Klûgmann, Annali dell* Instituio, 1876, p. 10, pi. A
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Au cours du troisième siècle, une évolution semblable à celle que nous avons vu se produire en Campanie s'accomplit dans les pays grecs; la poterie moulée y conquiert promptement la vogue. Il faut certainement attribuer une origine grecque à toute une classe de vases qui se distinguent sans peine de la poterie campanienne : ce sont des coupes de forme hémisphérique, sans pied ni anses, posant sur un fond légèrement aplati, et décorées de reliefs à l'extérieur. En général, elles sont revêtues d'un vernis noir, moins brillant que celui des vases campaniens; mais parfois elles n'ont aucune couverte. Le musée de la Société archéologique et celui du ministère des cultes et de l'instruction publique à Athènes, les collections privées* athéniennes en possèdent un bon nombre d'exemplaires, qui proviennent surtout de Mégare' : de là le nom de coupes mégariennes qui leur est souvent attribué. Toutefois, on en trouve sur d'autres points du monde ancien, à Tanagra, à Milo et dans les autres îles grecques, sur les côtes d'Asie Mineure et en Italie 3.
Le décor de ces coupes est souvent très élégant; il comporte, outre les éléments habituels tels que les palmettes, les postes et les méandres , ces guirlandes de feuillages dont les poteries de Calés nous ont déjà montré des exemples; ainsi, sur la coupe dessinée en lettre de ce chapitre, une riche végétation de feuilles d'acanthe occupe tout le fond du vase. A ces motifs de pure décoration se joignent des frises de personnages estampées en relief, et reproduisant les sujets chers à l'art alexandrin : combats d'Ama-
1. M. Benndorf a publié plusieurs exemplaires des collections publiques d'Athènes (Griech, und sicil, Vasenb,, pl.LIX, LX, LXI. Cf. Dumont etChaplain, Les Céramiques de la Grèce propre, pi. XXX, XXXI, XL.
2. En voici des exemples : Tanagra, Catalogue des vases d* Athènes, n* 772. — Crète, Furtwaengler, Collection Sabouroff, pi. LXXIII, n»» t et 2. — Myrint, Pottier et Reinach, La nécropole de Myrina,, p. 237.
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zones, Tritonides associées à des Amours, scènes dionysiaques. Notre figure 128 reproduit une coupe du musée de la Société archéologique d'Athènes, qui nous montre l'emploi, quatre fois répété, d'un même timbre' : au centre, un grand trépied; de chaque côté, une Athéna dans l'attitude de la Promachos et portant l'écharpe terminée en queue d'aronde que lui attribue le style pseudo- archaïque; enfin, un oiseau tenant dans ses pattes une couronne. Le dessous du vase est orné d'un médaillon offrant la tête d'Héraclès jeune, coiffé d'une peau de lion; c'est le type bien connu des monnaies d'argent d'Alexandre, encore reproduit sur les monnaies d'Étolie frappées entre 280 et 146. D'autres indices viennent attester l'étroite parenté qui rattache les coupes dites de Mégare* à l'art alexandrin. Certains motifs font penser à ceux que traitent les peintres de Pompéi et d'Herculanum; tel est, par exemple, celui qui revient souvent sur les coupes à vernis noir : un cratère accosté de deux boucs dressés sur leurs pattes de derrière.
La nature des sujets et la fréquence des scènes dionysiaques, le style élégant des reliefs, la pointe d'archaïsme affecté qui dénote le pastiche, tout cela nous autorise à placer dans la seconde moitié du troisième siècle et dans le courant du siècle suivant la période la plus active de cette fabrication. Qu'elle soit d'origine grecque, cela ne paraît pas douteux. Plusieurs exemplaires portent la signature de potiers grecs, Asklépiadès, Dionysios, Ménémachos, Hérakléidès*, et si des vases de cette nature se rencontrent en Italie avec des signatures latines, il faut seulement en conclure qu'à la suite d'importations fréquentes ils y ont été imités dans les ateliers italiens. C'est même dans ces imitations italiennes que M. Helbig reconnaît les vases samiens^ dont les gens de
1. Benndorf, ouvr.citéy pi. LIX, 3a-c. Cf. Dumont et Chaplain, ouvr. cité, pi. XL, i.
2. Benndorf, Griech, und siciL Vasenb,,\>, w], et BtiUeit, deW Inst., 1866, p. 244. Cf. CoUection Sabourof, pl.[LXXIV. Voir BQchsenschûtz, Die Haupstàtten des Gewerb-
fleissesj p. 21.
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condition modeste faisaient usage au temps de Plaute, tandis que de plus fortunés se servaient d'une riche vaisselle d'or et d'argent». Quant à déterminer avec plus de précision le centre originaire de la fabrication, nous devons y renoncer. Le fait que beaucoup de ces coupes proviennent de Mégare, l'analogie qu'elles paraissent présenter, au point de vue de la forme, avec les vases à boire appelés Y^a>.at par les Mégariens ' , ont pu donner crédit à l'hypothèse qui en attribue l'invention à l'industrie mégarienne. De tels indices sont bien insuffisants pour entraîner la certitude. Nous croyons, avec M. Furtwaengler ^, que la fabrication des coupes soi-disant mégariennes a pris naissance dans un des grands centres industriels de l'époque alexandrine plutôt qu'à Mégare; mais aller plus loin, désigner Alexandrie, Pèrgame, ou même Samos, ce serait assurément franchir les limites des hypothèses permises.
Quoique plus ancienne en date, la poterie dite de Mégare présente certaines analogies avec celle qu'on appelle, bien improprement, poterie samienne. On désigne d'habitude sous ce nom des vases [d'un beau rouge corallin revêtus d'une glaçure brillante, qui paraît avoir été étendue au pinceau. On obtenait cette coloration en ajoutant du peroxyde de fer à une solution siliceuse très liquide ^. La terre a subi une cuisson très forte, qui lui donne une sonorité remarquable. Mais quelle est au juste la valeur de ce terme de vases samiens^ longtemps accepté sur la foi d'un écrivain du septième siècle ,de notre ère, Isidore de Séville ^ ?
i.'Helbig, Btdlett, deW Inst, 1875, p. 176. Cf. Plaute, Stichus, V. 4 ; « At nos samiolo poterio tamen vivimus. >