De Saint-Amand (Jean-Baptiste-Antoine Canavas
iS mars 18 14.
Louis XIV, qui avait un goût particulier pour la guerre de sièges, et qui venait, pendant la rapide conquête des places de la Flandre, de prendre une haute idée de ses talents dans cette branche de Fart militaire, qui, d'un autre côté, aimait le faste sous toutes ses formes, les cavalcades et les chevaux, se laissa facilement persuader par Louvois^ d'accord cette fois avec le favori du jour, de constituer, pour les dragons et carabins, un service à part, intermédiaire entre ceux de Tinfanterie et de la cavalerie, et modelé sur les mousquetaires, dont le service venait d'être récemment organisé et défini pour combattre à pied et à cheval dans les sièges et dans les batailles.
Il existait, à ce moment, 2 compagnies des anciens carabins d'Arnaud de Corbeville, échappées aux réformes de 1660 et 1661 , et maintenues pour justifier la charge de mestre de camp général des carabins, dont était pourvu le comte de Quincy , et I régiment, levé en i656, sous le titre de Dragons étrangers du roi, qui comptait 20 compagnies, dont Puyguilhem était mestre de camplieutenant depuis l'année i658, et dans lequel avaient été incorporées, le 3o septembre 1660, les compagnies du fameux régiment de dragons levé. II. 17
en i65j en Alsace et en Lorraine par le maréchal de La Ferté.
De ces 22 compagnies, il fut décidé, le 2 janvier 1668, qu'on formerait 2 régiments de dragons, et ces régiments, formés le 27 janvier à Tarmée de Franche-Comté, furent portés chacun à 16 compagnies de 60 hommes. La compagnie générale provenait des Dragons du Roi. Après la rapide conquête de Besançon, de Dole et de Salins, 'le roi n'avait rien à refuser à son conseiller; il créa pour lui, le 2 avril, la charge de colonel général des dragons, ce qui entraînait la possession de Tun des 2 régiments. Celui que le roi se réserva, et dont il donna le commandement à M. de Bonvisy, était composé de 6 escadrons ou 12 compagnies, provenant toutes des Dragons étrangers du roi, et prit le nom de Royal-dragons. L'autre, qui avait reçu les 2 vieilles compagnies de carabins, demeura au favori et prit le titre de Colonel général.
Il est devenu banal de constater irintervention des femmes au fond de toutes choses. La création de l'arme spéciale des dragons n'échappe pas à cette règle. Voici ce qu'on en a dit. Le duc de Lauzun était maître en galanterie, et il venait en aide au roi dans ses affaires de cœur; mais, comme il arrive souvent, Lauzun prétendait travailler aussi pour lui. De là des jalousies, des querelles, des brouilles, suivies de raccommodements et
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dHine recrudescence défaveurs pour Tindispensable compagnon de fortune. En i665, Louis XIV avait voulu forcer Lauzun de quitter la cour pour aller rejoindre son régiment en garnison en Picardie. Le mestre de camp, qui était amoureux de la duchesse de Monaco, et qui pensait que le roi était aussi féru des charmes de cette belle, vit dans cet ordre une ruse de guerre et refusa net de quitter la place. Il n'y gagna rien pour le moment; le roi, sans hésiter, envoya son ami passer quelques mois à la Bastille. Lauzun n'en sortit que le jour où le roi eut de nouveau besoin de ses services, et il sut se les faire payer.
De ce qui précède, on pourrait conclure que le régiment Colonel général des dragons avait pour origine les carabins d'Arnaud, et que le 3® régiment de dragons de nos jours, dans lesquel vinrent se fondre, en 18 16, les débris de Colonel, général, aurait quelques raisons de se considérer comme le plus ancien régiment de cavalerie de France, et peut-être de TEurope. Ce ne serait qu'en Espagne, croyons-nous, qu'il pourrait exister des corps de troupes à cheval dont l'ancienneté remonterait au delà de l'année 162 1.
Nous avons expliqué ailleurs comment les détachements de carabins, attachés en 161 5 aux compagnies de chevau-légers, en furent séparés en 1 62 1 , et réunis devant la Rochelle pour former un corps particulier sous le commandement
supérieur d'Arnaud de Corbeville, qui fut investi, le i«^ avril 1622, du titre et de la charge de mestre de camp général des carabins. Il s'agit donc bien ici d'un régiment constitué sous la forme que Richelieu donna aux régiments de cavalerie en i635 et i638.
Voici quels ont été les services de ce régiment de carabins. Pendant le long blocus de la Rochelle, et jusqu'à la réduction de cette ville en 1628, il marcha constamment avec le régiment d'infanterie de Champagne. De 1623 à 1 63 1, il est à l'armée de Savoie, de i632 à i635 à l'armée de Lorraine. Dans l'organisation de cette dernière année, les compagnies de carabins étrangers forment un régiment à part qui est donné au duc de Saint-Simon. Les 16 compagnies françaises constituent seules le régiment de Mestre de camp général.
Celui-ci fait partie en i636 de l'armée de Picardie et se trouve au secours de Corbie. En 1637, il fait les sièges de Landrecies, Maubeuge et la Capelle; en i638, il est au siège et au combat de Saint-Omer ; en 1639, il commence la campagne devant Hesdin et va la terminer en Lorraine au siège et à la bataille de Thionville. Il fait les 3 campagnes suivantes en Picardie, revient en Lorraine en 1643, contribue à la prise de La Mothe, passe en Allemagne en 1 644 avec le prince de Condé et se trouve à la bataille de Fribourg.
En 1645, les carabins d'Arnaud sont partagés en 2 détachements. 8 compagnies restent en Allemagne tX combattent à Nordlingen ; les 8 autres sont envoyées à Tarmée de Catalogne. En 1646, les premières sont appelées en Flandre pour faire le siège de Dunkerque. En 1647, le régiment est tout entier en Catalogne. En 1648, il est tout entier en Flandre. Il quitte cette frontière à la fin de i65o pour marcher au secours de Mouzon et il contribue à la défaite de Turenne à la bataille de Rethel. Pendant les années suivantes et jusqu'à la paix, il est employé sur la frontière du nord, poussant son action jusqu'en Champagne. Arnaud de Corbeville fut remplacé le 24 octobre 1654 par le marquis -.de Vandy, et celui-ci eut pour successeurs le marquis de Vaubrun en i658, et le comte de Quincy en 1660. Le 18 avril 1661, le régiment fut réformé. On n'en conserva que les 2 compagnies qui entrèrent, comme nous l'avons dit, dans la formation du Colonel général des dragons.
Celui-ci, après avoir fait la courte campagne de 1668 en Franche-Comté, se ressentit de la disgrâce finale du duc de Lauzun qui avait prétendu épouser la tante du roi. Il ne fit pas la campagne de 1672 en Hollande, et se vit même enlever une partie de ses compagnies reportées au régiment Royal. Remis complètement sur pied, l'année suivante, il fut appelé au siège de Maëstricht, et il
commença à établir sa réputation en 1674 à la bataille de Séneff ; il y chargea 2 fois l'ennemi, le rompit entièrement et le força à lâcher prise.
En 1675, il contribue à la prise de Dinant^ Huy et Limbourg; en 1676, il fait les sièges de Condé, Bouchain et Aire, en 1677 ceux de Valenciennes et de Cambrai, et en 1678 ceux de Gand et d'Ypres. Le marquis de Rannes, qui servait cette année à Tarmée d'Allemagne en qualité d'officier général, se fit tuer au combat de Seckingen.
Après avoir séjourné en 1681 au camp de la Sarre, en i683 à celui de la Saône, en i685 au camp de l' Adour et en 1 687 au camp de la Saône> le régiment est appelé à l'armée de Flandre. Il fait sur cette frontière les 2 premières campagnes de cette guerre, les 2 suivantes en Allemagne, et celles de 1692 et 1698 en Flandre, sur la Moselle et sur le Rhin. Le mestre de camp Saint- Florentin s'est fait tuer à la bataille de Steenkerque. A Neerwinden, son successeur, M. de Saint- Mars, fut également tué. Le régiment, rappelé en Flandre en 1 694, se signale en 1 695 à la défense de Namur,.et termine cette série de campagnes au siège d'Ath en 1697.
On le retrouve en Flandre en 1 70 1 . Ramené sur le Rhin en 1703, il prend part aux sièges de Brisach, de Landau et de Spire. En 1 704, il fait de nouveau partie de Tarmée de Flandre. En 1705, il est au siège d'Haguenau, et à toutes les
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opérations qui ont pour objet Drusenheim, l^uterbourg et Tîle du Marquisat. Il accompagne Villars en Flandre en 1708, et assiste Tannée suivante à la déroute de Malplaquet. Il combat à Arleux en 171 1, et, revenu sur le Rhin en 171 3, il contribue à la réduction de Landau et de Fribourg.
Colonel général passe l'année 1727 au camp de la Moselle ; en 1733, il est à Parmée du Rhin, et se trouve à toutes les affaires de cette guerre : sièges de Kelh et de Philisbourg, attaque des lignes d'Ettlîngen, combat de Klausen. A la paix, on renvoya en garnison à Rennes»
Il était en 1741 à Sedan lorsqu'il reçut Tordre de partir pour la Westphalie. Il passa Thiver dans cette partie de TAUemagne et se porta au mois d'août 1 742 sur les confins de la Bohême. Il fut cantonné pour Thiver à Eggenfeld, et il eut à défendre plusieurs fois ce poste. Revenu en Alsace, en juillet 1743, il fait partie de Tannée commandée par le maréchal de Coigny, et se couvre de gloire le 4 septembre avec le régiment de Chabotdragons, en culbutant dans le Rhin un corps de 3,000 Impériaux qui avaient passé le fleuve à la faveur de la nuit. Tous ceux qui avaient abordé la rive gauche furent noyés ou pris. La brigade de Colonel général, masquée par les bois, les avait chargés d'écharpe au moment où ils marchaient sur la redoute de Rheinweiler.
En 1 744, Colonel général est à la reprise de Weissembourg et des lignes de la Lauter, au combat d'Augenheim et au siège de Fribourg. Il passe rhiver à Strasbourg.
En 1 745, il commence la campagne sur le Rhin, et les événements ne nécessitant pas sa présence à rarmée,il est cantonné aux environs de Vesoul. Passé en Flandre en 1 746, il fait les sièges de Bruxelles, Namur, Charleroi, et assiste à la ba-' taille de Raucoux. En 1747, on le voit à la prise de r Écluse, du Sas dfe Gand, du fort Philippine et d'Hulst, à la bataille de Lawfeld et au siège de Berg-op-Zoom. Enfin, en 1748, il sert au siège de Maëstricht, après lequel il est envoyé àColmar.
Le colonel général, comte de Coigny, fils du maréchal, avait été tué en duel, le 4 mars 1748, par le prince de Dombes, petit-fils de M™« de Montespan, à la suite d'une querelle de jeu. M. de Coigny, qui perdait beaucoup, se serait écrié qu'il fallait être bâtard pour avoir tant de bonheur. M. de Coigny eut la gorge traversée par Tépée du prince. Ce dliel célèbre a eu lieu au Point-du- Jour, sur la route de Versailles, en face du pont de Grenelle.
Colonel général était en 1749 à Montpellier, en 1750 à Castres, en 1762 à Lille, en 1753 au camp d'Aimeries et à Dinan, en 1755 à Hesdin, en 1756 au camp de Calais et à La Flèche, puis à Ancenis, En 1767, après un court séjour à
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Lille^ il va joindre à Stockheim l'armée du maréchal d'Estrées. Il combat avec lui à Haastembeck. Il combat encore en 1768 à Créfeld, et, ramené en France, il est employé, pendant le reste de la guerre de Sept ans, à la garde des côtes de la Saintonge. Son état-major était à Cognac. Réorganisé le i®' avril 1763 à Saintes, Colonel général est allé la même année à Gaen, Saint- Lô et Valognes, en 1764 a Givet, puis à Cambrai, au camp de Compiègne en 1765, en 1766 a Laon, en 1770 à Reims et Maubeuge, en 1772 à Laon, en 1774 à Strasbourg, en 1776 à Cambrai, en 1777 à Vesoul, en 1780 à Verdun, en 1781 à Metz, en 1782 à Saumur, en 1783 à Melun et Provins, en 1784 à Lille, en 1788 à Châteaudun, Vitré et Fougères, en 1 789 à Châteaudun, Pontoise et Chartres, en 1791 à Joinville. Douai et Ancenis, et en 1792 à Landrecies.
Il avait reçu en 1776 le i^*" escadron de chasseurs de la légion royale réformée.
Le régiment du Colonel général avait 5 guidons blancs, tous semblables, semés de fleurs de lys, avec le soleil et le chiffre du roi couronné et la devise : Victoria pingèt ; le tout bordé et frangé d'or. Le futur pinget donne à penser que cet étendard n'a pas changé depuis la formation du régiment en 1668. Devenu le 5® de dragons, dans le classement de 1 79 1 , le régiment a fait les 2 premières campagnes de la Révolution à Tarmée du II. 17.
Nord. Il était à Valmy, à Jemmapes et à Neerwînden. En 1794 et 1796, il est de Tarmée de Sambre et Meuse et sert au blocus de Luxembourg. En 1 796 et années suivantes, il est de Tarmée d'Italie, et il se distingue au combat de Bassano. De 180 1 à 1802, il fait partie du corps d'observation de la Gironde, et il demeure ensuite quelle temps en garnison à Joigny, Auxerre et Compiègne. Le colonel Bonaparte voulut conserver . le commandement du régiment, bien qu'il fût général de brigade, et Privé, son successeur nommé, dut passer au 2® dragons. Le 5®, appelé en 1804 à faire partie de la grande armée, entre au 2^ corps de réserve de cavalerie ; en 1806, il est au 4® corps de cavalerie; en 1807, au corps d'observation de la Gironde; de 1808 à 181 3, il demeure presque constamment attaché aux armées d'Espagne et de Portugal. A la bataille de Vittoria, le colonel Môrin chargea plusieurs fois à la tête de son réginient. Criblé de coups de feu et de coups de sabre, il fut fait prisonnier et délivré aussitôt par une dernière charge furieuse de ses dragons. Le régiment se rendit alors en AUema* gne et il fit partie de la garnison de Dantzig. Le chef d'escadron Cezières, qui commandait les escadrons de dépôt, a été tué à la bataille de Paris, 3o mars 18 14.
Pendant la première Restauration, le régiment a porté, à partir du 25 avril 18 14, le n<* 3 de l'arme
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des dragons, avec le titre de Dauphin. On se rappelle que les i®' et 3® régiments de dragons avaient été transformés en 181 1 en chevau- légers lanciers, et que leurs numéros étaient restés vacants. Pendant les Cent-jours, le régiment reprit le n® 5, et, après son licenciement en 181 5, ses débris entrèrent dans la composition du régiment des dragons de la Garonne, le 3® dragons actuel.