LA BANQUE DE FRANCE
En 171 G (le 2 de mai), c'est-à-dire 22 ans seulement après la fondation de la banque de Londres, on institue une banque de circulation, à Paris, sur les plans du fameux Ecossais Law. disciple de W. Paterson, dont nous avons déjà dit un mot.
On sait que le Système de Law ne réussit pas en France, quoique les circonstances développées,
plus tard, nous font voir qu'il aurait dû réussir. Ce système ruina plusieurs familles françaises, et le pauvre Law, chargé de l'exécration publique et poursuivi parle parlement, se réfugia à Venise, où il mourut dans un état voisin de la pauvreté.
Le 4 décembre 1718, deux ans et 7 mois après l'établissement "de la banque fondée sur le système de Law, cette institution prend le nom de " Banque royale. "
En 1720, arrive la chute de cette banque, dite u Banque de Law." Le système semble avoir succombé par la haine du travail et cet amour de l'agiotage dont nous avons eu des preuves à toutes les époques. Les idées de Law, au point de vue de son époque, étaient irréprochables : c'étaient les mêmes qui avaient été appliquées, précédemment, lors de l'établissement de la banque de Londres. La chute du " Système " ajourna le progrès des institutions financières, en France, pour l'espace d'un demi-siècle.
Le montant de billets émis par la banque de Law ou banque royale, s'était élevé à la somme de 2,696,400,000 fr. et les billets furent supprimés par arrêt du 10 octobre, 1720.
Le 24 mars, 1783. Crise en France, causée par la guerre de l'Indépendance. Un arrêt du Conseil donne cours forcé aux billets de la Caisse d'escompte.
En 17S7, le capital de la Caisse d'escompte augmente ; et le gouvernement lui emprunte ce capital, sous prétexte " de donner plus de garantie aux billets émis."
Le 4 août, 1793, la Caisse d'escompte est sup-
primée. Trois ans aprè3, en 1796. il se forme à Paris, une association sous le nom de " Caisse des comptes courants."
Jusqu'à présent, les divers systèmes financiers tentés en France, n'avaient été que le prélude ou les avant-coureurs de la banque de France. Le 13 février, 1800, un arrêt des conseils décide la formation d'une compagnie appelée à faire, sous le nom de "Banque de France," le service du commerce. Sous la pression du gouvernement, la Caisse des comptes courants fait avec le nouvel établissement ce que, depuis, on a appelé la fusion,
]803. Il y a légère crise, en France, au commencement de cette année. Le gouvernement consulaire en prend prétexte pour s'attaquer aux. banques libres qui existent, à Paris, et qui, toutes émettent des billets au porteur et à vue.
Une loi décide, le 1-1 avril, 1803, qiie la banque
de France aura seule le droit exclusif d'émettre des billets de banque.
En 1805, surgit une nouvelle crise causée par le bruit qui s'était répandu (pie l'empereur avait pris et emporté en Allemagne, pour alimenter sa caisse militaire, les réserves de la banque. La banque réduit ses escomptes. La panique devenant plus forte, clic est forcé de limite]- le remboursement de
>illets à un demi-million de francs par jour.
Le 22 avril, 1806, la banque de France rc<;<>it une nouvelle organisation. L'empereur, que la crise de l'année précédente avait alarme, augmente son capital et lui donne un gouverneur nommé par lui.
L812. Grise commerciale, en France. Les affaires manquent, le commerce n' apportent plus de papier à l'escompte, et le portefeuille de la banque descend à
10 millions.
1813. Continuation de la crise. " Le commerce, dit M. Courcelle-Seneuil, pressentait la chute de l'empire, et la banque s'acheminait vers une liquidation/1
1814. La crise arrive à son apogée. L'encaisse de la banque est réduite à 5 millions. Elle est sauvée par les négociants de Paris, qui en prennent la direction, sous la présidence de Jacques Laffitte.
1818. La Ci i se continue. La chute du système continental a donné l'essor au travail et à la spéculation. La banque, incapable de suivre le mouvement, prend le parti de limiter à 45 jours le terme des effets admis à l'escompte. Son encaisse, qui était de
1 1 7 millions, quelques mois auparavant, n'est plus que de 31 millions.
En avril, 1825, il y a une forte crise, en Angleterre et en France.
En 1S4G, surgit la crise des subsistances. Il y a diminution rapide de rencaisse de la banque de France. En six mois, le chiffre de la diminution atteint 172,847,000 fr.
Le 14 janvier, 1847, la banque de France élève le taux de l'escompte à 5 pour 100, et, en décembre de la même année, elle ramène le taux à 4 p. 100, malgré la continuation de la crise.
Le 24 fév. 1848, débâcle financière et faillite
des grandes maisons de banque, à Paris et dans les départements. La banque de France est menacée de les suivre dans leur ruine.
Le 15 mars, 1848, le gouvernement provisoire sauve la banque, en établissant un cours forcé. On émet des coupons de 100 fr. L'émission est fixée à 350 millions.
Le 26 mars, même année, le bénéfice du cours forcé est étendu aux banques des départements.
Le 2 mai de la même année, on publie le décret qui absorbe les banques départementales dans la banque de France. " Le décret du 2 de mai, a remarqué un économiste distingué, faisait plus et mieux en faveur de la banque, dans les départements, que n'avait fait la loi du 24 germinal, an XI."
Le 22 déc. 1849. Les billets de la banque obtiennent la préférence, sous le régime du cours forcé, quoiqu'elle ait repris ses paiements en espèces. L'or et l'argent s'entassent dans les caves de la banque de France. Le gouvernement est obligé de permettre à la banque d'élever à 525 millions le chiffre de ses émissions.
Le G août, 1850. La banque de France reprend la pleine opération des paiements en espèces. Malgré cela, le publie continue de préférer des billets, et rencaisse va toujours s' accroissant.
Le 2 octobre, 1851. L'encaisse avait atteint le chiffre de 626 millions : il excède, durant quelques
jours, la somme des billets de 1 00 millions.
Le 3 mars, 1852. La l anque réduit l'ejcom]
-) p. 100. L'augmentation de l'encaisse se continue ; les caves regorgent de numéraire.
Le 7 octobre, 1853. La banque relève l'escompte à 4 p. 100, à cause de la crise alimentaire.
Le 20 janvier, 1854. La crise alimentaire continue, et la banque porte l'escompte à 5 p. 100.
Le 12 mai, 1854. Le taux de l'escompte est ramené à 4 p. 100.
Le 4 oct., 1855. Nouvelle crise alimentaire. La banque porte de nouveau l'escompte à 5 p. cent et limite à 75 jours le terme des effets admis à l'escompte.
L'historique précédent est emprunté, en grande partie, à des notes trouvées dans un livre que nous a prêté M. Vézina. Ces notes sont de sa main, et nous lui en donnons avec plaisir tout le mérite.
Nous avons donné beaucoup de détails sur les banques d'Angleterre et de France, parce qu'elles sont les deux principales banques de l'univers ; mais il ne faut pas croire pour cela qu'elles en sont les plus anciennes ; car on se tromperait de beaucoup.
Quelques extraits d'une brochure écrite par M. Frs. Vézina, en 1869, nous fournissent des détails très-intéressants sur les premières banques du mork de ; c'est pourquoi nous les mettons sous les yeux du lecteur.
" Inutile d'entrer dans les idées des anciens peuples, toutes favorables aux opérations de banque. Disons seulement qu'à Athènes, à l'occasion d'un
voyage, on plaçait son argent chez an banquier, pow le recevoir, au retour du voyage, avec intérêt.
" Les banquiers grecs n'escomptaient pas les lettres de change, qui n'existaient pas ; mais Lia prêtaient sur des garanties personnelles, aux personnés qui s'occupaient de négoce ou qui avaient besoin d'argent temporairement, ou pour d'autres raisons.
" Au moyen âge, les banquiers de Venise, de Gênes, d'Amsterdam, avaient pour principale opération de garder disponibles les fonds versés dans leurs caisses par les commerçants. Elles faisaient payer ce service par une commissioti.
w' C'est ce qui se pratiquait chez les Romains, du temps d'Auguste et de Tibère. Lus avances Be faisaient à courte» échéances et sur des sûretés suffimantes, quelquefois doubles de l&valeur avancée.
ui Il n'est pas hors de propos de remarquer, iei. avec quel soin les prêts étaient laits à des négociants, à courtes échéances, et sur des sûretés doubles. A. va quelle attention, aussi, on prêtait, on déposait chez Les banquiers, pour en recevoir à demande, le capital et F intérêt* tout en payant pour Les troubles.
"Avec quelle attention toute particulière, ne voit-on pas aussi les rois romains créer des Oa de fonds publics, avec les biens confisqués des criminels, afin de les prêter sans intérèttoxi citoyens qui
pouvaient engager unewifeurpour la somme prêtée.
à courtes échéance*.
■• La plus ancienne banque dont l'histoire l'a— c mention est celle de Venise, établie au L2me siècle, vers L 157, quelques-uns disent vers 1171. Cette
banque était formée de trois établissements différents : le Monte-Vecchio, le Monte-Novo, et le Monte-No vissimo.
" La banque de Venise a subsisté jusqu'en ÎT'.'T, époque à laquelle elle a péri sous l'effort de ht con* quête, en même temps que la république qui Vavait /m idée.
" Vient ensuite, en conservant l'ordre des dates, la banque de Barcelone, vers la fin du 14me siècle. Cette banque n'a pas joué un grand rôle. Quelques économistes prétendent qu'en 1407, on établit la banque de Saint-George qui. pillée par les Autrichiens, en 1740, suspendit ses paiements. " La banque d'Amsterdam fut fondée le 31 janvier, 1609. C'est la plus considérable qui ait existé, dans ces temps-là.
" Nous lisions, tout dernièrement, dans un journal de cette ville : ' En 1796, les Français pénéi trèrent les armes à la main dans Amsterdam et
• voulurent s'emparer des fonds de sa banque, en si
• grande réputation en Europe. Ils découvrirent que
• cette institution monétaire en si grand nom, avait 1 plusieurs années auparavant fait une perte de vingt i millions de piastres. Cette découverte la ruina clans 6 l'opinion publique et elle tomba pour ne plus se ' relever. Les directeurs avaient jusque-là gardé le ' secret de leurs fatales spéculations et l'avaient ; laissé ignorer aux actionnaires. '
" Nous devons en toute justice ajouter quelque chose de plus et ne pas cacher le plus important. L'histoire nous apprend ce qui suit :
1 Quoique la banque d'Amsterdam eût long- 4 temps gardé avec une fidélité scrupuleuse les
4 sommes qu'elle avait reçues en dépôt, elle se
• départit à la fin de cette fidélité qui était devenue 6 proverbiale. Deux l'ois, on le sait, la Hollande a 6 été envahie par les armées françaises. La première 6 fois (c'était sous le règne de Louis XIV, en 1G72) 6 le commerce ayant retiré les fonds qu'il avait à la
* banque, on trouva les dépôts intacts. On retrouva \ même sur les monnaies les traces de l'incendie qui
< avait éclaté peu de temps après la fondation de cet ' établissement, et qui avait dévoré une partie de 'l'hôtel de ville : ce qui prouvait que les dépôts c n'avaient pas même été déplacés. Mais la seconde ' fois (c'était pendant la révolution française) la ' banque se trouva hors d'état de rembourser les ' dépôts, et on découvrit avec étonnement que les ' directeurs avaient prêté une somme de vingt-quatre 'millions de francs, (et non pas vingt millions de 6 piastres) mais à qui ? Est-ce à eux-mêmes ? à leurs
< amis ? à des négociants ? Non ! Aux états dt Hollande 6 et de Frise. '
"C'est injuste de dire aussi que la banque "d'Amsterdam possédait notre système de banque " et les mêmes bases de sûreté," tandis que la banque de Londres est la première qui ait exercéavec suite le droit (remettre des billets de circulation au porteur el à vue. e1 de l'aire des avances au commerce bous la l'orme de prêts et d'escomptes.
kk La banque de Nuremberg fut établie en L621.
" La banque de Hambourg fut fondée en L619, avec des caractères tout particuliers. Nous trouvons son histoire dans scs moindres détails, dans une publication par L'Allemand BUsch, ouvrage traduit
en français, sous le titre de La Banque de Hambourg rendue facile. C'est la seule des anciennes banques de dépôts dont l'existence se soit prolongée jusqu'à nos jours.
" La banque de Rotterdam, érigée le 18 août, 1635, était, presque en tous points, semblable à celle d'Amsterdam.
" Voltaire, dans son histoire de Charles XII, avance un peu légèrement, peut-être, que la banque de Stockholm est la plus ancienne de l'Europe. Le fait est qu'elle fut fondée en 1668, c'est-à-dire assez longtemps après celle d'Amsterdam et de Hambourg, et fort longtemps surtout après celles de Gênes et de Venise. Ce qui peut être digne d'attention, c'est que la banque de Stockholm parait avoir été le premier modèle des institutions de crédit foncier qui fonctionnent aujourd'hui, dans une grande partie de l' Allemagne.
" Il faut remarquer, avant d'aller plus loin, que toutes les banques que nous venons de mentionner n'émettaient point de billets, ne taisaient point d'avances, et se bornaient à transférer d'un particulier à l'autre par des écritures, les sommes reçues en dépôt.
" 11 n'est pas hors de propos de dire, cependant, que chacun des trois monts, savoir : le Moïtte-Veec/ii<>< le JIonte-Novo et le Monte-Novissinio , a été un expédient financier employé par le gouvernement, pour pourvoir à certains besoins pressants de YLlat.
" Sous le duc Vitalis Michael, la république, épuisée par la guerre qu'elle avait soutenue contre
l'empire d'Orient, eut recours à un emprunt forcé sur les citoyens riches. On établit cet emprunt en rente constituée pour le paiement de laquelle on obligea les revenus de la seigneurie. C'est le corps des créanciers de l'Etat, réunis en une sorte de chambre syndicale, qui forma le premier noyau de la banque, et son premier capital fut une créance."
Nous mentionnerons encore une banque, avant d'arriver à la banque Nationale : c'est de la banque de Philadelphie que nous voulons parler.
Cette institution fut fondée, en 1791, avec privilège de l'Union pour 20 années. Elle possédait un fonds de 1G millions de piastres, et 25 mille actions de $400 chacune. En 1815, elle retira de la circulation tous ses billets, et, l'année suivante, on fonda une Banque de V Amérique </" Nord, avec un fonds de 35 millions.
Il est inutile de parler du système annuel des banques américaines, que tout le monde connaît.
Le lecteur nous pardonnera si nous lui avons mis sous les yeux un aussi long préambule. Notre but a été de faire voir que les institutions financières, dans tous les pays, ont eu leurs revers, leurs vicissitudes, etc. Plusieurs ont dû leur ruine à l'agiotage; d'autres, à des causes indépendantes de Leur contrôle, ei quelques-unes, comme en France. par des crises produites par les révolutions, la guerre, etc.
En présence de ce qui s'est passé ailleurs, au sujet des opérations financières, nous devons nous estimer heureux d'avoir à la tête de l'institution qui fait ban! d'honneur ;vi notre pays, (U banque
Nationale) des hommes de la plus haute respectabilité, d'une sagesse et d'une prudence à l'abri de toutes les tentations des spéculations hasardeuses. Les tonds placés entre leurs mains sont en sûreté, et nous ne croyons pas nous tromper en affirmant que la banque Nationale, dirigée comme elle l'a toujours été et comme elle l'est encore, peut tenir tête à n'importe quel orage subit que peuvent soulever des causes inattendues et incontrôlables.
D'ailleurs, la probité, l'honorabilité et la prudence consommée des officiers de la banque Nationale sont si bien reconnues, qu'il est inutile de s'appesantir sur ce point. Le patronage puissant et la confiance illimitée du public à son égard, sont d'amples preuves de ce que nous venons d'avancer. Nous aurons tput dit, sur ce point, quand nous aurons ajouté que la présence de M. Vézina, dans une institution financière quelconque, est une garantie de bonne administration et de succès. Ce monsieur a déjà donné ses preuves, dans maintes occasions, et, comme on dit généralement, sa réputation est faite. Si vous ajoutez à ses talents supérieurs pour les opérations financières, son caractère d'honnête homme irréprochable, sa conduite de chrétien exemplaire, nos lecteurs seront bien forcés de convenir que la banque Nationale a sujet d'être fière de son caissier.
Quand à nous, nous avons foi en cet homme, puisque nous crojxms à cet axiome ou vérité primordiale : " La vertu n'a pas deux sources, elle vient de la religion et ne peut venir que d'elle,"