Salzmann, La nécropole de Camiros, pi
Vases à dorures et à couleurs. sSy
contemplent la scène avec stupeur, et l'une d'elles s'enfuit, son himation à la main. Le style des figures, l'emploi de la couleur blanche pour les chairs nues, enfin l'arrangement de la composition, indiquent une date assez avancée dans le quatrième siècle. La péliké de Camiros est, en effet, un exemplaire très soigné d'un type de vases que la fabrique d'Athènes produit en abondance dans la seconde moitié du siècle, et où apparaissent souvent
des traces de négligence et de routine. Ainsi les tombeaux de Kertch> dans la Russie méridionale, ont fourni une série de pélikés et d'hydries rehaussées d'or, tout à fait semblables pour le décor et pour le style à celle du Bntish Muséum, mais d'une exécution souvent très lâchée '. C'étaient des vases faits pour l'exportation, et destinés à des acheteurs plus attentifs à la richesse de rornementation qu'au fini du travail. Au reste, tes qualités de délicatesse et de goût qui caractérisent la céramique au milieu du quatrième siècle ne tarderont pas à s'altérer; le moment est proche où vont apparaître les premiers symptômes de la décadence.
Parmi les vases décorés d'or et rehaussés de couleurs blanches I. Antiquités du Bosphore Clmmérien, pi. LlVj [.XII,
258 Les vases à figures rouges du quatrième siècle.
et rouges, il en est sur la destination desquels on ne saurait guère se tromper. Ils affectent en général la forme de petites œnochoés, hautes de 8 à lo centimètres; la nature des sujets qui les décorent montre bien que c'étaient de véritables jouets d'enfants (waiyvia)!. Les acteurs des scènes figurées sont eux-mêmes des enfants, et alors même que l'artiste s'inspire de la mythologie, ce qui est rare, il prend soin de prêter aux personnages un caractère enfantin. Tel est le cas pour une charmante œnochoé du musée de Berlin, qui compte parmi les plus soignés des vases de ce type=* (fig. 97). Autour du col court une élégante guirlande de lierre avec des baies dorées; sur la panse se développe une peinture allégorique dont le sens n'est pas facile à déterminer. Au milieu, la Victoire {Niké) est représentée sous les traits d'une petite fillette ailée, montée sur un char, l'aiguillon à la main, et conduisant un attelage de quatre chevaux blancs munis d'ailes dorées. Le char se dirige vers un trépied analogue à ceux que les vainqueurs aux Dionysies recevaient en prix. Derrière Niké s'avance un enfant vêtu d'un riche costume oriental, et tenant une œnochoé : c'est Khrysos, la personnification de l'or. Enfin, un autre enfant, Ploutos, ou la richesse, se dirige vers Niké, la main droite étendue comme s'il voulait arrêter près du trépied le char de la déesse. Comment expliquer cette composition? Est-ce une allusion aux concours des Dionysies et aux victoires remportées par les chorèges? Peut-être faut-il y voir simplement une apothéose de la richesse et un développement ingénieux de l'idée que la fortune entraîne la victoire.
Le plus souvent, les peintres qui décorent ces petits vases se mettent moins en frais d'invention; ils empruntent leurs sujets
t. On en trouve non seulement en Attîque mais en Italie. M. Piot {Ga:çette archéO" logique, 1878^ p. 55} en signale une riche série au musée de Bologne. Voir les exemplaires de provenance italienne publiés par M. Heydemann {Griechische Vasenbilder ; Hilfstafely no« 3 à 8.
2. Stackelberg, Graeber der Hellenen, pi. XVII. — Elite céramographique, t. I«', pi. XCVII. — Furtwaengler, Vàstnsarhmlung im Antiquariutn, n* 2661.
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aux jeux mêmes de l'enfance. Les personnages qu'ils mettent en scène sont des enfants d'un type souvent conventionnel, aux formes grasses et potelées, parfois bouffis à l'excès, et qui offrent l'aspect de petits hommes obèses; ils portent autour du buste un cordon auquel sont attachées les amulettes (irepia'juTa ou ireptai^iiiaTa) que les défendent contre le mauvais œil". Rien d'amusant comme le spectacle très varié des jeux auxquels se livrent ces bambins. Les vases où leurs propres occupations sont ainsi retracées paraissent avoir été un de leurs jouets de prédilection, et figurent presque toujours dans ces petits tableaux de genre. Ainsi, sur un exem^ plaire de provenance attique *, un enfant accroupi contemple avec une gravité comique l'œnochoé qu'il a garnie de fleurs et placée sur une sorte de coffre; ailleurs un autre, sur la tête duquel un oiseau familier s'est perché sans façon, se traîne à plat ventre vers son jouet. Un objet qui contribue aussi à égayer les petits Athéniens est un chariot très rudimentaire, pourvu d'un long manche; on le voit aux mains d'une petite fillette qui le traîne triomphalement. Ici, un enfant a abandonné vase et chariot, et, debout sur la pointe des pieds, les bras étendus^ il essaye un pas de danse. Voici, sur un autre vase, un petit garçon fort en peine : il cherche à placer hors des atteintes d'un gros chien un gâteau qu'il tient à deux mains, et, avec un effarement plaisant, il s'enfuit sans quitter du regard l'agresseur. Enfin, la gravure de la lettre placée en tête de ce chapitre est empruntée à un vase attique du cabinet de M. E. Piot^, et montre un jeune garçon monté sur un chariot attelé de deux chiens loups, et conduisant son attelage avec l'habileté d'un cocher consommé.
Malgré le caractère parfois très sommaire du dessin, toutes ces
1. Voir sur cet usage Otto Jahn, Berichte der sœchs, Gesellschaft, i855, p. 40.
2. Heydemann, Griechische VasenbUder, pi. XII, n» 9. Voir les autres numéros de la même planche. Cf. Stackelberg, Grœber der Hellenen, pi. XVII; Benndorf, Griechische und sicilische VasenbUder, pi. XXXVI, n«« i, 2, 5; Catalogue des Vases d* Athènes, n«» '41 3-432; C. Robert, Arch, Zeitung, 1879, p. 78, pi. 6.