Eschyle, Les Euménides ^ vers
Les vases de l'Italie méridionale.
sobriété parfaite qui la met en harmonie avec la grandeur tragique du sujet. Le style, aisé et souple, n'accuse aucune de ces négli-
gences trop fréquentes dans les vases italo-grecs. C'est un excellent Spécimen de la fabrication locale dans l'Italie méridionale, au temps où les pures traditions grecques y sont encore suivies et respectées.
Les vases de l'Italie méridionale.
LfCS mêmes qualités se retrouvent dans un curieux vase du Louvre, que certaines particularités de forme et de décor désignent à notre attention (fig. ii5)' : c'est une œnochoé munie d'un couvercle à bouton, dont le contour, découpé en forme de trèfle, s'adapte exactement à l'orifice trilobé du vase. Le sujet représenté, l'enlèvement d'Orithyie par Borée, se rattache aux légendes de TAttique. Le dieu a saisi dans ses bras la jeune fille, qui se débat sous cette robuste étreinte, et il l'emporte au vol de ses deux larges ailes. La peinture est d'une grande beauté. Les lignes du corps d'Orithyie, que laisse entrevoir la fine étoffe de la robe constellée d'étoiles, sont d'un dessin terme et souple; le mouvement, des figures, le jeu des draperies flottantes, la puissante envergure des ailes de Borée, tout contribue à donner au groupe un superbe élan. A coup sûr l'artiste s'est inspiré de quelque modèle attique; il n'est pas jusqu'au type de Borée qui ne rappelle celui du Thanatos des lécythes athéniens. Mais si l'on considère le décor, aucun doute n'est possible sur l'origine italiote du vase du Louvre. A part l'espace réservé pour les figures, toute la partie antérieure de la panse es' couverte d'enroulements de feuillages qui jaillissent d'une touffe d'acanthe, et dont les spirales vont se relier à d'élégantes palmettes. Cette décoration, d'une richesse extrême, est inconnue aux potiers de la Grèce propre; elle va, au contraire, se développer jusqu'à l'excès dans toute une série de vases, communément appelée vases apuliens; elle est l'élément caractéristique d'un nouveau style, qui appartient en propre aux ateliers de l'Italie méridionale.
Les nécropoles antiques de la Fouille et de la Terre d'Otrante, en particulier celles de Gnathia, de Celia, de Lupatia, aujourd'hui
I. G. Perrot, Monuments grecs publiés par l'Association pour l'encouragement des études grecques, 1874, pi. 2, p. ï8-52.
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Les vases de l'Italie méridionale. 3oi
Âltamura, de Barium, de Rubi, et de Canusium, ont livré en grand nombre des poteries d'un style facilement reconnaissable ». Tout d'abord les dimensions de ces vases sont souvent considérables. Quelques-uns d'entre eux, comme une amphore d'Altamura conservée au musée de Naples, atteignent jusqu'à i"">47 de hauteur : c'étaient des vases de luxe qui n'étaient destinés à aucun usage pratique. Une forme très fréquente est celle de l'amphore à large panse, enrichie par un luxe inusité d'ornements. Les anses se courbent en volutes massives, décorées de mascarons modelés en relief et peints, et souvent des têtes de cygne jaillissent près du point d'attache; ailleurs elles se découpent finement, et s'enrichissent de rotules et de rinceaux. Quelquefois la panse du vase s'allonge d'une façon démesurée et se termine par un col au profil grêle : dans ce cas, le vase prend la forme d'un brûle-parfums^. Le même goût exubérant se retrouve dans le décor, qui trahit la préoccupation sensible de viser surtout à la richesse, au détriment de la mesure et de la sobriété. Les figures sont prodiguées sur toute la surface du vase , au risque d'alourdir et de surcharger Tornementation. Tantôt, comme sur les grandes amphores à mascarons, une composition unique occupe toute la panse; tantôt des zones tournent autour du col et du corps du vase. La décoration fleurie dont nous avons signalé plus haut la première apparition joue désormais un rôle important. Des têtes ou des bustes de femme surgissent au milieu des feuillages et des fleurs; les feuilles dentelées des acanthes se tordent en arabesques capricieuses et se marient à des tiges chargées de fleurs d'où se détachent des vrilles analogues à celles de la vigne. Pour souligner les détails, accuser les nervures des feuillages et rehausser le dessin des rosaces et des étoiles qui remplissent les intervalles entre les personnages, les peintres emploient le blanc, le jaune, le rouge violacé, et cette polychromie contribue encore à donner aux vases
1. Voiries exemplaires publiés par Gerhard : Apulische Vasenbilderj Berlin, 1845.