‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 17 sur 198 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

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de deux cciit vingt mille hommes; on aurait réduit d’uii tiers les masses qui devaient former le premier llotdeEinvasion.

Après une telle victoire, on reviendrait lutter avec un grand ascendant moral contre les Russes, les Autrichiens, etc.; l’esprit public serait électrisé; la défense trouverait d’immenses ressources.

Napoléon voyait a ce plan d’autres chances de réussite, et d’autres et de plus grands avantages, des avantages décisifs, en cas de succès en Belgique.

« Si l’on battait, a-t-il dit, les armées anglo-hollandaise et prussienne, la Belgique se soulèverait et son armée recruterait l’armée française; la défaite de l’armée anglaise entraînerait la chute du ministère anglais, qui, ajoute-t-il gravement, serait remplacé par des amis de la paix et de l’indépendance des nations; cette seule circonstance terminerait la guerre... La Belgique, les quatre départements du Rhin appelaient à grands cris leur libérateur, et l’on avait des intelligences dans l’armée belge. ))

La défaite iTavait pas corrigé Napoléon des illusions conçues au temps de la prospérité. Maintenant, comme auparavant, il appliquait les forces de son esprit à se persuader que ses désirs étaient des réalités ; et il y parvenait si bien, que ce qui était nettement aperçu par le bon sens le plus vulgaire lui échappait complètement. Inévitable effet de l’exercice du pouvoir absolu !

Le soulèvement de la Belgique, loin d’être certain, n’était pas môme probable. Gomme dans les quatre départements du Rhin, il y existait un parti français; mais il était sans puissance. La servitude, l’abus effréné de la conscription avaient aliéné les Belges. Ils étaient encore frémissants d’un des actes les plus odieux c[u’ait jamais osés le despo-

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tisme en délire (1); et le clergé, aussi influent alors qu’aujourdTiui, les entretenait dans leur haine de Napoléon.

Le clergé n’aimait pas Guillaume d’Orange, le roi protestant; mais il détestait l’homme qui avait arraché ses lévites au séminaire pour les jeter à la caserne, qui avait emprisonné ses évêques, porté la main sur les cardinaux, sur les États, sur la personne du pape.

Les soldats belges n’étaient pas mieux disposés que la population. C’était une bien étrange aberration que de les croire prêts à déserter leur drapeau, à répéter l’acte tant reproché des Saxons à Leipzig. Ils devaient le prouver au jour du combat.

Il est à remarquer, d’ailleurs, qu’ils se comptaient en faible nombre dans l’armée des Pays-Bas ; ils n’étaient pas dix mille.

Napoléon s’abusait encore plus, s’il est possible, sur les conséquences d’une défaite que subirait l’armée anglaise. '

Depuis 1792, il avait toujours existé, en Angleterre, un ■ parti « ami de la paix et de l’indépendance des nations. » ' Un moment même, il s’était trouvé le.plus fort. H avait ren- t versé le cabinet de Pilt; et la paix d’Amiens avait été con- | due. Mais le consul Bonaparte dissimulait alors la dévorante ambition de Napoléon. En 1815, ce parti s’agitait 1 beaucoup; mais il était très-faible. Le parlement venait de repousser les motions, les pétitions en faveur de la paix, ' de voter, à d’énormes majorités, un emprunt d’un milliard, ; de riches subsides pour la coalition; et le parlement avait l pour lui la masse du peuple anglais, exaspérée par une lutte ^ aussi longue qu’acharnée.

(1) L’annulation du verdict du jury qui avait acquitté, aux assises de Bruxelles, le maire d’Anvers. Dictatoi ialement renvoyé devant la cour de Douai pour y être jugé de nouveau, ce citoyen était mort de douleur, dans les prisons de celte ville, le 5 avril 1814.

CIIAPITUK TUOISIEiMIî:

Sur la Belgique, les espérances de Napoléon éiaienl donc sans fondement; sur l’Angleterre, elles étaient chimériques.

Les inconvénients attachés au second plan de campagne étaient, en revanche, très-réels.

En commençant les hostilités à la mi-juin, on précipiterait l’invasion des provinces de l’Est. Elle aurait lieu avant que les conscrits de 1815 en fussent retirés, avant que les approvisionnements, les garnisons des places fortes fussent augmentés, les fortifications de Paris et de Lyon terminées ; et, si, au lieu d’un grand succès, on rencontrait, en Belgique, une grande défaite, la marche de toutes les armées ennemies sur Paris serait bien plus rapide.

Dans ce cas, a écrit Napoléon, on rentrerait dans le premier plan. Cela est vrai; mais on y rentrerait sans les avantages qu’il aurait présentés en l’appliquant tout entier.

Napoléon se décida pour le second plan.

Mais il y fit une modification. Pendant qu’il appelait le corps de Gérard de la frontière de la Moselle sur celle du Nord, il laissa le corps de P\app en Alsace, et se priva volontairement ainsi d’une force de près de vingt mille hommes, qui devait être impuissante là où il la laissait, et qui, portée en Belgique, aurait pesé d’un grands poids sur la balance de la guerre. Il manquait à ce principe si justement préconisé, si souvent et si heureusement appliqué par lui : concentrer scs forces sur le point principal, et ne pas prétendre en avoir partout, .sous peine de ne rien pouvoir nulle part. Faute grave qu’il devait, mais trop tard, tenter de corriger (1) !

On s’expliquerait mal, au reste, la résolution prise de précipiter l’ouverture des hostilités, si l’on en cherchait les

(1) Voir noie D.

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causes seulement dans les écrits de Napoléon, si Ton ne tenait compte de sa situation personnelle, de ses dispositions d’esprit.

Le grand mouvement démocratique produit tout d’abord par le retour de nie d’Elbe était détruit ou devenu hostile à l’Empire; la masse de la nation se relirait, de plus en plus, du trône restauré; l’audace du parti royaliste croissait à vue d’œil dans l’Ouest et le Midi. L'acte additionnel, soumis a l’acceptation du peuple, n’avait réuni qu’une infime minorité de sufîrages; les masses avaient protesté par l’abstention. Il avait créé une chambre de représentants, qui devait être élue dans le système meme qui avait produit, pendant quinze ans, le type des assemblées serviles, le corps législatif impérial. Mais la liberté de la presse avait pu corriger, cette fois, les vices de cette organisation perfide du vole populaire. Les élections venaient d’avoir lieu, et elles avaient reflété assez exactement l’état de l’opinion publique. La grande majorité des élus voulait des garanties sérieuses contre un retour à l’arbitraire de l’Empire. Ces garanties, on était sûr qu’elle les réclamerait, qu’elle les exigerait meme; qu’elle entreprendrait sur le pouvoir que s’était réservé l’empereur. Et celui-ci était impatient, au contraire, de reprendre les concessions qu’il venait de faire.

Toute liberté minait les assises de sa puissance. Tout délai était un péril de plus.

Pour rétablir le despotisme, il fallait au vaincu de 1814le prestige de la victoire. Il crut le trouver en Belgique : il y courut.

CflAPlTiiE QUATRIÈME

Composiiioii de rnrmce dcsiinée ù agir en Belgique. — Sa eoneenlralion sur i;j Sambre. — Position qu'elle occupe le U juin. — Son effcclif. — Son étal moral. — Ordre du jour de Napoléon.

L’armue destinée à agir en Belgique, sous le conTmandement immédiat de Napoléon, était composée des 2^, 3c, 4c, 6c corps d'infanterie, de la garde impériale et des quatre corps de réserve de cavalerie.

Depuis quelques jours, son état-major général avait été formé et le maréchal Soult appelé à le diriger sous ce titre de major général qu’avait porté si longtemps Berthier, maintenant exilé volontaire et victime prochaine d’une mort mystérieuse et tragique.

Soult avait son quartier général à Laon.

Le juin, les troupes de ligne en garnison dans les places fortes y avaient été remplacées par des gardes nationales mobilisées.

A cette époque, le l®** corps d’infanterie, sous d’Erlon, étaitprèsde Valenciennes; le2% sousReille, prèsd’Avesnes; le 3c, sous Vandamme, près de Rocroi; le 4c, sous Gérard,

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près de Metz; le 6®, sous Lobau, près de Laon, ayant une de ses divisions près d’Arras; la garde impériale, presque tout entière, à Coinpiègne; le.l®'’ corps de réserve de cavalerie, sous Pajol, le 2^ sous Exelmans, le 3®, sous Kellermann, le 4®, sous Milhaud, de Laon à Avesnes, celui-ci ayant encore l’une de ses divisions en Alsace. Ces quatre derniers généraux avaient pour commandant en chef le maréchal Grouchy. Le parc général était à la Fère.

Résolu à porter la guerre en Belgique, Napoléon fit mettre tous ces corps en marche, de manière qu’ils fussent réunis le 14 juin, entre Sambre et Meuse, vis-à-vis de ChaiTeroi, sur l’extrême frontière.

Les mouvements de Reille, de d’Erlon, de Vandamme, de Gérard furent masqués par des gardes nationales mobilisées qui relevèrent les troupes de ligne aux avant-postes et occupèrent les débouchés avec tout ce qu’elles avaient d’hommes en uniforme.

Le l®** juin. Napoléon avait inauguré sa prise de possession constitutionnelle du pouvoir, dans une solennité plus militaire que civile, où, pour la première fois, il avait proclamé le danger de la patrie ; c’était bien tard. Le 7, il avait fait l’ouverture de la session des chambres; le 11, il avait reçu leurs adresses, où des assurances de dévouement cachaient mal des sentiments, des prétentions qui lui avaient arraché des paroles amères, mais non dépourvues de grandeur; et le lendemain, à quatre heures du matin, il partait de Paris, très-préoccupé des dispositions de ce parlement qu’il laissait derrière lui. Le soir, il couchait à Laon et constatait que les travaux de fortification, tardivement ordonnés dans cette ville, comme ailleurs, n’étaient pas terminés.

Le 13, il était à Avesnes ; le 14, à Beaumont, à huit lieues de Charleroi.

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