ET PLAGUIT ILLIS POTESTAS EJUS
1 MAGH. XIV.
Au-dessous du monument, deux jolis petits anges ^ mais un peu lourds et de figure un peu vieillotte^ tiennent dans une pose facile l'écusson de la branctie aînée des Bouille, de gueules à la croix ancrée d' argent , avec la devise d vero bello Christù Ce blason ,'qui remonte au temps des croisades , semblerait avoir été fait pour un évêque.
Six mois s'écoulèrent ^ et, à pareil jour que M. de Bouille s'en était allé vers Dieu , M. Guitton vint prendre possession, le 14 juillet 1842, du siège de saint Hilaire. La réception 'fut entourée de tout l'appareil prescrit par
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les lois nouvelles , système officiel et uniforme de joie publique^ par lequel on honore la religion , mais auquel seront toujours préférables les pieux sentiments d'une population restée profondément catholique , et que les fêtes chrétiennes émeuvent par-dessus tout. Quant au cérémonial religieux, il fut aussi simple qu'il pouvait rètre : le prélat fut complimenté par un de ses vicaires généraux à l'entrée delà ville, qu'il traversa proœssionnellement jusqu'à la cathédrale, en passant sous des arcs de triomphe de verdure et d'étoffes précieuses, élevés aux limites de chaque paroisse. Le doyen le complimenta à son tour à la tête du Chapitre, qui attendait dans le parvis; on se rendit de là au sanctuaire à. travers une foule compacte, avidement curieuse. Après la lecture faite par un chanoine des bulles et autres pièces émanées du Saint-Siège et de l'autorité civile , le pontife monta dans la chaire, ac^compagné de deux vicaires généraux , et y fit une courte allocution. Quand il fut revenu à son trône , on publia l'indulgence de quarante jours qu'il accordait à tous les assistants, et le Te Deum exprima une fois de plus les saintes joies de l'Eglise de Poitiers.
Un des premiers actes du prélat fut le rétablissement des conférences ecclésiastiques instituées en 4683 par son prédécesseur, M. Fortin de la Hoquette, et qu'avait i nlerrompues la révolu tion de 1 789 . — Elles furent reprises en 1843, et celle de Poitiers se réunit chaque mois dans notre salle capitulaire.
On procéda en 1844, sur la proposition émise l'année précédente par un membre de la fabrique, à l'arrachement des plantes et arbustes croissant dans les murs extérieurs du monument, écartant ses pierres et les rendant plus accessibles aux effets delà pluie et de la gelée.
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(4844.) DE POlTIEaS. 529
Cette opération est d'une grande importance, et devrait être renouvelée tous les ans. On éviterait ainsi les buissons qui encombrent, littéralement parlant^ la plate-forme de la grosse tour.
La cour des cloîtres , rétrécie de beaucoup par la construction des sacristies pour les chantres et les enfants de chœur, fut pavée aussi en 1844. En même temps on disposa la salle basse du clocher sud à l'usage des séminaristes : elle fut parquetée , garnie de casiers et de vestiaires, et depuis lors les séminaristes venant chaque dimanche assister à l'office cathédral s'y revêtent de l'habit de chœur et se rendent de là à leurs stalles.
Une sage réforme s'était faite encore cette année pour rendre plus dignes les enterrements des fidèles. Il arrivait assez fréquemment que les corps , après la cérémonie paroissiale , fussent portés au cimetière par des gens assez peu scrupuleux, et dont la conduite légère dégénérait en scandale. Ces porteurs étaient assez ordinairement choisis et payés par la famille du défunt. On songea à organiser un meilleur système. M. Garnier, curé de Saint-Pierre en TégUse cathédrale , fil adopter par la fabrique un règlement désignant un certain nombre d'hommes , de femmes et de filles pour s'acquitter de ce soin exclusivement à tous autres^ moyennant une rétribution convenable '• Mais, au moment où cette mesure allait se réaliser, Tautorité municipale, qui ne voyait dans les pompes funèbres organisées par une compagnie qu'une mesure d'administration convenable à son point de vue, adopta en principe l'emploi des corbillards et de tout leur accessoire. M. Guitlon, alors évêque, y con-
* Reg. defabr.^ P> 45.
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sentit. «. Cette prétendue amélioration se fit pour toutes les paroisses. La compagnie générale de Paris envoya ses agents exploiter la ville de Poitiers. — Après des pourparlers entre eux et la fabrique de Saint-Pierre sur un projet de service présenté en 1847, celle-ci adopta ce projet , modifié par ses propres conditions le 20 janvier 1848'. Ce changement a soulevé plusieurs fois déjà des difficultés sérieuses de la part des paroisses , dont le ministère a été contrarié par quelques prétentions peu acceptables, et des familles , dont quelques-unes se sont plaintes que le fisc entrepreneur ait quelquefois outre mesure grossi les frais de succession.
Depuis que le jubé formant la clôture orientale du chœur avait disparu, en 1792, l'église manquait d'un orgue d'accompagnement. M. Tabbé de Lamay, qui, le 1" mai 1846 , avait donné une tenture de velours cramoisi rehaussée d'or , et un tapis de pied pour décorer le trône aux fêtes épiscopales , remplaça encore à ses frais l'instrument depuis longtemps perdu ^ et se chai^ea généreusement de Tentretien d'un organiste*. Lé nouveau jeu, dcfnl le placement était assez difiicile, vu la disposition du chœur , fut établi , d'après l'avis de la commission archéologique diocésaine, derrière les stalles adossées au mur de la nef septentrionale'. Une coulisse glissant à volonté de la 3' à la 6^ arcade ogivale de la boiserie, au-dessus des 4% 6* ete*' formes du bas bout, découvre au moment des ofiices les tuyaux qui se trou-
Reg. defabr., f" 58 et 60.
• Reg. des actes capit , f> 4 76.
* Procès-Verbal de la commission arcbéologiqae diocésaine , p. 69 et 14.
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vent encadrés dans les trois dossiers , et les recouvre aussitôt que le chant est terminé. Le clavier est établi sur le parquet des mêmes stalles hautes, plaçant Vorganiste sur la même ligne que le clergé, et le dos tourné au buffet. On a ainsi le double avantage de pouvoir accorder parfaitement les sons de l'instrument aux voix des chantres, près desquels il se trouve, et de ne détruire en rien l'ensemble élégant et simple à la fois de notre pré* cieuse boiserie.
Cet instrument coûta 10,000 fr. , et fut accepté le 30 mai 4846 par M. d'Aubigny. Sorti des ateliers de M. Ducroquet > de Paris, succasseur de la maison Daublaine et (^allinet, il se compose : 1"" d'un clavier à la main de 54 touches; 2* d'un bourdon de 2 met 67 centim. ; 3* d'une montre de 2 met. 67 centim.; 4** d'un bourdon de 5 met. 33centim.; S** d'une doublelte; 6° d'un nasard; 7* d'un plein-jeu de huit tuyaux; 8** d'un clairon; 9*" d'une trompette. -—On lui reconnaît généralement une grande puissance et une excellente harmonie.
Derrière ces mêmes stalles , le vide creusé dans le mur pour- recevoir le mécanisme de l'orgue et sa soufflerie a été recouvert moins heureusement d'un lambris en bois dont la surface est divisée en panneaux à moulures , quoiqu'on l'ait badigeonnée d'un simulacre d'appareil qui trahit l'intention de la confondre avec le mur qui la suit : défaut de goût qui prouve encore avec quelle vigilance il faut suivre les ouvriers dans leurs travaux de décoration , et quelquefois ceux qui les dirigent.
Cette même année, fut placée de côté et d'autre de la chaire à prêcher, entre elle et les deux piliers qui l'avoisinent, une grille de fer haute de 1 met. 33 centim., destinée à protéger contre les envahissements de la foule
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rauditoire réuni dans la nef pour les instructions religieuses. Le modèle de cette grille, qu'il aurait fallu choisir plus sévère, a le double tort d'être fait sur un dessin de beaucoup postérieur à Tarchilecture qui l'enloure, et d'avoir un amortissement dont la bizarrerie ne peut se justifier par aucun modèle de cette époque. Quel artiste du moyen âge s'est jamais avisé de renverser les ogives trilobées pour les intercaler à d'autres établies dans leur position naturelle?
Enfin ce fut encore en 1846, et l'année suivante, qu'on vit couper des bases de colonnes et mutiler Tarcature supérieure des portes latérales pour installer ces massives charpentes qui, sous le nom de tambours, ont fait plus de bruit qu'elles ne valent.
L'histoire, sévère malgré elle, mais toujours impartiale , peut heureusement ici opposer à cette faute le souvenir d'une bonne action de plus. Le 15 février 1847, M. l'abbé de Larnay offrit au Chapitre de lui procurer, tant à ses propres frais que par des souscriptions, cinq cloches nouvelles , à condition d'être seul chargé de la direction de la fonte et de la pose de chacune d'elles, et même de la construction du beffroi ; de choisir tels parrain et marraine qu*il voudrait, et de faire placer sur les cloches telles inscriptions qu'il jugerait convenable. Nous douions que les ministères de l'intérieur et des cultes eussent sanctionné tout cet accord, qu'ils auraient probablement soumis à quelqu'un de leurs architectes... Quoi qu'il en soit, les cinq cloches, pesant 4,455 kilog., devaient donner les notes utj ré, mi, fa, sol, et s'accorder avec le bourdon; elles eussent coûté 15,146 francs, la fabrique n'ayant à débourser que les frais accessoires de la charpente ou beffroi , de la montée et de la pose. On
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accepta celle offre généreuse , et une délibération de la fabrique, considérant ce que la sonnerie, inférieure à celles de la pin part des succursales , n'est pas digne d'un monument unique en son genre d'architecture, et que réglise, l'une sans contredit des pluSr belles qu'il y ait ea France, se trouve défigurée par l'état actuel de la tour principale, » arrêta que demande d'un crédit serait faite au gouvernement..- Mais ces sortes d'affaires ne vont pas du même vol que les plans et devis. Quelque temps s'écoula; le gouvernement disparut; les cloches restent à faire...
Une autre remarque nous parait utile sur les clauses de ce projet. Il portait expressément , outre les conditions susdites, que le donateur s'emparerait en toute propriété des deux cloches venues de Nouaillé *. Nous ne pensons pas qu'elles dussent être fondues pour entrer dans la confection des nouvelles. Une telle opération n'était point proposable : les deux cloches en effet remontent à l'année 1727; donc, déjà vieilles et du petit nombre de celles qui survécurent au vandalisme de 93, elles sont de ces monuments qu'il faut laisser vieillir y surtout quand elles se lient à l'histoire d'un monastère célèbre, sur lequel elles perpétuent des renseignements écrits. En pareil cas, que des cloches soient mises en vente et acquises par quelque autre église du pays , la spéculation fort légitime du donateur n'y perdra rien, et l'on s'évitera un acte de destruction que l'art et l'histoire ne devraient jamais avoir à déplorer.
Après bien des vœux exprimés et, des demandes réitérées à Tadministralion municipale, la cathédrale vit
^ Délibération de la fabrique , sur uqc lettre du 45 février 4847.
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enfin ses entours devenir un peu plus abordables. Sous le quinconce des vieux arbres qui abritaient le flanc nord et une partie du terrain qui se prolonge parallèlement à la façade occidentale , le sol , mal entretenu depuis longtemps , offrait à la pluie de nombreux réservoirs formant autant de lacs passablement dangereux à certaines heures du soir. En 1846, on abatUtles arbres pour une nouvelle plantation; en 1847, on éleva la place de quelques centimètres au-dessus des rues adjacentes, qui furent repavées en échantillons de grès , comme l'espace de 4 mètres sur lequel se déversent au bas des murs les eaux qu'y projetent les achenaux. La place fut sablée, et dès lors ses dehors, plus attrayants, attirèrent les promeneurs sous les imposants contreforts et les belles verrières de l'édifice religieux. Là viennent aussi se ranger en bataille, en formant l'équerre jusque devant la façade de régli$e, les troupes appelées dans son enceinte par quelque fête publique. Les compagnies de la garde nationale peuvent s'y exercer au maniement des armes et à la tenue militaire; et ainsi participe, comme tant d'autres, au contact de nos institutions modernes, ce local cité dans nos vieilles chroniques du xi"" siècle pour sa célèbre foire au lard du jeudi absolu , et qui , avant 4789 , servait de rendez-vous aux marchands de bois \ Les arbres en étaient taillés alors régulièrement par des hommes du Chapitre. Longtemps négligés pendant les troubles politiques qui survinrent, ils entrèrent dans le marché fait le 30 ventôse an IV (19 mars 1796) avec le jardinier Bonnin, qui' se chargeait, pour 1,600 francs par an , d'entretenir toutes les promenades de la
• Almanach historique et provincial du Poitou , 4782.
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XI8i9.) DE POITIERS. 53S
ville. Celte somme fut réduite de moitié trois ans après.
En 1849, la sacristie des messes, dont le pavé s'était usé, fut parquetée en chêne. Nous eussions préféré un renouvellement du pavé, comme plus monumental. On pratiqua aussi dans le mur du chœur qui forme le tour d'équerre des deux latéraux^ au fond de l'église, deux armoires destinées à recevoir les reliques, les vases sacrés et autres objets qui constituent le trésor. C'est une des améliorations les plus importantes et les plus nécessaires que les convenances exigeassent depuis long* temps.
Cependant un veuvage nouveau était réservé à l'Eglise de Poitiers en cette même année. M* Guitton, parti de Poitiers le 30 avril pour une visite pastorale dans l'archiprètré de Niort, mourut subitement le 7 mai dans cette ville, où il remplissait un des devoirs de sa charge. Cette nouvelle, promptement répandue dans le aiôcèse où rien ne l'avait fait prévoir, jeta les peuples dans une consternation à laquelle le sentiment de la foi n'était pas étranger. Le corps inanimé du prélat, rapporté à Poitiers, reçut la sépulture le 12 mai , dans la chapelle de St-Sixte. Un simple monument lui fut« élevé bientôt après dans le même entre-colonnement où se lit l'épitaphe de M. Bailly. Il consiste en une table de marbre blanc entourée d'un cadre en marbre noir que surmonte une croix, et dont la hauteur se divise en deux parties. La première contient l'écusson sculpté du défunt, d'azur à la croix de Saint' André £ argent \ dans la seconde est gravée en lettres^ d'or cette inscription :
UIG JACET ILL. AC REV. JOSEPHVS ANDRiEAS GVITTON
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EPISGOPVS PICTAVIENSIS