‹ Histoire de la cavalerie françaiseChapitre 4 sur 68 · Ordener (N.), 25 mars i8i · texte numérisé non relu

Ordener (N.), 25 mars i8i

On s^est trompé sur l'origine de ce régiment, en le confondant avec le régiment français organisé en i635 sous le titre de Gglonel général. Celui-ci appartenait au duc d'Angoulême, ou plutôt à son fils le comte d'Alais, qui exerçait à cette époque, en survivance de son père, la charge de colonel général de la cavalerie légère. La permanence n'était pas encore acquise aux régiments; ils suivaient la fortune de leurs chefs et ce premier régiment Colonel général perdit son titre et ses privilèges au moment où "la charge de colonel général sortit de la famille de Valois- Angoulême pour passer dans la maison de La Tour d'Auvergne.

En fait, les choses se passèrent ainsi : le duc de Joyeuse, gendre du comte d'Alais et titulaire de la charge à son tour, meurt en 1654 devant Arras, Turenne, qui en avait sans doute fait un6 des condîKons de «a rentrée dans le devoir, est nommé colonel général ; mais Mazarin refuse de le

déclarer parce que Turenne est protestant et recule devant une abjuration. Il ne se décide qu'en 1657. Pendant ce t^mps, l'ancien régiment Colonel général, qui servait en Flandre, est envoyé au fond de ritalie, sous les ordres de M. du Vignau, son premier capitaine, et il y est obscurément licencié à la fin de la campagne de i656. Turenne avait-il exigé ce licenciement pour éviter toutes contestations ? C'est probable.

Quoi qu'il en soit, le maréchal, balancé entre ses opinions religieuses et ses intérêts, bien chapitré par les prélats de cour et encouragé par les dames qu'il aimait fort, finit par imiter Henri IV, et fut déclaré colonel général en cessant d'hêtre protestant.

Le régiment cte Turenne, qui devint le régiment Colonel général et qui a conservé ce titre depuis le 24 avril 1657 jusqu'au i®' janvier 17Q0. était un régiment weymarien, le seul qui ait suritai après la paix des Pyrénées des i6 régiments de cavalerie cédés à Louis XIII par le duc de Saxe-Weymar, et, suivant toute probabilité, il a dû être levé en 1 63 1 par ce prince au moment où Gustave-Adolphe intervint les armes à la main dans les affaires d'Allemagne. Après la mort du roi de Suède, tué en i633 à Liitzen, Richelieu devint le véritable directeur de languerre et s'attacha le duc de Weymar, dont il finit, comme on Ta dit, par acheter les troupes en

Colonel général.

vertu d'un traité signé en lôSg. Elles étaient depuis le 26 octobre i635 à la solde de la France.

Sous les ordres du colonel Trefski, on rencontre pour la première fois le régiment à Parmée de Lorraine en i636. Les années suivantes il est sur le Rhin. En 1640, il occilpe Pont-à- Mousson. Il retourne en Allemagne en 1641, et devient le 17 octobre la propriété du colonel Flechstein. Sous ce nouveau nom, il e>t cité en 1643 à la bataille de Duttlingen, en 1645 aux batailles de Mariendhal et de Nordlingen. En 1647, Flechstein est à l'armée de Flandre. Il retourne en Allemagne en 1648, revient en Flandre en 1649 ^^ il est donné au colonel Nimit:{. Il était alors, et depuis le 24 février 1647, complètement assimilé aux régiments français, se recrutant comme eux et roulant avec eux en toutes circonstances.

Pendant les troubles de la Fronde, Nimitz fut appelé en Picardie, et ce fut le 3 juin i65i que, devenu la propriété de Tillustre maréchal, il prit le nom de Turenne, Il était alors par Tancienneté de son chef comme mestre de camp, et par suite des réformes et des destructions survenues dans la tête de la cavalerie, le onzième des régiments de cavalerie en service. Le maréchal, qui se faisait un peu payer sa soumission par Mazarin,^ obtii^d' abord de reconstituer le régiment sur le pied crc 6 compagnies, et le 29 décembre suivant il fut autorisé à le porter à 12. Il servit cette

même année en Lorraine et assista à la prise de Chaste. En i652, la guerre civile l'appela sur la Loire, et on le trouve à Gergeau, à Blesneau, à Etampes, au combat du faubourg Saint-Antoine et à la poursuite des Lorrains. En i653, il contribue à la prise de Rethel, de Mouzon et de Sainte-Ménehould. En 1654, il est en Flandre, aux sièges de Stenay, d'Arras, du Quesnoy et de Binch, en i655 au ravitaillement du Quesnoy, de Landrecies, de Condé et de Saint-Ghistain, et en i656 devant Valenciennes et La Capelle.

Turenne ayant enfin été déclaré colonel de la cavalerie légère, son régiment prit le titre de Colonel général, titre qui entraînait deux conséquences importantes : sa première compagnie reçut en dépôt la cornette blanche et il prit de droit le premier rang dans la cavalerie, conformément à Tordre royal du 29 mai 1 645 qui avait accordé la préséance aux régiments des officiers de Pétatmajor de la cavalerie. Cette mesure avait été prise par Anne d'Autriche pouf en finir avec les réclamations du régiment Royal qui, formé le 1 6 mai i635, disputait le pas au régiment du duc d'Angoulême organisé le 24 janvier i638.

Le marquis de Saint- Viance, placé par Turenne

la tête de son régiment en qualité de mestre de

camp commandant, conduisit celui-ci en 16 57 à la

prise de Montmédy, de Cambrai, de Saint- Ve-

nnat, de Waters, Bourbourg, La Motte-aux-Bois

CQlonel général.

etMlBuxfyck. En i658, Colonel général pifticipe à la victoire des Dunes, et demeure cantonné dansles Flandres, où il subit le 20 juillet 1660 la réforme ordonnée par Louis XIV. Il n'en resta sur pied que la compagnie colonelle.

Rétabli le 5 décembre i665 et placé sous le* ordres du marquis de Renty, il assista en 1667 à la prise de Tournai, de- Douai et de Lille. On le trouve en 1 668 en garnison à Audenarde, fort de 9 compagnies, et celles de ces compagnies qui échappèrent aux réformes de cette année demeurèrent dans cette place.

Les régiments appartenant aux officiers généraux de la cavalerie, au roi et aux princes de sa famille étant devenus permanents à partir de l'année 1671, comme Pétaient déjà les régiments de rinfanterie, le rang et les privilèges du corps se trouvèrent fixés. Il est resté jusqu'à la fin i^*" régiment de cavalerie et Colonel général, et sa i^® compagnie eut, à l'exclusion de toute autre troupe de cavalerie légère, droit à l'enseigne blanche, entièrement blanche, ainsi qu'à l'emploi de chevaux gris. Toute la cavalerie légère devait le salut à la cornette blanche, et celle-ci ne le devait qu'aux princes du sang, au général commandant la cavalerie de l'armée où elle se trouvait, et au général en chef de cette armée.

En 1672, Colonel général, rétabli sur le pied de i

6 compagnies, fait jJartie de l'armée du roi en

Uollandj&t II passe l'hiver dans la province d'Utrecht, assiste en 1673 au siège de Maëstrichtet rallie ensuite T armée que commandait Turenne sur le Rhin. Il combat avec le maréchal en 1674 à Sintzheim, où son glorieux chef charge à la tête de ses escadrons, à Einsheim et à Mulhausen.

En 1675, on le voit aux combats de Turckheim et d'Altenheim, et au secours d'Haguenau et de Saverne. Il ne paraît pas s'être trouvé à Taffaire dp Sassbach, où Turenne fut tué d'un coup de canon.

Pendant les campagnes suivantes, on ne voit plus figurer Colonel général dans les grandes armées d'opérations. Fut-ce par suite du sourd mécontentement éprouvé par Louis XIV après le refus fait par le comte d'Auvergne de céder sa charge au duc du Maine ? Faut-il attribuer l'oubli dans lequel a vécu le régiment pendant plusieurs années à l'obscurité des mestres de camp par lesquels il convint au comte d'Auvergne de se faire représenter? Il est impossible de le dire. Toujours est-il que le régiment ne reparaît nettement qu'en 1 688 au siège de Philisbourg, à celui de Namur, et aux combats d'Heidescheim et de Steinbach. Il demeura probablement sur le Rhin les dernières années de cette guerre, et il ne s'y passa rien de remarquable.

La guerre de la succession d'Espagne lui fut plus favorable. Envoyé en Italie, il prit part à la

Colonel général.

victoire de Luzzara, à Pexpédition dans le Trentin et aux sièges de Verceil, d'Ivrée et de Verrue. A Calcinato, le 19 avril 1706, il gravit résolument une montagne fort rude, surprit et défit Taile droite de Tennemi.

Appelé à Tarmée de Flandre, après la perte de la bataille de Turin et Tévacuation de Tltalie, il se trouva en 1 707 à la bataille d*Audenarde, en 1 709 à celle de Malplaquet et en 1 7 1 2 à celle de Denain, suivie de la prise de Douai, du Quesnoy et de Bouchain. En 1 713, il est envoyé à Tarmée du Rhin et concourt à la défaite du général Vaubonne et à la prise.de Landau et de Fribourg.

En 17 14, il fait partie du camp de la Haute- Meuse, et en 1 73o de celui de la Sambre.

Envoyé en 1733 à Tarrnée du Rhin, il assiste au siège de Kelh. L'année suivante, il prend part au combat des lignes d'Ettlingen et au siège de Philisbourg, et en 1735 à Tafifaire de Klausen. A la paix, il eut ses quartiers à Mouzon et Damvilliers.

Désigné en 1741 pour Tarmée de Bohême, il assiste à la prise de Prague, combat à Piseck et Sahay, se trouve au ravitaillement de Frauemberg, à la défense de Prague et aux divers engagements delà retraite. Rentré en France en février 1743, il se refait à Pontarlier et Ornans, passe dans la haute Alsace, arrive à Strasbourg à la fin de mai, est incorporé dans Tarmée du Rhin et assiste II. I.

lO

à la bataille de Dettingen et au combat de Rheinweiler. En 1 744, après avoir passé Thiver à Péronneet Saint-Quentin, il joint Tarmée de Flandre, couvre les lignes de Menin et termine la campagne au camp de Courtrai. En 1745, il combat vigoureusement à Fontenoy et poursuit les Anglais en déroute. Le mestre de camp et plusieurs officiers y furent blessés. Il assiste ensuite à la prise de Tournai, où il reste en garnison.

En 1 746, il est à l'occupation de Bruxelles et à la bataille de Raucoux; en 1747, il combat encore à Lawfeld, passe Thiver à Audenarde et achève cette guerre en 1 748 au siège de Maëstricht. La paix faite, il est envoyé à Vesoul, qu'ail quitte en 1751 pour aller à Belfort, puis à Valenciennes en 1753, au camp d'Aimeries-sur-Sambre, et à Limoges en 1764, à Strasbourg en 1756 et à Landau en 1757. Après la guerre de Sept ans, dont Colonel général a fait toutes les campagnes en Allemagne et où il combattit à Haastembeck et à Minden, il reçut par incorporation les 4 compagnies du régiment de Montcalm et fut complètement réorganisé à Gray le i®"^ avril lyôS, sur le pied de la nouvelle ordonnance. On le trouve ensuite à Maubeuge en 1765, à Strasbourg en 1767, à Vendôme en 1769, àStenay en 1772, à Issoudun en 1 774, à Strasbourg en 1 776, à Schlestadt en 1778, à Joinville en 1779, à Metz en 1780, à Calais en 1781, à Moulins en 1783,

Colonel général, ii

à Colmar en 1 786, à Sedan en 1 787, à Lille en 1 788, à Philippeville en 1 790 et à Condé en

Il a servir de 1 792 à 1 794 à Tarmée du Nord et s'est trouvé aux batailles de Jemmapes, Tirlemont et Neerwinden. Envoyé un instant dans rOuest en 1795, il est ensuite appelé à Tarmée: d'Italie, et combat avec elle jusqu'à la paix d'Amiens. Il était à Galdiero, à Rivoli, au Taglia^ mento, à la Trebbia et à Novi.

Rentré en France, il passa le temps de la courte trêve de 1799 à 1800 à Paris et Versailles et retourna en Italie pour faire la campagne de Marengo.

Devenu i®^ régiment de cuirassiers en i8o3, il part de Landau en i8o5 pour joindre le corps de réserve de cavalerie de la grande armée sous Murât, et fait avec ce corps les campagnes d' Austerlitz, d'Iéna, d'Eylau et Friedland. En 1809^ attaché au 3* corps de cavalerie, il combat à Essling et Wagram. Après une année de repos à Metz, il retourne en 181 1 en Allemagne pour faire partie du corps d'observation de l'Elbe et marche en 181 2 en Russie. Il est cité à Polosk, la Moskowa et la Bérézina» De l8i3 à 18 14, il est à Hambourg, à Leipzig, à Hanau avec le 2® corps de cavalerie. Il fait sa quatre-vingt-quinzième et dernière campagne en 181 5, combat avec furie à Waterloo et vient, lui qui avait entendu la voix.

de Turenne, terminer obscurément sa glorieuse carrière à Loches, où il est licencié le 24 décembre 1 8 1 5 comme un simple régiment de marche.

Quelques-uns de ses débris sont versés en 18 16 dans la formation des 2 régiments de cuirassiers de la garde royale et son fond est entré dans la composition du régiment des cuirassiers de la Reine, 4® régiment actuel, qui reçut en même temps le fond du io« régiment, ex- Royal-Cravates.

Pendant la première Restauration, le i^^ régiment de cuirassiers avait porté le titre de Cuirassiers du roi.

Colonel général avait, avant la Révolution, 12 trompettes, i timbalier, et, comme tous les régiments de cavalerie, 8 étendards, i blanc frangé d'argent et 7 noirs frangés d'or et marqués des armoiries ou symboles de Turenne et du colonel •général. On y voyait d'un côté 4 tours d'Auvergne et au centre le soleil royal et la devjse : Nec pluribus impar. Il y avait au revers une colonne de feu en marche avec cette inscription : Certum monstrat iter. Le tout brodé d'or et d'argent.

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