CHAPITRE IX
DITE DES MODILLONS. — La sirène. — Scène d'ensemble ; Résurrection des morts. — Le povre peuple. — L'Ange de lumière.
CROISILLON MÉRIDIONAL. ( Mw Orientai.)
1". — Un ange mollement étendu, et rappelant par la légèreté de sa pose celle de sa nature aérienne, sert de chapiteau à une colonnette, et, les ailes èployées , tient «ne longue trompe dont il joue. (N** 41.) — Cet instrunaenl n'a qu'une courbure peu sensible et a dû être employé jusque vers le milievi du xv* siècle au moins , car on le retrouve dans la fameuse tapisserie de Nancy, qu'on ^it dater de cette époque. — On verra que cet ange n'a pas ici un rôle isolé.
2*. — Figure diabolique, grinçant des dents et surmontée de ses cornes. Sa physionomie est mêlée de celles du loup et du taureau. — La cruauté jointe à la force.
3^ — Autre à face tout aussi hétéroclite, les cheveux enflammes,
4*. — Chapiteau à feuilles fortement galbées.-
5*. — Tête de diable avec oreilles de loup lui servant de cornes au-dessus du front. — Ricanement insolent et stupide ; bouche à moitié ouverte.
6*. — Grosse tête de diable baissant les yeux ;— oreilles de loup et cornes à côté. Deux touffes épaisses de barbe tombent de ses joues.
7% Joli chapiteau mêlé de feuilles d'eau et de chêne.
8*- — Diable tirant la langue; oreilles de loup; mouslachesL minces : la barbe des joues retombe de chaque côté en mèches pointues.
9^ — Une sirène, reproduisant exactement cette belle femme d'Horace dont le corps se termine en poisson. De sa main droite elle tient la partie inférieure de son corps relevée jusqu'à la hauteur de sa tête. (N** 55.) — Souvenir du baptême, souvent reproduit dans les églises du diocèse , et très-curieux surtout à Civaux. — Mais aussi symbole diabolique des trois concupiscences qui causent la mortéternelle de l'homme ; saint Jérôme les cite comme étant de grands démons^ et Isaïe les place dans les temple où les païens adoraient les plaisirs grossiers : « Sirènes in delubris voluptaiis , » c xiii , v. 22.
10". — Chapiteau à feuilles d'eau galbées.
1 1 •.— Un ange vient d'ouvrir un cercueil d'où s'échai^p^ le drap mortuaire^ et dont il retire à grand'peine ufl homme qui semble opposer ses efforts aux siens : on dirait que celui-ci veut demeurer dans le tombeau. L'envoyé céleste, par ses regards et le jeu de ses traits , exprime un sentiment de tristesse*
12^ — Un autre ange devant un autre tombeau ouvert' Sur sa physionomie, piété douce et persuasive. Un mort à moitié réveillé et calme de figure cède au mouvement
d'un ménestrel qu'un génie créateur en musique. (N* 4h4.) — Grands et petits, libres et esclaves, doctes et ignorants, ciiacun fait sortir de son âme, dans la grande société chrétienne, une expression d'adoration intérieure dont la forme varie selon son plus ou moins d'intelligence et de savoir; mais cette forme vient toujours du même principe et tend à la même fin. — L'Eglise n'a jamais oublié le povre peuple.
13^ — Chapiteau à feuilles d'eau garnies d'un fruit à chaque extrémité.
MÊME CROISILLON. (Muf occidentul.)
i'\ — Chapiteau à feuilles d'eau sveltes et galbées.
2*. — Tête couronnée de pointes de flammes ; moustaches; oreilles de satyre. Expression militaire, de hardiesse et d'assurance. — Satan y dit saint Paul , se transforme en ange de lumière ' ; mais comme il y a toujours dans l'astuce de ses inspirations quelque signe de sa présence auquel l'âme vigilante peut le reconnaître , ainsi , dans la forme artistique de cette pensée, a-lril fallu laisser à travers cet air de calme, parmi ces traits qui n'ont rien de la laideur habituelle du mauvais esprit, des caractères dislinctifs de sa nature. L'audace perce donc ici dans le jeu de cette physionomie animée. Sur cette tête en feu les coraes ne viennent pas déterminer clairement le personnage; mais ces oreilles équivoques suffisent pour le faire suspecter : elles appartiennent à une race fort ^nnue dans le paganisme, et dont les habitudes mal famées ont souvent porté les plus anciens peintres et
' Satanas transformat se in angelum lucis Ç2€or.^ji,\A ).
sculpteurs du christianisine à rét^réseiiter sous ses formas hidèuâCs la personnification visible du démon \ SaiBl Jérôme % s&intÂtbanase S eiù parlent dans ce sensuel la liiême idée s'est reproduite quelquefois dans les traditions rabbiniques ^.
3*. — Tête de lion à poil hérissé. De dessous s^s oreilles Sortent deux bras d'homme dont les mains s^ cachent à moitié dans la gueule. Expression de cruauté 9 abus dé la fotCe, qui rendent l'homme colère semblable à cet animal.— Noli e$$e sicut ko in domo tud , e^êrteni dom^^^ tiœs tuos , et opfyrimens subjectos tibi. ( Ecoles. , iv, 35. )
4^ — Chapiteau à fort jolies feuilles à longues tige^=5 5 recourbées en enroulements.
5*. ^ Tète d'homme couronnée. Ses cheveux cour&:wil ett tresses épaisses de chaque côté du front, et retomba mil en boucles Sur Ses épaules; figure calme, barbe ^311 CôUiér.
6'. -^ Autre tête d'homme couronnée. Un petit nez, le bouche béante, des yeux larges et saillants, lui donnant une expression de stupidité. Sa barbe épaisse descend dles jouée, et forme une touffe qui se termine en pointe de Chaque côté et au-dessous du menton.
Ge modillon et le précédent semblent dfôtinés à étal3lîr un Contraste. Ces deux couronnes, ces têtes si différentes, ne seraient-elles pas des princes dont le bon ou mauvais caractère sont tracés comme deux leçons ? L'Ecclésiaste a dit : Beûlâ terra cujus rex nobilis est{\, 1 7 ; et ailleurs • Mdiôr eslpiAer sapiens rege stulto ( iv , 1 3 ).
' F. Moûtfaucoû , Jntiq. expliq. , 1. 1 , 2* part. , p. 264 çt saiv.
* Fita sancti Pauli eremiiœ.
' Fila sancti Antonii.
* F. les commentatetirs sur les ch. xni d'isaïe et l de J^rémic.
7'. - Chapiteau à feuilles d'eau hautes et galbées.
8'. — Tête ae femme ceinte d'un diadème. Front découvert, cheveux bouclés retombant sur ses épaules, flgure empreinte de calme et de piété. — Mulier timens Dmimm ipsa laudabitur. ( Prov., xxxi , 30. )
9\ — Autre tête de femme coiffée d'un voile retombant sur ses épaules; exprimant , par ses grands yeux ouverts et sa bouche à demi fermée, une attention mêlée d'étonnement et de désir. — Mulier occurrit juveni..* prœparata oddecipiendas animas. . et procaci vultu blanditur. ( Prov. , vn, 13. )
Ces deux femmes ne sont-elles pas la contre-partie des djeux tèfes d'hommes que nous venons, d'examiner? Le langage de la Sagesse divine que nous citons prouve de reste que ce sexe n'a pas un moindre besoin d'averlissemenls charitables.
10^ — Chapiteau comme le n" 7.
11*. — Grosse et large figure qui fait penser à celle de Domitien sur les médailles romaines. Deux cornes recourbées joignent leurs ,extrémités sur le haut du front; sa vaste bouche présente, au milieu de la mâchoire supérieure, deux dents aiguës comme celles d'un loup. — Une des races maudites par l'auteur des Proverbes : Generatio quœ pro dentibus gladios hahet. ( xxx, 14.)
12*. — Tête de femme d'une beauté calme et sévère. Elle est coiffée d'une espèce de calgtte relevée aux deux côtés de la tête par deux pointes obtuses , et retomb^jat sur le derrière du cou. Les bords et les coutures de cette coiffure sont garnis de perles ou de broderies. Cet ensemble a de l'élégance. (No 45.)— Peut-être avons-nous Irouvéla femme forte, plus heureux que Salomon : Mufortem qui inveniet? — (Prov. , xxxi , 1 .)
13*. — Chapiteau à hautes feuilles d'eau dentelées cl galbées.