiens à se mêler au débat et à y donner leur avis. Le différend des Polonais avec les Teu toniques fut passé au crible de la science européenne. Paul Wtodkowicz inspira sans aucun doute plus d'un des savants italiens qui élevèrent la voix en cette occasion; lui qui résidait alors à Rome, jouissait en ces matières d' une autorité incontestée et avait dédié son traité à un interlocuteur anonyme ^). Tous ces savants affirmèrent catégoriquement le bon droit de la Pologne, absolument indépendante de l' Empire, refusant nettement à Sigismond le droit de s'immiscer dans les affaires intérieures de ce pays, et, par conséquent, infirmaient la validité de la sentence de Breslau. C est dans ce sens que se prononça Dominique de Sancto Gemignano, docteur du Décret et professeur de droit à Florence, connu par ses commentaires sur le recueil des canons^); il réprouva l'arrêt de Breslau et fit remarquer que «rex Poloniae non recognoscit imperatorem in superiorem« ^), expressions qui reviennent dans tous les mémoires d'alors. Jean Milis^ docteur utriusque juris et avocat, écrivit aussi deux dis-

^) Il l'apostrophe souvent ainsi: Carissime.

') Schulte, Geschichte der Quellen des canon. Rechts, II, 294;.

') Lites ac res gestae... III, 22é. Voir notamment p. 239.

sertations ^). Dans la première 2), il soutient que le pape est le seul juge compétent dans le procès entre l'Ordre et la Pologne, qu'il doit annuler la sentence de Breslau, et ordonner 1' exécution des ordonnances de 1339, au profit de la Pologne. Dans la seconde^), il démontre les» droits de la Lithuanie sur la Samogitie qui, atteste-t-il est comprise dans les limites sintra limites» de la Lithuanie. C'était ici pénétrer au coeur même du débat. Le grand duc Witold, en effet, ne désirait rien si ardemment que la possession de la Samogitie, et, pour l'Ordre, cette contrée était comme un pont jeté entre la Prusse et la Livonie. Aussi l'objet de la guerre de 1410 avait-il été avant tout la Samogitie*). Jean Milis, considéré alors comme un des avocats les plus habiles à plaider les causes compliquées, prenait donc hautement parti pour la Lithuanie. Avec non moins de vigueur, Gaspard de Pérouse, le même qui, à Constance, avait si souvent pris fait et cause pour les Polonais, venait maintenant défendre l'indépendance du roi de Pologne contre les prétentions de l'Empire ^). Enfin le collège des jurisconsultes de l'université de Padoue émit aussi son opinion en la matière: le 4 mars 1421, ils proclamèrent collectivement que le pape avait seul qualité pour être arbitre entre les Polonais et l'Ordre, et que l'arrêt de Breslau devait être rapporté*^). Le maître florentin, Dominique de S. Gimignano et le Siennois, Franchinus de Castillione '), se rallièrent à l'avis des Padouans qui comptaient parmi eux des savants

') Schulte, ibid. 299.

*) Lites ao res gestae... III, 247.

») Ibid. p. 263.

**) Jaroslav GoU dans les «Mittheilungen des Instituts fur ôsterreichische Geschiohte», Bd. XV, 450.

*) Voir Lites ac res gestae... III, 265 et Hardt, Acta Concilii Constant. IV, 1552.

•) Lites ac res gestae... III, 276.

') Ibid. III, 291 et 293.

<;omme Raphaël Fulgosus et le célèbre professeur Prosdocimus de Comitibus^).

Les plus hautes intelligences et les autorités les plus vénérées avaient donc, comme on le voit, été appelées à faciliter la solution espérée. En même temps les représentants de l'Ordre et de la Pologne luttaient à Rome à coups de parchemins, et, à force de documents, tentaient de convaincre les esprits et de rectifier l'histoire. Les Polonais enseignaient au pape la géographie des lointains pays du Nord; selon une lettre du procureur de l'Ordre, ils lui ont présenté une toile peinte «ein gemolit tuch im gleichnisse einer mappe mundi<( *), pour lui montrer que la terre de Chelm et la Poméranie sont enclavées dans les frontières de la Pologne. Toutes ces négociations n'aboutirent à aucun résultat positif; le pape obsédé simultanément par l'Ordre teutonique et par les Polonais, accablé de protestations et de demandes, ne put ni n'osa prendre aucune résolution catégorique. Le roi Sigismond, de son côté, exigeait qu'en cassant l'arrêt de Breslau, on n'offensât ni sa majesté, ni ses droits. En novembre 1421, le pape envoya dans le Nord un nonce chargé d'étudier la question sur place et de transmettre à Rome le résultat de ses recherches. Ce fut à maître Antoine Zeno, docteur es décrets et référendaire pontifical, que l'on confia cette mission ^). Néanmoins l'Ordre protesta immédiatement contre ce choix et refusa de se soumettre à cet arbitrage. Il s'en tenait à la sentence de Breslau et considérait l'initiative du pape comme le fruit des intrigues, des fausses informations de Jacques de Paravesino et de Paul Wîodkowicz. Il voyait dans Antoine Zeno la créature d'une cabale organisée par une coterie milanaise. C'était, prétendait-il, un intime favori du cardinal Branda, le pro-

») Voir sur lui Schulte 1. c. 279. 7 et 298.

•) Codex epistolaris saec. XV, T. II» p. 119. «) Codex epistolaris s. XV, IL p. 128-129.

lecteur et le défenseur de la Pologne, originaire, comme lui, du duché de Milan. Un troisième Milanais, le chargé d'affaires du roi de Pologne, Jacques de Paravesino, avait déterminé le pape à désigner Antoine Zeno pour cette enquête ^).

La protestation des Chevaliers paralysa donc à se» débuts l'action du légat récemment nommé. En même temps, le roi Sigismond se plaignait à Rome de cette ambassade et obtenait de Martin V des lettres infirmant les pouvoirs des l'envoyé*). En dépit de ces entraves,, celui-ci entreprit une vaste instruction et interrogea une foule de témoins sur les points en litige, interrogatoire partial, puisqu'il se borna à écouter les dépositions et les arguments des Polonais. Cette procédure, après avoir rempli le second semestre de 1422, se prolongea jusqu'au commencement de l'année suivante. Elle porta spéciale-^ ment sur toute une série de questions relatives aux droite de la Pologne sur les territoires contestés, à la validité de l'arrêt de Breslau, à la compétence, tant de l'empereur que du pape, et aux rapports de la Pologne avec FEmpire*^ Quantité des sommités de l'époque défilèrent devant le légat du pape et rendirent témoignage au nom de la Pologne et en faveur de ses droits. Nous signaleronsentre autres, les professeurs de l'université de Cracovie,. Stanislas de Skalmierz et Jacques de Zaborow, docteur es décrets»); à côté d'eux figure Etienne Palecz, qui avait assisté à l'assemblée de Breslau *). Citons encore quelques prélats remarquables de cette époque: le primat, l'évêque de Posen André Laskary, Jacques Kurdwanowski, Pierre Wolfram de Leopol, et, parmi les jeunes gens, Stanislas Ciolek, chantre de Cracovie, Michel Lasocki, clerc de Plock^

*) Codex epistolaris T. II, p. 130.

«) Ibid. p. Ul.

') Lites ac res gestae II, p. 83, 84 et 90.

*) Ibid. p. 131.

notaire apostolique et impérial. On est frappé du grand nombre des Italiens qui se trouvaient alors en Pologne, et qui, sans doute à cause de leurs connaissances en droit, étaient occupés dans les chancelleries. Outre Jacques de Paravesino qui séjourna de nouveau en Pologne, en 1422, et prit part au procès, nous rencontrons plusieurs autres Milanais, nommément Gabriel Antoine de Bossis, notaire public*), Pierre et François de Grivellis^), Isidore de Annono ^). Il y a aussi des Florentins: un certain Nerius, par exemple, et Leonardus *). Les signatures d*Antonius, de Leonardus et d'Isidorus, ))Italici«, se lisent au bas d'un acte contemporain de l'évêque de Cracovie, Adalbert Jastrzembiec^). Ces noms qui, pris séparément, disent peu de chose, montrent avec force, si on les considère dans leur ensemble, jusqu'à quel point la civilisation méridionale avait insensiblement fertilisé de sa bienfaisante rosée les contrées du nord, et comment cette immigration de petites gens put faire naître et se propager jusqu'aux contins du monde chrétien de grandes idées et de grands courants intellectuels.

C'est au milieu de ces pourparlers longs et stériles qu'éclata, en 1422, la guerre avec l'Ordre teutonique. Cette guerre se termina par une paix boiteuse, en apparence avantageuse pour la Pologne, mais qui, malgré quelques concessions, n' en laissa pas moins subsister toutes les causes de haine réciproque. Paul Wïodkowicz, envoyé à Rome, vers la fin de 1421, y séjourna, à ce qu'il semble, assez longtemps, car nous l'y retrouvons encore en 1424,

') Ibid. II, 98.

») Ibid.

•) Ibid. II, 85.

*) Ibid. II, 85. Nerius est mentionné dans les comptes de Jagellon, p. 556.

*) Codex diplom. univ. Crac. I, p. WH. Antonius et Leonardus, Florentins, «mercatores nostri dilecti» en qualité de fermiers des salines de Jagellon, en 1425, voir Ulanowski, Libri formularum <1888) p. 80.

sans que dans l'intervalle il soit, que nous sachions, retourné au pays. Après V arrêt de Breslau, la Pologne froissée s'était tourné vers Martin V; irritée contre Sigismond elle avait donné toute sa confiance au Souverain Pontife qui, d'ailleurs, ne cessa plus de poursuivre l'apaisement des divisions et de multiplier les marques de sa sollicitude pour les Polonais. C'est à ce moment que se joua le dernier acte de l'affaire Falkenberg. Au consistoire du 17 janvier 1424, le pape confirma la sentence rendue par ses commissaires en cette cause, et Falkenberg renouvela solennellement la rétractation de ses calomnies^). On le tira alors de sa prison. Nous ignorons les motifs de cet acte. 11 se peut que Martin V ait voulu par là marquer ses excellentes dispositions à l'égard de Jagellon, dont il attendait une ferme et catégorique déclaration contre les Hussites. Paul Wlodkowicz assista au consistoire pontifical et fut témoin de l'événement qui, en quelque sorte, couronnait de succès les efforts, qu'il avait déployés pendant le concile de Constance. Son ancien compagnon et ami, André Laskary, était aussi présent à cette séance. Au commencement de 1423, il s' était rendu au concile de Pavie, transporté ensuite à Sienne; il passa en Italie toute l'année 1423 et une partie de 1424*). Cet ancien et constant partisan de la suprématie des conciles consacra tous ses soins, à Pavie et à Sienne, à la défense des principes dont il était pénétré depuis sa jeunesse. Bientôt après, se sentant vieux et las, il songea à prendre du repos et adressa une supplique au pape pour être relevé de ses fonctions d'évêque. Non me inveniat praelatum sic inutilem dies mortis^); il invoquait, à l'appui de sa demande, son grand âge et le péril du Hussitisme, auquel il ne se sentait plus la force de tenir tête. Il se

>) Voir Lewicki, Codex epistolaris saeo. XV, II, p. XXXVII et 170. *) Lewicki 1. c. p. 175.

•j Lewicki 1. c. p. 198.

proposait, paraît-il, de se retirer au couvent de Melk, pour y méditer sur sa -fin prochaine ainsi que sur ses espérances déçues et ses projets avortés. Du reste, il n'avait qu*à regret accepté de succéder, en 1414, à son cousin^ Pierre Wysz, sur le siège épiscopal de Posen, se croyant indigne d'occuper cette haute situation ^). Ce fut pourtant un évêque remarquable, qui sut, malgré la lourde tâche à laquelle il était assujetti, concilier Tamour de la science avec tous ses autres devoirs.

»Ac te nocturnis juvat pallescere cartis«, chantait en son honneur un apologiste posthume ^). Il mourut à Posen^ en 1426, accompagné des regrets universels des fidèles de son diocèse; et celui qui avait été son camarade d'études, le compagnon de ses travaux et de sa vie, Tami de tous les instants jusqu'aux derniers jours, lui ferma les yeux à son lit de mort: un sermon du moyen âge atteste en effet qu'André Laskary mourut entre les bras de Paul Wîodkowicz.

A partir de cette date, le plus méritant des professeurs de l'université, dans la phase initiale de son existence, échappe presque complètement à nos regards. Il n'est pas question de lui dans les troubles hussites qui éclatèrent peu après; son nom ne figure pas sur l'acte des décrétistes de Cracovie (1430), dirigé contre les ambitieuses convoitises de la royauté par Witold. En 1432, sa voix se fit entendre pour la dernière fois: il s'agissait encore d'un démêlé de la Pologne avec l'Ordre teutonique» L'Ordre avait, en 1431, rompu la paix conclue avec la Pologne, et, faisant invasion dans le pays, ravageait la Kujavie et la contrée de Dobrzyn. Paul Wlodkowicz adressa alors à Zbigniew Olesnicki une épître où il reprenait

') Dîugosz Hist., IV, 168.

•) Voir la pièce de vers que lui a consacrée Martin de Slupca et l'oraison funèbre prononcée par le chanoine Nicolas, dans Briickner,. Comptes rendus de l'Académie des sciences T. XVI, (1892) p. 326, 367.

ses anciens arguments, ses anciens anathèmes *). Il y déplore l'abominable dévastation des territoires polonais^ flétrit la eruauté des Teutoniques et ne croit pas à la possibilité d'uti accord a^ec Cette ))secte« qui ne devi*ait pas être tolérée par l'Eglise. C'est toujours le même cri d'indignation d'autrefois, la même note s'échappant des lèvres du polémiste sous le coup de récents outrages et dé récentes spoliations^).

Paul Wlodkowicz passa sans doute ses dernières années dans cette quiétude presque monacale, après laquelle avait vainement soupiré son fidèle ami, Tévêqué de Posen. Depuis quelque temps déjà il était curé de Saint -Gilles, à Klodawa. Grâce à ses instances, le roi Jagellon consentit, eii 1429, à installer à Klodawa des Chanoines de Latran, et l'église de cette localité fut érigée en collégiale'). Dhigosz autorise à supposer que Paul, sur la fin de sa vie, enti*a dans cet ordre; et il raconte que des gens avides profitèrent de cette circonstance pour le dépouiller des bénéfices doflt il jouissait. Cette belle existence, si remplie d'utiles labeurs, s'éteigriit le 11 mars 1435.

Le gi*and historien polonais, Dhigosz, lui a consacré quelques chaleureux éloges. Il célèbre en ce vaillant écrivait! l'attlour profond de la sisiencé et de la patrie, la persévérance à défendre en toute occasion les intérêts natîonauîi. wll' s'absorbait tellement dans l'étude que,, plongé dans les livres, il eût oublié de prendre ses repas,, si ses serviteurs ne fussent venus l' arracher à ses recherches «.

^) Ms. Czart. 232. Date: mense martio lé32, Paduae. Que signifie ce «Paduae» ? — On l'ignore. Nous doutons fort que Paul se soit encore trouvé en Italie, sur ses dernières années.

') Voir Zeissberg, Poln. Geschichtsschreibung, p. 171.

») Voir Dhigosz, Hist; IV, 567 et Laski, Liber bénéficierum, II, 451.

Morawski I. ^^

Pendant tout le règne de Jagellon, depuis Tannée de la fondation de l'université, Paul Wtodkowicz s'acharna à ses incessants travaux, devint le guide intellectuel de cette école et son plus illustre représentant. Grandi au milieu de l'impression causée par le grand fait historique de l'union de la Lithuanie avec la Pologne, il fut le plus zélé confesseur des principes sur lesquels cette union reposait et qui commençaient à être mis en pratique. Si l'Ordre teutonique avait jusqu'alors tenté de conquérir les âmes en assujettissant les contrées de l'Orient, c'était désormais sous l' étendard arboré par l' union qu' allait se poursuivre l'oeuvre civilisatrice de la propagation du christianisme. Sans doute l'Ordre continuerait ses empiétements, sous l'égide de la puissance universelle de l'Empire; mais la Pologne saurait s'opposer à ces prétentions illimitées, à ces visées ambitieuses, et, affirmant son indépendance, son autonomie, poserait des bornes aux usurpations étrangères, assumerait fièrement le rôle régénérateur qui lui incombait. Ainsi s'écroulaient les fondements mêmes des idées du moyen âge, et la Pologne n'a pas la moins glorieuse page dans l'histoire de ce relèvement du monde. Du sein de cette institution destinée par Jagellon à subjuguer pacifiquement les âmes, à éclairer les intelligences et les consciences, s'éleva la voix du grand jurisconsulte Paul Wïodkowicz '). Les paroles fermes et énergiques de ce maître furent comme un brillant commentaire des faits historiques, un plaidoyer en faveur des projets du roi et de la mission nationale.

Si nous avons tellement anticipé sur l'avenir à la suite de ce grand homme, c'est qu'il fut le type le plus remarquable et, en même temps, le plus caractéristique des professeurs de l'université au berceau. Voyons maintenant

*) Voir Lewicki, La révolte de Swidrygiello. 1892, p. 205 206. Le même: Quelques mots sur la réunion de la Lithuanie à la Couronne, 1893, p. 23.

ce que devint Técole, pendant la seconde moitié du règne de. son fondateur.

Le roi Jagellon tint rigoureusement la promesse par laquelle il s'était engagé, lors de la création du »studium générale», à veiller sur le développement de cette uni- Tersité. Les rapports que le souverain eut avec son école, tout d'abord intimes, ne firent avec le temps que le devenir encore davantage; et les preuves de la faveur royale, les témoignages de l'affection du monarque allèrent se multipliant. En 1417, lorsque Paul Wlodkowicz prend à Constance la défense de la cause polonaise, le roi se félicite des nombreux bienfaits dont la nouvelle institution a gratifié la République^). Dans une lettre de 1418, Jagellon écrit en ces termes au pape Martin V^): J*aime l'université comme ma propre fille, je partage ses peines et ses alarmes. ))Ma fille«, dit le roi, en parlant de Técole cracovienne, employant le titre affectueux que les rois de France donnaient à V université de Paris. Et les actes correspondaient aux paroles. L'installation du collège jagellon ien laissait alors beaucoup à désirer et présentait de nombreux inconvénients. Dans la maison qu'il occupait avaient lieu les cours, les ))exercitia«, les controverses, et, en même temps, cette maison servait de demeure (commoda) aux maîtres. En 1417, on résolut de remédier à ces défectuosités. L'université fit l'acquisition, pour la somme de trois cents mjarcs, de deux maisons qui autrefois avaient formé un même tout avec le ))Collegium«, mais qui, depuis, étaient devenues la propriété de juifs. L'une de ces bâtisses se trouvait à gauche de l'ancien collège, rue Sainte-Anne, près des murs de la ville et de

*) Codex diplom. univ. Crac. I, 119.

«) Ibid. p. 121.

la porte appelée »popt» juive«. Un terrain adjacent en dépendait. L' autre était située derrière le collège. Le^ ))studium« de Cracovie qui jusqu* alors n'avait eu à sa disposition que le bâtiment à l'angle de la rue Jagellon et de la rue Saint-Anne, s'agrandissait donc dans de larges proportions, et sur la rue Saintfe*Anne, et sur la rue Jagellon. Jagellon confirma ces achats par privilège^ du 19' août 1417. Cette amélioration fut décidée, dît le document^), ))8UP les instantes prières de la trè» illustre princesse' Elisabeth, reine de Pologne, bienfaitrice du st^dium sus^nommé«. Le roi désirait ainsi assurer la gratitude de- l'université à» sa femme, Elisabeth Granowska,. qu'il' venait d'épouser au mécontentement général die la nation. Nous rappellerons que précisément en ce même mois d'août, l'un dés meilleurs professeurs de l'université,. André de Kokorzyn, s^était rendu au concile pour solliciter la dispense nécessaire pour ce mariage.

L'année même de la mort de Jagellon^ le collège prit* une nouvelle extension dans la direction de l'église Saint-Anne; La construction en pierre appartenant au juif Isaac et située rue Sainte-Anne, près de la porte juive, devint; en février 1484, la propriété de l'université. Le palatin de Cracovie, Pierre Szafraniec, la paya quatrevingt-onze marcs, probablement de ses propres deniers,, à lUntention de son salut personnel et en souvenir de son défunt frère Jean; par là' ils- assurait aussi une demeure convenable aux ))altari&tes« dotés par sa famille et rattachés à l'université^).

C'est ainsi que, sur la* fin du règne de Jagellon, le collège principal dé l'université se trouva installé dans un local' assez vaete et répondant aux divers besoins de l'éoole, des maîtres et des= élèves. Il est vraisemblable qu'il

^) Codex diplom. univ. I, 118.

*) Codex diplom. univ. Crac. I, 182. Cette vente suscita plus tard certaines difficultés; voir ibid. p. 184; mais cela n'entraîna pas l'annulation de la nouvelle acquisition de l'université, voir p. 186.

occupait tout remplacement actuel de la bibliothèque, rue Jagellon et rue Sainte-Anne. On aTait fait de sensibles progrès depuis la modeste miaifion du coin, destinée primitivement à contenir Le nouveau studium.

Et simultanément le roi, ou d'autres bienfaiteurs, multipliaient les doinationa, assurant ainsi la dotation d^es maîtres. La fondation de Pierre Wys2, de Tannée 1401, commençait à produire ses fruits, par suite du décès ou de la renonciation de ceux qui jusque là avaient détenu les bénéfices qu'elle accordait à Tu/niversité. En 1422, Stanislas de Skalmierz, docteur es décrets, est déjà en possession de l'un des •canonicats du château; en 1428, le professeur de théologie, François Creysewitz de Brieg^ obtient l'autre canonicat de la fondation Wysz ^). Les chapelles de Sainte-Marie-Madeleine et de Saint-Âdalbert passent également aux mains de maîtres de i'iMiiversité; ce «ont des prébendes »sine cura«, sans ohligations paroissiales. François de Brieg, mentionné plus haut, est préposé à la première, dès 1422, tandis que maître Jean de Radochonce est pourvu de la seconde, à la même époque 2).

A ces anciennes largesses venaient maintenant s'en ajouter de nouvelles. En 1415, Beata, veuve du maréchal de la couronne, Dimitri de Ooraj, fit don à l'université d'une partie de sa propriété de Boszczyn ^). Cet acte généreux montre assez que les particuliers, eux aussi, ne tardèrent pas à entrer dans les vues du roi et eui:ent la vraie compréhension des besoins du pays. Beata laccomplit «propter Deum et pro salute animae suaec<, ainsi que le rapporte un document ultérieur. En 1431, l'université acheta de Martin Byrowo de Przybynice la seconde moitié de la terre de Boszczyn; cet achat fut notamment effectué par les maîtres du collège des artistes, au prix de

') Codex diplom. I, 140 et 164;.

') Codex diplonj. I, 140 et 131.

^) Codex diplom. I, 105.

80 marcs. Dès lors tout ce domaine est géré par les mandataires de l'université à laquelle il appartient^).

C'est encore en 1415 que fut faite au profit de l'université la fondation de Niemierza de Krzelow, chanoine de Cracovie et custode de Saint-Florian. Ce personnage est déjà pourvu de ces titres, en 1396; le roi en fait son intermédiaire auprès du chapitre de Cracovie ^). Niemierza était apparenté à l'illustre famille des TenczyAski; sa soeur Catherine avait épousé le fameux Jean de Tenczyn, castellan de Cracovie, Y un des bienfaiteurs de Y université à son berceau et l'exécuteur des dernières volontés de la reine Hedvige. Ce chanoine avait déjà fondé, en 1403, en l'église cathédrale, un autel sous le vocable de Tous-les-Saints, et l'avait doté de la terre de Wengrce, acquise dans ce but') En 1411, Pierre de Marcinowice joignit à cet autel la prébende de la chapelle de Sainte- Elisabeth, à Kobierzyn, avec tous ses revenus *). Niemierza transféra aux maîtres de l'université, en 1415, le patronage et le droit de présentation à cet autel, en spécifiant qu'aussitôt qu'une vacance se produirait, ils devraient nommer à ce poste quelqu'un d'entre eux. Polonais, ancien ou actuel professeur^).

La fin de l'année 1418 fut marquée par un nouvel acte de munificence de Jagellon, en reconnaissance peut-être des grands services rendus à la couronne par la grande école, pendant le concile de Constance. Le 22 décembre, ce prince céda aux maîtres de l'université et, conjointement, à l'abbé de Mogila^) le patronage de l'église Sainte-Anne qui jusqu'alors avait relevé du roi. Les Szafraniec, infatigables donateurs, suivirent bientôt l'exemple du souve-

>) Codex diplom. I, 167.

*) Codex epistolaris, T. II, p. 26.

") Codex diplom. un. I, 60.

*) Ibid. p. 94.

*) Codex diplom. I, 106.

•) Ibid. I, p. 122.

rain. En 1420, Jean, vice-chancelier de la couronne, et son parent Pierre, fondèrent en leur nouvelle chapelle de la cathédrale Tautel Côrporis Christi et le dotèrent du village de Bogucice. En même temps l'université était chargée de présenter désormais au choix de la famille Szafraniec «les altaristes« pris parmi les maîtres ou les élèves de théologie ou de droit canon ^). La liste de ce» bienfaiteurs s' augmente, en 1425, d' un nouveau nom, Jacques de Boturzyn. Il s' engage, par acte solennel, à. présenter dorénavant à l'évêque de Cracovie un des » docteurs, maîtres, bacheliers ou étudiants en théologie ou en droit canon «, à l'exclusion de tout autre candidat, lorsqu'il s'agirait de pourvoir à la cure d'Igolomia dont il était le coUateur^). Ces fondations ne venaient pas directement en aide aux maîtres professant au studium de Cracovie^ car elles ne réservaient pas les bénéfices à un »actu legensa c' est-à-dire à un membre du corps enseignant de l'université; elles les assuraient néanmoins à des gens, munis de titres universitaires ou à des élèves de l'école de Cracovie, et ces encouragements ne contribuèrent pas peu à attirer des disciples à l'université, à soutenir cette institution dans la haute mission scientifique et sociale qu'elle avait assumée.

Mais voici, toujours en 1425, un acte royal qui a directement trait aux maîtres enseignants. En 1401, lors de la donation des prébendes de la collégiale de Saint-Florian aux professeurs de l'université, Jagellon en avait excepté les charges de praepositus et de custode. En 1425, il supprime une de ces restrictions et décide qu' après la mort de Niemierza de Krzelow, la custodie reviendra à l'un des professeurs, docteurs ou maîtres de l'école de Cracovie^). C'était un pas de plus vers l'attribution de tout

') Ibid. I, p. 128.

*) Codex diplom. I, 149.

') Codex diplom. I, 151.

le chapitre de Saiot-Florian aux professeurs de l'université. Bientôt après, en 1427, Niemierza.étaatnaort, un des Jïiaîtres lui succédait, et simultanéjxient l' évêque de Cracovie, Zixigniew Olesnicki, fondait à Saijit Florian un nouveau canonicat. A cette occasion le prélat reconnaissait hautement les grands services rendus par l'université, le zèle à d.éfendre la foi, à extirper Tivraie, et déclarait qu'il fallait augmenter le nombre des maîtres ^). Le nouveau canonicat •créé par Oleéjoicki fut pourvu sur les revenus de la custodie. Custode et nouveau ,chanoine furent astreints tous les deux à enseigner, à prendre part aux leçons et disr putes, comme les autres chanoines. C'est ainsi que s'affirmait la sollicitude de Zbigniew Olesnicki pour l'université, sollicitude dont nous aurons encore à signaler tant de marques.

En 1433, Zhigniew approuva, en qualité d'évêque de Cracovie, une autre fondation due à deux personnages très peu connus: Dorothée Jâgerdorff, veuve d'un bourgeois de Cracovie, et son neveu Jean Schefler, chanoine de Ratibor. Ces pieux donataires érigèrent alors, en lui affectant un revenu annuel de vingt marcs, l'autel de Saint- Paul, en l'église de Tous-les-Saints, à Cracovie, stipulant qu'après leur mort, le patronage de cet autel reviendrait aux membres du collège jagellonien, et (jue ce serait un maître présenté par ces derniers qui obtiendrait la fonction d'altariste, à charge toutefois d*une leçon chaque semestre à la faculté de théologie ou à celle des arts^). Ce fut r origine d' une nouvelle chaire qui, longtemps encore, figura constamment dans les registres universitaires parmi ^celles qui étaient pourvues d'une dotation.

Pendant le règne de Jagellon, l'université obtint par conséquent des bénéfices plus ou moins bien rentes qui lui permirent de rétribuer ses maîtres. Nous allons .en

') Codex diplom. I, 159.

*) Codex diplom. I, 179.

donner une liste succincte. Il y avait d'abord six profes- ,aeurs ))regii«, royaux, .gui touchaient cent marcs sur la cassette particulière du souverain, puis le noaître dit Trontuowicki, ,doté par les Szafraxiiec, ce^ux des fooadations Nowko, dame Menzyk et Stob^ier; le majltre pourvu de la prébende de Saint-Adalbert, celui qui touchait les revenus de la petite église de Sa^liïte-Marie-Madeleinre, celui qui avait la cure de Luhorzyca; esrusuite ia ^Ghaire adjointe, en 1433, à Tautel de Tous-les-Saioits. Le »Senior« de la bourse des pauvres complétait le nombre de ces maatrei^ à modestes traitements. Les «canonicats de Saint-Florian assuraient une plus large aisance. En 1422, six maîtres de l'ujiiyersité sont déjà en possession du doyenné et de cinq canonicats, à quoi viennent s'ajouter Ja custodie, .en 1425, et, en 1427, le canonicat fétribué sur les revenus de çe^te custodie. Aussi des documents de 1439 wientionnent-ils huits cha^noiaes de Saint-Florian, membres du corps ,ejiaeignant de l'université ^). Enfin deux canonicats du <chapitre de la cathédrale de Cracovie constituaient les dotations les plus élevées, les plus riches prébendes accordées à l'université.

Cette institution disposait donc en somme, à la fiu du règne de Jagellon, d' environ vingt-ciaq charges rémunérées. Joignons à ces bénéfices les fonds provenant de la terre de Boszczyn, des salines dont certains maîtres tiraient leurs moyens d'existence et en outre des versements effectués par les étudiants, frais d'études et taxes d'examens. L'université pouvait donc dès lors fonctionner normalement. Nous allons essayer, dans la suite de ce travail, de mettre en lumière et ce fonctionnement et le développement de son activité, en exposant aussi exactement que possible la répartition de ces ressources et les attributions qu'on en fît aux diverses branches de l'enseignement.

^) Codex diplom. univ. Crac. J, p. 1.89 ^t 191.

11 fallait être au moins maître es arts pour avoir droit à professer et par conséquent être appelé à jouir d'une de ces prébendes ou dignités. Un maître es arts libéraux entrant en fonctions à l'université, devait parfois accomplir un long stage avant d'être pourvu d'une chaire, et pour faire face aux dépenses de chaque jour il n'avait que les redevances que lui payaient les élèves, et les honoraires de ses leçons. Dès qu* il obtenait une chaire quelconque, sa position devenait moins précaire, sans toutefois lui assurer le bien-être. S'il s'en tenait aux arts libéraux, il se voyait forcé de se contenter d'emplois secondaires, et ne pouvait aspirer à aucune opulente prébende. Ces dernières ne lui devenaient accessibles que lorsqu'il s'élevait dans la hiérarchie scientifique, se consacrait à quelque étude supérieure, aux Décrets, à la médecine ou à la théologie; c'étaient en effet les seuls grades universitaires qui pussent ouvrir devant lui une carrière fructueuse et semée d'honneurs. L'étudiant du moyen âge, inscrit à l' université, tâchait d' abord de parvenir à la maîtrise es arts libéraux, qui lui permettait d'enseigner et, tout à la fois, de continuer à suivre les cours des facultés supérieures. Enfin sa suprême ambition était d'arriver à être exclusivement professeur des Décrets, ou de médecine, ou mieux encore de la science par excellence, de la théologie. Cet avancement sur l'échelle scientifique, entraînait une amélioration correspondante dans le domaine matériel, car on était pourvu au fur et à mesure de bénéfices de plus en plus lucratifs qu'on se voyait accorder selon le rang ou l' ancienneté, per senium et ordinem. Dans l'université du moyen âge, ces barrières inflexibles et immuables qui, de notre temps, se dressent entre le maître et l'élève, entre les divers genres de connaissances, n'existaient donc pas. Tout était moins raide, plus mobile, d'autant plus mobile que la science d'alors l'était moins et se tenait renfermée en soi. Une seule et même personne

réunissait souvent en elle le double caractère de professeur et d'élève, une seule et même personne enseignait à la faculté de philosophie les matières les plus variées, et à la longue, un artiste se transformait en décrétiste ou en théologien. Car les sciences n'étaient ni indépendantes, ni mises sur le même rang. Elles formaient au contraire une hiérarchie au sommet de laquelle brillait la théologie, clef de voûte de l'édifice entier dont elle reliait toutes les parties, soleil vers lequel convergeaient toutes les autres études en satellites. Cette organisation des universités au moyen âge s'explique d'ailleurs aisément, les maîtres y étant des ecclésiastiques.

Ces grandes écoles se divisaient, comme celles d'aujourd'hui, en quatre facultés. La faculté des arts préparait en quelque sorte aux trois facultés supérieures de droit, de médecine et de théologie, et les études y comportaient deux degrés: le premier, le trivium, comprenant la logique, la grammaire et la rhétorique, le second, plus étendu, embrassait les mathématiques, la physique et toutes les •matières qui, dans le système scolaire du moyen âge, consituaient ce qu'on appelait le quadrivium.

La faculté des arts, quoique la plus nombreuse, était inférieure aux autres. Au point de vue, tant de l'âge des élèves que du programme de l'enseignement, elle répondait à nos collèges d'aujourd'hui. On y apprenait toutes les notions encyclopédiques, qu'un homme instruit et bien élevé devait nécessairement posséder. C était la porte (janua) à franchir pour atteindre aux autres facultés, le premier degré vers les hautes cimes de la théologie. On disait déjà du temps de Charlemagne: débet scholaris ire per viam ad puteum, id est per scientias adminiculantes ad theologiam. Ce qui signifiait que l'étude des arts libéraux pouvait seule conduire à la source de toute science, à la théologie. Parmi cette ^)heptas«, cette »septaine« des arts libéraux qui comprenait la grammaire, la rhétorique, la logique, l' arithmétique, la géométrie, la musique et

Tastronomie, la grammaire était le fondement et la reine de tous les autres. On voyait à la cour de Chairlemagtie un tableau allégorique des sept »arte8 libérales», où la grammaire ocaupait le premier plan, au centre, sous l'arbre de la science. Elle portait une couronne royale, tenait d'uiie main un couteau, et de l'autre des verges. Néanmoins, peu à peu, la grajnmaire fut dépossédée de sa souveraineté par la logique ou dialectique qui, dès le douzième siècle, devint la base de la science, le pivot de l'enseigaement. La logique imposa ses distinctions, ses déductions, ses arguties aux autres sciejioes, à un tel point qu'elles subirent toutes le joug de cette maîtresse despotique. La médecine du moyen âge fut contrainte de se plier à cette domination, et la grammaire elle-même, reine détrêûée, se fît Thumble servante de la philosophie. U fallut rappeler aux grammairiens, à Vienne, qu'ils eussent à se borner à leur spécialité et à éviter toute incur&ion sur l'océan de la philosophie.,, procedere grammaticaliter et non metaphysicaliter, nec logicaliter. Mais c'est ici un cas de réaction tout exceptionnel. A l'époque dont nous parlons, la dialectique règne et gouverne à l'université de Cracovie. Aristote y est l'autorité la plus révérée. Ce philosophe parvint au nord de l'Europe, au Xlll-e siècle, par l'intermédiaire de l'Espagne. Dans cette dernière contrée en effet, on avait découvert des commentaires arabes du penseur grec, et on s'était mis à les traduire en latin. Sous oe travertissement, ou du moins cette teinte orientale, il pénétra dans les écoles européennes et y acquit bientôt une prépondérance incontestée.

Un jeune homme, inscrit à la faculté artis.tique, devait donc, dans les premières années, se familiariser avant tout avec les secrets de la logique d'Aristote, écouter des cours sur les écrits réunis sous le titre commun de »ars vetus« ou bien de «logica vetus«, autrement dit les »praedicamentaw ou catégories du maître de Stagire et le traité ))de interpretatione« (péri ermeneias). La wLogica nova»

qui comprenait les «analytica priora et posteriora« d'Aristote dans la traduction de Boôce, puis les «elenchift ou leçons sur les syllogismes faux et erronés faisaient suite âÈ ))r ars vetus« dans les études. Le programme dfes cours d'un élève de Gracovie qui, en 1486, se présentait aux examens du baccalauréat, contient toutes ces matières*); il y est de plus mentionné des leçons sur le ))tractatus«, c' est à dire- le traité de Pierre Hispanus de Lisbonne, qui mourut pape, en 1277, sous le nom de Jean XXI, et fut au moyen âge, après Boëce, le principal guide dans les vastes^ régions de la philosophie d*Aristote. Ses »summulae« étaient' très répandues comme manuel de logique, et les )>tractatus« présentaient un court résumé des plus importants enseignements du maître sur le même sujet. La liste dont nous venons de parler, cite encore un cours de »parva logicalia« qui reposait sur dix dissertations médiévales, relatives à certaines parties de* la logique. Ces «parva logicalia« étaient aussi des extraits des grands ouvrages dAristote.

Les premières années d'un étudiant universitaire se passaient donc dans ces exercices et dans ces travaux sur la logique. Les cour» et tbut l'enseignement avaient lieu en latin, ce qui ne laissait pas de présenter quelques difficultés pour les débutiants. Quelques-uns de ces élèves sortaient des classes élémentaires de latin avec une connaissance tout à fait insuffisante de cette langue. A moins qu'on n'obviât à cet inconvénient par des moyens détournés, les cours de Tuniversité risquaient fort d* être incompréhensibles pour cette catégorie d'auditeurs mal préparés. D'ailleurs- l'enseignement universitaire par lui-même ne pouvait aucunement remédiera ces lacunes. A l'université, on enseignait^ il est vrai, la grammaire; mais si le fait de se graver des règles dans la mémoire ne donne ni la compréhension, ni la pratique d'une langue, à plus

^) Muczkowski, Liber promotionum CXLI.

forte raison ne pouvait-on attendre ce résultat de la grammaire du moyen âge, imprégnée, saturée de logique, toute touffue de principes abstraits qu'elle ne s'abaissait jamais à expliquer au moyen d'un exemple. Sur la liste des cours qu'il a suivis et des exercices auxquels il a pris part, l'étudiant de 1486 a encore inscrit Donatus et «Secunda Pars«- On enseignait donc la grammaire d'après Donat, auteur latin du IV-e siècle; on se servait ou de son ouvrage complet, ou le plus souvent d'un abrégé (Ars minor) traitant des huit parties du discours. La »Secunda Pars« se rapporte au fameux «Doctrinale» du frère mineur Alexandre de Villa Dei, ouvrage qui parut en 1199, et qui depuis lors resta jusqu'à la renaissance le manuel le plus usité pour l'étude du latin. C'est un traité en vers latins sur les flexions des mots, la syntaxe, la métrique et la prosodie. A partir du XlV-e siècle, on le divisa en trois parties «très partes Alexandri gramatici«; la seconde, d'une réelle valeur, traite de la syntaxe ^). Ce livre fut le guide ou les jeunes étudiants puisaient toute leur connaissance de la langue qui résonnait seule dans les murs de l'université du moyen âge.

Mais l'usage de la vie quotidienne et l'incessant emploi du latin aux sons duquel l'oreille s'habituait promptement, familiarisait l' écolier avec cette langue, beaucoup plus efficacement que n'eût pu le faire la grammaire. Et du reste, n'était-elle pas la langue de l'Eglise, la langue de la vie publique, de la science, la langue internationale entre les centres intellectuels et les savants ? Ce n'était pas sans doute le pur latin de la vieille Rome, mais c'était une langue vivante, élaborée et modifiée sous l'influence du christianisme et des conceptions chrétiennes, de la vulgate et de la philosophie scolastique, langue dédaigneuse des entraves et des exceptions de la grammaire classique,

' ^) Reichling: Das Doctrinale des Alexander de Villa Dei, Berlin 1893, p. LXXI.

brisées et supprimées par de nouvelles idées et de nouvelles manières de voir.

Pagina divina non vult se subdere legi Gramraatioes, nec vult illius arte régi,

disait-on du latin des Saintes-Ecritures, et l'on se réservait à soi-même cette licence ou cette fantaisie. Car dans toute cette étude du latin au moyen âge, on se souciait bien moins de comprendre 1* antiquité et les auteurs anciens que de s'assimiler un idiome encore parlé et d'arriver à s'en servir couramment. On voulait avant tout avoir la clef du livre capital de l'humanité: l'Ecriture sainte, et posséder l'instrument employé exclusivement par la pensée plongée jusqu' à V ivresse dans toutes les roueries, toutes les arguties de la dialectique. La lecture des auteurs n'était qu'une occupation tout à fait secondaire dans les universités du moyen âge; les universités au contraire contribuèrent largement à faire perdre à ces anciens la faveur séculaire dont ils avaient été entourés. Ces grands écrivains avaient contre eux la scolastique, et cette dernière ayant bientôt accaparé tous les foyers d' étude, le courant anti-classique fut accepté et triompha définitivement.

Littera sordescit, logica sola placet, disait, au Xll-e siècle, Jean Sarisberiensis, se lamentant sur la décadence et la disparition des belles-lettres classiques. Elles continuèrent à déchoir pendant toute la suite du moyen âge, mais on cessa de le déplorer^).

Dans la glose du ))Doctrinale« d'Alexandre, la grammaire est appelée, suivant les idées du temps, la servante de la logique, «logicae ministra«, et la maîtresse »magistra« de la rhétorique. La rhétorique s'ajoutait donc à cette étude des règles et des formes grammaticales. On

^) Voir à ce sujet Specht: Geschichte des Unterrichtswesens in Deutschland, Stuttgart, 1885, p. 126, et Kaufmann, Geschichte der deutschen Universitâten, 1888, I, 45.

Teniseignait d'après lé »De inventione« de Cicéron, le ))Labyrinthus« d'Evrard de Béthune (vers 1124), manuel rimé de grammaire et de style, enfin et le plus souvent peut-être, d'après la »Poetria nova« de l'Anglais Godefroid de Vino Salvo (XlII-e siècle), traité de versification et de style, très goûté au moyen âge.

Les cours que suivait l'étudiant dans ses premières, années d'université ne sortaient guère du domaine de la logique et de la grammaire. Quelques-uns cependant s'en écartaient; telles étaient par exemple les leçons «de anima«, celles sur les ))physica« d'Aristote, certaines notions sur les divisions et la composition du calendrier, sur la sphère, c'est-à-dire sur la forme de la terre, la climatologie et le mouvement des corps célestes^). Toutefois ces leçons sur des connaissances positives étaient en général réservées aux études postérieures du jeune homme: il fallait préalabablement l'initier aux mystères de la dialectique, plier son esprit à toutes les finesses de cet art, lui faire subir son examen de bachelier.

Nous avons sous les yeux le certificat d'un étudiant cracovien qui, inscrit en 1416, passa, en 1419, son examen de bachelier. Sur ce certificat figurent tous les cours obligatoires qu'il a suivis et tous les exercices auxquels il a assisté. L'ensemble est bien conforme au programme que nous venons de tracer. Cet étudiant était Jodocus de Ziegenhals, chanoine régulier de Breslau et, plus tard, prieur de ce couvent^).

') Le «Computus cyrornetralis» et le «liber spere materialis> sont prescrits pour les commençants, dans les vieux statuts de la faculté des arts. Muczkowski, Liber Promotionum, p. XII. Voir ibid. p. CXLI.

*) Dans le registre matricule il est nommé: Fr. Jodocus dp Czegenhals canonicus regularis d. totum, à la date de 1416. Dans un M8. univ. Vrart. Nr. 36 Cl. IV (in quarto), sur une feuille volante, entre les feuilles 233 et 234, nous lisons: Nota quod ingressus (Jodoci de CzegmhalsJ mei ordinis fuit Vratislavie sub an. MCCCCXVI,

Beaucoup quittaient Tuniversité après l'obtention du baccalauréat. Celui qui, comme Jodocus de Ziegenhals, ne se contentait pas de ce grade, s'efforçait d'acquérir encore les connaissances exigées à la faculté des arts pour obtenir la maîtrise.

VI fer. ante Conv. s. Pauli: et plus loin: Item eodem anno transivi ad studium Cracoviense . . . Et applicui me ad studium sive intravi

oollegium iuristarum III f. post Francisci etc Item an. Dni

MCOCCXIX prox. Vta f. ante fest. Praesentationis virginis Mariae promotus sum in baccalarium et facta determinacione recessi. Il fut reçu maître, en 1421. Il étudia plus tard les décrets. Dans un manuscrit de Breslau I Q. 94 f. 231, nous lisons: Jodocus Czigenhals mgr. in artibus ac baccalaurens in decretis. Il y est nommé «prior conventus ac monasterii» (1426). Il enseigna aussi les décrets, à Cra* covie, notamment la somme de Raimond de Pennaforte. Plus tard, abbé de son couvent, il écrivit la chronique de ses prédécesseurs, n mourut en 1447. M. Ulanowski, au cours de notre commune excursion archivale, a découvert, dans le Ms. Nr. 36 cl. IV de la bibliothèque de Breslau, le certificat de bachelier en question, document de premier ordre, eu égard à son ancienneté.

En voici la copie;

Intitulatus an. Dn. MOCCCXVI sub venerabili viro mgro Nioolao Baudissin audivit lecciones gradum baccalariatus concernentes secundum hune ordinem:

Primo secundam partem Alexandri a mgro Benedicto Hesse de Crac, qui incepit f. III post Inv. S. Crucis et finivit secundum statuta.

Item veterem artem a m. Johanne Radekoncze, qui incepit f. II post Inv. 8. Cr. et finivit sec. stat.

Item librum de anima a m. Benedicto Hesse de Crac, qui incepit III f. p. fest. s. Galli'et finivit iuxta stat.

Item librum phisicorum a m. Petro de Zenno III fer. ante Sim. et Jude et finivit sec. stat.

Item librum primum a m. Johanne Radekoncze, qui incepit II f. post fest. 00. SS. et finivit iuxta stat.

Item librum Elencorum a m. Jeorimo Schultis, qui incepit II f. ante f. purif. M. et finivit III f. post Judica in Quadragesima.

Item librum posteriorum a m. Laurentio de Rathbor, qui incepit f. Il post Georgii et finivit sec stat.

Item tractatus Pétri Hyspani a m. Michaele, qui incepit f. II post Georgii et finivit sec. stat.

Morawski. I. 15

La liste des cours suivis par Nicolas de Mûnsterberg qui, en 1437, subit cet examen supérieur, est parvenu jusqu'à nous ^); elle nous offre le tableau le plus exact de ce qu'on apprenait à l'université de Cracovie, pendant les dernières années des études artistiques. On y voit au premier plan la philosophie d'Aristote et le «quadriviuma

Item speram materialem a mgro Francisco Legnicz protunc baocalario, qui incepit in diebus canicularibus et fînivit.

Item coraputum cyrometralem a Nioolao Oskowicze baccalario, qui incepit et fînivit.

Item stetit in exerciciis.

Primo stetit in exercicio parvorum loycalium cum mgro Jeronimo Schultis.

Item stetit in exercicio veteris artis cum m. Benedicto Hesse.

Item in exercicio nove loyce cum mgro Paulo de Zathor.

Item in exercicio phyzicorum cum mgro Stanislao de Pyotrikowa.

Item stetit in exercicio Donati cum m. Francisco de Legnicz.

Item stat pronunc in exercicio physicorum cum dno decano.

Item respondit magistris iuxta statuta.

Quorum omnium obtinuit favorem.

Item pronunc moratur in bursa mgri Johannis Sneschwicz n collegio iuristarum.

Frater Jodocus Czeginhals canonicus regularis de monasteriq b. Marie V. extra muros Wratisl. in arena.

D'après cette liste nous voyons que le jeune bachelier suivait les cours de maîtres en majeure partie formés à Cracovie. Le personnel de la faculté des arts se recîi'utait parmi les jeunes gens instruits que l'université était déjà en état de fournir. Hesse devint maître en 1415, Jean de Radochonce, en 1408, Pierre de Sienno, de même, Laurent de Ratibor, en 1416, Paul de Zator, en 1415, Stanislas de Piotrkow, en 1412, Jérôme Sculteti, bachelier en 1414 et maître en 1416. Nicolas d'Oszkowice fut bachelier en 1416, François de Lignitz, maître en 1417. Joh. Sneschewicz, Lipczensis . . . assumptus, en 1415 (Cf. Liber Prom. p. 9, d'où nous avons tiré ces dates), c'est-à-dire que son grade de Leipzig fut reconnu cette année-là à Cracovie.

*) Muczkowski, Liber prom. p. CXLII.

médiéval. Nicolas de Mûnsterberg, bachelier en 1431 ^), se prépara à l'examen supérieur, pendant un temps exceptionnellement prolongé. Il se mit, durant ces années, au courant de la métaphysique, «première philosophie « d'Aristote, de la philosophie morale ou éthique du même maître, suivit nombre de cours sur la philosophie des sciences naturelles, et, par conséquent, renouvela ses exercices sur les »physiques(( du Stagirite, assista à des leçons àe météorologie (meteora), à des commentaires sur le livre ))de coelo et mundo, de generatione et corruptione<(. Ce qu'on appelait les «Parva naturalia«, c'est-à-dire divers opuscules d'Aristote, tels que «de anima, de sensu et sensato, de divinatione«, complétaient la liste des leçons de philosophie de la nature. Il avait en outre approfondi les topiques d'Aristote; Jean Dombrowka lui avait expliqué la politique, et maître Jean Kanty les économiques du penseur grec.

A cette interprétation des oeuvres d'Aristote qui formait le fond et l'essence même de l'enseignement et où le professeur «était tenu de ne pas s'écarter du texte d'Aristote et de son commentateur, à moins toutefois que ce texte ne fût en cpntradiction avec la foi ou la vérité «2), venaient encore s'ajouter des leçons du «quadriviumw. C'est ainsi que Nicolas de Mtinsterberg suivit le cours d' «arithmetica communis« de maître Clément de Brzeg, sans doute d'après l'ouvrage universellement adopté hde algorithme» de l'Anglais Jean de Sacrobosco (Holywood). Ce même Clément lui apprit aussi la théorie de la musique, d'après le maître parisien, Jean de Mûris (XlV-e siècle). Maître Pierre de Zwanow lui expliqua la géométrie, d'après les trois livres d'Euclide; Pierre de Zwanow enseignait encore la «theorica planetarum«, ou astronomie,

^) Muczkowski, Liber prom. p. 24 et 29.

') Voir Winkelmann, Urkundenbuch der Universitât Heidelberg I, 41.

sans doute d'après Gérard de Sabbionetta. La «perspectiva communis<(, cours d'optique, d'après l'ouvrage du franciscain Jean Peckam (XlII-e siècle)^), complétait l'ensemble de connaissances sur les sciences naturelles, que le jeune étudiant en quête de la maîtrise pouvait puiser à l'université,

Mais ce n'était que rarement qu'on poursuivait ainsi ses études. La plupart des étudiants quittaient l'université sans y avoir obtenu aucun grade, même de la faculté la moins élevée. On a admis — et sur des données sérieusement étudiées — qu'un quart seulement des étudiants inscrits parvenaient au baccalauréat, un vingtième à la maîtrise. Les nécessités de l'existence n'exigeaient pas en effet la possession de ces grades. Au moyen âge, les carrières ne dépendaient pas absolument de l'instruction universitaire: pour l'obtention des emplois et l'avancement^ il n'était pas tenu grand compte des titres académiques. Ce qui assurait une position, c'était l'Eglise qui remplissait alprs de ses membres les cours, la diplomatie, les chancelleries et les tribunaux. L'université ne pouvait qu'indirectement contribuer au succès d'un jeune homme^ en lui ouvrant les portes de l'Eglise. Sans doute l'instruction universitaire facilitait l'avenir et attirait l'attention sur celui qui la possédait; mais cette instruction, ces capacités eussent percé sans les certificats, sans les diplômes qu'aucun dispensateur d'emplois ne demandait à personne au moyen âge.

Et c'est précisément ce qui répandit dans ces foyers de lumières une certaine athmosphère idéaliste, malgré toutes les défectuosités des universités, malgré cette sorte de pétrification des études d'alors et l'absence de ce ferment qu'à notre époque, le progrès du savoir et la soif de l'acquérir introduisent dans la vie. La pensée humaine

*) Voir Schmid, Geschichte der Erziehung II, et le travail de^ Kâmmel: Die Universitàten des Mittelalters, p. 447.

y travaillait dans un détachement de la réalité, elle cultivait Fart et même Tombre de Fart, pour Fart; elle s'abimait dans cette »superfluitas meditationis<c, dont les contemporains eux-mêmes lui faisaient un reproche. Les paroles tombaient à flot du haut des chaires et le disciple qui les recueillait ne songeait pas à les transformer au plus vite en pain quotidien, mais il en vivait pour ainsi dire. Rien ne manifesta avec plus de force que les universités ridéalisme du moyen âge et son mépris des vanités de ce monde.

Ce sont surtout les études de la faculté artistique, qui respirent ce détachement des besoins journaliers; car si les décrets rendaient facile F accès aux hautes et influentes situations, si la médecine préparait à une profession pratique, au contraire, les notions acquises à la faculté des arts ne pouvaient aisément trouver d'application courante, ni procurer des richesses. Une fois en possession de son diplôme, le maître es arts libéraux avait devant lui une existence sans profit, et, dans le meilleur cas, chargée des plus lourdes obligations. Jérôme de Prague, au concile de Constance, disait en parlant des Tchèques étudiant à Prague^): «Après avoir obtenu un grade à la faculté des arts, le Tchèque, s'il n'a pas d'ailleurs d'autres ressources, se voit forcé d' aller dans les villages ou les petites villes et d'y prendre la direction des écoles locales pour s'assurer un morceau de pain«^). Cette remarque sur les Tchèques, faite avec l'intention de piquer les Allemands^ aurait pu être applicable à toutes les autres universités de l'Europe.

Le maître es arts était libre de rester à l'université pour s'y adonner à des études supérieures. Tout au plus

*) Voir Hardt: Acta Concilii Constant. IV. 757: Et qùando unus Bohemus fuit graduatus in artibus, si alias non habebat vivere, oportuit eum ire per villas et oppida et regere scholas partioulares, acquirendo cum hoc victum suum.

lui était-il permis de solliciter une place de professeur dans sa faculté; mais s*il ne Tobtenait pas et qu'il eût à gagner sa vie, il n'avait d'autre recours qu'en son propre savoir-faire.

. Le professeur ou »magister artium«, était au dernier degré de la hiérarchie universitaire. A Cracovie, comme partout, c'était lui qui avait la moindre rétribution et le& devoirs les plus onéreux; le nombre des postes rémunéré» était d'ailleurs fort limité. Celui que ces circonstances ne décourageaient pas attendait et, professeur sans émoluments, »non salariatus«, cherchait ses moyens d'existence dans les redevances des étudiants.

Parmi les charges des professeurs à ressources restreintes, il y en avait dont le champ d'action était exactement circonscrit et qui avaient été créées pour guider les jeunes étudiants dans leur exercices de langue, de grammaire et de rhétorique latine. Ainsi la chaire de Nowko (Novconis), établie en 1406, imposait à son titulaire l'obligation »les jours de cours, de faire une leçon de grammaire ou de rhétorique, et d'organiser deux fois par semaine des exercices sur ces mêmes matières« ^), et elle conserva toujours cette même destination. Celui qui la détenait était «altariste» de Saint-Alexis et Sainte- Marie l'Egyptienne, à la cathédrale, et jouissait du revenu d'une maison, appelée Zerwikaptur, située sur la place et en face de l'église Saint-André. Ce bâtiment dél'abré, construit moitié en pierre, moitié en bois, ne rapportait pas grand 'chose ^); aussi l'université s'en débarrassat-elle au commencement du XVI-e siècle. La chaire »Novconis« avait été créée avant tout pour enseigner la rhétorique; aux termes d'une conclusion du «CoUegium magno«, en 1449, le professeur doit «faire des exercices de

*) Codex diplom. univ. Crac. 1, 70.

•) D^ugosz, Liber beneficiorum I, 228.

rhétorique ou des lectures, notamment des nova poetria Ganifredi, du laborintus et de la rhétorique de Tullius«*).

Le titulaire de la chaire Menzyk, auquel le chapitre de Saint-Florian payait douze marcs annuellement, devait lire »in poesi«, c'est-à-dire s'occuper de littérature et de l'explication des auteurs. On recommandait en première ligne le célèbre ouvrage: »De consolatione philosophiae« ; de Boëce, auteur du commencement du Vl-e siècle. Ce livre maintenait une certaine liaison entre le moyen âge et l'antiquité classique dont c'était en quelque sorte le chant du cygne. D'autre part, Boëce, par ses traductions et ses commentaires de la logique d'Aristote fut l'aïeul de la scolastique. C'est ce qui explique sa vogue si prolongée et si universelle. On prescrivait aussi le poëme d*Alanus »de planctu naturae«; cette oeuvre d'un maître parisien du Xll-e siècle, faisait autorité au moyen âge, en philosophie et en poésie.

Il fallait en outre que ce même titulaire lût et inter^ prêtât une série d'auteurs classiques, par exemple: Valère Maxime, parmi les prosateurs, et, parmi les poëtes: Virgile^ Ovide, Horace, Térence, Stace, Martial, Tibulle et Pro* perce 2). L'abondance des matières de ce cours est réellement surprenante; à la vérité, les grands écrivains latins^ Cicéron et Sénèque, de même que les poëtes appelés »auctores« et plus tard ))actores«, ne furent jamais complètement négligés à cette époque; Ovide et Virgile surtout jouirent d'une grande faveur. Mais l'énumération citée plus haut est par trop longue, et on ne saurait douter qu'au commencement du quinzième siècle ce vaste programme ne fût exécuté qu'en partie.

Il est fort possible que l'on ait confié aux notaires royaux le soin de seconder les maîtres dans la tâche d'enseigner le latin à la jeunesse. Dans les chancelleries

*) Voir Codex diplom. univ. Crac/ III, 47.

') Conclusiones Dornus Maioris. Ms. (1449).

royales florissait Tart de rédiger des actes et des lettres en latin, selon les formules officielles et les préceptes de la rhétorique et des manuels du style élégant Nous avons un de ces traités de rhétorique du temps de Jagellon. L*auteur, un certain Georgius, s'adresse directement aux élèves ^). Nous savons d'autre part que cet énigmatique personnage avait des cours et dirigeait des exercices pour les étudiants de l'université de Cracovie ^j. Nous ne pouvons exactement déterminer quelle corrélation existait entre ces cours et l'organisation générale de l'université.

Parmi les titulaires des chaires inférieures de la faculté des arts, celui de la chaire dite »Stobner« était tenu à deux ))actes« mathématico-astronomiques; il devait expliquer Euclide ainsi que quelques autres traité sur le même sujet, et, de plus, publier V almanach ou calendrier »pro honore universitatis«. Le maître de la chaire ))Szafraniec«, Taltariste de Saint-Barthélémy au château, autrement dit «maître de Trontnowice«, le prébendier de Saint-Adalberti le »senior« de la bourse des pauvres et l'altariste de Scheffer, à l'église de Tous-les-Saints, étaient aussi chargés de préparer à leurs futures études les jeunes élèves débutant à la faculté des arts*

Ces situations aux émoluments modestes ouvraient la <;arrière et conduisaient aux meilleurs bénéfices (bénéficia pinguiora); on y arrivait par rang d'ancienneté et par

*) Voir Ulanowski, Libri formularum (1888), p. X—XI.

*) Voir Cod. Vrat. (univ.) II F. 23 f. 12. Georgius ad studentes •excusât se de exercitio. Ce Georgius notarius se justifie universis et singulis aime universitatis studii Crac, studentibus, de ce que propter varias quibus tune implicatus extiti curas rhetoricalibus non potuissem exercitiis insudare. Il est maintenant prêt à satisfaire à tous les désirs des étudiants. Il est peut-être bon de rappeler ici que dans le privilège de Casimir-le-Grand il est dit: de lectionibus scolares ad practicam transeant et sumant audaciam allegandi. Ils devaient s'exercer chez Tofficial de Craoovie. Voir M. l'abbé Fijalek: Etudes, 4 et Jacques de Paradis, 275.

ordre de priorité «secundum prioritatem, senium et ordinem«, ainsi que s'exprime la formule réglementaire ^).

Les chaires supérieures auxquelles, après avoir passé par ces postes subalternes, on parvenait «per ascensumcc^), étaient les chaires royales, dotées d*une pension (salarium) de cent marcs, d'après les dispositions de Jagellon. Les documents de l'université mentionnent »sex régales», six professeurs, royaux ^). C'était à eux qu'incombait l'obligation d'expliquer et de commenter les ouvrages d'Aristote, par conséquent l' enseignement principal à la faculté des arts. »Libros Aristotelis summo studio praelegerent« lisonsnous encore dans un décret de 1538*). Nous trouvons la même prescription dans les statuts de 1603 ^). Les six professeurs royaux qui en trois ans sont tenus d'achever le cours sur Aristote (cursum Aristotelicum tenentur absolvere), répartiront entre eux les leçons. C'est donc sur eux que reposait la tâche la plus lourde et la plus essentielle de la faculté, c'est-à-dire l'initiation des écoliers aux secrets de la logique et de la philosophie d'Aristote, la prépararation des intelligences, l'exercice de la pensée en vue de l'étude fructueuse de toutes les autres sciences, de toute la science du moyen âge. Les paroles qu'à l'université de Paris on appliquait à la plus haute école et à ses élèves:

Omnis hinc excluditur, omnis est abiectus, Qui non Aristotelis venit armis tectus®),

pouvaient aussi se rapporta â la vie en général. Aristote

*) Cod. diplomat. univ. Crac. I, 43.

") Conclusiones domus raaioris s. a. 1444. L'altariste de Saint- Barthélémy arrive tper ascensum ad collegiaturam regalem».

') Voir par exemple Muozkowski: Statuta nec non liber promotionum, p. CXLVI.

*) Ibid. p. LVIII.

') Ibid. CLVI.

^) Denifle. Chartularium univ. Paris, I, Introduct. p. XXVII.

fournissait l'arme avec laquelle on marchait à la conquête des droits, des situations, de la notoriété, de la gloire.

Enfin l'ascensus amenait le professeur royal au plus haut sommet que put rêver un maître es arts, au chapitre de Saint-Florian. En atteignant à ce bénéfice envié, il voyait se réaliser ses plus chères ambitions: il obtenait la récompense ardemment convoitée de ses travaux. Dès lors il était au nombre des wpromoti ad S. Florianum« ^),

A qui étaient réservés ces bénéfices de Saint-Florian ? Il ressort des lettres de fondation et de documents postérieurs qu* ils devaient être accessibles aux professeurs de toutes les facultés. Dans l'acte de 1409 2), il est expressément stipulé que le maître promu au chapitre dé Saint- Florian est astreint à enseigner, conformément au pro" gramme de la faculté à laquelle il appartient. Néanmoins nous savons d'autre part que, de même qu'à Paris la Sor. bonne avait été fondée pour les maîtres «artiumw qui auraient l'intention de se livrer à des études plus hautes, à la théologie, de même, à Cracovie, la collégiale de Saint- Florian eut un but identique. On posa comme obligation principale que celui qui serait nommé à Saint-Florian devrait travailler «in artibus per duos actus«, c'est-à-dire faire des cour^ dans cette faculté et y organiser des exercices philosophiques^); telle est en effet la signification que donnent à ces «duo actus(( les documents universitaires*).

Tous les maîtres étaient assujetis à cette prescription; ils n'en étaient relevés que lorsqu' ils passaient à une fa-

') Conclusiones domus maioris Ms. s. a. 1440.

*) Codex dipl. univ. Crac. I, 81.

*) Voir Conclusiones universitatis (144é): Promotus ad ecclesiam s. Floriani tenetur laborare per duos actos in artibus.

*) Muczkowski, Lib. Prorn. CLVIII: antiquo universitatis nostrae instituto regii prof essores ad duos actus obligati fuerunt, nirairum ad lectionem legendam et exercitia in artibus facienda.

culte supérieure. Pour faire son droit, il fallait avoir des dispenses du recteur, du chancelier, des professeurs; on pouvait par contre s'adonner sans aucune dispense aux études théologiques que d'ailleurs chacun avait en vue. Quiconque «s'appliquait au cours« d'une faculté supérieure pouvait être exempté d'un ))acte« dans la faculté des arts, au cas où celle-ci disposerait d' ailleurs d'un personnel suffisant. Les jeunes théologiens jouissaient de cette exemption, sans restriction aucune ^).

Mais toute obligation envers la faculté des arts cessait, lorsque le «magister artium« parvenait au plus haut grade d'une des trois facultés supérieures, au doctorat II

*) Nous avons puisé ces renseignements dans les documents suivants :

Cod. univ. Crac. I, 96: quod si quis magistrorum ad ecclesiam s. Floriani vel ad aliquem ex Cancellariatibus promotus fuerit et (non) se applicaverit ad aliquam superiorem facultatem ex dispensatione cancellarii vel vice cancellarii et rectoris cum magistris coUegiatis . . . super quo eidem facultatem auctoritate nobis commissa per praesentes indulgemus, quantum ad facultatem iuridicam, S3d sine omni dispensatione ad theologiam, cui specialiter intendimus providere, extunc ad duos actus obligabitur faciendos sicut prius, donec suffîcentia aut copia fuerit laborantium magistrorum; quorum si copia fuerit..., si se applicaverit superiori facultati; ad unum tantura actum obligabitur faciendum. Nous avons mis «non» entre parenthèses, parce que c'est évidemment une faute. Dans un manuscrit de la bibliothèque Ossolinski (601, f. 374), nous lisons des dispositions analoguesmalgré quelques légères différences: Taliter promotus (scil. ad s. Florianum) non se poterit applicare ad iuridicam facultatem sine dis pensatione rectoris et cancellarii et collegiatorum, sed ad theologicam poterit sine dispensatione. Donec tamen fuerit applicatus, obligabitur ad duos actus, sicut prius, nisi suffîcentia magistrorum laborantium fuerit. Tune enim promotus et applicatus superiori facultati ad unum tantum actum tenebitur. Voir enfin Conclus univ. 1444: promotus ad ecclesiam s. Floriani tenetur laborare per duos actus in artibus nisi se ad altiorem facultatem applicaverit, et quidem si ad canonicam facultatem se applicaverit, cum dispensatione poterit in eadem laborare, si autem ad theologicam sine omni dispensatione per unum actum laborabit.

abandonnait alors définitivement la faculté inférieure, mais il était aussi forcé de renoncer aux bénéfices, ainsi qu'aux chaires dont il avait joui jusqu'à ce moment i).

Le professorat à la faculté des arts était donc quelque chose de transitoire et de temporaire; mais il n'en imposait pas moins aux jeunes maîtres des obligations qui devenaient souvent des entraves pour leurs travaux et leurs progrès ultérieurs; on appartenait en effet à cette faculté, tant qu'on n'avait pas acquis le doctorat d'une des trois autres*). Il en était cependant tout autrement en réalité. Le jeune homme, candidat à un grade des hautes facultés, bachelier en théologie, en médecine ou en Décret, se dérobait autant que possible à l'accomplissement de ses devoirs, négligeait les cours et exercices qu'il aurait dû faire à la faculté des arts. Parfois, une dispense formelle justifiait cette manière d'agir: on se la procurait aisément lorsque le nombre des maîtres à la faculté des arts pouvait parer à tous les besoins de l'enseignement (sufficentia aut copia laborantium magistrorum) ^). Néanmoins les abus et les conscientes trangressions de la loi n'étaient que trop fréquents. En ces circonstances, la faculté des arts exigeait que tous les engagements fussent intégralement remplis (pro laborum facultatis artium integritate) et maintenait

^) Voir Gonclusiones un. (1530): quod de coUegiatis maioribus coUegii Wladislai régis servetur statutum in vigore ut nequaquam admittantur ad promotiones in doctoratum theologiae, iuris et medicinae, qui ad duos actus in artibus sunt obligati, nisi prius satisfaciant statuto cedendo realiter de collegiatura. Voir aussi Kaufmann: Geschichte der deutschen Univ. II, 197: nur wer den Doctorgrad einer oberen Facultât erwarb, verlor die ihm als magister artium iiberwiesenen Kollegiaturen und sonsiigen Beneficien und trat regelrecht in die obère Facultât ûber.

*) C'est pour cela qu'à Ileidelberg, par exemple, l'ordonnance qui réglait le choix du doyen des artistes statuait: nuUus in decanum promoveatur, nisi simplex fuerit magister in artibus, in alia videlicet facultate nondum birratus. Urkundenbuch der Univ. Heidelb«;rg I, 31.

^) Codex diplom. univ. I, 97.

ses droits. Elle tenait à conserver le plus longtemps possible à son service les maîtres qu'attiraient les grades des facultés supérieures. Nous rencontrons à chaque pas des résolutions prises à ce sujet, dans les «conclusions» de Tuniversité. Quand Jacques de Lyssow voulut, en 1454, obtenir la licence es décrets, l'assemblée des professeurs décida que pour éviter un relâchement dans les travaux de la faculté des arts (occurvendo neglectui laborum in facultate artium),. ce maître s'obligerait formellement au préalable, à y continuer son cours. Répétition du même fait, en 1459. Jean d'Ilkusz, professeur royal, concourt pour la licence en médecine, mais il doit promettre de remplir encore par la suite les obligations attachées aux chaires royales de la faculté des arts. Martin Betza de Cracovie, professeur au collège du roi Ladislas, en sollicitant la licence en Décret,, en 1507, contracte les mêmes engagements^).

Voilà comment la faculté des arts veillait à sa propre défense. Malgré ces précautions, nous pouvons cependant être certains que les «magistri artium«, une fois en possession d'un grade d'une faculté supérieure, fut-ce du moins important, du baccalauréat, abandonnaient leursoccupations antérieures, que les »promoti ad ecclesiam S. Floriani« ne se croyaient que fort rarement tenus à travailler encore à la faculté artistique. Les bacheliers en médecine, en droit, en théologie, couraient aux facultés supérieures où l'on utilisait volontiers ces jeunes talents en des occupations nouvelles. Sur les listes des cours des^ artistes, conservées, à partir de l'année 1487 dans le «Liber diligentiarum«, nous ne trouvons pas souvent des leçons de chanoines de S. Florian*). Aussi, en 1523, se plaint-on.

^) Voir Conclusiones universitatis à ces dates, et Kaufmann,. Geschichte der deutschen Univ. II, 161 et 197.

') Ainsi nous connaissons par exemple la composition du chapitre de 14f86 (Cod. univers. Crac. IIÏ, 124). Sur sept chanoines professeurs, il n*y en a qu*un, André de Labiszyn qui figure au Liber diligentiarum des artistes (p. 3). Un Mathieu de Kobylin ,qui s'y

énergiquement de ce que «certains maîtres rétribués (salariat!), et spécialement des ))Collegiati majores», des bacheliers en théologie omettent leurs leçons à la faculté des arts et ne font que des cours de théologie, en s'abstenant même des disputes habituelles du samedi« ^). On décida donc ou plutôt on rappela la décision aux termes de laquelle le devoir de participer aux disputes ne cessait, pour un maître, qu'avec l'obtention du doctorat de théologie. Tous ces désordres se perpétuaient en dépit des règlements qui prescrivaient aux chanoines de S. Florian des cours à la faculté des arts. Ce n'est qu'en 1603 que prit fin cette contradiction entre la pratique et la lettre de la loi. Nous lisons en effet dans le statut de cette année sur le nombre des maîtres à la faculté des arts: «Considérant que, par la grâce de Dieu et la libéralité de nos ancêtres, ainsi que d'autres bienveillantes personnes, le nombre des professeurs s'est accru à la faculté des artistes, nous réservons à la faculté de théologie les «promoti« de Saint-Florian, et reconnaissons comme suffisants à la faculté des arts les maîtres suivants*) « L'abondance des maîtres — sufficicentia magistrorum — fit prendre cette résolution qui coupa court aux incertitudes, aux illégalités, aux inconséquences usitées jusqu'alors.

Notre exposé montre donc clairement que les chanoines de Saint-Florian ne rendaient que fort peu de services à la faculté élémentaire de l'université et que toute cette organisation profitait surtout aux hautes facultés, en particulier à la théologie. Le roi, en accordant cette dotation, avait insisté à plusieurs reprises sur la conversion de la Lithuanie et la propagation du christianisme; or, les vicissitudes de cette fondation répondirent par la suite aux desseins et aux intentions du monarque généreux.

trouve, n'est pas le Mathieu de Kobylin, chanoine de Saint-Florian, à la môme époque.

*) Conclusiones univ. année 1523.

*) Muczkowski, Liber Promet. GXLV.

En attendant, on cultivait dans cette faculté des arts les connaissances «sine quibus caeci sunt in aliis omnibus facultatibuscc, comme s'expriment les conclusions de Tuniversité de l'année 1536, On s'efforçait d'instruire les adolescents de quinze à vingt ans, de les préparer aux difficultés de la vie ou aux exigences de leur future carrière scientifique ^), au moyen des leçons dont nous avons parlé plus haut et des exercices qui s'y rattachaient On ne séparait pas les »lectiones« des »exercitia:(c ceux-ci complétaient celles-là. L'exercice n'est que la répétition de la leçon, une manière de la faire pénétrer, de la graver plus profondément dans la mémoire et l'esprit de l'élève Ces exercices prenaient surtout une importance considérable dans cette faculté qui jetait les fondements de l'instruction et aplanissait la voie vers d'autres études. En outre, les discussions ou disputes y jouaient aussi un rôle prépondérant. Si les cours donnaient le savoir, les disputes apprenaient à s'en servir, ))usus scientiarum qui in modo legendi, arguendi et respondendi consistere videtur« ^). Présenter une thèse, la soutenir ou combattre celle d'autrui, trouver avec à propos des arguments pour ou contre, voilà en quoi consistaient ces disputes, brillants tournois où se complaisait, où s' épanouissait, la faculté des arts. Une fois par semaine, à un jour fixé à l'avance, le samedi habituellement, avait lieu cet acte, le principal de tout ce système scolaire, »praecipuus facultatis artium actus*)«, appelé aussi »disputatio ordinaria«; tous les membres du collège du roi Ladislas étaient appelés à y prendre part tour à tour, et les étudiants y assistaient comme auditeurs des joutes oratoires de leurs anciens. Avant de passer ses examens, il fallait prouver qu'on avait pris part à un certain nombre de ces controverses. Car c'était bien

*) Voir Paulsen, Deutsche Rundschau 1894, Sept. p. 541. *) Muczkowski, Liber promotionum XVII.

') Muczkowski, Liber promotionum XXVII.

la dernière expression d'une science qui se perdait dans les subtilités et y entraînait tous les esprits, d'une science qui, armée par Aristote, considérait comme ses plus brillantes manifestations , les combats habiles et Y escrime compliquée, et comme son but extrême la promptitude et la souplesse dans l'attaque et la riposte. Au moyen âge, les universités attachaient la plus grande importance à ces disputes; elles apportaient tous leurs soins à les rendre solennelles et animées; c'étaient des parades où l'on faisait montre des mouvements agiles et des détours ingénieux qu'on venait d'apprendre. Aussi n'est-il pas étonnant que cette fleur de l'intellectualité médiévale se soit fanée la première sous le souffle de la renaissance vivifiant l'ancienne école, et que le souci d'en prolonger la durée ait été le plus énergique stimulant des défenseurs du vieil état de choses; et ce souci annonce en même temps l'aurore des temps nouveaux et des idées nouvelles.

Nous ne citerons pas beaucoup de noms de professeurs qui, par leurs travaux à la faculté des arts, soient parvenus à de hautes situations et à la célébrité. Ces personnages, fameux plus tard, devaient pourtant tous débuter dans cette modeste faculté. Nous nous en occuperons longuement lorsque nous les trouverons à l'oeuvre sur d'autres champs d'activité: les contemporains ne parlent pas de la renommée qu'ils acquirent à la faculté des arts; l'histoire en effet ne s'arrête guère à glorifier les mérites, le zèle et le succès de simples écoliers. Or, le maître es arts, marchant à la conquête d'un grade supérieur, n'était au fond, lui aussi qu'un étudiant. Et si un maître es arts n'a pas monté plus haut, s'il est resté, s'il est mort dans sa position infime, à quoi bon le mentionner; son nom ne serait qu'un vain son, comme sa personnalité et son autorité scientifique furent jadis insignifiantes ^).

*) Un sermon imprimé dans le Codex epistolaris saec. XV (Szujski-Sokoïowski) Pars posterior, p. 3H7, nous donne toute une

La liste des professeurs de Jodocus de Ziegenhals ne porte presque que les noms des jeunes gens qui venaient à peine d*obtenir le »magisterium in artibus«. Il n*eut pas de professeurs plus âgés: ceux-ci n'étaient déjà plus à la faculté des arts; car parmi les jeunes maîtres des arts, quiconque se sentait plus de capacité, ou nourrissait plus d'ambition, ne songeait qu'à s'évader au plus tôt de cette faculté pour aller occuper dans les autres un poste plus élevé et meilleur.

On est surpris de rencontrer dans la chronologie des doyens de la faculté des arts le Scandinave Olavus d'UpsaL Reçu à cette faculté (assumptus), en 1416, en vertu d'un grade qu'il justifiait lui avoir été conféré ailleurs *), il se mit à y enseigner et ne tarda pas à en être nommé le doyen. C'est une curieuse particularité. Dans le registre matricule des étudiants de la même époque, on lit encore quelques autres noms d'étrangers venus de l'extrême Nord.

En 1418, Laurentius d'Upsal s'inscrit au nombre des étudiants; il devient bachelier, en 1421, maître, en 1424. Nous trouvons quatre étudiants d'Upsal, en 1425; encore un autre, en 1426. Les élèves affluaient donc tous les jours davantage à Cracovie; il en venait des contrées même fort éloignées, à mesure que se répandait la réputation de la nouvelle école. Si le premier ban des professeurs de l'université fut en majorité originaire de Prague, ces maîtres formèrent à Cracovie des successeurs dignes d'occuper leurs chaires après eux. Jean Kanty, dont l'éclatante vertu ne contribua pas peu à accroître la renommée de l'université, y entra comme élève, en 1413. Beaucoup d'in-

série de ces noms. Il n'y en a qu'un à relever: celui de Stanislas de Sobniow qui joua plus tard un rôle assez marquant au concile de Bàle.

*) Muczkowski, Liber prom. 10. Sur la liste des professeurs figure, page 2, «magister Laurentius de Upsalia». Il arriva sans doute de Prague, conjointement avec le thomiste Paul de Worczyn, dont parle M. Tabbé Fijalek, Etudes etc. p. 108.

Morawski I. j^g

dividualités qui se distinguèrent plus tard dans des charges ecclésiastiques ou laïques défilent en ces années-là sous nos yeux, le long des pages du registre matricule.

En 1417, s'inscrit à l'université Alexandre Piastowicz, fils de Ziemowit de Mazovie, neveu de Jagellon, le même qui, en 1422, se trouve à la tête de l'école de Cracovie en qualité de recteur. Un autre prince, mais de l'esprit celui-là, le fameux historien national Jean Dlugosz, en franchit le seuil comme jeune écolier, en 1428; à la même date paraît Grégoire de Sanok qui, par sa vaste instruction et sa vive intelligence, devança son siècle et ses contemporains. La sécheresse des registres universitaires se trouve tout à coup animée par ces noms que l'histoire devait recueillir: ils forment une sorte de couronne glorieuse au front de l'institutrice qui forma leurs âmes. Sur ces registres on remarque aussi quelques noms de Lithuaniens: en certaine année i), ils figurent même au premier rang, comme pour répondre aux intentions du roi et réjouir son coeur; du reste en général nous voyons des personnalités marquantes en tête de ces listes.

Tous ces disciples accouraient à Cracovie, à la faculté des arts tout au moins, pour y apprendre à manier «l'arme d'Aristote«, y acquérir une instruction générale, suffisante dans les circonstances ordinaires de la vie, ou, ce qui sans doute se présentait plus rarement, avec l'intention de faire de ces études élémentaires le point de départ d'études spéciales ultérieures.

Cette faculté des arts s'organisa de bonne heure sur le modèle de celle des autres universités. L' ébauche de ses statuts est parvenue jusqu'à nous. En 1403 — 4, André de Marienbourg étant doyen, une commission composée des maîtres Stanislas de Skalmierz, docteur du Décret, Adalbert de Mlodziszewice, Erasme de Nissa et François Creysewitz de Brieg élabora, sous la direction du

*) Voir Album Studiosorum, 14:19 (à deux reprises).

doyen quelques règlements pour la faculté. Ce travail fut terminé en 1405 — 6, sous le décanat d'Erasme de Nissa^). •Cette même année, Antoine Tempelfeld*) ayant succédé à, Erasme, on promulgua de nouvelles prescriptions rédigées par André de Marienbourg, Erasme da Nissa, François Creysewitz et Elie de Wawelnica réunis en comité, sous la présidence du doyen. Enfin, en 1415, pendant que T^icolas de Budziszyn était à la tête de la faculté des arts, •ces premières dispositions furent complétées*^).

Ces antiques statuts s'occupent des droits et attributions du doyen, du programme des études et des examens, des jours fériés universitaires, des disputes qui, comme on le sait, jouaient alors un si grand rôle. Nous reviendrons sur ces règlements, lorsque nous aurons à examiner -en détail l'organisation de l'université.

La faculté de médecine, dans les universités du moyen :âge, venait immédiatement au-dessus de celle des arts. Jagellon, lors de la fondation du »Studium« cracovien, en 1400, créa une faculté distincte de «physique», destinée à Tivre de sa vie propre, et à se développer pour le plus grand bien de la nation, à côté des autres facultés; et <juand Stanislas de Skalmierz prononça sa «recommandation de l'université récemment érigée« il dit qu'au pied du trône de Dieu, parmi les élus se trouvent aussi des maîtres de l'art médical. Dans le style imagé de l'époque, les quatre facultés sont souvent comparées aux quatre fleuves

*) Nous ignorons s'il y eut des statuts plus anciens. Ceux de 1404r— 6 ont été reproduits par Muczkowski, Liber Prom. p. I et suivantes.

«) Ibid. p. XX.

•) Ibid. p. XXIV. De la page I à la p. XXVIII de cette publicai;ion se trouvent les plus anciens statuts des artistes, ou tout aa moins des fragments de ces pièces.

qui viennent arroser et féconder le 'paradis de leurs eaux rafraîchissantes.

Cependant dans les universités du moyen âge les facultés de médecine furent loin de prospérer: pour la plupart eïles n'eurent qu'une existence précaire, une ombre de vie. On n'éprouvait pas alors comme aujourd'hui le besoin de s'adresser à des médecins instruits; des praticiens empiriques, dilettantes de l'art, des étuvistes, desrebouteurs suffisaient pleinement En Allemagne, les villes importantes et opulentes avaient seules leur médecin municipal et on n'appelait des secours d'ailleurs qu'en cas d'épidémie^). Ce dédain pour la médecine devait nécessairement entraîner l'étiolement de cette faculté dans les universités et cette science qui ne reposait, ni sur l'expérience, ni sur la connaissance du corps humain, mais s'enveloppait des liens pédantesques de la philosophie scolastique, ne pouvait éveiller la confiance de ses adeptes ni attirer et retenir beaucoup d' étudiants. Sur ce terrain aussi Aristote triomphait, était l' oracle, avec Hippocrate et Galien servilement respectés: en sorte que cette science qui aurait dû se guider avant tout sur l' observation devenait esclave de la lettre, superstitieuse des autorités vieillies et livresques. Au XlII-e siècle, V influence des Arabes introduisit encore dans cette médecine du moyen âge une foule de puériles pratiques astrologiques; si bien que tout progrès en fut paralysé et que la science de la vie dépérissait dans la torpeur et le détachement de toute vie. L'Italie seule s'arracha à ces funestes traditions; Salerne et, plus tard, Bologne cultivèrent la médecine avec plus de méthode. Au XlV-e siècle, Bologne et Padoue devinrent de sérieux foyers d'études médicales, par les hardies recherches anatomiques qu'on y tenta,, recherches auxquelles l'esprit du moyen âge répugnait si

») Paulsen, Hist. Zeitschrift 45, p. 305.

généralement. De là, la lumière pénétra lentement jusqu'au Nord, au cours du XV-e siècle.

Dans les universités septentrionales les facultés de médecine ne font que végéter misérablement. A Heidelberg, par exemple, Tuniversité fonctionne dès 1386, mais pendant les années du début la faculté de médecine n'existe que sur le papier, faute sans doute de maîtres compétents. Ce n'est qu'en 1390 qu'on organise réellement cette faculté qui d'ailleurs ne prend aucun essor de tout un siècle ^)> D'ordinaire, dans ces universités du Nord, la médecine entière n'a qu'un seul représentant. Encore ce dernier ne fait-il pas régulièrement son cours; les nécessités de sa profession lui imposent des absences prolongées, et, s'il vient à mourir, ce n'est qu'avec les plus grandes difficultés qu'on parvient à lui trouver un successeur. C'est habituellement en Italie qu'on va chercher des maîtres. On faisait venir de ce pays soit des Italiens, soit des gens qui y eussent conquis leurs grades scientifiques. En 1353, paraît à Prague le premier professeur de médecine, un certain Balthasar, sans doute Italien de naissance.

C'est également la science italienne qui fournit les premiers médecins de Heidelberg: trois d'entre eux vinrent de Pavie, quatre de Padoue, deux de Bologne, un de Sienne ^). Il est évident qu'alors l'Italie avait la prééminence en ce qui concerne la médecine.

A Cracovie, il semble que ce soit Jagellon lui-même qui ait attribué aux médecins et à la médecine une maison sise rue Grodzka, auprès du collège des légistes; cette maison est quelquefois qualifiée de ))collegium«. Dans un manuscrit d'une époque moins ancienne, nous lisons que Jagellon, entre autres dotations en faveur de l'université.

*) Voir Thorbecke, Geschichte der Universitât Heidelberg, I, 17 et 95.

•) Thorbecke 1. c. (notes) p. 79.

créa, rue Grodzka, un collège pour les médecins^). Unenote d'un almanach cracovien de 1455 constate qu'un incendie a ravagé la ville, détruisant tous les édifices, depuis l'église de Tous-les-Saints jusqu'au château, et nommément »le coUegium des juristes et des médecins» *). Cette maison des médecins devait néanmoins être dans un état lamentable. Ce n'est qu'en 1441 que l'université décide »d'approprier la plus vaste salle de la maison ou collège des médecins à un lectorium pour tous les cours de médecine» ^)y tandis qu'un arrêté de 1456 nous apprend que Bernard Hesse, docteur en médecine, ne voulant pas habiter le collège des médecins, fait ses leçons au collège des artistes*). Tout cela démontre clairement que cette faculté eut de bonne heure certaines ressources, mais fort modiques et tout à fait insuffisantes.

Cependant nous trouvons çà et là mention de quelques médecins de cette époque à Cracovie.

En 1419, un médecin est pour la première fois recteur de l'université: c'est le docteur Jean Cro de Cottbus. Il venait de Prague où il avait été reçu bachelier, en 1404^ maître es arts, et professeur à cette dernière faculté, en 1408 ^), Le doyen des artistes, en 1425, est Nicolas d'Oszkowice ou Oczkowice qui, dans un acte de 1432, est qualifié de docteur en médecine et de chanoine de Saint-Guy, à Kruszwica®). C'est vraisemblablement à la même famille qu'appartenait Jean de Dobra, plus tard professeur de médecine à l'université de Cracovie; ce personnage, mort en 1447, légua à l'université un grand nombre d'ouvrages

*) Cod. Bibl. Jag. Nr. 59 (16—17 siècle) p. 62. Voir Conclusiones univ. (149Ô): domus medicorum vicina collegio dr. canonistarum.

») Monum. Pol. II, 927.

') Conclus, univ. s. a. 1441.

*) Ibid. s. a. 1450.

^) Liber decanorum Fac. philos. Univ. Prag. I (1830), p. 382, 897, 401.

*) Codex univ. Cracov. I, 170.

de médecine *). Dlugosz l'appelle en effet Jean Oszkowski de Dobra et fait Téloge des aspirations humanitaires de ce maître qui, de concert avec le docteur du Décret Jacques Zborowski, dont nous aurons à parler dans la suite, fonda un hôpital à Wislica *).

Mais le plus remarquable de tous ces médecins fut un étranger, Jean de Saccis qui vint à Cracovie de Pavie, muni sans doute du doctorat de l'université de cette ville. La création de l'université de Pavie ne précéda que de quelques années celle de la première université de Cracovie®). Elle eut lieu en 1361 et depuis lors l'établissement traversa les vicissitudes les plus variées, tantôt florissant, tantôt en décadence, victime des guerres du temps ou des écoles rivales. Philippe Marie Visconti résolut, en 1412, »famosum olim et laudabile studium civitatis Papiae in novum et statum pristinum reformare«, c'est-à-dire d'infuser à l'université mourante une nouvelle vie, une nouvelle âme. De ce moment date une ère de prospérité et de gloire pour l'université de Pavie qui, au XV-e siècle, attirait presque autant d'élèves du Nord, et surtout d'Allemands, que celle de Padoue. Pavie devint la cité universitaire de Milan et de ses environs, comme Pise l'était de Florence, et Padoue de Venise*).

Nous ne croyons pas nous tromper en supposant que les intimes rapports qui unissaient Jagellon à la famille des Visconti, et notamment au prince Philippe, rénovateur de l'université, valurent à la Pologne, sans compter des chiens et d'infimes employés de chancellerie, le docteur qui eut, ou du moins tenta d'exercer une influence décisive sur le développement subséquent de la science médicale dans ce pays.

') Catalogue des manuscrits de la Bibl. Jag. I, n. 802. ») Liber benef. I, 435.

*) Denifle: Die Entstehung der Universitâten, p. 581. *) Rashdall: The universities of Europe, vol. II, 1, 54.

En 1422, maître Jean, «egregius doctor in medicinis», appose sa signature au bas d'un acte de Tévêque Jastrzembiec^). Il s'agit sans doute ici de Jean de Saccis, recteur, «n 1425, de l'école jagellonienne. Il introduisit à l'université la science nouvelle et peut-être est-il le premier laïque qui comme maître ait franchi le seuil de la vieille école: Jean de Saccis était marié, cas qui se présenta mainte fois dans la suite parmi les professeurs de médecine. Dans une note municipale de 1426, nous lisons textuellement: »Magister Johannes, medicus, Italus uxoratus, qui tenet scholas medicorum« *). En 1433, il résolut de régénérer, de réorganiser de fond en comble la faculté de médecine. A cet effet, sous le rectorat de Thomas Strzempinski, le chancelier de l'université, Zbigniew Oleénicki, évéque de Cracovie, convoqua tous les maîtres et doyens à une délibération commune. Jean de Saccis qui, en cette circonstance, figure comme doyen de la faculté de médecine, soumit alors à cette assemblée les statuts de cette faculté, statuts qu' il avait sans doute rédigés et qui furent aussitôt approuvés^). Il semble donc que cette faculté n'avait eu jusque là ni fonctionnement précis, ni règlements spéciaux. Les statuts déterminent le champ des études et spécifient les matières sur lesquelles rouleront les examens des étudiants. Nul ne saurait être promu médecin, sans avoir au préalable obtenu le grade de maître es arts et suivi ensuite, pendant cinq ans, les cours de médecine. Ces cours devront être faits conformément aux antiques et vénérables autorités» qui radices scientiarum et origines veritatis existunt«. Dans la ville et le diocèse de Cracovie, ne peut pratiquer comme médecin que celui qui a été promu docteur en l'université de cette capitale.

*) Cod. univ. Crac. I, 143.

*) Grabowski, Informations sur l'ancien Cracovie, p. 231.

') Catalogue des msc. de la Bibl. Jag. n. 2019 et Annuaire de la faculté de médecine I, (1838), p. 55.

ou, ayant conquis le même grade ailleurs, en a obtenu la confirmation par un examen particulier à Cracovie. Cet article visait les praticiens »practici(( qui, sans connaissances sérieuses, mettaient en péril par de pernicieux remèdes non seulement le corps mais Tàme de leur patients, à laquelle ils devaient s'intéresser aussi. Le médecin est en effet tenu avant tout de rappeler aux malades qu'il leur faut d'abord songer aux secours spirituels et de ne leur offrir qu'ensuite les siens.

Au surplus, ces statuts contenaient un plan d'études, un recueil de prescriptions générales pour la faculté de médecine. Il est vraisemblable que, sous l'impulsion de Jean de Saccis, ils entrèrent en vigueur et même animèrent pour quelque temps cette faculté. Par un étrange concours de circonstances, cette même année 1433, la réforme des statuts de la faculté de médecine fut aussi accomplie à l'université de Vienne, et c'est encore un Italien, Galeazzo di S. Sofia, professeur de médecine de Bologne et de Padoue, qui fut l'âme de ces améliorations^)* Un codex de la Bibliothèque jagellonienne de 1426—7 *), qui contient divers traités de médecine, nous fournit assez de détails sur ce qu'on lisait et étudiait alors à l'université. C'était d'abord Hippocrate et Galien; puis des auteurs arabes très en renom. C'est ainsi qu'on apprenait en guise d'introduction à la médecine Isagoge in artem parvam Galieni, écrit du Nestorien de Syrie Joannicius qui fut, au neuvième siècle, médecin du calife des Âbassides; on se servait encore du wliber Abubeci Arasi«, grand ouvrage du Persan Rhazès qui, au X-e siècle, rédigea, en puisant aux sources grecques et arabes, un traité complet de médecine en dix livres. De Salerne et de Montpellier, foyers les plus anciens de la science médicale, ces productions du savoir arabe se répandirent dans tout l'Occident, sous

') Aschbach, Oeschichte der Wiener Univers. (1865) p. 311—312. ») N. 2027.

forme de traductions latines. Les Aphorismes et les autres traités d*Hippocrate, le Tegnum (Techne) de Galien, traduits en latin diaprés des adaptations arabes, initiaient les élèves aux secrets de la sagesse grecque.

Mais à Cracovie, comme ailleurs, cette faculté végétait, faute de gens capables. D'ordinaire, dans les universités du moyen âge, un seul professeur, parfois deux^) étaient chargés de tout renseignement 11 n'en était pas autrement à Cracovie. Lorsque cet unique représentant de la médecine quittait la ville pour quelque temps, ce que ses devoirs professionnels le forçaient de faire assez fréquemment, tout travail cessait à la faculté. Pendant tout le XV-e siècle nous voyons l'université en lutte contre ces déplorables inconvénients, cette indigence de maîtres: cette faculté essaye en vain de s'élever au niveau des autres-

Aussi, quand l'évèque Jastrzembiec publia, en 1422, un règlement pour l'université où il est stipulé que le recteur de l'université en exercice, assisté des trois doyens de théologie, de droit et des arts, serait chargé de la régir et d'y maintenir l'ordre % n'est-U fait nulle mention de la médecine, parce que sans doute cette faculté existait à peine de nom. A la fin du siècle, en 1490, 1492, 1495, des documents nous parlent encore des trois doyens constituant le pouvoir administratif; et celui de la médecine est toujours passé sous silence *).

Ce sont là des preuves péremptoires de l'existence précaire et obscure de cette faculté. Aussi quoique Jagellon eût destiné à un collège des médecins la maison de la rue Grodzka, située dans le voisinage du collège des juristes, l'usage s'accrédita de ne citer dans les actes que

') Voir Paulsen. Histor. Zeitschrift 45, 306 et Thorbecke, Geschichte der Universitât Ileidelberg, p. 95.

*) Codex univ. I, 141.

■) Voir Acta Rectoralia n. 1325, n. 1615, n. 1762. Dans ce dernier nous lisons: convocatis decanis trium facultatum, ad quos pertinet omnes difîerentias determinare.

deux collèges «utrumque collegium«, ceux des artistes et des juristes; quant au troisième, celui des médecins, il n'en est même pas fait mention. Ce dernier d'ailleurs ne fut pas d'une grande utilité à la faculté. Nous avons déjà dit qu'en 1450 le docteur Bernard Hesse refusa d'y demeurer, et qu'alors on décida qu'il aurait son cours au collège des artistes. Â ce propos, il est noté dans les conclusions de l'université que ce professeur de médecine est marié: c'était une brèche dans l'organisation tout ecclésiastique et religieuse du corps enseignant. Bernard touchait une rétribution de vingt marcs pour son ))lectorat« *).

La fusion des cours de médecine avec ceux des arts mérite qu'on s'y arrête. Un chroniqueur de l'université, d'une époque plus récente, en mentionnant le collège de médecine ajoute qu'il n'a guère acquis d'importance, parce que les médecins se sont réunis aux philosophes .. . Medici cum philosophis se coniunxere ^j. Cette intime connexion entre les médecins et les artistes régna souvent dans les universités italiennes, où ils avaient une organisation commune et cohabitaient dans le même collège **). Une certaine analogie dans la méthode d'enseignement unissait encore les deux facultés: artistes et médecins interprétaient des traductions latines d'auteurs arabes et grecs, en faisaient l'essence même de leurs leçons*); artistes et médecins attachaient une grande importance aux disputes.

*) Conclusiones univ. 1441 et 1450. Si l'on voit à Cracovie. en 1426 et en 1441, un professeur de médecine marié, c'est un phénomène tout à fait prématuré. La sécularisation de l'université du moyen âge a commencé par les médecins. A la fin du XV-e siècle, les maîtres mariés ne sont plus une rareté. Mais à Paris, ce n'est qu'à partir de 1462, qu*il fut permis aux médecins professeurs de prendre femme; à Heidelberg, ce n'est qu'en 1482 que l'on accueillit le premier maître en médecine laïque. Voir Thorbecke 1. c. 97.

>) Cod. bibl. Jag. 59, p. 62.

») Rashdall. The universities of Europe I. 233, 237,

*) Kaufmann: Geschichte der deutschen Univ. II, 72.

Enfin l'autorité souveraine d'Aristote, au grand détriment de la médecine, la rapprochait de la philosophie.

A Cracovie, comme pour consolider et cimenter ces rapports traditionnels, le medicus ou le physicus donnait ses leçons, lorsque toutefois il les donnait, dans le collège destiné aux artistes. A cet égard, les débuts, sous Jagellon, furent des plus heureux. Jean de Saccis apportait son savoir et se mit vaillamment à Toeuvre. Après avoir mené à bien sa tâche organisatrice, il mourut bientôt, vers la fin de 1433 ou au commencement de 1434^). 11 laissa après lui une mémoire vénérée. Le prédicateur qui prononça son oraison funèbre loue sa charité pour les malades et les pauvres, son zèle à leur prodiguer les secours de son art. Il dit que Jean, dans les dernières années de sa vie, déjà courbé par Tâge, s'adonna à l'étude du droit par amour pour l'Ecriture sainte. Ce discours est terminé, selon la coutume de l'époque, par une invocation à la clémence de Dieu, et une recommandation des bienfaiteurs de l'université au souvenir et aux prières des fidèles*).

*) C'est ce que nous apprend un discours prononcé à ses obsèques et contenu dans le codex de l'université de Breslau I. Q. 381. On y parle de Szafraniec qui venait de mourir, le 28 juillet 14;H3, et on y célèbre le roi Jagellon encore vivant. Le roi mourut le 31 mai 1434.

•) Voir p. 182: ut licet iam esset vir aetate confectus, tamen ad tan tu m dilexit studia scripturarum quod illis novissimis etiam temporibus ad studium iuris canonici se diligentissimus exhibuit.

Voici la péroraison, p. 184:

Et quia in congregationibus huius aime universitatis consueti sunt fieri exhortaciones obsecracionum et oracionum pro statibus ecclesie et benefactorum universitatis, ideo primo recommendo vobis statum universalis ecclesie, sanctissimum in Christo patrem ac dominum Eugeniura papam modernum nec non omnem congregationem tocius concilii Basiliensis in spiritu sancto congregati et omnium dominorum prelatorum et doctorum ibidem congregatorum et signanter venerabilium patrum, doctorum et magistrorum a regno nostro pro communi bono ibi laborancium, ut clementissimus deus gracia sua eos illustrare dignetur, quatenus pro consolatione tocius ecclesie

Après sa mort, le sort de la faculté passa par diverses alternatives de prospérité et de décadence: il dépendit des hommes, ou plus souvent encore, de Thomme qui se trouva à sa tête. Quand ce maître disparaissait, Tinertie née de l'interruption des études, paralysait pour un temps toutes les bonnes volontés. Au moyen âge, où il n*était pas absolument nécessaire que les universités eussent quatre facultés, puisque beaucoup d'universités italiennes ou françaises n'en avait que trois, et quelquefois même que deux^ ces intermittences ne choquaient point, ne semblaient pas une étrange anomalie, comme elles le paraîtraient de nos jours.

Quoiqu'on parlât des quatre fleuves du paradis et

négocia eiusdem féliciter tractare poterint et salubriter coasumare. Insuper commendo vobis Reverendum in Christo patrem dnum Sbigneum ecclesie craooviensis antistitem, universitatis nostre cancellarium, dominum nostrum Rectorem, doctores, magistros ac benefactores et supposita huius aime universitatis. Recommendo insuper specialissime oracionibus vestris serenissimum prîncipem et dnum nostrum Wladislaum Dei gracia Regem Polonie universitatis nostre fundatorem, illustrissimamque Reginam nostram dnam Zophiam ac inclitos natos eorum cum tota Baronia ac regnicolis, ut deus omnipotens statum eorum in tranquillitate et pace conservet diuturna- Ceterum recommendo Reverenciis vestris inter defunctos inclitam dnam Hedwigim olim Reginam Polonie fundatrioem huius aime universitatis et presertim Reverendum in Christo patrem dnum Johannem olim episcopum Wladislaviensem precipuum universitatis nostre benefactorem et singularissime venerabilem virum magistrum Johannem de Papia egregium medicine doctorem felicis memorie, cuius ad presens peragimus exequais una cum omnibus benefactoribus, doctoribus, magistris, baccalariis et cunctis suppositis universitatis nostre defunctis quorumcunque nomina in generalibus missis huius universitatis singularius edicuntur, qua propter pro omnium consolatione dignemini dicere unum Pater noster et Ave Maria, ut Deus omnipotens det vivis gratiam, defunctis misericordiam et nobis suam pacem et tandem gloriam eternam. Amen. Demum oracionibus vestris vos una mecum recommendo et gracia dni nostri Jesu Christi sitsemper nobiscum. Amen.

qu'on leur comparât les quatre facultés faisant fructifier la vie ^), ce nombre n'était pas toujours atteint.

La faculté de droit eut plus d'importance et prit de plus larges développements. Nous avons déjà touché ce point précédemment, et signalé la situation favorisée des canonistes à cette époque.

Comme nous l'avons fait remarquer aussi, le droit romain, dont il est question dans la plupart des actes d'érection, fut loin de briller dans la première période des universités du moyen âge. Dans le Nord surtout, il fut dédaigné; l'Italie resta son domaine, tandis que Paris qui si souvent exerça une influence décisive sur les études de l'Orient entier, le tenait en suspicion. L'p]glise ne voyait pas de bon oeil la science du droit civil, l'envisageant comme trop absorbante pour la pensée humaine qu'elle détachait des idées surnaturelles. Petrus Blesensis écrivait vers 1160: Res plena est discriminis in clericis usus legum; totum enim hominem a Deo sibi vindicat, ut eum.., a divinis avellat*). Aussi une bulle d'Honorius III, promulguée en 1219, défendit-elle l'étude du droit civil à Paris et l'interdit-elle en général au clergé. C'était assurer le libre et complet épanouissement de la théologie 3).

*) Cod. bibl. Jag. 2216. p. 181: (Recommendatio rectoris dris Kozlowski:) quod ex paradiso quattuor flumina ad totius terrae irrigationem ac fructificationem, sic ex universitate quattuor scientiarum facultates profluunt ad germanitionem fructuum vitae. paradisus sanctae universitatis, dit un auteur anonyme, dans le Liber formularum p. 15, publié dans les Miscellanea ex Archive CoUeg. iurid. 189Ô, p. 225.

') Denifle, Chartularium univ. Par. I, H2. Sur T opinion de l'Eglise, voir Rashdall, univ. of Europe II, 2, 740.

*) Voir ibid. II. 1, 156: Le roi Philippe IV, s'adressant à l'université d'Orléans, parle de Paris en ces termes: «ut autem liberius

D'ailleurs Tétude du droit romain n* aurait eu ni but ni avantages pratiques. Le droit canon donnait aux ecclésiastiqes des connaissances relativement étendues sur l'administration spirituelle, l'organisation et les lois de l'Eglise; et l'université du moyen âge ayant un caractère nettement religieux, il n'est pas surprenant que cette science y ait rapidement conquis une place prépondérante, au détriment du. droit romain, du droit impérial entièrement mis à l'écart ou rejeté au second plan. Ce dernier en effet ne fut enseigné à Prague qu'en 1390, bien longtemps après la fondation de l'université. A Heidelberg, il végète jusqu'au milieu du XV-e siècle: faute des ressources nécessaires pour attirer des maîtres instruits, la chaire resta le plus souvent vacante. Ce ne fut qu'à partir de 1452 que cet état de choses s'améliora et que l'enseignement devint normal et régulier. A Vienne, on n'eut pas de professeur stable de droit romain, jusqu'en 1494. A plus forte raison cet enseignement n'exista-t-il que de nom pendant tout un siècle, à Cracovie, encore plus éloignée de tout le mouvement intellectuel et des grands foyers du midi. Quelques les ))leges« figurent sur l'acte érectif de Jagellon, à côté du droit canonique, il n'y eut que celui-ci de cultivé, tandis que les autres restaient un vain détail de programme. Ce ne fut que dans la première moitié du XVI-e siècle qu'on se préoccupa de combler cette lacune; on s'adressa naturellement aux Italiens, et, grâce à la vigoureuse initiative de Pierre Tomicki, évêque de Cracovie, qui, ici comme en beaucoup d'autres circonstances, se montra plein de zèle, l'affaire prit une tournure avantageuse.

Par contre, dès le début de l'université, on trouva à Cracovie même des maîtres capables d'enseigner le Décret c'est-à-dire le droit canon, et du coup cette étude y devint florissante. En 1403, fut institué le collège des juristes,

ibidem studium profîceret theologiae progénitures nostri non permiserunt legum saecularium seu iuris civilis studium ibidem institui».

qui, avec celui des artistes, constitua le vrai noyau de l'université. Ce collège des canonistes était situé dans la rue Grodzka. La maison, assez vaste, contenait outre les salles de cours, des logements pour les maîtres de droit. De plus, des professeurs d'autres facultés y demeuraient parfois, moyennant indemnité de loyer, de même que certaines personnes ne faisant pas partie de l'université.

Les canonistes tiraient leurs émoluments de diverses sources. A l'église cathédrale, l'un des deux canonicats universitaires fut réservé aux juristes; le maître gratifié de cette dignité percevait les dîmes de Karniow et de Wronin; docteur ou tout au moins licencié en Décret, il devait professer le droit canon, à moins d'en être empêché par le poids de l'âge *). En 1422, le premier recteur de l'université Jagellonne, Stanislas de Skalmierz, est en possession de ce bénéfice, le plus considérable de tous ceux qui étaient attribués à la faculté des Décrets.

Un règlement de l'évêque Jastrzembiec, en 1422, spécifie expressément les rémunérations assignées aux maîtres de droit canon. Les deux tiers des revenus des salines de Bochnia seraient, ainsi que cela s'était d'ailleurs pratiqué jusque là, affectés au traitement de deux docteurs ou licenciés, de telle sorte que le professeur principal (principalis ordinarius) recevrait au moins 40 marcs, et que le restant des fonds disponibles serait versé à l'autre maître, chargé d'enseigner ce qu'on appelait les «nova iura«. Il est encore fait mention d'un troisième professeur de droit canon, auquel l'université payerait 20 marcs, sur la dîme de l'église de Luborzyca. De plus, la prébende de la chapelle de Sainte -Marie -Madeleine devrait être accordée aux docteurs ou licenciés en droit canon *^). Un document

^) Voir Cod. univ. Crac. 1, 140 et Dlugosz, Liber benef. 1, 69. Voir sur les privilèges et dispenses de ce maître habituellement fort âgé la «Revue des questions de droit» (Cracovie, 1864), II, XXII.

') Cod. diplom. univ. I, 139 et suiv.

un peu plus récent (1441) nous apprend que, sans compter Tordinarius, il y avait encore trois docteurs faisant alors des cours de droit canon à l'université de Cracovie ^).

Le nombre des professeurs à la faculté de droit canon était, on le voit, assez restreint; à cet égard le personnel de la faculté des artistes était de beaucoup supérieur. Du reste les cours des Décrets n'étaient pas aussi variés, avaient une exacte délimitation et ne comprenaient qu'une spécialité précise. Le Decretum de Gratien, recueil de citation» tirées de l'Ecriture sainte et des Pères de l'Eglise, des. décisions des conciles et des décrets pontificaux, relatifs à l'hiérarchie ecclésiastique, au culte et au bon fonctionnement de la vie religieuse, était la base essentielle de ces leçons. Ce livre fut le manuel scolastique de tout le droit canon. On enseignait encore les décrétales en cinq livres de Grégoire IX, les «Nova iura«, ou sixième livre des décrétales et les ))Clementinae«.

11 ne fallait pas beaucoup de maîtres pour embrasser et expliquer ces matières. Quatre y suffisaient dans les universités du moyen âge; aussi voit-on quelquefois chacun de ces professeurs mentionné avec son titre particulier: lector Decreti, lector Decretalium, lector Sexti, lector Clementinarum^).

Le plus important d' entre eux était l' ordinarius^ à qui incombait la plus lourde tâche, mais qui jouissait aussi de la plus haute autorité. »Le lector ordinarius doit être plus assidu que ses collègues; il est tenu d' organiser fréquemment des »repetitiones«, et de ne pas chômer les jours de leçons«, lisons-nous dans des conclusions de

*) Cod. diplom. II, 4: doctores iuris canonici actu legentes, pu ta ordinarium cum aliis tribus.

*) Voir Aschbach: Geschichte der Wiener Universitàt (1865)^ p. 104f.

Morawski I. ^7

Tannée 1451'). Ses cours n'étaient que des commentaires des décrets; et le texte même de la loi noyé sous le flot des éclaircissements, sous la recherche des »casus« compliqués, recherche qui avait tant d'attrait pour l'esprit des hommes du moyen âge, disparaissait presque sous Tenchevêtrement des conclusions et des gloses touffues. Les répétitions avaient pour but d'inculquer dans la mémoire des auditeurs ce chaos de subtilités où leur raison s'égarait parfois 2). Ce fut un temps béni pour les décrétistes, en Pologne surtout, où ils furent en haute estime et parvinrent aux fonctions les plus éminentes. Pierre Wysz, doctor in utroque iure, occupa, en 1412, le siège épiscopal de Cracovie; Jacques de Kurdwanow, élève de l'université de Bologne, devint évêque de Plock, André Laskary, sorti de Padoue, fut évêque de Posen, de 1414 à 1426.

Sous leur impulsion, une vie nouvelle commença à germer dans l'Eglise de Pologne. Leur instruction juridique leur inspira l'amour de l'ordre et de la discipline, et ils apportèrent tous leurs efforts à ramener le clergé de leur pays à la stricte observance des règles. Le synode que Nicolas Tromba tint à Kalisz, en 1420, fit époque dans ce mouvement réglementateur; il donna l'essor à tout un développement du droit particulier de l'église de Pologne, développement que vinrent encore aviver les statuts de Plock, en 1423, et les constitutions cracoviennes d'Adalbert Jastrzembiec de la même année. Le concile de Constance avait déjà nettement posé cette question de la réforme

') Conclus, univ. de 1451: lector ordinarius primus et praecipuus... non faciat sibi festivitates de non festivitatibus.

^) L'accusation postérieure du chapitre de Cracovie contre les professeurs de l'université (Collectanea ex archive Collegii iuridici. Crac. 1895, T. I, p. 425) eût été certes justifiée bien auparavant: Lectores non meditati, non instructi veniunt ad lectionem, itaque frigide legunt, leviter docent et nonnisi glossemata auditoribus ex vetustis quodlibetis tradunt, non artem aperiunt.

de TEglise. Le pape Martin V avait aussi solennellement promis de la soulever à nouveau et de donner satisfaction aux réclamations universelles des peuples chrétiens.

Les collèges des décrétistes pouvaient, en ces conjonctures, rendre des services éclatants à T Eglise et à Tépiscopat; aussi leur voix se fit-elle entendre à mainte reprise parmi les appels à Tamendement et à la pénitence. Les pages de Thistoire de l'université sont illustrées par les noms des maîtres qui, à cette époque, prirent une part notable à cette oeuvre de rénovation. Nous avons déjà parlé de Stanislas de Skalmierz, premier recteur de l'université. Il fut constamment sur la brèche, pendant tout le règne de Jagellon. Il multiplia les discours et panégyriques •dans le style fleuri en vogue au moyen âge, tant aux solennités académiques qu'aux obsèques des personnages ■de marque. La mort le frappa en 1431. Le grand décrétiste, Paul Vladimiri, survécut d'une année à Jagellon; mais, comme nous l'avons dit précédemment, il passa ses dernières années dans la retraite, peut-être même dans une cellule de monastère. Les remplaçants pourtant ne lui manquèrent pas. A partir de 1420, nous trouvons à la tête de l'université jagellonienne toute une suite de docteurs des Décrets connus par leur science et par leurs actes. En 1420, et, pour la seconde fois, en 1424, Jacques Zaborowski remplit les fonctions de recteur. C'était un élève de l'université de Cracovie; il y avait du moins obtenu le grade de maître es arts, en 1411 ^). Décrétiste renommé, il attira sur lui l'attention de ses contemporains dont la confiance le porta aux affaires publiques. Simultanément proviseur de la bourse des pauvres '^), chanoine de la cathédrale de Cracovie, prébendier de la chapelle de Sainte-Marie-Madeleine, il était encore en possession de tous ces titres et

^) Muczkowski. Liber Prom. p. 7.

') Codex diplom. univ. Crac. II, 57 et 135.

bénéfices lorsqu*il mourut, en 1449 ^). Généreux bienfaiteur de rhumanité, il fonda, conjointement avec le médecin Oszkowski de Dobra, Thôpital de Wislica^), et, en 1448, la chaire qui porta -son nom à la faculté des arts.

En 1426, le recteur de l'université est Ladislas Oporowski, docteur des Décrets, qui avait sans doute puisé sa science juridique en Italie, plus connu comme homme politique que comme savant et dignitaire de l'Eglise, Issu d'une ancienne et puissante famille, il fut redevable de son élévation aux charges que nous le voyons occuper successivement, plutôt à son savoir en droit qu'à son illustre naissance. Appelé de bonne heure aux affaires, il attira sur lui l'attention de Jagellon qui le nomma, en 1422, son plénipotentiaire dans le fameux conflit avec les Teutoniques. 11 succéda, en 1427, à Stanislas Ciolek, qui abandonnait les fonctions de vice-chancelier de la couronne pour l'évêché de Posen. Dès lors il accompagna presque partout le roi^ dont il fut un des serviteurs les plus éclairés. En 1433, il devint évéque de Kujavie, après Jean Szafraniec. A la mort de l'archevêque Vincent Kot, survenue en 1449, il fut transféré au siège primatial de Gniezno. Son administration, assez stérile sous le rapport ecclésiastique, se passa en démêlés avec son chapitre et en violentes compétitions de préséance avec Zbigniew Olesnicki, devenu cardinal,, et à qui il avait autrefois cherché querelle, n'étant encore que vice-chancelier. C'était une invidualité fière et ambitieuse, joignant à des aspirations personnelles une certaine avidité^); le type d'un courtisan de la science qu'il considérait avant tout comme un marchepied pour s'élever dans la vie*).

^) Codex epistol. saec. XV, éd. Szujski, 2 pars, 67.

*) Dlagosz. Lib. benef. I, 435.

**) Dlugosz. Opéra omnia I, 374.

*) Sur sa vie voir Korytkowski: Les archevêques de Gniezno, II, 211—244. Il envoya à Londres, son neveu Stanislas, sous la tutelle de la Hanse, afin que ce jeune homme pût y séjourner quelques

Jean de Lgota, plue souvent appelé Elgot, fut le suc- <;esseur d*Oporowski au rectorat, en 1427. Il avait été promu bachelier es arts, à Cracovie, en 1417, maître, en 1420 ^). Il se consacra ensuite au droit, et, lorsque lui fut conférée la licence, Stanislas de Skalmierz lui adressa une allocution '^). Ses relations avec Zbigniew Olesnicki et son étroite amitié avec lui ne contribuèrent pas peu à faciliter sa carrière. Nous le retrouverons plus tard en rapports intimes avec les personnes de l'entourage du grand évêque et, entre autres, avec le célèbre historien Jean Dlugosz. Oleénicki le nomma son officiai et son vicaire général »in spiritualibustt, charges dans lesquelles Elgot fit montre de la plus brillante activité, notamment dans les questions de juridiction ecclésiastique; les actes rédigés par lui diffèrent très avantageusement de ceux des officiaux ses successeurs ou ses contemporains. Sa profonde connaissance du droit et des hommes lui procura évidemment cette supériorité. Dans les conflits que la dîme provoqua alors entre le clergé et la noblesse, Elgot dut jouer un grand rôle; c'est peut-être lui qui rédigea la convention de Warta, en 1434, destinée à mettre fin à ces déplorables contestations ^).

Il parut bientôt avec éclat sur une plus vaste scène, «n qualité d'envoyé d'Oleénieki au synode de Bàle. Nous l'y rejoindrons plus tard et pourrons alors mieux l'appréoier comme orateur et comme homme palitique. Il était lié à Dlugosz, dont il avait le noéme blason, par une vive amitié qui inspira eu l'historien» les belles louanges qu'il adresse dans son livre à cette noble figure: «C'était un

semaines et y étudier les moeurs anglaises. Voir Sokolowski, Fragments d'histoire et d'art (1897), p. 18.

*) Muczkowski, Liber Prom. p. 11, 13.

') Cod. bibl. Jag. a. 2400.

') Ulanowski: Laudum Vartense, dans les Compter reodss de l'Acad. Classe d*Hist. XXI, (1888) p. 173, et principalement p. 208—209.

homme, écrit le grand chroniqueur (V, 117), remarquable par sa circonspection, sa science, son aménité, (omnium bonarum virtutum officina et sedes); possédant à fond \e latin, il s'en servait très éloquemment et ne le cédait à personne dans Tart d'écrire des lettres élégantes et persuasives; il fut le port et Tasile des pauvres, des orpheline et de tous les malheureux». Il y a dans cet éloge une émotion qui rayonne autour de la mémoire de cet honnête homme et le présente à la postérité comme un savant de valeur et une nature d'élite. Dlugosz l'appelle un excellent (eximius) docteur des Décrets, et c'est aussi ce qu'on proclamait à Bàle, où Elgot brille au milieu de la députation polonaise par sa droite raison et son talent de parole ^).

Nous noterons encore parmi les autres décrétistes: Derslaw de Borzynow, qui fut recteur, pour la première fois, en 1422, et remplit ensuite, pendant plusieurs années, la fonction de juge des affaires ecclésiastiques au consistoire de Cracovie^). Son successeur au rectorat fut Thomas de Strzempin: ils assistèrent tous les deux au concile de Bâle. Thomas, beaucoup plus remarquable que son prédécesseur au rectorat, devint évêque de Cracovie, en 1455.

L'incendie qui, en 1719, détruisit le collège des juristes, nous a sans aucun doute fait perdre à jamais quantité d' ouvrages dus aux savants, dont nous venons de parler. Aussi n'en éprouvons-nous que plus d'intérêt pour Nicolas de Blonie, écrivain dont nous pouvons encore aujourd'hui mesurer la portée et dont les oeuvres se répandirent bien au delà des frontières du pays, auquel elle» étaient destinées tout d'abord.

*) Etienne de Catis. Cod. epist. saec. XV. éd. Szujski. — Pars I, p. 120.

*) Acta Offic. Crac. V (143é, II junii) Derslaus de Borzynow, decr. dr. iudex generalis causarum spiritualium in consistorio Crac, motarum et movendarum.

Nicolas de Blonie s'inscrivit à Y université en 1414; Tannée suivante il était bachelier «in artibus«, et maître^ en 1421. Thomas Strzempinski et Nicolas de Kalisz qui, dans la suite, se distinguèrent à l'université, obtinrent leur maîtrise presque en même temps. On ignore les dates précises des promotions de Nicolas de Blonie aux grades de la faculté de droit. 11 est néanmoins permis de supposer qu'il fut professeur pendant quelque temps à l'université son nom se trouvant inscrit dans le registre matricule parmi ceux des »doctores et magistri« *). Il ne tarda pas à se rapprocher d' un homme éminent, Stanislas Ciolek qui, de 1422 à 1427, fut vice -chancelier, et de là, passa à l' évèché de Posen. Nicolas de Blonie travailla sous les ordres de Ciolek, sans doute comme chapelain royal dans la chancellerie de la cour, et partagea les occupations des notaires royaux. Les relations ainsi nouées devaient être durables. Lorsque Ciolek se transporta à Posen, il fit venir Nicolas et le nomma son chapelain *), De ces rapports naquit un petit ouvrage que nous allons examiner de près.

Il répondait aux besoins pratiques et n'avait aucune prétention scientifique. Le clergé polonais, surtout celui de paroisses rurales, était loin d'avoir une instruction suffisante, aux XlV-e et XV-e siècles. Au milieu de leurs occupations quotidiennes, les prêtres oubliaient les notions acquises à l'école; il n'était pas rare que leurs lumières laissassent beaucoup à désirer au point de vue même des plus importantes cérémonies du culte, telles que la célébration de la Sainte Messe et l'administration des sacrements. ))Des ordonnances promulguées dans le but d'extirper les abus et illégalités enracinés partout, ne pouvaient aucunement à elles seules remédier au mal, parce que la cause

*) Voir Album Studiosorum, p. 6.

*) Voir Ulanowski, Nicolas de Blonie, dans les Comptes rendus; de TAcadémie (Classe d'histoire) Tom XXIII (1888) p. 22—23.

principale de ce triste état de choses était Tignorance des clercs, peu familiarisés avec les principes de la foi et rebelles à toute discipline ecclésiastique. Pour être à la hauteur de leur mission, les évoques devaient répandre dans le bas clergé des manuels où fussent réunis, avec brièveté mais exactitude, tous les préceptes indispensables à un bon pasteur«. En dehors donc des constitutions diocésaines; on fît paraître des guides, des manuels «ad usum simplicixim clericorumcc *).

C'est ainsi que Tévêque de Cracovie Nanker, fit rédiger, en 1323, un traité de ce genre, et qu'il fut imité, en 1423, par Adalbert Jastrzembiec. Nicolas de Blonie, sur l'injonction de l'évèque de Posen, Stanislas Ciolek, écrivit son «Traciatus de sacramentis et divinis officiis ac eorum administration ibus«, pour obvier aux mêmes inconvénients. Cet opuscule, antérieur à Tannée 1431, est »le fruit le plus remarquable des efforts de Tépiscopat polonais pour répandre dans le clergé diocésain les connaissances les plus élémentaires sur les sacrements et le droit canon«.

Ce travail, analogue aux manuels dont nous avons parlé plus haut, est cependant beaucoup plus étendu et dénote des études beaucoup plus sérieuses. L'auteur puise aux productions scientifiques qui avaient alors le plus de succès en Europe. Outre saint Thomas et saint Bonaventure, ce sont les noiVis de Henry de Segusio, des Caldeïini, de Guido de Baysio, de Fi'ançois Zabarella qui reviennent le plus fréquemment sous sa plume, sans compter les autorités théologiques les plus vénérées.

A chaque instant, des digressions sur des questions locales et des renseignements fournis par F expérience et la pratique dé la vie viennent vivifier la sécheresse de oette compilation et donner de précieuses indications sur

*) Ulanowski. Quelques remarques sur les statuts synodaux . . au Xrv-e et XV-e siècle. Scriptores rerum Polon. XIII, 16 (1889).

rhistoire du droit canon en Pologne^). L'auteur défend aussi les coutumes spéciales à F Eglise nationale, contre les tendances unificatrices des courtisans, des Romipetae, <;om'me il les appelle. Parfois une réminiscence de ses études faites à Cracovie se glisse dans ses démonstrations *). n y avait suivi les cours de Stanislas de Skalmierz qu'il nomme «dominus meus«; à un autre endroit il cite François Creisewitz de Brega ^). Ce petit ouvrage d'une bonne ■ordonnance et d'une compréhension facile, fut pfomptement populaire en Pologne et même ailleurs. On en multiplia les copies manuscrites; et à la première édition, imprimée à Breslau, et à celle de Strasbourg de 1476, vinrent bientôt s'ajouter celles de Cracovie, de Paris, de Venise et de Lyon*). En sorte que, Nicolas de Blonie, élève de l'université de Cracovie, porta au loin le renom de l'école «dont il était sorti. Nicolas s'acquit encore une glorieuse réputation dans un autre domaine. Comme son maître, Stanislas de Skalmierz, il fut un prédicateur de talent. Ses sermons »de tempore« et »de sanctis« témoignent d'une sûre érudition théologique, et ses citations d'auteurs de l'antiquité décèlent un humaniste en herbe. C'était bien le digne confident et ami de Stanislas Ciolek dont la haute culture classique tranchait si brillamment sur l'inélégance contemporaine. Aussi, les sermons de Nicolas de Blonie

*) Ulanowski. Des travaux préparatoires à rhistoire du droit canon en Pologne. 1887, p. 24.

') De extrema unctione: De qua (scil. quaestione) cum audirem sententiarum libros, dubitabatur a kctoribus et a formatis baccalariis s. theologiae.

") De Euoharistia: Secundum mag. Fr. de Bréga in quadam •quaestione disputata.

*) Ulanowski. Comptes rendus de la classe de phil. 18S8. T. 2H» p. 17. Dans les arch. diocés. de Breslau se trouve le manuscrit de 1476. Ancienne note E. 3.

comme son traité, furent- ils particulièrement goûtés à l'étranger, où ils eurent une rapide popularité ').

En cette circonstance, le décrétiste consacra ses talents à seconder les desseins de son évêque; mais le roi et l'Etat eurent aussi plusieurs fois recours à sa science et à son appui, notamment en 1430, lorsque l'idée de faire de la Lithuanie un royaume distinct, idée fomentée par les ambitions de Witold et les intrigues de Sigismond, semblait sur le point de se réaliser, menaçant la Pologne d'un amoindrissement funeste. Nous n'avons pas à raconter ici les péripéties de ces machinations ni les préparatifs de cette scission; nous ne parlerons pas non plus du congrès de Luck, en 1429, ni de l'intervention de la diplomatie allemande ainsi que de celle du Saint-Siège dans cette affaire-).

Finalement, du côté polonais on mit en doute la légitimité du droit en vertu duquel Sigismond prétendait pouvoir créer un nouveau roi, et la cause fut déférée à un tribunal de jurisconsultes chargés d'émettre un avis, comme cela s'était pratiqué naguère, lors des querelles avec les Teutoniques.

Deux facultés de droit, celle de Cracovie et celle de Vienne se trouvèrent alors en présence. Cette dernière à qui fort souvent on soumettait les questions litigieuses % se prononça catégoriquement en faveur de Sigismond. Jean Guarleich, Gaspard von Maiselstein, plus fameux encore, et d'autres jurisconsultes rédigèrent un mémoire sur la question^ tandis que simultanément l'Italien Jean Baptiste Cigala, docteur en droit, soutenait que l' empereur romain élu pouvait légitimement conférer la couronne royale^). Lesdécrétistes de Cracovie firent à cette thèse la plus vive

') Voir Brûckner: Sermons du moyen âge. Bibliothèque varsovienne, 1891, février, p. 245.

*) Voir à ce sujet Caro, Geschichte Polens III, p. 605 et suiv.

^) Aschbach. Geschichte der Wiener Univ. (1865) 308.

*) Voir Lewicki, Codex epistolaris saec. XV, T. II, p. XIII.

opposition: le roi des Romains, élu mais non couronné empereur, affirmaient-ils, ne saurait disposer à son gré des trônes royaux, et par conséquent les prétentions de Sigismond à cet égard seraient absolument illégales. Les professeurs de Cracovie s'en référaient à ce sujet à Tautorité reconnue d'Hostiensis, autrement dit d'Henry de Segusio *). Nous trouvons au bas de cette réfutation les signatures de Stanislas de Skalmierz, de Jacques Zaborowski et de Jean Elgot, que nous connaissons déjà, enfin celles de Thomas de Chroberz et d'Adam de Bandkow. Ce dernier après avoir leiminé ses études à Bologne, se trouvait à Rome, en 1424, lors de l'acte par lequel Jean Falkenberg rétracta les calomnies lancées contre Jagellon^).

11 est fort possible que ce mémoire ait été écrit en 1430 et que Zbigniew Olesnicki l'ait emporté en Lithuanie pour en faire usage contre Cigala qui s'y trouvait alors. Mais les plans de Witold échouèrent pour des raisons plus graves, et, en premier lieu à cause de la mort de ce grandduc ambitieux, survenue le 27 octobre de la même année. Néanmoins cette controverse prouve que la tradition de Paul Vladimiri restait vivante à la faculté des Décrets, que, comme lui, ses successeurs combattirent par la parole et par la plume, et furent les hardis champions de la cause royale et nationale. C'était d'ailleurs à eux qu'une telle tâche était naturellement dévolue; mais elle les arrachait à la science pour les entraîner dans l'arène des luttes politiques et en faire des hommes d'action plutôt que d'enseignement.

Ce qui enlevait encore les Décrétistes à leurs études, c'était la théologie. Ils désertaient souvent le droit, attirés par des émoluments plus rémunérateurs, ou tout simplement pour suivre le courant de l'époque, et se vouaient à

*) Ce mémoire se trouve ensemble avec d'autres traités sur la même affaire dans le Cod. de la bibl. Czartor. n. 233. Nous y lisons entre autres: ..nec est dicto Johanni credendum, quia erat teutonicusl

*) Voir Lewicki, Cod. Epist. s. XV, T. II, p. 252 et 172.

la science sacrée ^). Cette théologie, sommet du savoir, point culminant de la carrière professorale, dépouillait les autres facultés de leurs maîtres. Ceux-ci en effet considéraient leur passage dans ces facultés inférieures comme un arrêt transitoire, et, une fois parvenus à l' Elysée de leurs rêves, ils n'étaient que trop souvent disposés à s'y endormir dans une douce oisiveté, repos gagné, moins par leurs travaux antérieurs, que par les manoeuvres multipliées pour atteindre à cet asile doré. C'était là le vice radical de Y organisation des universités, le germe des désordres les plus funestes et les plus nuisibles.

La faculté de théologie était la reine des autres, de même que la théologie était la reine des sciences. Le fait même que la fondation de l'université de Cracovie avait été inspirée en majeure partie par une pensée religieuse, pour faire rayonner la foi vers l'Orient, contribua encore à exalter l'importance de cette faculté.

Dans les universités du moyen âge, la faculté de théologie, la plus importante, ne comptait cependant que peu de maîtres. La plupart du temps elle n'avait que trois professeurs qui, assistés par des bacheliers, se déchargeaient sur ces derniers de la majeure paTtie de leiwr besogne. A Cracovie comme ailleurs, les professeurs préposés aux cours théologiques n'étaient pas nombreux. Un des canomcats du château était réservé à un théologien, maître, licencié, ou tout au moins bachelier (formatas). C'est encore aux théologiens qu' était assigné le tiers des revenus des salines de Bochnia^).

^) Voir dans Lewicki, Codex epist. III, 24, une lettre écrite au sujet de Jean Dombrowka, vers 1450: quia se ad factiltatem theol. transtulit, adeo quod et canouicatum înter theologos in ecclesta s'. Floriafni pro alio benefîcio suo accipere' voluerit.

*) Cod. uftiv. Crac. I, 140 et I, 71. Noiïs ajouterons ici que

Le maître appelé »ordinariuslectortheologiae«, venait en tête de la faculté et était choisi par les titulaires de toutes les chaires de l'université. Ce poste servait d'échelon pour atteindre à l'un des canonicats de la cathédrale ^). Mais les membres du chapitre de Saint-Florian ne tardèrent pas à s'immiscer dans cette faculté, surtout lorsque après l'attribution de la custodie à l'université, et la création d'un nouveau canonicat par Zbigniew Olesnicki, en 1427, huit maîtres de l'université siégèrent dans ce chapitre. Nous avons déjà parlé de ces bénéfices et nous nous sommes efforcé d'en définir la nature, d'en retracer les vicissitudes. Ils finirent par ne pas répondre à leur destination primitive; et les chanoines de Saint-Florian que les statuts de fondation obligeaient à des travaux à la faculté des arts, se dispensèrent à la longue de plus en plus de ces obligations auxquelles l'université les rappela mainte fois en vain. Un demi-siècle ne s'était pas écoulé que les chanoines de Saint-Florian étaient considérés exclusivement comme des théologiens, de telle sorte que les professeurs ))promoti« ne figurent plus désormais que très rarement dans les cadres de la faculté des arts, et dans les listes des cours qui y étaient donnés. Vers la moitié du siècle, quand Jean Dombrowka passa de la faculté de droit à celle de théologie, un de ses amis disait de lui, dans une lettre à Zbigniew Oleénicki, qu'il avait obtenu »un canonicat chez les théologiens de Saint-Florian «, ce qui prouve que l'on identifiait déjà alors les chanoines aux professeurs de théologie. Dans les anciens documents il est déclaré que le collège du roi Ladislas est destiné à loger les ))promoti«

l'on peut encore meltre au nombre des théologiens le tmagister Trontnovicianus» qui, d'après la fondation, devait enseigner «in artibus vel in theologia» (Cod. univ. Crac. I, 83) et l'altariste de Tous-les-Saints, qui doit professer (Cod. univ. I, 181) in aliqua facultatum, theologica videlicet vel artium. Plus tard néanmoins ces deux maîtres furent attachés aux arts.

*) Conclasiones univ. 1491 et 1497.

et les maîtres royaux, tandis que dans les actes plus récents, il n'est question à ce propos que des théologiens et des «magistri regales«. C'est ainsi qu'avec le temps s'accrédita la coutume, sanctionnée d'ailleurs par les faits, de considérer le chapitre de Saint-Florian comme une dotation des théologiens exclusivement.

Ces théologiens possédaient divers grades scientifiques. 11 faut noter tout d'abord que le baccalauréat qui, à la faculté des arts, ne constituait qu'un titre secondaire, devenait, à la faculté de théologie, un grade ambitionné, auquel étaient attachées de sérieuses obligations.

On a souvent fait remarquer justement la corrélation entre l'organisation des universités au moyen âge et celle des corporations de métiers. Dans ces dernières le travail se répartissait entre les apprentis, les compagnons et les maîtres; dans les universités, les simples »scholares« correspondaient aux apprentis, les bacheliers aux compagnons, tandis que la licence et le doctorat élevaient à la maîtrise.

Or, à ces compagnons universitaires ou bacheliers incombait dans chaque faculté un double devoir: celui d'apprendre et celui d'enseigner. Mais dans la faculté des arts, cet enseignement ne pouvait être qu'élémentaire et sans portée, car le bachelier, jeune homme que ni son âge, ni son expérience n'autorisait à cette mission, manquait en outre de l'instruction qui y eût été nécessaire. Dans les facultés supérieures au contraire, ceux qui concouraient pour Tobtention des grades pouvaient, en leur qualité de maîtres des artistes, se prévaloir d'environ cinq années d'études et d'une certaine pratique pédagogique. Il était donc tout naturel que les bacheliers de ces facultés y jouassent un rôle actif et que le fardeau des cours y reposât en grande partie sur eux. A Cracovie, ce rôle, plus effacé chez les médecins et chez les juristes, fut éclatant à la faculté de théologie. Parmi les théologiens, beaucoup se contentaient même des grades inférieurs et dédaignaient de cueillir les lauriers du magisterium ou doctorat. Aux termes des statuts

de 1521 *), l'étudiant qui, à Cracovie, commençait ses études de théologie, devait prouver qu'il avait suivi pendant cinq ans les cours ))in artibus liberalibus« et obtenu la promotion de maître es arts. Après deux ans d'assiduité à la faculté de théologie, il pouvait passer bachelier, c'est-à-dire baccalarius cursor ou cursor biblicus. Dès lors il était autorisé à professer et à interpréter dans ses leçons certaines parties de l'Ecriture. Mais ce cursor devait en outre continuer ses études, suivre les cours, afin d'atteindre au grade supérieur, celui de bachelier »sententiarius«, qui permettait de commenter la dogmatique. Une fois en possession de ce titre, il lisait et expliquait, pendant une année, le premier et le second livre des sentences de Lombardus, et, lorsqu'il abordait le troisième, il était promu bachelier «formatus», ce qui constituait une fort honorable situation. Après avoir terminé son cours de sentences, il pouvait se préparer à la licence et subir cet examen. La licence lui ouvrait les cours de théologie proprement dite et l'accès au doctorat. La carrière théologique était donc des plus pénibles; elle exigeait de longs travaux et, de plus, comportait des frais d'examen et d'autres dépenses fort onéreuses. Dans les universités de l'Occident il fallait dix à douze ans pour arriver au but: cela dépendait de la durée des intervalles réglementaires d'un grade à l'autre. Le dernier grade, le grade suprême était non seulement difficile à obtenir mais encore coûtait fort cher. Celui qui se présentait au doctorat devait gratifier les maîtres, les massiers, ainsi que ses condisciples de présents en argent ou en nature, obligation qui sans doute détournait beaucoup d'étudiants de la recherche de cet honneur. Le pape Clément V, en 1311, dans un décret pour Bologne, défendit que ces dépenses excédassent la somme de 4800 florins d'Autriche. Au XV-e

*) Archive de l'histoire littéraire I (1878) p. 73. Ces premiers statuts de la faculté de théologie contiennent des prescriptions fort anciennes.

siècle, Nicolas de Clémanges prémunissait contre la poursuite du doctorat en théologie et la proclamait folle vanité ^). Quant à ce qui se passait à cet égard à Cracovie^ nous pouvons en juger par une lettre fort curieuse adressée à Dlugosz, en 1466, par Sendziwoj Czechel 2). Il y raconte son séjour à l'université et parle des études qu'il y fit. Le ))magisterium« théologique le tentait, mais il n'y parvint pas (magistralis apex quem non attigi, quamvis aliquando concupivi). Il en fut surtout écarté par les grands frais, .peu conformes à l'esprit théologique, dit-il, que nécessitait cet acte. Il se plaint de cet état de choses »qui rend la promotion inabordable pour les gens pauvres et doctes^ et accessible en revanche aux riches ignorants«. On aurait en effet pu vivre de longues années avec l'argent gaspillé en ces circonstances.

Ces abus que déplore Czechel avaient de graves conséquences. On se contentait en général de la licence, sans prétendre à un doctorat si dispendieux. Aussi les universités tinrent-elles compte en une certaine mesure de ces difficultés et accordèrent-elles à des licenciés, les privilèges attachés au doctorat 3). On agit ainsi à Cracovie. Le titre de docteur est très clairsemé parmi les théologiens cracoviens, licenciés ou simples bacheliers pour la plupart*).

Au collège de théologie on commentait l' Ecriture sainte et l'on enseignait la dogmatique. Toutefois ceci

*) Voir Kâmmel, dans la Geschichte der Erziehung de Schmid^ II, 480.

■) Dlugosz, Opéra omnia vol. I (Cracoviae 1887), p. 172.

") Kaufmann, Geschichte der deutschen Univ. II, 301.

*) Wislocki dans les Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences de Cracovie, en 1890 (Cracovie 1891, classe d'hist. et de phil. p. 38) présume que ce n'est qu'en 1454 que parut à notre université le premier professeur, réellement docteur en théologie. Cependant Jean de Kluczborg avait obtenu ce titre à Cracovie, en 1423. Il est certain qu'on prit l'habitude de donner le titre de maître, équivalent à celui de docteur, à tout professeur, alors même que ce professeur n'y avait aucun droit.

primait de beaucoup cela, car les controverses, les distinctions dialectiques, les disputes séduisaient infiniment plus les intelligences d'alors que la compréhension, Texplication pure et simple des textes de l'Ecriture. Les universités du moye» âge firent délaisser les anciens classiques: on les abandonna pour Aristote et sa dialectique. Il en fut de même pour la théologie: »Les Pères de l'Eglise qui, au Xl-e et même au Xll-e siècle étaient dans toutes les mains, surtout dans les écoles des couvents, firent place aux méthodes systématiques et raisonneuses» ^). Superfluitas meditationis, l'excessif penchant aux subtilités et aux luttes d'arguments écarta aussi de la lecture des livres saints. Sous le texte de l'Ecriture, même le plus précis, se cachent, prétendait-on, des secrets et des mystères qu'il faut découvrir, »multiplicitas mysteriorum intrinsecus latet«. Et c'est à la recherche de ce sens caché, renfermé dans les phrases les plus limpides, qu'on s'épuisait en efîorts persévérants. La lettre se perdait sous le commentaire, la signification principale sous la signification détournée que l'on infligeait à la Bible. On prêtait à l'Ecriture un quadruple sens pour l'interprétation duquel on appliquait quatre genres de méthode. Il y avait le sens littéral qu'on traduisait literaliter, et, selon l'expression polonaise, corporellement; il y avait le sens allégorique qu'on faisait ressortir spirituellement, le sens théologique ou moral, expliqué par des exemples, enfin le sens mystique qu* on traduisait »anagogice«.

La bibliothèque de l'université possède plusieurs des traités explicatifs de l'Ecriture Sainte alors en usage. On employait notamment les oeuvres du dominicain Nicolas de Gorram (1210 — 1295) et du franciscain Nicolas de Lyra qui mourut en 1340. Le premier était fameux par ses postilles sur l'Ancien et le Nouveau Testament 2), ouvrages

*) Denifle: Die Entstehung der Universitaten 768—759. *) Voir à son sujet Féret, La faculté de théologie de Paris^ Paris 1894-96, T. II, 611.

Morawski. I. ^"

dont les manuscrits passèrent à la bibliothèque, légués par les premiers maîtres de Técole, tels que Sczekna, Isner, et ceux qui leur succédèrent un peu plus tard, André de Kokorzyn et Thomas Strzempinski ^).

Nicolas de Lyra était encore plus populaire. Juif d'origine, son éducation rabbinique lui avait permis d'étudier l'Ancien Testament dans l'original. Sa glose et ses postules sur l'Ancien et le Nouveau Testament étaient tellement répandues que les théologiens avaient coutume de citer le proverbe: Si Lyra non lirasset, totus mundus delirasset 2). Isner et Strzempinski ont transmis à la grande collection jagellonienne les manuscrits de Lyra qui leur appartenaient^). C'étaient les sources où puisaient pour eurs cours les théologiens et les bacheliers, qui débutaient comme professeurs à la faculté de théologie par des lectures des Livres Saints.

L'étude de l'Ecriture était un acheminement à la dogmatique, la plus difficile et la plus importante des sciences théologiques et leur couronnement. Le manuel usité était l'ouvrage de Pierre Lombard, évèque de Paris» mort, en 1160: Cet ouvrage divisé en quatre livres de ))Sententiae« embrassait la dogmatique dans un ensemble systématique et jouissait d'une si grande faveur que l'étude de la dogmatique fut appelée étude des «Sentences». A Cracovie, on se servait principalement des commentaires de Saint-Thomas d'Aquin et de Scot, de Pierre de Tarantaise qui mourut pape, sous le nom d'Innocent V, en 1276*), de l'augustin Thomas de Strasbourg^),

*) Voir Wislocki, Catalogue des manusc. n. 1314r et suivants.

*) Voir Féret, ibid. III, 331.

^) Catalogue 1470 et suiv.

*) Catalogue 1539 et suiv.

*) Catal. n. 1754. Propriété de Jean Isner. Voir sur ce Thomas, Féret ibid. III, 494.

des explications et questions d* Henry de Oyta, célèbre professeur de théologie, à Paris, à Prague et en dernier lieu à Vienne, où, à la fin du XlV-e siècle, il donna une forte impulsion aux études théologiques ^). On expliquait enfin assez généralement les sentences d'après les commentaires du dominicain anglais, Robert de Holkoth*).

C'était de Paris que venait surtout la lumière. Les professeurs de cette université avaient écrit les traités de théologie les plus répandus, et cette école elle-même passait sans contredit pour le foyer le plus éclatant et le plus glorieux de la science théologique. Dans les leçons sur »Lombardus« les thèmes étaient divisés en diverses quaestiones, étudiées ensuite séparément. Après avoir formulé des arguments pro et contra, on posait une brève conclusion ou résolution. Chaque question était rattachée à la suivante par de courts résumés (summae), faisant ressortir leur liaison réciproque et assurant ainsi la cohésion et la solidité de tout le travail^). Cette méthode aiguisait sans doute les intelligences, mais elle exposait aussi les leçons à se délayer dans des détails oiseux et inutiles; la meditatio s'exagérait et s'enivrait de ses propres artifices. Roger Bacon, le célèbre franciscain, se plaint de ce que les études bibliques dépérissent par suite de cette absorption intense dans la dogmatique et en rend responsable le livre des sentences. «Impossibile est, dit-il, quod textus Dei sciatur propter abusum libri Sententiarum«.

Et cependant il vivait au XlII-e siècle, au moment où la scolastique, c'est-à-dire la théologie armée de la logique et de la philosophie remportait les plus grands triomphes, au siècle des franciscains Alexandre de Haies

^) Voir le Catalogue n. 1361—1362 (exemplaires de Jean Isner et de Nicolas Vigandi). Voir sur Henry de Oyta, Aschbach, Geschiohte der Wiener Univ. p. 402.

*) Voir le Catalogue, n. 1374 et suiv.

*) Voir Hergenrôther, Handbuch der allgemeinen Kirchengeschiohte II, 626.

et Bonaventure, des dominicains Albert4e-Grand et Saint Thomas d*Aquin, Ce ne fut qu'à partir du XlV-e siècle que la scolsistique commença à tomber en décadence et que Técole des franciscains remporta sur celle des dominicains, des thomistes. L'ordre de Saint-François produit à ce moment les plus éminents théologiens et voit aussi naître les plus violentes contradictions. La vieille querelle philosophique des »universalia«, soulevée au IX-e siècle et perpétuée à travers tout le moyen âge, s'anime et devient alors d'une acuité singulière. Il s'agissait de l'essence des catégories et des conceptions générales, de leur nature et de leur existence; les uns aflirmaient que les idées existent en dehors des individus, qu'elles sont «ante rem«, et qu'à elles seules appartient la réalité, tandis que les choses sont des chimères. Cette école se nommait réaliste; elle fut souveraine au moyen âge et trouva sa plus énergique expression dans les écrits du franciscain Duns Scot, au XlV-e siècle. L'école opposée, celle des nominalistes, soutenait au contraire que les objets seuls ont une existence réelle, que ce qu'on appelle »universalia« n'est qu'un vain mot (merae voces), que »ces universaliaa sont »post rem«, une abstraction en dehors des choses. Un autre franciscain, Guillaume Occam se tît, au XlV-e siècle, le champion du nominalisme contre Duns Scot. La lutte s'envenimant, on vit surgir la passion que l'on qualifia de »odium metaphysicumc'. Au milieu de cette tempête, l'élan hardi de la pensée scolastique du XlII-e siècle alla décroissant; l'acharnement à des disputes minutieuses et la manie de ressasser les idées d' autrui, paralysèrent toute énergie et toute faculté créatrice. Les universités de l' Europe se partagèrent en deux camps, selon qu'elles avaient épousé l'une ou l'autre d^es deux théories.

La reine des universités, celle de Paris, est, au moyen âge, tout acquise au réalisme; cependant, au XlV-e siècle, Buridan (1350) fait prévaloir un moment le nominalisme qui ne fut définitivement vainqueur que dans la seconde

moitié du siècle suivant. A Prague, les Allemands acceptèrent le nominalisme, tandis que les Tchèques tenaient pour le réalisme^). A Vienne, c'est le nominalisme qui l'emporte; à Heidelberg, les deux doctrines se développent cote à côte *). Les »antiqui<c ou Scotistes et les Occamistes ou »moderni« y déployaient simultanément leur activité et les études avaient lieu ou bien )>de via antiqua«, ou bien »de via modernaa. Ces deux appellations n'étaient pas du tout synonymes. Tune de stagnation, l'autre, de progrès. Quelques-uns des plus hardis penseurs contemporains et postérieurs furent réalistes, selon la wvia antiquacc. Si le nominalisme contenait en soi les germes du développement subséquent de la pensée humaine et brisait les liens qui l'avaient enchaînée jusque là, la «via antiquaa avait plus d'affinité avec Platon que les progressistes opposaient souvent avec succès à Aristote et à ses <îommentateurs arabes, souverains maîtres de la science universitaire.

Il n'est pas facile de discerner quelle tendance prit le dessus à Cracovie. Toutefois la liste des manuscrits «racoviens suggère des hypothèses vraisemblables. On n'y rencontre presque jamais Ocoam, tandis que Scot y figure fréquemment. Néanmoins, on y remarque aussi nombre de commentaires sur la physique et l' éthique d'Aristote, écrits par le nominaliste Buridan. Que l'école de Cracovie penchât plutôt du côté de Scot, c est ce qu'on peut inférer -du fait que Prague lui fournit ses premiers maîtres et guida ses premiers pas, comme aussi des nombreuses mentions qui, jusqu'au XVlII-e siècle, ont été inscrites en marge des manuscrits, comme notes pour les cours: »ad mentem Scoti, secundum viam Scoti« *). II paraît donc

*) Voir Burdach, Vom Mittelalter %ur Reforniation (Halle, 1893), p. 77.

») Thorbecke, Geschichte der Univers. Heidelberg, p. 88 et 7é •(en note).

') Voir par exemple dans le Catalogue des mahusorits le n.

évident que la suprématie du «docteur subtil« régna dans l'école de Jagellon et y poussa des racines aussi fortes que durables.

En dehors de ces investigations dans le domaine des abstractions, les théologiens de Cracovie ont une tâche plus pratique et plus urgente. Peu de temps après la réorganisation de l'université à Cracovie, éclataient à Prague les troubles hussites qui, pendant de longues années, devaient remplir Y Orient de ï Europe du fracas des armes et du tumulte des controverses théologiques. Les ouvrages de Wiclef, professeur et théologien à Oxford, au commencement du XV-e siècle (1401 — 1402), rencontrèrent à Prague un favorable accueil auprès des théologiens tchèques, et,, en dépit des remontrances des autorités ecclésiastiques aussi bien que de l'université elle-même (1403 et 1408), virent leur popularité grandir de plus en plus. Le réalisme de ce réformateur plut à ses collègues tchèques; le radicalisme de ses aperçus et de ses critiques sur la hiérarchie du clergé trouva là un terrain tout préparé et fit adopter en même temps quelques-unes de ses théories et de ses affirmations. L'inflammable Jean Huss qui fut recteur en 1403, devint le plus grand et le plus ardent partisan de Wiclef, son commentateur et son apôtre. Des froissements nationaux vinrent s'ajouter à ces tendances et amenèrent enfin l'explosion des colères. Dès la fin du XlV-e siècle, les Tchèques s'étaient sentis frustrés par les Allemands dans les collèges universitaires. L'organisation de l'université eu effet les plaçait dans une situation fort désavantageuse; cette université était divisée en quatre nations dont deux, celles de Saxe et de Bavière, étaient totalement composées d'Allemands; la troisième, celle de Pologne,, comptait aussi une forte majorité allemande, en sorte que les Tchèques ne disposant que d'une seule voix se trouvaient

1996 de l'année 1641: Cursus philosophici Aristotelico-Scotistici ia univ. Craoov.

réellement lésés. Par suite des réclamations des Tchèques et pour d'autres motifs ecclésiastiques d'ordre général, le& choses changèrent subitement de face: le 18 janvier 1409^ le roi Venceslas rendit une ordonnance attribuant trois voix à la nation tchèque et une seule aux autres nations. Cette mesure détermina l'wexodus», c'est-à-dire l'abandon de Prague par les étrangers qui, pour la plupart, se rendirent à Leipzig où on ouvrit une nouvelle université, dans l'automne de 1409. Prague commença dès lors à péricliter et à déchoir de son ancienne splendeur, au milieu des combats et des incendies de guerre. Jean Huss se mit à la tête du mouvement religieux et populaire qui ne tarda pas à ébranler les institutions fondamentales de la catholicité et à transformer des discussions universitaires en attaques contre l'Eglise.

Nous devons en premier lieu rechercher quel fut le contre coup de ces orages dans la Pologne voisine et à l'université de Cracovie. Si Jagellon se proposait de relever de leur abaissement les vastes régions de l'Orient, en y semant les bienfaits de la civilisation occidentale, s'il considérait l'union avec l'Occident et avec Rome comme le pivot de sa politique, et l'université de Cracovie comme la forteresse destinée à former des champions de ses desseins et à assurer ses conquêtes, cette pensée se trouvait menacée, au début même de sa mise en oeuvre, par le mouvement national tchèque qui pouvait gagner les contrées slaves limitrophes et relâcher les rapports tout récemment contractés avec l'Occident.

Le péril était d'autant plus grand que les relations entre Polonais et Tchèques ne furent jamais, ni avant ni après, aussi étroites qu'au commencement du XV-e siècle. Il y avait beaucoup de Tchèques en Pologne, encore plus de Polonais en Bohème i). Une foule de jeunes gens allaient alors de Pologne à Prague, pour y poursuivre leurs études

*) Palacky, Geschichte Bôhmens, IV, 302.

En 1416, l'archevêque Tromba écrivait au roi de Bohème Venceslas: «Votre seigneurie sait bien que depuis longtemps les habitant^ de son royaume trouvent un accueil bienveillant en Pologne, et que réciproquement nos compatriotes, surtout les étudiants, éprouvent une affection fraternelle pour leurs collègues de Tuniversité de Prague ^)«. Nous avons précédemment parlé des échanges de savants et d'idées qu'il y eut à cette époque entre les deux pays. L'ami le plus attaché et le plus bouillant confesseur de la doctrine de Huss, Jérôme de Prague, au cours de ses nombreux voyages, se montra en Pologne. Dans ses pérégrinations, il affichait hautement ses opinions enthousiastes des théories de Wiclef, ce qui mit plus d'une fois sa personne en danger et le força à fuir de Paris, puis d'Heidelberg, ensuite de Bude et de Vienne*).

En 1410, il vint à Cracovie, à ce que nous apprennent des documents postérieurs: il y avait été mandé, affirment» ils, pour prêter la main à l'organisation de la nouvelle école ^). On a des renseignements beaucoup moins vagues sur un séjour qu'il fît plus tard dans la même ville, alors que l'hérésie de Huss avait déjà gagné du terrain en Bohème. Albert Jastrzembiec écrivait, en 1413, à Venceslas, patriarche d'Antioche: «Jérôme appelé, à ce qu'il dit, par notre roi et par le prince Witold son frère (ce que du reste ignorait notre bon et pieux souverain), est arrivé ici -en personne... et, quoiqu'il n'y ait passé que quelques jours, a provoqué dans le clergé et dans le peuple les plus grands troubles que, de mémoire d'homme, on ait jamais vus«. 11 est cité »ad examen « devant l'évêque, où ont lieu des controverses avec des docteurs en théologie, es décrets et es arts. »En définitive on l'a renvoyé dans

*) Cod. epist. saec. XV, tom IL 82.

*) Palacky, Geschichte von Bôhmen, III, 301.

•J Voir Wisznievvski, Hist. de la littér. IV, 355. Le témoignage de Balbinus dans l'Epitorae rerum Bohemicarum, p. 419, est assez évasif: quidam affirmant.

son pays natal, où il trouvera sans doute un sol moins ingrat que le nôtre à ses semences, et cela, parce que notre bon peuple, et, à plus forte raison, celui de Lithuanie -et de Ruthénie ne saurait comprendre les arguments d*un si grand philosophe (quod simplex plebicula tanti philosophi dogmata comprehendere non valet)« ^).

Comme on le voit par cet écrit très caractéristique, le succès de T apôtre de Wiclef et de Huss fut nul en Pologne. Les esprits polonais — simplex plebicula — ne prirent aucun intérêt aux démonstrations théologiques de <5e missionnaire. A Prague au contraire, ces nouveautés formaient le complément du mouvement tchèque et des 4ispirations nationales; pour passionner la Pologne, ces théories n'avaient pas ces puissants leviers; elles n'y pouvaient trouver un si vif écho. Il en eût peut-être été autrement, m quelque personnalité marquante du pays s'était mise à la tête du mouvement et l'avait rattaché aux besoins et aux aspirations de la nation. La froide théologie prêchée par un étranger n'était pas capable, seule, d'émouvoir les foules. Cette lettre nous fait toucher du doigt les causes -du peu de retentissement qu'eut la doctrine hussite dans les territoires polonais*).

D'autres éléments encore réagirent contre elle et en -entravèrent l'essor. Au commencement du siècle, plusieurs maîtres, il est vrai, émigrèrent de Prague à Cracovie; mais il y eut parmi eux quelques uns des plus zélés défenseurs de l'orthodoxie catholique. Jean Sczekna, l'un de ceux <}ui les premiers quittèrent la Bohème, avait composé un vigoureux mémoire contre Wiclef^). Maurice Rvai-ka,

*) Palacky, Documenta mag. S. Hus (Prague 1869), p. 506.

*) Voir Palacky III, 302. au sujet du rôle de Jérôme en Lithuanie et en Ruthénie, auprès du grand-duc Witold.

•) Voir Hôfler: Geschichtsschreiber dcr hussltischen Bewegung, II, 227. Il était de Tentourage d'Hedvige, comme le dominicain Henry de Bittervelt. Ce dernier écrivit pour la reine un traité a De contemplatione et vita activa». Cod. cpist. éd. Szujski I, 1, 145. Ce qui nous

autre transfuge de Prague, professeur de théologie à l'université de Cracovie, dans le procès intenté à Huss, en 1409^ remplit les fonctions d'inquisitor haereticorum de Tarchevêque de Prague^). Enfin, vers 1418, arrive à Cracovie le plus implacable adversaire de Jean Huss, Etienne Palecz qui, au concile de Constance, fut Tun des agents les plusactifs de la condamnation du réformateur.

Tous ces Tchèques réfugiés à Cracovie ne manquèrent pas d'influence sur leur patrie d'adoption. Mais l'élément venu de Prague resta toujours assez restreint. Après l'abandon de la capitale de la Bohème par les nationa étrangères, en 1409, c'est Leipzig qui recueillit les mécontents en foule; tandis que le nombre des inscrits, en 1409 et 1410, à Cracovie, prouve péremptoirement que ce n'est pas vers cette cité que se dirigea l'exode universitaire.

Les nouvelles doctrines théologiques ne trouvèrent pas, comme nous venons de le dire, un accueil empressé en Pologne. Mais si l'on n'y comprit point les théories, on n'en eut pas moins une vive sympathie pour les théoriciens, fils éminents d'une nation-soeur. Les membres laïque» de la députation polonaise au concile de Constance eurent vis-à-vis de Jean Huss une attitude bienveillante et conciliatrice; Huss, avant de monter sur le bûcher, remercia les seigneurs polonais de s'être entremis en sa faveur* Cette disposition amicale pouvait, en définitive, amener un rapprochement plus intime. Le danger s'accrut positivement quand, en 1420, la politique polonaise commença à se mêler activement aux affaires intérieures de la Bohème-

intéresse beaucoup plus, c'est sans doute le même qui écrivit plus tard un mémoire contre Jean Huss. Voir Index bibl. Batthyanianae Fehervar 1871 (VII): Libellus Henrici de Cracovia doctoris s. script, in univ. Crac, contra Joh. Hus. C'est peut-être lui qui, à la suite du roi Sigismond, prêche, en Hongrie, contre les Hussites, en 1422. Voir Hôfler, Geschichtsschreiber der huss. Bewegung, II, 437. *) Voir Palacky, Documenta Joh. Hus, 164 et 184.

A la mort du roi Venceslas, en 1419, Sigismond étant devenu l'héritier du trône de Bohème, les Hussites portèrent leur vue sur Jagellon et Witold et leur offrirent la couronne royale. Jagellon déclina catégoriquement ces avances; quant à Witold il y répondit évasivement. Mais dès lors les intérêts polonais et tchèques s'enchevêtrent pour toute une suite d'années et la question hussite devient, de 1421 à 1428, l' axe autour duquel se meut la politique polonaise ^). Nous ne pouvons retracer ici toutes les péripéties de ces événements. Tantôt il semble que la Pologne appuie résolument la révolution hussite: elle lui envoit même des renforts; tantôt, sous le coup des remontrances du Saint-Siège, le roi répudie hautement toute entente avec les hérétiques et s'engage à fournir son contingent dans une ligue contre eux, ce que d'ailleurs il ne mit jamais à exécution. Tout avorta par la faute de Sigismond et de sa politique vacillante ou hostile à legard de la Pologne. On ne désespérait cependant pas de réconcilier pacifiquement les Tchèques avec l'Eglise. Martin V se berçait du rêve de «réduction» et voyait en Jagellon l'instrument capable d'amener ce résultat. Jagellon, Witold, et le chef des Hussites lui-même, Sigismond Korybut, croyaient en la possibilité de cette solution.

C'est l'université jagellonienne et ses théologiens qui furent la cheville ouvrière de ces essais de «réduction «. En l'absence de documents il n'est pas aisé de se rendre compte de Tattitude que prit l'université en face du mouvement tchèque. Toutefois, si l'on juge du présent pivr l'avenir, il faut penser que Rvaéka et les autres poussèrent de tous leurs efforts au retour à l'orthodoxie. Il est très probable que l'université manifesta au concile de Constance ses sentiments sur le Hussitisme *). Nous savons que

') Lewicki, Codex epist. s. XV, t. II, XXXIV. ') Janozki dans les Kritische Briefe (Dresde, 1845, p. 46) parle d'un recueil de manuscrits de Tuchola, acquis par les Archives de

les professeurs de Cracovie disputèrent avec Jérôme de Prague, en présence de Tévéque Albert Jastrzembiec, en 1413. Lorsque Jagellon, après 1420. commença à se mêler aux affaires de Bohème et adopta une politique où les plans de conquête des territoires se croisaient avec ceux de conquête des âmes, où il flottait indécis entre Tappàt de la puissance, la sympathie pour les frères slaves, d'une part, et de l'autre, les menaces et adjurations de Rome et de TAllemagne, les professeurs et théologiens de Cracovie furent à plusieurs reprises appelés à concilier, à apaiser les esprits, en un mot à être les ouvriers, les apôtres de la paix et de la concorde.

Au commencement de 1421, une députation tchèque vint à Cracovie offrir à Jagellon la couronne de Bohème. Parmi les délégués se trouvaient les maîtres de Prague, Jean, surnommé Cardinalis, et l'Anglais, Pierre Payne. Entre autres choses, ils demandèrent qu'il leur fût permis d'exposer en public et de justifier les quatre propositions hussites suivantes: l-o contre la propriété ecclésiastique; 2-0, la liberté de prêcher pour le prêtre interdit; 3-o, la communion sous les deux espèces; 4-o, l'indignité du pape, des évêques, des prêtres en état de péché mortel. C'est au roi qu'ils adressèrent leur requête à ce sujet, et ils prièrent en même temps le recteur de l'université de leur désigner un endroit où auraient lieu les débats. Le recteur de l'université — sans doute Nicolas Goltberg — leur opposa un refus. Après entente avec l' archevêque de Gniezno, les évêques de Cracovie, de Posen et de Plock, il n'accorda pas l'audience sollicitée, alléguant que les quatre articles avaient été déjà réprouvés par l'Eglise, et que dès lors c'est à Rome que les envoyés devaient aller chercher l'approbation de leurs thèses^). Malgré cette fin

Czcnstochowa: Der Krakauer Professoren Meinungen von den Hussitischen Lehren an das Kostnitzer Concilium.

*) I^alacky, Ital. Reise, Prague 1838, p. 108. Voir en outre GoU: Mittheil. des Instit. fiir oest. Geschichtsforschung. XV, 461.

de non recevoir, on en vint à une sorte de controverse religieuse, à laquelle l'université prit principalement part. C'est du moins ce que les conseillers du roi Sigismond affirmèrent en 1424, disant qu'une ))audience« avait été tenue à Cracovie*). Quoi qu'il en fût, elle n'aboutit à rien^ et le but poursuivi par l'ambassade ne fut pas atteint Les professeur de Prague, en réponse aux admonitions des maîtres craooviens, leur jetèrent ces fières paroles: »Nous sommes venus ici, non pour recevoir mais bien pour donner des leçons (informare et non informari)».

Néanmoins les années suivantes on revint plusieurs fois à l'idée d'une audience. Le grand-duc Witold, le roi Jagellon songeaient sans cesse à cette ^réduction» des Tchèques; le roi Sigismond consentit enfin, en 142h, à accorder cette audience si désirée '^), Elle devait avoir lieu à Brunn, au commencement de l'année 1424 Les maîtres cracoviens furent invités à y prendre part, mais ils refusèrent formellement de se rendre à l'appel de Sigismond. De même que le recteur de Cracovie, en 1421, ils se retranchèrent derrière cet argument: les quatre propositions hussites ont été condamnées par T Eglise; il n'y a donc plus à les discuter comme douteuses. Le roi Sigismond adressa à Jagellon une lettre où, pour faire revenir les théologiens sur leur résolution, il assurait qu'on ne mettrait pas en question les articles de foi, et que la conférence avait surtout pour but de ramener dans la voie de la vérité des esprits égarés et pervertis ^). Toutes ces tentatives échouèrent Remarquons que les maîtres de Cracovie, en 1423 aussi bien qu'en 1421, sont conséquents et restent fidèles au principe adopté. Ils se tiennent sur la

>) Palacky: Urk. Beitr&ge isur Gesch. des Hussitenkrieges I^ 325: habuerunt etiam in Cracovia (audientiam) coram dominis praelatis, baronibus regni Poloniae ac magistris et doctoribus universitatis,

*) Voir GoU: Mittheil. des Inst fur oest. G^oh. XVI. 225-232.

^) Voir Caro, Liber Cancellariae Stan. Ciolek II, 230.

défensive et, dans les deux cas, motivent leur résistance de la même façon. Il est donc manifeste que l'opposition aux Hussites était alors dominante à l'université de Cracovie.

En attendant, on laissait aller les choses sans prendre un parti décisif, et cela à cause de la discorde des princes allemands et des tergiversations de Sigismond qui, tantôt invitait la Pologne à une croisade commune, tantôt, inquiet et jaloux de la Pologne, craignant le succès des projets de Jagellon en Bohème, faisait échouer tous les plans d'action concertés ensemble. Quoique les électeurs allemands eussent conclu une ligue antihussite à Bingen, en 1424, quoique, cette même année, les états de Pologne se fussent confédérés pour combatre le hussitisme, personne n'entra en campagne ^). Aussi les bandes hussites commencèrentelles, après 1425, à se répandre hors de la Bohème, ravageant les pays limitrophes, épouvantés devant cette terrible invasion. En présence de ce péril, Rome, sentant qu'elle ne pouvait compter sur l'inertie et l'incapacité de la Confédération germanique, tourna toutes ses espérances vers la Pologne. Martin V, voyait maintenant en Jagellon et en Witold les instruments de la »réduction«, autrement dit les élus de la Providence, destinés à réprimer par les armes la révolte hussite. En 1429, il donna à cet effet de larges pleins-pouvoirs à Jagellon et à Witold 2). Il envoyait en même temps en Pologne le dominicain André, professeur de théologie, afin d'y soutenir les vues du Saint-Siège et de les y faire triompher. Ce diplomate était en outre le porteur d'un bref spécial du pape à l'université de Cracovie ^). Dans cette mission, le Souverain -Pontife, après avoir loué l'université pour ses efforts antérieurs «in resistendo Wiklevistis et hussitis hereticis«, signale le danger

*) Voir sur ces ligues Prochaska, Revue trira. hist. 1897. p. 689.

*) Dîugosz IV. 378.

•) Archives de l'univ. de Crac, document orig. n. 12597.

imminent pour la Pologne, «en raison du voisinage territorial, de la parenté des langues et de la fréquence des rapports entre les deux royaumes». Il désigne Jagellon et Witold comme les plus propres à soutenir la bonne cause, et il prie l'université de gagner les princes et la noblesse à cette guerre sainte, de les convaincre que chacun d'eux, selon ses moyens, doit coopérer à cette oeuvre de salut ^).

Sur ces entrefaites, les dissentiments et les troubles intérieurs, provoqués en majeure partie par les machinations ourdies entre Sigismond et Witold, dissipèrent toutes ces espérances. L'année 1430 fut vraiment terrible: les Hussites envahirent la Saxe, la Hongrie et la Silésie. La tempête restait suspendue sur la Pologne et semblait devoir éclater avec d'autant plus de violence, que les hérétiques tchèques pouvaient facilement donner la main à la rébellion de Swidrygiello, aux Ruthènes orthodoxes qui alors tentaient vigoureusement de s'arracher à l'union contractée naguère. Au commencement de 1431, pendant que l'Allemagne se préparait à marcher contre les Tchèques et que Rome prodiguait les encouragements et les exhortations à la guerre, la Pologne essaya d'amener pacifiquement l'extinction de la scission et des haines.

Le roi Ladislas a plus tard écrit, qu'il manda les Tchèques auprès de lui, pour remplir la volonté de Martin V qui, tant de fois, avait assigné au roi de Pologne le rôle de médiateur et d'arbitre dans les troubles de r Eglise de Bohème. Néanmoins il est très probable, qu'en faisant ces démarches, il obéissait aussi, en 1431, à des considérations moins élevées et beaucoup plus mondaines. On se préparait alors en Pologne à une expé-

^) Cet André de Constantinople, Grec converti, excellentis ingenii et singularis doctrinae vir, comme s'exprime Dïugosz qui, en 1428, venait de s'inscrire à runiversité,{ Hist. Pol. IV, 375) compta, plus tard, au nombre des maîtres de cette école. M. l'abbé Fijalek, dans ses Etudes sur l'histoire de l'université de Cracovie, p. 115, présume qu'il y fît incidemment quelques cours extraordinaires.

dition contre les Teutoniques. Le manque d'alliés, les dispositions malveillantes de la Lithuanie, celles de Sigismond encore plus hostiles, tout faisait souhaiter l'appui de» Tchèques ^). Au commencement de 1431, Jagellon consentit à une audience et avertit simultanément son université d'avoir à se préparer à un colloque avec les hérétiques. Les délégués tchèques, Procope Holy, Biedrzych, maître Pierire Payne, Guillaume Kostka et plusieurs autres arrivèrent en mars à Cracovie. Avec eux se trouvait aussi le duc Sigismond Korybut qui, d'abord au nom de Witold^ puis, de sa propre initiative, avait combattu à la tête des Hussites.

Dtugosz nous a laissé le récit de cette «audience* -). Elle eut lieu au château de Cracovie, dans une grande salle dont les fenêtres donnaient sur les maisons des chanoines, en présence du roi, des prélats et des barons du royaume. La dispute dura plusieurs jours et fut, de part et d'autre, soutenue généralement en polonais. Dïugosz énumère les membres de l'université qui y prirent part; il mentionne Stanislas de Skalmierz, Nicolas Kozlowski^ André de Kokorzyn, Fiançois de Brzeg, Jean Elgot, Benoît Hesse, Jacques de Paradis et Elie de Wa^velnica. Cette liste pourtant est légèrement suspecte. Il semble que Dtugosz ait cité conjecturalement les maîtres en théologie et les Docteurs des Décrets les plus fameux en ce moment; tout au moins Stanislas de Skalmierz ne put assister à cette joute théologique, puisque, selon un passage d'un calendrier de Cracovie, il mourut en janvier 1431 ^). Malgré cette inexactitude, la narration de Dtugosz n'en reste pas moins iQdèle. Il ne dit, il est vrai, que des généralités au sujet des questions agitées, et il ajoute que les Tchèques, battus sur tous les points, refusèrent néanmoins

^) Szujski, Hist. de Pologne, en douze livres, p. 102. ') Dïugosz, IV, 438.

») Monum. Pol. II, 908.

de se laisser convaincre. Nous trouvons ailleurs de meilleurs renseignements sur cette audience. Jagellon, en effet, au mois d'avril suivant, en fît une relation succincte à Sigismond ^); il lui écrivit que l'assemblée avait été fort nombreuse et qu'il avait tenté de ramener les Hussites dans le sein de l'Eglise. En définitive, on s'arrêta à l'envoi au concile de Baie d'ambassadeurs tchèques munis d'un saufconduit du roi de Pologne. Mais des dissentiments nacquirent aussitôt au sujet des conditions auxquelles ces délégués seraient admis au concile, et rendirent presque vaines ces tentatives de conciliation. Le roi et les Polonais étaient pour la soumission pure et simple aux décisions du concile. Les Tchèques s'engageaient à reconnaître «ce qui, au concile, aura été démontré conforme à l'Ecriture Sainte et à l'opinion des saints docteurs». C'était ouvrir la voie aux jugements arbitraires et individuels. Cette réunion d'ailleurs prit fin au milieu d'altercations injurieuses qui ne firent qu'envenimer le différend.

D'où partait l'impulsion qui faisait pencher le roi vers les Hussites tchèques? Il serait fort difficile d'indiquer jusqu'à quel point le Hussitisme se fit des partisans en Pologne; en ces circonstances il s'agissait, pensons-nous, plutôt de sympathies hussito-tchèques que de convictions religieuses. Le péril allemand, la défiance à l'égard de Sigismond aussi bien que les luttes incessantes contre l'Ordre teutonique, disposèrent nécessairement quelques patriotes à envisager avec bienveillance un mouvement qui arborait l'étendard slave en face du germanisme envahisseur. Aussi plus d'un grand seigneur polonais fut-il de coeur avec les frères de Bohème. Au nombre de ceux qui affichèrent alors leur inclination pour les Tchèques nous voyons le chancelier Jean Szafraniec et le vicechancelier Ladislas Oporowski qui tous deux tenaient à cette époque, en Pologne, le gouvernail de l'Etat.

') Palacky. Urk. Beitràge zur Gesch. des Hussitenkrieges II, 205.

Morawski I. 19

C'est à \Vitold que nous devons toutes ces informations. Ce prince, de 1428 à 1430, est toujours hanté par le rêve de la royauté lithuanienne, rêve suggéré et constamment entretenu par Sigismond. Ce dernier, après avoir préalablement affaibli la Pologne, voulait conclure avec le royaume de Lithuanie et TOrdre teutonique une alliance qui eût porté à la Pologne le coup mortel. C'est pourquoi nous observons une vive opposition polonaise aux projets de Witold, d*une part, et, de l'autre, de continuelles et amicales relations de celui-ci avec Sigismond et les Teutoniques. Tandis qu'en Pologne le danger de la situation déterminait un certain courant en faveur d' une alliance avec les Hussites, Witold semble, en ces conjonctures, la sentinelle de l'orthodoxie. C'est lui qui dénonce toute menée contre la foi, fait planer les soupçons sur Jagellon, et, par dessus tout, accuse ceux qui, prétend-il, font l'opposition la plus acharnée à ses desseins et sont les plus zélés partisans des Hussites, c'est-à-dire Szafraniec et le »docteur«, désignation qu'emploie généralement Witold pour Ladislas Oporow^ski. Szafraniec et Oporowski qui dirigent maintenant les affaires publiques ont été autrefois membres de r université. Jean Szafraniec a rempli la charge de recteur en 1404, et le vice-chancelier Oporowski, en 1426. Ils ne se sont pas, il est vrai, signalés dans la science; en revanche leur action a été marquante en politique. Witold se plaint de ce que leur inlluence prépondérante ait, pour ainsi dire, capté Jagellon; il fulmine contre ce wnovum et privatum concilium«, contre leurs rapports secrets ou avérés avec les Hussites, contre la tolérance du roi qui, dominé par eux, permet que des détachements hussites traversent la Pologne, accueille et écoute des hérétiques tchèques, et souffre la diffusion du Hussitisme dans le pays 1).

Il y a sans doute beaucoup d'exagération dans ces

'} Codex Vitoldi, p. 827 et suiv., 833 et 838.

paroles de Witold irrité et rempli d'animosité; mais cependant on ne saurait contester que les Szafraniec et leurs amis n'aient été alors les représentants les plus résolus de l'antagonisme contre les Allemands, et que cet antagonisme ne leur ait inspiré du penchant pour les Hussites, chez qui ils cherchaient du secours en présence des appréhensions qu'éveillaient Sigismond et l'Ordre teutonique.

Dlugosz n'aime ni Szafraniec, ni Oporowski. 11 reproche au premier son ignorance, au second, son avidité. Sans doute de tels essais de politique opportuniste indignaient le catholique Dlugosz; mais le blâme sévère qu'il leur inflige est aussi dicté par l'animosité de Zbigniew Olesnicki, l'éminent protecteur de l'historien, adversaire déclaré de la politique des Szafraniec.

L'évêque de Cracovie en effet, lorsque les hérétiques furent reçus dans cette ville, prononça l'interdit et fit suspendre toutes les cérémonies du culte. Et, malgré que cette mesure fût fort désapprouvée parce qu'elle nuisait à la «réduction», le prélat n'en persista pas moins à la maintenir, si bien que les fêtes de Pâques approchant, le roi Jagellon lui-même décida que les Tchèques se retireraient dans la ville de Kazimierz. L'agitation des esprits en devint fiévreuse. On raconte que bientôt après, lorsque les Tchèques quittaient Cracovie et la Pologne, Sigismond Korybut aurait proféré ces menaces contre Saint Stanislas: »Stani, Stani, sache que je suis ton ennemi».

En somme, l'impression qu'emportèrent les Tchèques de Cracovie fut mauvaise; froissés, quelques-uns d'entre eux se vengèrent dans la suite en s' unissant aux adversaires de la Pologne. Pendant ce temps le gouvernement polonais aux prises avec les difficultés soulevées par la révolte de Swidrygiello que soutenaient moralement Sigismond et l'Ordre teutonique, exaspéré par une invasion du pays par les Chevaliers, en septembre 1431, alors que les armées polonaises étaient engagées au loin, en Orient, en

conçut une suspicion, une haine profonde contre toute la nation allemande, et se sentit en devoir de se rapprocher des voisins slaves, malgré leurs hérésies et leurs violences. Ce rapprochement avec les Tchèques devint formel, en 1432. La Pologne conclut avec eux une alliance dirigée contre l'ennemie commune, l'Allemagne. Jusqu'à ce moment la politique polonaise, vacillant entre les Tchèques et l'Occident, avait plutôt suivi une ligne anti-tchèque; on faisait maintenant une brusque volte-face^): les Tchèques furent accueillis à la cour royale, et, du consentement des évoques, les offices religieux étaient célébrés en leur présence.

Cette fois encore, de même que Tannée précédente, Zbigniew Oleénicki protesta vivement, se séparant en cette occasion des autres membres de l'épiscopat, qui avaient adopté une attitude moins intransigeante. Quand les envoyés tchèques furent sur le point d' entrer à Cracovie sous escorte polonaise, l'évêque déclara que l'interdit serait renouvelé, dès qu'ils auraient franchi les portes de la cité. Dlugosz assure que cette résolution du prélat reçut l'approbation unanime du clergé et de l'université de Cracovie^); et le roi Jagellon ayant ensuite à ce propos accablé de reproches Oieénicki, celui-ci en appela «aux doctes personnes, aux maîtres en droit divin et humain de l'université de Cracovie, d'après le conseil desquels il avait agi de la sorte». Les maîtres cracoviens, cités en conséquence devant Jagellon, prirent la défense de cet acte de leur chancelier. Finalement on en vint à une ardente discussion dans laquelle les savants de la cour> Jean Szafraniec, le dominicain Jean, confesseur du roi, enfin le vice-chancelier, Ladislas Oporowski, prirent parti pour le roi. L'excommunication lancée contre les promo-

*) Lewicki, La rébellion de Svvidrygiello, p. 130. ») Dlugosz IV, 474

teurs de l'hérésie ne s'étend pas à leurs adeptes, soutinrentils (dominis interdictis familiares non esse interdictos). Les docteurs de l'université n'eurent pas de peine à réfuter ces arguments, rapporte Dlugosz i), ce qui d'ailleurs ne dissipa nullement l'irritation des esprits contre Zbigniew; elle parvint même à un tel degré qu'on alla jusqu'à attenter à sa vie.

L*évêque de Cracovie se prononce donc avec force et sans concession contre tout ménagement à l'égard du Hussitisme. Il se pose en défenseur de l'Eglise polonaise contre l'hérésie slave, et restera jusqu'au bout immuable dans sa conduite. L'université, dont il est le chancelier, se place aux côtés de ce grand prélat et le seconde dans toutes ses démarches. Ces voix autorisées furent indubitablement d'un grand poids. Cela n'empêcha pas certains brouillons de profiter de ces dissensions religieuses pour entrer en guerre avec le clergé, au sujet de questions de propriété, ni des volontaires polonais de s'enrôler sous les étendards hussites et de se créer même en Bohème une situation marquante. Par contre le Hussitisme n'eut que de rares et insignifiantes manifestations dans le domaine de la pensée et de la science^).

Vers 1429, on instruisit le procès d'un certain maître Henry de Brega, qualifié d'astrologue et accusé de Hussitisme, parce qu'il avait blâmé comme abusif le culte de la Mère de Dieu, et, avec l'assistance du diable, s'était livré à des recherches de trésors. On l'emprisonna sur l'ordre de Zbigniew Olesnicki^). Ils'agit probablement ici de ce même Henri, professeur de l'université de Cracovie, que mentionne Dlugosz^). De par ses dispositions naturelles et par suite

') Ibid. IV, 476.

^) Il y en eut cependant, ainsi qu'en témoigne un sermon anonyme du XV-e siècle, sermon à tendance hussite qu'analyse Brûckner dans «La Bibliot. de Varsovie» (mars 1892), p. 459.

») Codex epist. s. XV, ï, II, 227.

*) Dlugosz IV. 349.

de ses vastes études, il était, dit Thistorien, très versé en astrologie; de plus, il s'adonnait à la magie et il avait prédit à la reine Sophie, femme de Jagellon, le sort de chacun des fils de cette princesse, le jour même de leur naissance. C'était un Tchèque, ajoute Dlugosz. Ce fut une exception parmi les maîtres de Cracovie si attachés à la foi catholique, si fermes dans leurs croyances, et toujours prêts à entrer en lice contre le Hussitisme. Le serment que prêtait alors tout nouveau membre de l'université ne fait que corroborer cette opinion; il s'engageait: «quod opinionem Hus heretici dampnati non servabo« ^). Nous avons déjà cité, d'après Dlugosz, les noms des professeurs qui prirent part à la dispute de 1431. Mais d'autres encore, dit-il, se trouvèrent mêlés à ces débats; d'où l'on peut conclure que le chroniqueur s'est borné à donner les noms des plus fameux membres de l' université. Il y a parmi eux des décrétistes et des théologiens, parce que ces deux sciences avaient une grande connexité et que les décrétistes passaient très aisément à la faculté de théologie. Nous allons, avec Dlugosz, passer en revue ces personnalités- Stanislas de Skalmierz, ainsi que nous avons eu l'occasion de le dire plus haut, mourut en 1431. Si Dlugosz le mentionne avec les autres maîtres, c'est sans doute parce qu'il fut un des plus illustres professeurs de la jeune école; il prit souvent la parole dans les solennités scolaires ou publiques, et, en outre, écrivit un mémoire contre les Hussites, l'un des premiers en date des ouvrages de ce

*) Soltykowicz dans son travail «Sur l'état de l'académie de Cracovie», p. 165, assure que ce serment fut imposé, en 1409, par le recteur Elie de Windelnica. Cette affirmation repose sur l'hypothèse que ce serment fut exigé l'année même de l'abandon de Prague par les étrangers. Caro a déjà fait justement remarquer que Jean Huss, en 1409, n'était pas encore réprouvé comme hérétique (Geschichte Polens III, 513). Il est plus vraisemblable que ce ne fut que vers 1420, au moment où l'on se décida à des mesures énergiques contre les Hussites, que ce serment devint obligatoire.

genre littéraire, si riche en Pologne. En voici le titre: Determinatio mgr. Stanislai de Skarbimiria, decr. dr., contra sectatores Wyklef et Johannis Hus, per s. Constanciense Concilium générale condempnatos ^). L'auteur réfute la doctrine de Huss, il combat surtout longuement la communion sous les deux espèces, et çà et là son style se revêt des couleurs pompeuses qui distinguent ses allocutions.

Nicolas Kozlowski et André de Kokorzyn étaient les théologiens les plus remarquables de cette période initiale de l'université de Cracovie, sous le règne de Jagellon Kozlowski, au blason Lis (renard), devint bachelier, à Prague, en 1398, et maître es arts libéraux, en 1402^). De retour dans son pays, il y conquit une si rapide renommée, qu'il fut nommé recteur, en 1410; il enseigna ensuite la théologie pendant de longues années. C'était un de ces maîtres auxquels on songeait lorsqu'il fallait pourvoir à une haute charge ecclésiastique; Kozlowski, lort modeste, n'eut jamais d'ambition, mais il n'en avait pas moins su attirer l'attention sur sa personne. André Laskary, évêque de Posen, décédé en 1424, avait exprimé l'ardent désir d'avoir pour successeur Nicolas Kozlowski^). Conformément à cette dernière volonté d'André, Jagellon proposa ce dernier au choix du chapitre conjointement avec Stanislas Ciolek^), et si ce dernier fut élu, c'est que le roi l'avait appuyé de toute son influence et placé en première ligne. Kozlowski occupa une situation exceptionnelle et privilégiée parmi les chanoines de Saint-Florian. Dans un document de 1427, Zbigniew Olesnicki constate, que maître Nicolas est dispensé de certaines obligations auxquelles sont astreints les autres membres du chapitre,

^) Manuscrit de la bibl. Jagel. n. 1484, p. 459—478. 2) Monum. Univ. Pragensis I, 1, 333 et H69.

^] Dlugosz, Catalogus episc. posn. Opéra 1, 508. *) Codex Vitoldi, p. 737.

et cela »à cause de ses nombreux mérites» *). Aussi son panégyriste funèbre dit-il, qu'il brillait parmi ses collègues, comme Lucifer entre les étoiles 2). Sa grande collection de livres témoigne honorablement de son zèle à Tétude. Elle contenait une foule d'ouvrages sur parchemin ou sur papier, ayant trait en général à la théologie, et conservés à Cracovie ou à Wilna. En 1439, Kozlovi^ski les légua au collège jagellonien; il en estimait alors la valeur à 1000 marcs ^). Dans son apologie posthume, on le loue de n'avoir épargné, depuis son jeune âge, ni dépenses, ni soins, pour réunir ce précieux trésor*). En 1443, il vivait encore. Nous le perdons ensuite complètement de vue, ce qui permet de présumer qu' il mourut vers cette date ^).

Il a laissé des leçons sur la philosophie d'Aristote ^), des sermons et quantité de discours ^).

Comme orateur il s' était fait une réputation extraordinaire, car, non seulement dans le pays, mais encore à Bâle, durant le concile, il monta en chaire. Au milieu des citations de l'Ecriture sainte et des Pères de l'Eglise, le nom de Pétrarque dont il goûtait particulièrement les oeuvres, brille à chaque pas dans ses harangues^). Dans un panégyrique de Saint-Stanislas, prononcé à Bâle, après

*) Codex univ. Crac. I, 160.

-) Manusc. de la bibl. Jagell. n. 173, p. 314.

^) Codex univers. Crac. I, 191.

*) D'après cette oraison funèbre, très impersonnelle du reste et ne sortant pas des généralités, comme malheureusement presque toutes les productions de ce genre au moyen âge. Ms. de la bibl- Jagell. 173.

^) Le Ms. 44i de la bibl. Jagell. est, d'après les notes, legatus testamentaliter universitati a. 1443, par Kozlowski. Le legs fut fait en 1439. M. l'abbé Fijalek fixe à octobre 1444 la date de la mort de ce maître. Voir Jacques de Paradis, p. 255.

^} Manusc. de la bib. Jag. n. 738 et 1907.

') Bibl. impér. de Pétersbourg. L f. M. 429 (g): quadragesimale super evangelica.

^) Voir Ms. de la bibl. Jag, 1614, p. 32-33-35.

avoir tracé l'image idéale d'un bon pasteur, il raconte à ses auditeurs étrangers le conflit entre le roi et l'évêque de Cracovie, suivi du martyre de ce dernier. Nous le retrouverons sur notre route. Qu'il suffise maintenant de noter encore, qu'il fut considéré, en Pologne, pendant tout le XV-e siècle, comme la plus grande autorité en théologie*). Son ami et collègue, André de Kokorzyn, près de Koscian, fut presque aussi fameux. Il avait fait ses études à Prague, en même temps que Kozlowski. S'étant ensuite transporté à Cracovie, le reste de sa vie s'y écoula dans l'étude et l'enseignement. Il fut réélu trois fois recteur de l'université, en 1408, 1426 et 1429. Nous avons dit quelques mots de sa mission à Constance, en 1417. On tenta dans la suite de l'arracher à sa chaire pour lui confier de hautes fonctions; en 1420, le chapitre de Przemysl le désigna pour le siège épiscopal de cette ville. Mais André refusa cette proposition 2). Il était alors custode de Sandomir. Nous le voyons, en 1424, chancelier de la reine Sophie, femme de Jagellon ^). 11 fut aussi l'archidiacre de Zbigniew Olesnicki, évêque de Cracovie. Cette charge onéreuse ne

') Le Ms. n. 158 du chapitre de Gniezno est curieux sous ce rapport. Nous lisons, pag. 61 et suiv. des Casus pulchri, c'est-à-dire des dissertations sur certains cas se rapportant à la célébration de la messe, à la confession, au mariage, en un mot à la théologie pastorale et au droit canon. Ces cas, par leur étrangeté, rappellent étonnamment les thèmes des déclamations rhétoriciennes de l'antiquité finissante. Les théologiens de l'époque s'y intéressaient et en disputaient avec acharnement dans les universités. Dans le dit manuscrit sont consignées les opinions des théologiens et décrétistes de Cracovie sur quelques problèmes particuliers. Le plus souvent l'auteur du manuscrit s'en réfère au aMagister et Doctor theologiae Nicol. Kozlowski». Une note écrite à la fin de la partie théol. de ce manuscrit nous apprend qu'il fut écrit en 1478. On y cite aussi les opinions d'André de Kokorzyn, dr. theol., do Derslaw de Borzynow, doct. des Dec, de Jean Kanty, maître es arts et bachelier en théol., d'Elgot dr. des Décrets.

^) Codex Vitoldi, p. 460.

^) Monumenta medii aevi Pol. VII, p. 536.

fut pas sans influence sur sa carrière d'écrivain. S' étant convaincu au cours de ses tournées dans le diocèse, que les prêtres étaient loin de comprendre le sens et la portée du sacrifice de la messe, il se plaignit amèrement de cette ignorance dans les relations envoyées à son évêque, qui lui confia alors la rédaction d'un manuel populaire à l'usage du clergé des paroisses. Telle fut Torigine de r»Interpretatio Canonisa, simple et clair exposé des cérémonies de la messe, oeuvre pratique de l'archidiacre plutôt que du professeur'). Ce petit traité est fort analogue à celui de Nicolas de Blonie sur les sacrements. André de Kokorzyn, tout comme Kozlowski, combattit énergiquement les Hussites. Il écrivit notamment une dissertation sur la communion sous les deux espèces, où il censure avec vigueur l'enseignement des hérétiques*^). Personne n'eut plus de prestige que lui parmi les théologiens de Cracovie. En 1449, Galka de Dobczyn, dans une lettre à T évêque de Cracovie, rappelle les écrits et les doctrines d'André de Kokorzyn »qui maximus artista in studio Cracoviensi omnium famabatur« ^). Sa mémoire était donc restée en vénération dans la postérité. Au lieu de ses traités sur les ))universaliac( que d'après l'avis d'André Galka, le meilleur artiste de l'université ne pouvait entièrement comprendre, vu son ignorance des ouvrages de Wiclef, nous préférerions avoir son histoire de l'Eglise. Cette »Historia Ecclesiastica sui temporisa, ne nous est malheureusement connue que par une indication bibliographique; l'ouvrage lui-même semble perdu *). C'est à déplorer. Elle eut été un précieux

») Voir Mss. jag. n. 2213 et 2600, et en outre Ulanowski, Scriptores rer. pol. XIII, p. 217. Voir sur cet ouvrage M. l'abbé Fijalek, Etudes, p. 125, et l'abbé Miaskowski, Beitràge zur Krakauer Theologengeschichte, p. 19.

^) Manusc. de la bibl jag. 425.

*) Ce mot «Maximus artista» est ici dit ironiquement pour désigner le meilleur théologien logé au collège des artistes.

*) Janozki en parle dans ses «Janociaiia» III, 182. selon les Mss. de la bibl. jagel.

témoignsige du mouvement historiographique inspiré et dirigé par Zbigniew Olesnicki.

A côté de ces deux coryphées de la théologie, nous devons citer encore quelques personnages de moindre importance.

Un peu plus âgé que Nicolas Kozlowski et André de Kokorzyn, François Creisewitz de Brega, c'est-à-dire originaire de Brzeg, en Silésie, arriva à Cracovie de Prague, où il avait obtenu, en 1396, le grade de »magister artium« et commencé, en 1397, sa carrière professorale^). Doyen des artistes, en 1402, il devient recteur, en 1407, et une seconde fois, en 142à En 1432, il est doyen des théologiens. Il est probable qu'il mourut cette même année, car son nom cesse dès lors de figurer dans les documents. Tandis que ses collègues se voyaient offrir des évêchés, il obtint à la cathédrale le canonicat laissé vacant par la retraite de Jean Szafraniec, en 1428 2). Il fut en tout cas un des plus actifs théologiens de Cracovie. 11 possédait une riche bibliothèque qui devint ensuite la propriété de l'université. Quelques écrits sortis de sa plume sont conservées à Cracovie et dans d'autres endroits^).

Il venait aussi de Prague, cet Elie de Wawelnica ou Windelnica, dont nous avons parlé à plusieurs reprises. Après avoir obtenu, en 1399, le grade de maître es arts, il enseigna pendant plusieurs années à Prague, et passa de là à Cracovie, où, en 1409, il est recteur, au titre de bachelier en théologie*). Il se distingua en Pologne, par

*) Monum. univ. Prag. III, 33.

=^) Cod. univ. I. 16i.

^) Manusc. de la bibl. jag. 1275. Surama de septem mortalibus peccatis, pronuntiata per mag. Franc. Creis. (14:1b). Traité de praeceptis, Cod. univ. l'estensis, n. 108.

*) Jusqu* en 14:13 il figure dans la liste des maîtres de Tuniversité de Prague. Il en obtient du moins un congé ou dispensatio à cette date, en raison de son absence. Mon. univ. Prag I, 1, 424

ses aptitudes pédagogiques. Dlugosz, dans sa biographie de Zbigniew Olesnicki, dit que le grand évêque de Cracovie fut un des élèves de maître Elie ^). Ce maître occupa plus tard un poste politique et pédagogique tout à la fois. Après le traité de 1421, conclu avec 1' électeur de Brandebourg et aux termes duquel Frédéric, fils de ce prince, devait épouser Hedvige, fille de Jagellon et d*Anne de Cilli, lorsque le jeune Allemand arriva à Cracovie, en 1422, Jagellon confia à maître Elie, professeur de théologie, l'éducation de son futur gendre et héritier présomptif de la couronne. On sait que ce projet de mariage ne fut jamais exécuté, Jagellon ayant eu plusieurs enfants mâles dans la suite. Cela n'en montre pas moins en quelle haute estime on tenait Elie, pour lui donner une mission de si grande responsabilité -).

Nous venons de passer en revue la série des théologiens les plus remarquables qui, dans la seconde moitié du règne de Jagellon, continuèrent la tradition inaugurée par Sczekna, Isner et les maîtres de la première heure. Quelques uns de ces anciens professeurs de l'université commençante vivaient et enseignaient encore, entre autres le Silésien Jean Kruczborg. Cependant à côté de ces vétérans grandissait une jeune génération de théologiens qui, plus tard, devait avoir ses illustrations, comme Jacques de Paradis, Benoît Hesse et Saint Jean Kanty. Nous les retrouverons dans tout l'éclat de leur renommée, et nous

^) Opéra I, 533. Mag. Heliam theol. dr., habuit in artibus liberalibus praeceptorem. Il est probable qu'il s'agit ici de notre Elie. Il n'est pas certain qu'il fût docteur en théologie. Les écrivains du moyen âge sont assez peu précis sur ce point et appellent très souvent docteur tout professeur de théologie.

*) Dlugosz IV, 289 et dans le Liber Benef. I, 312, l'appelle doyen de Sandomir. Dans un âge avancé il quitta Cracovie et se retira dans ce doyenné où il «se consacra entièrement au relèvement des revenus de sa prébende et au service de Dieu». Voir M. l'abbé Fijalek, Jacques de Paradis, 254.

parlerons alors des succès des deux premiers, de la vie austère et sainte du dernier.

Jean Kanty édifia ses contemporains non par son éloquence, mais par son humilité profonde. Autour de lui retentissaient alors les voix les plus éclatantes, soit en latin, pour le groupe choisi des doctes, soit en polonais, pour la foule; l'université jagellonienne donnait l'élan au développement de la parole nationale. L* art oratoire latin avait d'anciennes traditions en Europe; la vie publique et intérieure des universités, les solennités, la collation des grades, mille circonstances donnaient prétexte à l'éclosion des fleurs de rhétorique. Le principal représentant de cette élocution pompeuse fut incontestablement Stanislas de Skalmierz, d'une faconde inépuisable, toute parsemée de ces arguties redondantes mises en faveur par la philosophie scolastique du moyen âge. On trouve dans ces discours ces sonorités creuses dont Dante parle dans son Paradis (XXIX):

Gonfîa '1 capuccio e più non si richiede.

On abordait pourtant parfois dans ces harangues latines ampoulées les plus sérieux problèmes théologiques; c'était dans cette forme ridiculement boursouflée qu'étaient écrits les mémoires, qu'avaient lieu les disputes des universités médiévales, champs propices et fertiles pour de telles prouesses de la parole. En outre, dans les nombreux offices religieux de l'université, les théologiens, et non pas seulement les plus âgés, les plus élevés dans la hiérarchie, mais les jeunes gens, leurs disciples, étaient tenus de prononcer des sermons, d'étaler leur savoir. D'après un antique usage, tous les trimestres, les bacheliers en théologie devaient, dans un sermon, célébrer la mémoire des bienfaiteurs de l'université. Un des historiens de l'univer-

site de Vienne prétend, et non sans raison, que le but de tout l'enseignement de la faculté de théologie se bornait à ces ))sermones(' ou »collationes« ^). Sous cette dernière désignation on comprenait généralement les' allocutions de l'après-midi. Elles ne péchaient point par la brièveté. Le statut d'Ingolstadt fixe à leur durée cinq quarts d'heure, comme extrême limite; à Vienne, il est loisible de parler une heure et demie, deux heures tout au plus ^). Le traité de rhétorique employé au moyen âge et donnant des préceptes sur la composition des discours porte ce titre très caractéristique: Tractatus de dilatatione sermonum — la dilatation; on serait tenté de dire, le délayage des discours.

Les maîtres de l' université de Cracovie nous ont laissé une foule de ces »sermones«, de ces ))Collationes« prononcés, soit à l'école même, soit dans les églises ^). En les lisant, on est saisi du regret que cette profusion de verbiage contienne si peu de substance, qu'ils écartent si rarement le rideau sous lequel se dérobent la personne de l'orateur et celles de ses auditeurs, que leur impersonnalité soit si monotone et si fastidieuse.

Mais ce mouvement a néanmoins un autre côté très attachant pour nous; il donna naissance à l' éloquence polonaise.

En Occident, l'épanouissement de l'éloquence de la chaire en langue vulgaire prit son essor culminant au XlII-e siècle, avec les Franciscains et Dominicains. C'est à Saint Dominique que revient presque uniquement la gloire de ce mouvement, à la création de l'wordo praedicatorum«. Mais nous n'avons pas à étudier ici l'énorme développement que prit à partir de ce moment l'éloquence sacrée dans rOuest de l'Europe et surtout en France. En Pologne, la prédication en langue nationale (sermo vulgaris) n'eut

^) Aschbach, Geschichte der Wiener Universitât (1865), p. 294.

*) Rashdall, Univers, of Europe, I, 468.

«) Man. de la bibliot. Jagel. n. 173, 2216, 2231, 2232, 2325, 2400.

rien de marquant jusqu'au XV-e siècle. On ne saurait pourtant douter que les prêtres ne s adressassent au peuple en polonais; mais l' instruction insuffisante du clergé et la négligence pour la langue indigène rendirent vains et infructueux ces essais oratoires. Les prédicateurs polonais au moyen âge, se bornaient à une concise explication de la parole divine et des prescriptions du catéchisme. Il ressort d'une constitution de l'évêque Nanker (1320) que, dans la première moitié du XlV-e siècle, on ne faisait pas encore de sermons proprements dits. Ce n'est qu'à partir »de lepoque de la reine Hedvige qui, ainsi que nous l'apprend Dlugosz, aimait à voir célébrer en polonais les offices religieux, et du roi Ladislas Jagellon qui, en 1389, fit venir à Cracovie des Bénédictins slaves et les installa à Kleparz, qu'on se mit à multiplier les copies de sermons polonais, telles que celles qui sont conservées à Sainte-Croix et à Gniezno, témoignages irrécusables d'une certaine animation dans le domaine de l'éloquence sacrée en langue nationale» *).

Dlugosz néanmoins fait un tableau fort sombre de ce qui se passait sous ce rapport au commencement du XV-e siècle. «Il était rare, très rare, dit-il, que dans toute l'Eglise de Pologne on prêchât au peuple en polonais. Ce n'était que par exception qu'on pouvait entendre un sermon exposant la loi de Dieu avec pleine connaissance du sujet, car, en raison du peu de diffusion des lumières et des livres, il y avait peu de gens en état de prêcher convenablement et doctement, et tous les Polonais, à part une poignée de savants et de religieux qui d' ailleurs étaient pour la plupart étrangers d'origine et de langue, se vouaient à la vie mondaine et laïque, loin de l'étude et des travaux de l'enseignement évangélique^)«. Et il continue

*) Voir Nehring, Comptes rendus de TAcad. des sciences, Classe de philologie XXV, 25-26.

') Dlugopz, Liber beneficiorum 1, 261.

par ces paroles, que l'histoire de l'université recueille avec orgueil: »La création du ))studium« cracovien fît enfin cesser cette négligence, cette incurie déplorable, pratiquée depuis tant de siècles«. Cette fondation fut donc, d'après Dlugosz, le point de départ d'une renaissance scientifique; dès lors les livres pénétrèrent partout; et non seulement les basiliques des cités, mais les églises des villages retentirent de sermons en polonais.

On ne pourrait invoquer à 1* honneur de l'université un meilleur et plus formel témoignage. Cette institution a contribué à briser les grossières entraves qui paralysaient l'essor de notre langue, et, la faisant servir à propager la gloire de Dieu, lui a donné cette dignité, cette élévation, cette beauté qui la distinguèrent désormais; elle a ennobli ce verbe, dont devaient être tières les générations à venir, dont elles devaient vivre pour ainsi dire au milieu des malheurs dont elles furent frappées; et c^est ce qui restera à jamais le plus beau titre de gloire de l'école de Jagellon et donnera des droits immortels à la reconnaissance nationale.

Et réellement cette sollicitude pour l'emploi du polonais dans les églises s'affirme souvent dans les pages des anciens documents de l'université^); bien plus, elle se traduisit en actes.

Les apparences toutefois semblent nous contredire, car, si le quatorzième siècle nous a légué un recueil de sermons polonais, il n'en a pas été de même du quinzième '^). Les manuscrits de ce dernier siècle qui nous sont parvenus sont remplis de productions de l'éloquence religieuse de l'époque, mais toutes sont en latin, et ce n'est que de loin en loin qu'on y voit des phrases ou des mots polonais. Comment expliquer ce phénomène? Peut-on supposer

') Voir Codex diplom. I, 107, 140.

^) Bruckner, Bibl. de Varsovie (1891), p. 243.

que le peuple, auquel on s'adressait, comprenait alors la vieille langue classique? Nullement. En Pologne, comme partout ailleurs du reste, le prédicateur parlait au peuple dans sa propre langue, puis, voulant donner à ses paroles une forme littéraire, les rendre digne d' être lues par d'autres ecclésiastiques même étrangers, il leur donnait le vêtement de la langue universelle de TEglise; il les écrivait en latin ^). Car le langage vulgaire, selon l'expression du moyen âge, »coram clericis saporem suavitatis non habeta.

Nous possédons beaucoup de ces sermons. Ils se divisent en deux catégories: les sermons »de tempore«, prônes dominicaux, commentaires de l'évangile des dimanches et jours de fête, et les sermons »de sanctis», consacrés aux Saints qu'honore l'Eglise. Nos recueils, qui proviennent du XV-e siècle, trahissent tous les défauts de cette époque de décadence de la chaire dépouillée de la splendeur, dont elle avait brillé au XlII-e siècle. Ce ne sont que citations de l'Ecriture sainte et des Pères, accompagnées d' éclaircissements bizarres, subtils, trop subtils, parfois allégoriques, avec, hélas! un détachement absolu du temps et du lieu, et, par conséquent, un flot incolore de généralités. Bien rares sont les prédicateurs qui daignent s'intéresser à ce qui les entoure immédiatement. Leurs sermons sont alors une source incomparable pour l'étude des moeurs de Tépoque et des localités, de précieux matériaux pour la connaissance des usages, des croyances et des préjugés populaires *).

L'un des plus anciens maîtres de Cracovie qui se soient distingues dans ce genre oratoire, fut le Cracovien

^) Voir Lecoy de la Marche: La chaire française au moyen âge. Paris 18d6, p. 263.

^) Mr. Brûckner dans des études très remarquables s'est occupé de ces sermons et les a analysés. Voir Bibl. de Varsovie, février 1691; mars 1892, et Comptes rendus de TAcad. des sciences de Crac, classe de philol. XXIV, p. 38 et 317; XXV, p. 115.

Morawski I. 2Q

Nicolas Wygandi (Weygand). Il avait enseigné à Prague, dés 1379^), et était venu à Cracovie après 1390. La ville lui paya, on ne sait à quel titre, une redevance annuelle pendant longtemps, jusqu'en 1405 ^). 11 publia son recueil de ))Postillae« prononcées sans doute à Przemysl, où il était doyen du chapitre, sur l'injonction de l'évêque de Przemysl, Mathias (1392 — 1413); toutefois il avoue ne pas se sentir de vocation pour un tel travail, et déclare qu'il n'a fait que recueillir les opinions des anciens maîtres, y ajoutant fort peu du sien. Néanmoins son nom mérite de ne point périr, car plus tard on le cita toujours avec respect parmi ceux des premiers théologiens de Cracovie; ses sermons furent amplifiés et utilisés dans la suite par les prédicateurs. Enfin il s'assura des titres à la gratitude de la nouvelle université par les dons qu'il fit à la bibliothèque jagellonne *). En somme, sa part dans le mouvement que nous étudions fut tout à fait secondaire, d'autant plus qu'il fit exclusivement usage de l'allemand dans ses sermons *).

Nicolas Kozlowski se fit remarquer parmi les prédicateurs polonais. Cependant ce furent ses allocutions latines, adressées à un auditoire choisi, qui établirent surtout sa renommée. Nous en reparlerons plus tard. Citons encore Nicolas de Blonie, le décrétiste, dont les sermons «de tempore« furent fort goûtés et même publiés à l' étranger.

^) Mon. univ. Prag. I. 1, 186.

*) Monum. medii aevi hist. (Piekosinski) IV, p. 314, 318, 341.

^) Voir Szujski dans les Archives de l'histoire litt. T. I, (1878) p. 85. — Les manuscrits de ses sermons à la bibl. jag. notamment 1488 à 1491. — Voir encore Brûckner, Comptes rendus de l'Ac. XXIV, p. 48. Ce fut d'ailleurs un personnage peu connu. Il y eut, parait-il, deux maîtres de ce nom, s'il faut en croire une note du Cod. jag. n. 1770: Commentarius. mgr. Nicol. Wygandi s. theolog. baccalaurei, qui decessit 1394.

*) Le premier évèque résident de Przemysl, Eryk de Lunebourg s'entoura de savants allemands. L'un d'eux était le prédicateur Henry, élève de l'université de Prague. Voir Brûckner 1. c. p. 47—49.

Dlugosz signale «comme éminent et fameux prédicatenr en langue polonaise«, maître Sigismond de Pyzdry ^). Tout ce que nous savons de lui c*est qu'il fit ses études à Cracovie, où il devint maître en 1417, en même temps que Jean Kanty, et, en 1426, doyen de la faculté des arts. Nous possédons en revanche de copieux détails sur le plus illustre représentant de la prédication polonaise à cette époque, Paul de Zator. Maître à l'université, en 1415, il y] conquiert plus tard le doctorat des Décrets. Il ne fut jamais recteur, et nous n'avons que fort peu de renseignements sur son passage à l'université dont il semble avoir été détourné par d'autres occupations. Il succéda à Elgot dans la charge de «vicarius in spirituaUbus«, auprès de Zbigniew Olesnicki. En 1439, il remplit déjà ces fonctions qu'il exerça jusqu'à sa mort*). Lorsqu'en 1454, Tévêque de Cracovie institua la charge de prédicateur à la cathédrale de Cracovie, il jeta immédiatement les yeux sur son second »in spiritualibus« qui, déjà avancé en âge, occupait ce poste depuis de longues années. Pour aspirer à la charge qui venait d'être créée et que les dîmes rétribuaient, il fallait être maître en théologie, docteur des Décrets, ou tout au moins maître es arts, et wperfectus in idiomate Polonico«^). Paul de Zator fut donc désigné pour cet emploi par Tévêque de concert avec le chapitre. Personne n'était en effet plus digne de ce choix. Lors des obsèques de Jagellon, en 1434, son élocution avait brillé avec éclat. Dlugosz raconte qu'en cette circonstance maître Paul, devant un immense auditoire, prononça un discours en polonais, où il célébra les actes de piété et les hauts faits du roi Ladislas, avec tant de suavité que «suo dulci eloquio« il arracha des larmes à toute l'assistance *). Malheureusement cette oraison funèbre n'est pas parvenue jusqu'à nous; mais nous avons

') Liber benef. II, 12.

») Cod. univ. Crac. I, 190.

=') Cod. univ. Crac. II, 140.

*) Dlugosz, IV, 530.

d'autres sermons de Paul de Zatop. Ils sont tous en latin et destinés aux dimanches et fêtes ou aux solennités des Saints du Seigneur'^). Frappantes de simplicité, ses productions se distinguent sous ce rapport de toutes celles du temps. Les citations de TEcriture sainte et des Pères y sont fréquemment suivies des interprétations de Gorran ou de Lira. Parfois, mais rarement, apparaît le nom de Pétrarque que tout savant de cette époque aimait à faire montre de connaître ^), Mais l'autorité favorite de Paul de Zator était Simon de Cassia qu'il invoque à chaque instant. Ce moine augustin a écrit quinze livres sur la vie du Sauveur, «de gestis Domini«, et son récit de l'évangile accompagné de commentaires mystiques devint une source, où ne cessèrent de puiser les prédicateurs*).

La part personnelle de Paul de Zator dans ces sermons est assez difficile à déterminer. Liberté complète était alors accordée aux prédicateurs de s'approprier les oeuvres d'autrui et maître Paul ne manqua pas sans doute de profiter de cette latitude, dans ses allocutions quelque peu fastidieuses, trop détachées du milieu et des événements. Aujourd'hui nous n'entendons pas la voix, nous ne voyons pas le geste qui animait ces pieuses argumentations. Les contemporains les trouvaient admirables. Dans un calendrier cracovien nous lisons, à l'année 1463, date de la mort de Paul: il a rempli pendant quarante ans les fonctions de prédicateur à la cathédrale, »cet homme illustre

') Cod. bibl. jag. 491, 1506, 1507.

•) Manuscr. jagel. 491, p. 276, on cite: de remediis utriusque fortunae.

^) Nous voyons ici, non seulement une production littéraire, mais l'atelier d'où elle sortit. Lorsque Zbigniew créa la charge de prédicateur à la cathédrale, il mit en même temps une collection d'ouvrages à la disposition du titulaire. Maître Paul y introduisit «Simonem de Cassia super quattuor libres Evangelistarum, per dominum Johannem Scolasticum (Elgot)... specialiter pro usu praedicatoris eccl. Crac, comparata». Cod. un. Crac. I, 143.

qui n'eut pas son égal dans ses sermons polonais au peuple, in vulgari sermone ad populum in aetate sua nuUi secundus« 1).

Nous voici au terme de notre enquête sur les principaux théologiens de cet âge. Conformément à la pensée des fondateurs, d'Hedvige et de Jagellon, ils édifiaient d'une main, et combattaient de l'autre; et il est certain que les André de Kokorzyn, les Kozlowski, les Paul de Zator contribuèrent puissamment à sauvegarder, à raffermir le catholicisme en Pologne.

Les professeurs de théologie habitaient avec les maîtres royaux des artistes le plus beau collège, offert par le roi Ladislas. Ces favorisés formaient un corps distinct et prépondérant dans l'université; ils avaient leur organisation propre, leur autonomie, l'administration particulière de leurs biens 2). Leur maison était l'objet d'une sorte de vénération; la théologie qu'on y étudiait l'entourait comme d'une auréole. Maison consacrée à Dieu, ))domus Deo dicata«, lisons-nous dans les statuts^). En 1511, l'université résolut d'acquérir la propriété d'un voisin, dont le métier troublait la tranquillité indispensable aux hôtes studieux du collège. A ce propos, les actes de l'université font usage pour parler de cette demeure de termes si caractéristiques, que nous croyons devoir les citer intégralement: «C'est la maison de Dieu, le port*) où chacun peut aborder afin d'acquérir les sciences nécessaires pour le service du Seigneur; c'est là qu'on enseigne l'Ecriture sainte, ainsi que toutes les nobles connaissances libérales, études qui demandent le plus grand recueillement».

') Monum. Polon. II, 939.

^) Voir sur cette organisation les Archives pour Thist. litt. I, p. 1: Statuta CoUegii maioris.

«) Ibid. p. 6.

*) Aedes dei et emporium. Conclus, univ. (1611).

Le rénovateur, ou plutôt le vrai fondateur de Tuniversité, Ladislas Jagellon, s'éteignit en 1434. A sa mort prend fin la période juvénile de cette institution. Sans éducation, sans instruction étendue, ce prince n'en devint pas moins aux mains de la Providence un instrument de progrès, un semeur de lumières, un messager de la civilisation. Il put contempler avec fierté son oeuvre de jour en jour plus prospère, lui qui n'avait épargné ni peines, ni argent pour en assurer les succès. «Tous les ans, à la Noël et à Pâques, il offrait un cerf et un sanglier aux maîtres et docteurs ^), eût-il été alors éloigné de deux cents lieues de Cracovie«. Ce simple fait caractérise bien le fils de cette Lithuanie qui émergeait à peines des ténèbres; c'était son denier de la veuve. Et cette sollicitude continuelle pour son pays natal, mobile de la fondation de cette université et de la protection dont il l'entoura, n'estelle pas un trait humain et, tout ensemble, fort élevé, touchant et hardi? »I1 entretient de ses deniers les étudiants Lithuaniens et Ruthènes«, dit son apologiste posthume; et pour être agréable au fondateur, on inscrivit souvent en tête du registre matricule les noms de ces boursiers royaux. Il prodigua les marques de sa bienveillance à ses compatriotes. En 1427, la reine Sophie prie le pape d^ confirmer dans la dignité de custode du chapitre de Gniezno son cousin Herman «qui est élevé aux frais de mon mari et à qui je m'intéresse tout particulièrement; il veut devenir prêtre et passe ses journées à l'université, dans le travail et dans la pratique de la vertu» 2).

La mort du roi fut un grand deuil pour l'université renon naissante des bienfaits dont ce prince l'avait comblée. Nicolas Kozlowski fit son éloge devant l'Europe, au con-

') Codex epistolaris s. XV, II, 327.

■) Codex Vitoldi, p. 766. Il s'agit sans doute ici de Hermannus de Lithuania alias de Kedorothe, inscrit en tête du registre de 1419, immédiatement au-dessous d'André de Bnin.

cile de Bâle, dans un discours où se croisent les citations des Pères avec celles de Sénèque, où la pompe laisse percer la profonde impression personnelle. Paul de Zator fit verser des larmes à son auditoire polonais par son oraison funèbre de Jagellon. Dans le registre matricule de l'université on inscrivit la date de sa mort avec la recommandation: ))sine intermissione orandum pro eo«. Aussi toute âme polonaise bénit sa mémoire, qu'exalte en même temps le «dulce eloquiuma qui, en 1434, magnifia les mérites du souverain défunt.

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