Cf. G. Perrot, Revue historique, t. IV
2. Voir le décret des Athéniens en Thonneur des fils de Leucon : Hicks, Manual of greek historical inscriptions, n* i3i.
ei les vases en forme de figurines. 26 J
toirs à Panticapée, plus d'un maître potier fut-il tenté de transporter ses ateliers au centre même de ce marché si productif. Tel est sans doute le cas de l'artiste qui a signé l'admirable aryballe du musée de l'Ermitage, trouvé dans un tombeau de Kertch, que nos figures 100 et loi reproduisent sous deux aspects différents '. Autour de la gorge du vase court une inscription en relief et en lettres dorées, donnant la signature de l'artiste : « Xénophantos, Athénien, a fait ».
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EevoçovToç Iwoiyi^cv *A67)v(aioç).
Or, d'habitude, les peintres de vases n'indiquent pas le nom de leur patrie. Si Xénophantos a dérogé à l'usage, n'était-ce pas parce qu'il s'était établi dans le Pont? Et cette mention de sa qualité d'Athénien n'avait-elle pas pour objet de rehausser, aux yeux de ses clients, la valeur des produits de son atelier?
Pour la forme, et pour le style de la partie du décor qui est peinte, l'aryballe de Kertch est de la même famille que les vases à dorures étudiés dans le précédent chapitre; mais il montre l'application d'un procédé que nous n'avons pas encore rencontré jusqu'ici, à savoir l'emploi de figures en relief, modelées à part, et se détachant comme une frise sur les parois du vase. La décoration de l'aryballe de Xénophantos comporte deux frises de cette nature. L'une d'elles, la moins importante, est placée à la gorge du vase, et représente, répété trois fois, un groupe composé de Niké conduisant son char et d'un héros tirant de l'arc; dans les intervalles sont figurés Athéna combattant contre un Géant, et deux héros luttant contre un Centaure. C'est sur l'autre frise, celle de la panse, que l'artiste a reporté tout l'effort de son invention. Le champ du tableau ^st partagé verticalement par deux hautes colonnes, peintes en blanc, surmontées de trépieds dorés, et ornées
I. Antiquités du Bosphore Cimmérien, pi. XLV-XLVI. — Compte rendu de la com* mission arch. de Saint-Pétersbourg pour 1866, pi. IV et p. 144.
286 Les vases à figures rouges de V époque macédonienne,
bas du visage, comme dans les figurines de Tanagra et de la Cyrénaïque, attend sa compagne, fort occupée à étudier dans un miroir TefiFet de sa coiffure. Plus loin ce sont des femmes sortant du bain, groupées avec des suivantes et des Eros. Ailleurs, une jeune femme accroupie prend plaisir à recevoir sur sa chevelure flottante Teau parfumée contenue dans une œnochoé. Une autre, assise sur un diphros, les mains croisées sur les genoux, dans une attitude résignée, a livré sa chevelure aux mains d'une suivante, tandis que sa voisine a pris le parti d'ajuster elle-même ses longues boucles soigneusement peignées. Enfin deux autres femmes, debout près d'un pilier, assistent paisiblement à ces scènes, où la coquetterie féminine se révèle sous des aspects si variés. La lékané de l'Ermitage peut être datée des dernières années du quatrième siècle; cette date semble confirmée par l'analogie que présentent les types de certains personnages avec ceux de la sculpture hellénistique. Ainsi dans la figure de la jeune femme accroupie, on reconnaît facilement une attitude que les sculpteurs du troisième siècle se plaisent à répéter, et dont l'invention dut suivre de près le coup d'audace de Praxitèle, représentant nue l'Aphrodite de Cnide : c'est l'attitude de l'Aphrodite de Vienne conservée au Louvre.
Le dessin est déjà plus lourd dans un grand cratère de l'Ermitage représentant le Jugement de Paris, et auquel nous empruntons la figure no '. La scène est presque identique à celle qui décore un vase du musée de Carlsruhe^ : les potiers se sont inspirés d'un original commun. Comme toujours, le lieu de la scène est le mont Ida, dont la silhouette se découpe dans le champ du vase, cachant en partie le char d'Athéna et celui de Héra, ainsi que trois personnages : Eris, la déesse des luttes et des discordes, Thémis et Zeus, les arbitres du jugement. Les deux
1. Compte rendu de la Commission archéologique de Saint-Pétersbourg pour 1861. 1862, pi. III.