‹ Histoire de la céramique grecque (volume 2)Chapitre 144 sur 187 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

L'IMITATION DU MÉTAL

LA POTERIE MOULÉE

■ UAND la peinture de vases est définitivement

abandonnée, l'usage de la poterie moulée se répand dans tout le monde ancien. Cette substi- I tution, on le comprend sans peine, ne s'opère

pas brusquement. Ce serait une grave erreur de croire qu'un procédé de fabrication succède à un autre dans un ordre chronologique tout à fait rigoureux. L'industrie qui décline et celle qui Se développe sont encore contemporaines pendant la période de transition, c'est-à-dire pendant la seconde moitié du troisième siècle. Mais la poterie moulée offre trop d'avantages pour ne pas supplanter bientôt un procédé vieilli et dégénéré. L'imitation des vases métalliques, tel est le principe de la poterie moulée. On se rend facilement compte des

Jl//> L*imitation du métal et Li p-fterie moulée.

rcHWirce* que comporte cette technique. Rien de pîu5 ^impLe que de îiurmouler !« beaux va.'^es d'arjent qui conitiruaiert U vaisselle de luxe, et d'en obtenir ainsi des épreuves qu'on peut indénniinent reproduire: bien plu^. ces moules sont cux-mcrncs des objets de commerce, et répandent dans les plus modestes fabriques d'c'égants modèles. Par contre. la personnalité des artistes s'eîace de plus en plus. Ce procédé m.écanique supprime ce qui faisait Tori^^nalité de la peinture des vases : il n'admet pas la tantaisîe, l'inTcntion spontanée, le travail direct qui ne sourfre aucun întermêdiaire entre la matière à décorer e: le pinceau de Fartistc. Aussi n'avons-nous pas à entreprendre ici le même travail que pour la peinture céramique, à essayer d'établir des groupes et de retracer les caractères propres aux différents ateliers. Nous devons nous borner à étudier, d'une manière générale. les diîTércntes phases par lesquelles passe cette industrie, )usqu*aa moment où elle entre dans le domaine de l'art romain.

Le procédé que les potiers romains ont mis en pratique pendant toute la durée de l'Empire est. à n'en pas douter, d'origine grecque. Pour en retrouver les premières traces, il nous faut revenir à l'époque lointaine où les potiers grecs exécutaient les vases de style oriental étudiés dans nos chapitres m et iv. Avant le moment où les inscriptions commencent à apparaître sur les vases corinthiens, et sans doute dès le septième siècle, l'industrie hellénique connaissait Tusage d'un décor en relief obtenu à laide d'un cylindre gravé, appliqué sur la terre encore molle. I/CS nécropoles étrusques, surtout celles de Oeré, ont livré de grandes jarres, ou pithoi, faites d'une argile rougeâtre non vernissée, et offrant ce genre d'ornementation '. Le décor comporte tous les motifs familiers aux potiers corinthiens, frises d'animaux de type oriental, oiseaux d'eau, chevaux, Centaures dont les jambes de devant sont celles d'un homme. Bien qu'un bon nombre des

I. Ce «ont les vases que S. Birch appelle etruscan reJ ware, {Hisiory of anc. Pottery, p. 4 5 5.)

Uimitation du métal et la poterie moulée. 341

exemplaires connus proviennent d'Étrurie, on ne saurait se méprendre sur le caractère hellénique de cette fabrication. On trouve des vases analogues en Sicile, à Tarente ' et en Grèce. C'est sans doute dans une ville dorienne de la Sicile qu'il faut placer la fabrique d'où ces vases étaient exportés jusqu'en Étrurie; peut-être même est-on en droit de désigner, avec M. Loeschcke, la colonie corinthienne de Syracuse comme le centre de la fabrication^. Un fait tout au moins paraît certain. Les pithoi avec décor en relief sont imités des vases de bronze que Corinthe, à cette même époque, fabriquait activement et importait dans les colonies grecques de la Sicile. Ils représentent donc la plus ancienne période, dans les pays grecs, de la poterie imitée du métal.

Lorsque la peinture de vases se développe, les traces d'emprunt à l'art du métal ne disparaissent pas complètement dans la céramique hellénique. Une curieuse kélébé corinthienne, que M. Furtwaengler attribue au cinquième siècle 3, porte une décoration en relief représentant les exploits d'Héraclès. On sait déjà que Nicosthènes décore de figures moulées l'embouchure de ses vases et s'inspire de modèles métalliques. Plus tard, au quatrième siècle, l'aryballe de Xénophantos, avec sa frise de personnages en relief, trahit la même préoccupation. Toutefois, les procédés empruntés à l'art du métal sont encore subordonnés ici à la peinture céramique, et ne jouent qu'un rôle accessoire. La décoration peinte n'abdique pas ses droits.

Il en est tout autrement dans un pays où la poterie moulée prend le caractère d'une véritable céramique nationale et reste en usage pendant plusieurs siècles : nous voulons parler de l'Etrurie,

1. F. Lenormant^ Galette archéologique, 1881- 1882, p. 182. Un fragment trouvé à Tarente porte une inscription (lOev...] en caractères corinthiens. Le Louvre possède un morceau d^un grand vase trouvé en Grèce, sur lequel sont représentées en relief deux femmes vêtues du costume archaïque. M. Pottier se propose de le publier prochainement dans les Monuments grecs publiés par PAssociation des Études grecques.

2. Loeschcke, Arc'i. Zeitung, 1881, p. 44. Cf. A. Dumont et Chaplain, Les Céra^ miqties de la Grèce propre, p. 192, note de M. E Pottier.

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