CHAPITRE XX
L'IMITATION DU MÉTAL
LA POTERIE MOULÉE
UAND la peinture de vases est définitivement abandonne'e, l'usage de la poterie moulée se répand dans tout le monde ancien. Cette substitution, on le comprend sans peine, ne s'opère pas brusquement. Ce serait une grave erreur de croire qu'un procédé de fabrication succède à un autre dans un ordre chronologique tout à fait rigoureux. L'industrie qui décline et celle qui se développe sont encore contemporaines pendant la période de transition, c'est-à-dire pendant la seconde moitié du troisième siècle. Maïs la poterie moulée offre trop d'avantages pour ne pas supplanter bientôt un procédé vieilli et dégénéré. L'imitation des vases métalliques, tel est le principe de la poterie moulée. On se rend facilement compte des
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un changement de technique et Tapparition de vases décorés de peintures blanches, jaunes et rouges sur fond noir. Ces poteries ont été peu étudiées; elles font modeste figure à côté des beaux vases à figures rouges. Il y a cependant quelque intérêt à suivre, dans ce groupe de vases, les dernières applications de la peinture céramique.
Ce qu'on y observe tout d'abord, c'est le rôle capital désormais attribué au vernis noir. Il envahit tout le vase; des ornements blancs, rehaussés de jaune et de rouge vif, et posés sur la couverte, égayent seuls la teinte sombre du fond. Il y a là une tendance manifeste à réduire au minimum le travail du peintre, en même temps qu'un effort pour trouver encore du nouveau et rajeunir tant bien que mal la technique de la poterie peinte. Les vases de ce type ont été découverts d'abord sur l'emplacement de la ville apulienne de Gnathia, aujourd'hui Fasano; mais il n'y a aucune raison de leur conserver le nom de vases de Gnathia^ sous lequel les marchands napolitains les ont longtemps vendus; on les rencontre en réalité dans toute la région est cie l'Italie méridionale, de Canosa à Tarente". Cette fabrication a été sans doute très active et très répandue, car on en connaît des spécimens provenant de Grèce, en particulier de Milo; MM. Pottier et S. Reinach en ont également recueilli dans les tombeaux de Myrina*. Mais nous n'hésitons pas à admettre comme très Vraisemblable l'hypothèse de Fr. Lenormant, qui place à Tarente l'origine de la poterie à décors blancs.
Elle offre une parenté indéniable avec la céramique apulienne, ou, pour mieux dire, tarentine. Il suffit, pour s'en convaincre, d'examiner ceux de ces vases qui paraissent les plus anciens. Un lécythe du Louvre, de style soigné, nous fait voir comment s'est accomplie l'évolution. La silhouette du décor, un Eros volant au
1. Voir Fr. Lenormant, Comptes rendus de VAcad, des inscr,, 1879, P* 289. — Gaj. arch., 1 881-1882, p. i02-io3.
2. Birch, Ancient Pottery, p. 396 : Canthare trouvé à Milo. — E. Pottier et S. Reinach, La nécropole de Afyrina, p. 228.
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milieu de rinceaux de style fleuri, est encore ménagée sur le fond de la terre; mais les touches blanches et le vernis noir y ont déjà une grande importance. Bientôt, on trouve plus simple de peindre directement les figures en blanc sur le fond noir, comme on le voit sur des lécythes du Louvre, de travail plus néglige, où des Eros et des Victoires s'encadrent entre des rinceaux très rapidement tracés. Enfin , les figures deviennent rares et cèdent la place à un décor ornemental, qui se marie aux cannelures imitées des vases en métal.
Les ornements consistent surtout en feuillages, pampres et guirlandes de lierre, auxquels sont souvent suspendus des masques scéniques ; des oiseaux, et plus rarement des Amours, s'envolent au
milieu de ces festons de Fig^ "i3. - Œiiocboi l peintures bionchï»,
Provïnanl de Cnalhia, (Muait du Louvre.)
verdure. Nous choisissons
comme un bon spécimen de cette poterie une œnochoé du Louvre, à panse cannelée, provenant de Gnathia ' (fig. laS). Le masque de théâtre et la guirlande qui décorent le coi sont rehaussés de touches jaunes, et des teintes rouges relèvent cà et là l'éclat des Heurs
I. Anciunni; collection Durand. Ce vast porlc L- iiumùro d'inventaire N. 21 13.
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blanches qui ornent la zone unie ménagée sur la panse. Toute cette décoration est disposée avec un certain goût et çnlevée d'une main légère. Un autre vase du Louvre, un skyphos reproduit en couleurs sur notre planche XIII (fig. 2) offre une décoration assez gracieuse. Autour du vase, court la guirlande de feuilles de lierre alternativement blanches et jaunes, qui e^ comme la marque de fabrique de cette classe de vases; les anses imitent une corde nouée. Sur la zone supérieure, au milieu de fleurs des champs, deux colombes se font face; Tune d'elles bat des ailes, l'autre retourne la tête pour gratter ses plumes du bec, par un mouvement très justement observé. C'est dans le même ordre de sujets que l'auteur d'une amphore de Fasano a trouvé la matière d'une scène humoristique, rendue avec une amusante fantaisie. Deux oiseaux de basse-cour, un coq et une oie, se rencontrent dans un champ, et des inscriptions traduisent le colloque naïf qui s'établit entre eux: « Tiens, c'est l'oie» (aî tov x^^*)> s'écrie le premier ; sa commère répond en se dandinant : « Tiens, c'est le coq » (w TOV l^eTpuyova) ».
Ce genre de décor, d'un caractère rustique, n'est pas sans charme; il a une saveur agreste qui éveille je ne sais quelle idée de bucolique. Chose curieuse : les pampres, les masques scéniques, les oiseaux, les Amours se retrouvent beaucoup plus tard dans la décoration campanienne; on sait quel usage en on fait les peintres pompéiens. Est-ce une pure coïncidence, ou bien faut-il admettre que, sous l'influence de la poésie pastorale alexandrine, les céramistes grecs de la fin du troisième siècle ont comme effleuré cette source d'inspiration à laquelle puisera si largement la peinture gréco-romaine? Cette dernière hypothèse n'a rien que de fort vraisemblable.
On a vu que l'imitation des formes métalliques est déjà sensible dans la poterie à décors blancs et à cannelures. Elle s'accuse