PREMIÈRE TRAVÉE MÉRIDIONALE
I*'. — Chapiteau à feuilles élancées et enroulées.
2«. — Diable regardant le ciel avec un calme affecté ^^^ ses cheveux sont des flammes A sa bouche entr'ouverte ^Sj on devine qu'il blasphème, comme ces mauvais ange^^^s que Milton nous dépeint maudissant à voix basse c^^' pleins de crainte le Créateur qui les a punis*.
3". — Autre figure ignoble, chevelée de flammes, U^^ bouche fendue jusqu'aux oreilles. Il regarde la terre ^^ soit pour ne pas voir le ciel , soit pour chercher sur 1- ^ pavé du temple quelque âme à séduire et à perdre^»
' Inter caetera qu^ contra principem miindi contulit Deus, potissft:^ mum est Corpus Domiui. ( Epist. ad Mass.^ 1)7.) * Theparad. Loêi.^ Book ii.
DE POITIERS. 2Sf
Nonvmit nm**- ut mactet,etperdat. (Saint Jean ^ x, 10.)
A\ —Chapiteau décoré de charmantes feuilles dont la longue tige se termine par une fleur penchée. Au bas de la corbeille, entre deux feuilles, une petite tête grima^ gante de démon dont les deux bras ressortent de côté et d'autre d'une lige différente. Ce sujet, qui semble une anticipation sur les caprices de la renaissance, fait penser au serpent tentateur, représenté sous une face humaine au milieu de Tarbre de vie dans quelques manuscrits des xiv* et xv« siècles.
5*. — Buste de femme, cheveux courts et frisés , yeux larges et saillants , bouche éntr'ouverte. — Au milieu de ces détails peu gracieux, restes d'une beauté effacée qu'on lit encore, et qui avertissent du néant de ces périssables avantages. — C'est encore la pensée de Salomon par laquelle il termine l'éloge de la femme forte : «La grâce ^t trompeuse, la beauté s'évanouit; la femme qui craint le Seigneur mérite seule d'être louée \ •
6'. — Autre portant dans ses traits l'empreinte de Tindifférence et du dédain. —Orgueil caché qui cherche vainement à dissimuler sa honte.
7% — Chapiteau à feuilles de chêne très-délicates.
Ss^Un homme d'armes coiffé de la salade, vêtu de la cotte de mailles, tient de la main gauche un bouclier ^ ovale, de la droite une épée dont on n'a plus que le pommeau. Il regarde et menace le suivant ,
9% —Qui, sous l'habit d'un pauvre , les bras nus , un ttiisérable mantelet rejeté sur les épaules, témoigne, par Vhorrible contraction de sa face, une profonde teireur. De sa main droite il écarte de ses yeux le capuchon qui
/* Proverbes , xxxi , 30.
couvre sa létc; de la gauche il tient sur Tépaule un houe dont il ne cherche pas même à se défendre. — Il y unité évidente entre ces deux sujets. — C'est un épisoc3 de quelque légende aujourd'hui oubliée; ou bien no ij pouvons y voir un avertissement des peines quiattendei l'impie au dernier jour, donné autrefois par Isaïe sot la figure de Babylone : Omnis qui inventus fuerit occiMw^ et qmnis qui supervenerit cadet in gladio. ( Isaïe , xiii, 1 5. ]
1 0* Charmant chapiteau de feuilles enroulées orné^
de perles. ( N^ 33. )
11% — Une femme assise , revêtue de longs habits < dé la guimpe, relève des deux mains son voile et regarc le ciel. (N** 34.) —Ame qui se sent exilée ici-bas, e danger de se perdre, invoque le secours d'en haut, < soupire après la fin de l'exil : Levavi oculos meos in mont unde veniet auxilium mihi. ( Ps. cxx, 1 . )
12% — Autre femme assise, la tête couverte d'un voi ouvré qui laisse apercevoir ses cheveux bouclés avec ur certaine prétention. Elle regarde la précédente en riant elle lui présente de la main droite un miroir de petite d mension, ovale et encadré dans une sorte de petite boîte de l'autre^ elle semble cacher en arrière un livre feriï que notre dessinateur a oublié (n** 35); sa physi< nomie mondaine, la recherche de son costume, laissoJ peu douter qu'elle ne présente à celle qui la précèc les attraits du siècle en lui cachant les vérités de l'Evaf gile. — Lutte du monde contre la piété, qui ne triompl qu'en se rapprochant de Dieu. — Ces deux sujets soJ inséparables.
1 3e. —Joli chapiteau orné d'une végétation à tig€ élancées, à feuilles étroites et recourbées.
DEUXIÈME TRAVEE MÉRIDIONALE.
1*'. — Chapiteau à cornes recourbées en ammonite, el orné de délicieuses feuilles de chêne chargées de rangs de perles.
2*.— Face grimaçante d'un effroyable rictus, la bouche ouverte, les dents serrées, les cheveux ondulants — Ame mal inspirée critiquant la piété sincère jusque sous les regards du Seigneur.
3«. — Démon la tête enfoncée dans les épaules, assis à terre, les bras nus , le corps à peine couvert d'un morceau d'étoffe qu'on n'aperçoit qu'entre ses jambes. Ses joues gonflées projettent de l'air dans un instrument à vent sur les trous duquel ses doigts sont échelonnés. (N° 46. ) L'instrument est brisé, et nous laisse à douter si le musicien rentrait dans la catégorie de ceux qui figurent aux chants xxi et xxii de YInferno.
à\ — Chapiteau mêlé de feuilles grasses et de feuilles d'eau.
5*.— Buste de femme souriante renfermé de toutes parts dans une plante dont les feuilles s'enroulent sur tous ses contours , s'élèvent sur sa tête et retombent sur son front comme une coiffure. (N** 36.) Ses traits réguliers, ses yeux fermés, sa bouche doucement entr'ouverte comme pour une respiration paisible, paraissent les ca-
I ractères d'une âme placide qui s'est endormie dans la
pensée de Dieu, et dont peut-être cette pensée charme les songes. — In pace dormiam et requiescam. ( Ps. iv, 9. )
6«. — Large et dégoûtante figure de démon. — Ses oreilles de loup se couronnent de deux cornes de bouc qui se rejoignent sur le front en aboutissant leurs deux extré-
mités. Ses grands yeux sont ouverts outre mesure; sa bouche jette un rire affreux; son cou est entouré d'un collier sur les bords inférieurs duquel s'agitent des flammes. — Désordres des passions brutales dans un être cruel qui y trouve une affreuse joie. — (F. encore Vincent de Beauvais , Ruban Maur. , et les bestiaire$ du moyen âge.)
7*. — Délicieux chapiteau à feuilles de chêne.
8^ — Figure impassible, barbe en désordre; moustache épaisse , s'arrondissant avec les contours de la lèvre supérieure- — Cheveux disposés en grosses tresses sur son front. — Mauvais esprit, caractère sombre qui tôt ou tard fait le mal.
9*. — Homme assis, les deux jambes pliées , les deux pieds par terre , appuyant ses deux coudes sur ses deux genoux, et de chaque main tenant une épaisse mèche de sa barbe de bouc , qu'il a partagée en deux portions égales. Toute sa tête, sur laquelle ses cornes se replient, est d'un bouc qui n'en conserve pas moins quelques traces de la physionomie humaine. — Image des instincts bas et luxurieux. — Elle revient souvent, parce qu'il faut souvent la combattre, et qu'elle a des traits si divers!
10«. — Chapiteau à feuilles de chêne.
11^ — Grosse et longue face grimaçante, tirant la langue que dévorent deux oiseaux appuyés sur sa poitrine. (N° 37.) — Supplice du parjure, du calomniateur? de quiconque enfin s'est servi de la langue pour déshonorer son âme. Totd die injustitiam cogiUwit lingua tua.» -•* Proptereà Deus destruet te in finem \ — Nous lisons o^ II'' liv. des Machabées que Judas, ayant vaincu Nicanor^
• Ps. LXI.
se fit apporter la tête de ce général, qui avait été tué dans le combat , et qu'en punition de ses blasphèmes , il fit couper en morceaux sa langue, qui fut jetée en pâture aux oiseaux *.
12. —Tête calme, aux yeux fixes , à la bouche entr ouverte; sa chevelure ondoyante retombe du front derrière les oreilles. — Des moustaches descendent de chaque côté du menton. — Paix intérieure jointe à la beauté et à la force physiques.
13** — Chapiteau à fleurs d'eau très-déliées, avec de jolis enroulements.