CHAPITRE QUINZIÈME
droite, il y en a plus de quatre et demie entre les deux premiers points, et plus de cinq et demie entre le premier et le dernier; ce qui, par chemins, en donne près de six pour la plus courte de ces distances. Cette rectification suffit tout d’abord pour prouver l’impossibilité de parvenir à Cbapellc- Saint-Lambert vers quatre heures’ et demie.
Mais Gérard, concédant qu’il aurait bien pu en être sept et demie quand on y serait parvenu, n’a pas encore assez concédé.
Vingt mille hommes et plus d’infanterie, traînant avec eux de l’artillerie, n’auraient pas franchi une distance de six lieues, entre midi et sept heures et demie, à travers tant de défilés, dans l’état afi’reux où la pluie avait mis les chemins à parcourir, et dans la nécessité où ils auraient été de passer la Dyle sur les ponts étroits de Mousty et d’Ottignies (1). On en trouve la preuve dans la lenteur forcée de la marche des corps prussiens qui allèrent de Wavre à Plancenoit et à Papelotte ; dans la lenteur aussi de celle de Gérard lui-même et de Vandamme, le 17 juin et dans la matinée du 18 : ces deux généraux avaient mis sept heures, « en marchant aussi vite qu’il était humainement possible (2) » pour se rendre du champ de bataille deLigny àGembloux; ils en avaient mis quatre pour aller de Gembloux à Sart-lez-Walhain.
Il importe, d’ailleurs, de faire observer que, si Grouchy eût marché sur Chapelle-rSaint-Lambert et y fût arrivé à sept heures et demie même, comme Gérard avance que
(1) Le pont en bois de Mousty n’avait qu’un mètre de jarge. Le pont maçonné d’Ottignies existe encore tel qu’il était en 1815. Sa largeur est de 3™7û mesurée entre les parapets; mais elle est réduite à trois mètres par les bornes qui protègent ceux-ci, et ne permet, par conséquent, le passage de l’artillerie que pièce par pièce, caisson par caisson.
(2) Quelques documents sur la bataille de Waterloo^ par le général Gérard.
WATERLOO
cela était possible, il aurait fait un mouvement inutile ; car il s’y serait trouvé séparé du champ de bataille de Napoléon par plus d’une lieue et par les défilés si difficiles du ruisseau de Lasne. C’eût donc été, non sur Saint-Lambert, mais sur Frichemont ou Plancenoit, qu’il aurait dû se diriger tout d’abord, ce qui aurait allongé sa route d’une lieue et remis, au compte de Gérard lui-même, à neuf heures son entrée en ligne vers l’un ou l’autre de ces points.
A moins de négliger absolument les circonstances de temps, de distances, de terrain; à moins d’admettre que les troupes prussiennes, malgré leur ardeur, malgré les excitations de leurs chefs et du canon, n’ont pas marché aussi vite qu’elles le pouvaient; à moins d’admettre aussi que Gérard n’a pas dit vrai en donnant pour motif péremptoire à la lenteur de son mouvement, le 17, la difficulté extrême des chemins ; que Vandamme et lui n’ont pas marché, dans la matinée du 18, aussi vite qu’ils l’auraient pu, il est impossible, on le voit, de croire aux assertions formulées contre Grouchy par son lieutenant et inconsidérément répétées par tant d’écrivains.
Mais il y a plus : c’est qu’en acceptant pour aussi bien fondée qu’elle l’est mal, l’affirmation de celui-ci sur le temps nécessaire pour atteindre Frichemont ou Plancenoit, il n’en résulte nullement que le maréchal aurait pu exercer une influence heureuse sur le résultat de la bataille de Waterloo.
Gérard, en effet, calcule et conclut comme si Grouchy eût dû trouver la route absolument libre devant lui. Mais il en aurait été bien autrement; cela ne saurait faire l’objet d’un doute. Sa manoeuvre aurait indiqué à l’ennemi qu’il devait exécuter une manœuvre correspondante , et il l’aurait exécutée.
A midi, on l’a vu, Bülow avait sa division d’avant-garde massée à Ghapelle-Saint-Lambert; ses autres divisions chc-