MANCHE DE COUTEAU EN BU ONZE
(Collection Charvet.)
couteau : la perforation intérieure ne laisse aucun doute ; mais que représente le petit singe encapuchonné ? Mon but, en donnant un dessin exact de cet ornement appliqué à un ustensile, est d'appeler l'attention des amis de l'antiquité sur de semblables sujets. .
Quanta la date précise de ces diverses figurines, à
leur emploi, à leur usage, à leur provenaiirc, aux ateliers d'où elles provenaient, encore un peu de patience est nécessaire. I! faut avoir sous les yeux beaucoup de dessins pour la comparaison, le classement; aussi les archéogues les plus prudents sontils ceux qui écrivent le moins et mettent sous les yeux du public le plus possible de reproductions de monuments du passé.
On a beaucoup fouillé, beaucoup trouvé depuis le xviii° siècle ; l'érudition a-t-elle fait de grands progrès depuis l'époque où l'abbé Galiani écrivait:
La fable ancienne est quelquefois double, quelquefois triple, parce que, les Grecs ayant été conquis pardiiï'éreiites nations, c'est-à-dire par les Égyptiens, Tyriens e1 peuples du Nord, qui y vinrent par terre et qui étaient des Celtes, ils ont mêlé tout cela ensemble, comme si les Américaias, conquis par les Espagnols, les Anglais, les Français, mêlaient dans deux njilie ans tout ensemble et confondaient Charles V et Henri VIII et Henri IV, la reine Isabelle de Castille avec la reine d'Angleterre. Voilà la cause de la contradiction dans la mythologie et la multitude des Hercules Ihébain, tyrien, etc. Développer cela avec génie, avec goût, avec une finesse de coup d'œil heureuse, est l'affaire d'un piiilosophe érudit et pas d'un savant sans génie comme Cibelin '.
Les diverses facultés que demandait, il y a cent ans, l'abbé Galiani aux archéologues ne sont pas
I. Guliaiii parle de réiiornic compilation peu lue aujourd'hui : le Monde primitif, 9 vol. in-i, 1773-1781.
communes. Et pourtant, ce n'est pas la bonne volonté qui manque aux érudits pour découvrir des monuments inconnus; il en est qui feraient le sacrifice de leur fortune, mais ils ne sacrifieraient pas volontiers leurs visées.
L'école symbolique moderne, quoiqu'elle compte des chefs éminents,a trop facilité les rêves d'esprits creux qui s'en tirent par des mois, interprètent des types qui n'ont pas besoin d'être interprétés, et enveloppent des voiles d'une imagination confuse des choses simples et positives.
On s'est demandé si le mysticisme sacré ne ionail pas un immense rôle dans la parodie des anciens. Autant croire avec un critique anglais que Galiban de Shakspeare représente le peuple, avec les dames esthétiques que Molière est un socialiste.
Une amphore cannelée trouvée à Fasano porte sur la frise un sujet plaisant, surtout par la légende. Un coq et une oie se rencontrent dans la prairie : — Tiens, c'est l'oie! (ô-w yj.vx) dit le coq. — Tiens, c'est le coq! (w tov àyexv r^uéva) dit l'oie.
Cette rencontre de l'oie et du coq, leur conversation, ont donné à réfléchir aux symbolisateurs, qui, n'admettant pas qu'il faille prendre les monuments au pied de la lettre, font de tout décorateur de vases un penseur préoccupé de la politique de son temps, des évolutions de l'humanité et de celles
des astres. L'archéologue Minervini {BuUetlino Arch. ilal., 18G1) voit dans cette peinture « une aUasion à V antagonisme entre lesoleilet la lune » .'
Ne raillons pas trop ces chimères italiennes : certains érudils français en ont de semblables quand ils présentent également le conte du Petit Poucet comme un mythe solaire.
Celte oie, ce coq étaient en Grèce des acteurs semblables à ceux que mettaient en scène les potiers nivernais du xviir siècle. L'appellation de faïence jnirlante, que j'ai réussi à introduire dans le vocabulaire de Tarchéologie céramique', me semble applicable à ce vase aussi bien qu'à toute une série de monuments antiques du même ordre et en donne une explication, à mon sens suffisante ^
1. Champdeury, Histoire des faïences patriotiques sous la Révolution. Paris, E Dentu, in-18, 3e édition, 187").
2. M. Frœhner a adopté cette désiijnatioa dans ïx\.natomie des vases antiques. Paris, Détaille, 1876.