‹ Histoire de la céramique grecque (volume 2)Chapitre 140 sur 187 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

L'IMITATION DU MÉTAL

LA POTERIE MOULÉE

UAND la peinture de vases est détiniti veinent abandonnée, l'usage de la poterie moulée se répand dans tout le monde ancien. Cette substitution, on le comprend sans peine, ne s'opère pas brusquement. Ce serait une grave erreur de croire qu'un procédé de fabrication succède à un autre dans un ordre chronologique tout à fait rigoureux. L'industrie qui décline et celle qui Se développe sont encore contemporaines pendant la période de transition, c'est-à-dire pendant la seconde moitié du troisième siècle. Mais la poterie moulée offre trop d'avantages pour ne pas supplanter bientôt un procédé vieilli et dégénéré. L'imitation des vases métalliques, tel est ie principe de la poterie moulée. On se rend facilement compte des

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milieu de rinceaux de style fleuri, est encore ménagée sur le fond de la terre; mais les touches blanches et le vernis noir y ont déjà une grande importance. Bientôt, on trouve plus simple de peindre directement les figures en blanc sur le fond noir , comme on le voit sur des lécythes du Louvre , de travail plus négligé, où des Eros et des Victoires s'encadrent entre des rinceaux très rapidement tracés. Enfin , les figures deviennent rares et cèdent la place à un décor ornemental, qui se marie aux cannelures imitées des vases en métal.

Les ornements consistent surtout en feuillages, pampres et guirlandes de lierre, auxquels sont souvent suspendus des masques scéniques ; des oiseaux, et plus rarement des Amours, s'envolent au milieu de ces festons de verdure. Nous choisissons comme un bon spécimen de cette poterie une cenochoé du Louvre, à panse cannelée, provenant de Gnathia ' (fig. isS). Le masque de théâtre et la guirlande qui décorent le col sont rehaussés de touches jaunes, et des teintes rouges relèvent cà et là l'éclat des fleurs

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blanches qui ornent la zone unie ménagée sur la panse. Toute cette décoration est disposée avec un certain goût et enlevée d'une main légère. Un autre vase du Louvre, un skyphos reproduit en couleurs sur notre planche XIII (fîg. 2) oifre une décoration assez gracieuse. Autour du vase, court la guirlande de feuilles de lierre alternativement blanches et jaunes, qui e^ comme la marque de fabrique de cette classe de vases; les anses imitent une corde nouée. Sur la zone supérieure, au milieu de fleurs des champs, deux colombes se font face; Tune d'elles bat des ailes, l'autre retourne la tête pour gratter ses plumes du bec, par un mouvement très justement observé. C'est dans le même ordre de sujets que l'auteur d'une amphore de Fasano a trouvé la matière d'une scène humoristique, rendue avec une amusante fantaisie. Deux oiseaux de basse-cour, un coq et une oie, se rencontrent dans un champ, et des inscriptions traduisent le colloque naïf qui s'établit entre eux : « Tiens, c'est l'oie» (al tov yy^oi)^ s'écrie le premier ; sa commère répond en se dandinant : « Tiens, c'est le coq » (w TOV d^ETpuyova) »,

Ce genre de décor, d'un caractère rustique, n'est pas sans charme; il a une saveur agreste qui éveille je ne sais quelle idée de bucolique. Chose curieuse : les pampres, les masques scéniques, les oiseaux, les Amours se retrouvent beaucoup plus tard dans la décoration campanienne; on sait quel usage en on fait les peintres pompéiens. Est-ce une pure coïncidence, ou bien faut-il admettre que, sous l'influence de la poésie pastorale alexandrine, les céramistes grecs de la fin du troisième siècle ont comme efileuré cette source d'inspiration à laquelle puisera si largement la peinture gréco-romaine? Cette dernière hypothèse n'a rien que de fort vraisemblable.

On a vu que l'imitation des formes métalliques est déjà sensible dans la poterie à décors blancs et à cannelures. Elle s'accuse

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