‹ Histoire de la céramique grecque (volume 2)Chapitre 9 sur 187 · Bullettino delV Instituto archeologicOf 1875, p · texte numérisé non relu

Bullettino delV Instituto archeologicOf 1875, p

3. Conze, Zur Geschichte der Anfœnge griechischer Kunst (Sit^ungsber. d. K. Akad. der Wiss, de Vienne, 1870, p. 5o5; 1873, p. 221).

4. G. Hirschfeld, Vasi arcaici ateniesi {Annali deW Instituto archeologicO, 1872, p. i38; Monumenti, t. IX, pi. XXXIX et XL).

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épées ployées sur le genou pour être mises hors d'usage. Des bandes d'or estampées, décorées tantôt de zigzags, tantôt de cortèges d'animaux passants, lions, panthères, cerfs, beaucoup plus rarement de combats entre des guerriers, avaient été cousues sur les vêtements des morts ou attachées autour de leur tête. A côté des cadavres, quelques vases de petite dimension avaient dû contenir des aliments et du vin. Au dessus de chaque fosse, entassés en pile, étaient les débris d'un grand vase qui, après avoir servi aux cérémonies funèbres, avait été brise à dessein, à coups frappés du côté intérieur au moyen d'un instrument contondant, comme serait une hache de pierre.

Ces vases du Céramique, tant à cause de leur nombre et de leur beauté relative que des circonstances bien connues dans lesquelles ils ont été trouvés, méritent une étude attentive. La terre est, dans tous, parfaitement préparée, débarrassée de toute impureté, réduite en une pâte ductile et consistante qui a reçu aisément toutes les formes, et qui, malgré l'énormité de quelques pièces, a cuit sans se déjeter ni se fendre et a pris au four une grande dureté. Le tournassage a été fait avec une adresse consommée : quoique le galbe soit souvent compliqué, que les dimensions aillent parfois jusqu'à près d'un mètre de diamètre, la régularité est parfaite; dans les vases de petite et de moyenne grandeur, les parois sont partout extrêmement minces. C'est seulement dans les plus grands que l'on constate, par places, des différences d'épaisseur sensibles.

Les formes sont variées et recherchées. De grandes jarres, dont la panse arrondie, terminée par une base étroite, est surmontée d'un cou très haut et très large, rappellent un type fréquent à Chypre. Des espèces de supports cylindriques, semblables à des tours et ajourés d'ouvertures rectangulaires pareilles à des fenêtres, font songer à ces bases de cratères, ùxoxpYjTvîpia, eTcieyrara, que nous trouvons mentionnés parmi les œuvres les plus antiques de l'industrie grecque du bronze et du fer. D'autres formes, peu à peu perfectionnées avec cette attention patiente, cette prudente ténacité que les Hellènes ont apportées à toutes choses, ont traversé les siècles : ainsi des marmites

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rondes, à deux anses et à col bas, montées sur un pied évasé à sa partie inférieure, sont les prototypes du chytropoiis^ des coupes profondes celui du skyphos^ des vases à verser munis d'une grande anse et d'un bec étroit celui de Vœnochoé et du prochoos^ des gobelets à une seule anse celui du monôton, des boîtes rondes, larges et basses, celui de la pyxis. A côté de cela, des détails singuliers, comme Fusage de placer sur les couvercles, en guise de boutons, soit de tout petits vases, soit des chevaux, isolés ou groupés en attelage (fig. 21); ou bien encore la soudure à la panse de ce qui devrait former le couvercle : en sorte que le vase ne peut être empli ou vidé que par un trou percé à travers le fond du petit vase dont il est surmonté.

La couleur de la terre, le galbe et l'ornementation ne sont d'ailleurs pas toujours identiques, même dans ces vases trouvés si près l'un de l'autre, dans un terrain dont l'étendue n'est pas d'un demihectare. Dans les uns, la pâte céramique est d'un jaune très clair, légèrement rosàtre, les peintures d'un brun violacé qui est devenu rouge lorsqu'il a subi une cuisson excessive; l'intérieur est barbouillé de brun rouge étendu à grands coups de pinceau. Dans un second groupe, le ton rosé de la terre est plus prononcé encore; les ornements, quoique beaucoup plus foncés, sont dans la même gamme; la couleur générale est intermédiaire entre celle du beurre et celle de la chair de saumon fumé. Dans un troisième groupe, et le plus nombreux, celui où se rencontrent les formes les plus voisines des modèles usités à l'époque suivante, la terre est d'un jaune très clair, semblable au tuf du sous-sol de Paris, et présente une surface poussiéreuse; les ornements sont d'un noir violacé. Enfin une dernière classe est faite d'une terre rougeâtre, ferrugineuse, très dure et gardant dans la cassure des arêtes vives. L'intérieur est complètement peint en noir; l'extérieur est couvert d'une ornementation compliquée, très sèche de dessin, où les cercles concentriques et les dents de loup se répètent à profusion. Il est évident que dans cette seule trouvaille sont confondus les produits de plusieurs ateliers, établis dans des régions où la terre n'était pas la même, où les .

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traditions artistiques différaient, et que, de plus, certains de ces ateliers sont restés en activité pendant une longue suite d'années.

Quelques-uns des grands vases du Céramique sont apparentés d'assez près à celui que M. de Cesnola a découvert à Curium : on y retrouve les damiers, les rosaces, et, à la partie inférieure, les grandes bandes noires et les postes qui décorent celui-ci. Sur deux autres, dont Tornementation ne présente, au contraire, nulle part de postes et se compose en majeure partie de méandres grands et petits, le cou, très élevé, nous montre une bande d'antilopes paissant semblables à celles qui décorent la panse du vase de Curium : ces antilopes sont un motif purement oriental, et qui, joint aux sujets analogues qui décorent les bandes d'or estampées trouvées dans les mêmes tombeaux, trahit l'influence de la Phénicie. Mais ce sont là des exceptions, et presque tous les animaux figurés sur les poteries du Céramique existent en Grèce même. Les oiseaux d'eau ou de grèves, canards sauvages et échassiers, sont de beaucoup les plus fréquents : le cheval se montre souvent, la chèvre apparaît de loin en loin, le bœuf et le mouton jamais. C'est à cela et à quelques feuilles dessinées non sans adresse que se réduit, dans l'ornementation de la plupart de ces poteries, la part de la nature vivante. Mais une dizaine des grands vases du Céramique lui font une place infiniment plus large et même prédominante : l'homme y apparaît en troupes nombreuses, et comme acteur dans des scènes compliquées.

Les huit ou dix vases auxquels je fais allusion ont été fabriqués spécialement pour figurer dans les cérémonies des funérailles : je dis figurer, parce que plusieurs d'entre eux, tous peut-être, étaient sans fond et ne pouvaient par suite servir que d'objets de parade. Aussitôt après l'ensevelissement du mort, ils ont été brisés à dessein, et leurs débris amoncelés sur la tombe. L'usage tout particulier auxquels ils étaient destinés explique que, sur tous, la zone principale, beaucoup plus haute que les autres, soit occupée par une scène funéraire. Le dessin inséré à la page 27, et qui est emprunté à un vase acquis par le Louvre, reproduit la partie centrale d'une de ces scènes :

L'onitimmtalion géométrique.

l'exposition du mort, où irpoôeoiç, rite qui s'est perpétué pendant toute l'époque classique. Sur un lit de parade couvert d'un tapis quadrillé, le cadavre est étendu, entièrement nu à ce qu'il semble. Autour du lit, dessous, dessus, partout où il existait une place disponible, le peintre a disposé des personnages, les uns assis, les autres

Fig. 19. — Fragment d'un vise d'Athènes. (Mus^.; du I.ouvrc.i

debout, tous portant leurs mains à leur tète comme pour s'arracher les cheveux. Rien de plus enfantin que le dessin de toute cette partie : Le mort, qui devrait être couché sur le dos, montre ses deux jambes et ses deux bras, comme s'il reposait sur le côté gauche; le tapis semble placé dans le sens vertical. Les personnages assis au dessus, des femmes peut-être, mais on ne saurait l'affirmer, n'ont chacun qu'une jambe; sur leur visage la saillie du nez et celle du menton se confondent en une seule pointe, qui ressemble à un bec d'oiseau. Il en est de

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même de ceux qui sont à côté du lit. Les quatre que l'artiste a placés dessous, faute de savoir faire comprendre qu'ils étaient en avant, au premier plan, ont des têtes moins rudimentaires : la barbe qui prolonge leur menton les fait reconnaître pour des hommes. Mais chez ceux-là non plus, les yeux ne sont pas indiqués, les mains pas davan* tage, les deux bras sont des bâtonnets d'épaisseur presque uniforme. Dans tous, le buste, présenté de face sur des corps de profil, est triangulaire, la taille serrée à Textrême; les jambes sont interminables ; de vêtements, il n'y a point trace: non que tous ces gens doivent être nus, mais l'artiste n'a pas osé affronter la difficulté d'indiquer les formes sous la draperie. Le procédé de peinture n'est pas plus habile que le dessin : on a timidement barbouillé les corps avec un pinceau à pointe effilée, sans parvenir à étendre les teintes d'une manière égale. L'espace resté vide entre les personnages a été rempli, du mieux qu'on a pu, de chevrons superposés, d'ornements formés de deux triangles opposés au sommet, d'étoiles à rayons nombreux, d'ovales et de ronds entourés d'un cercle de points.

A droite et à gauche du lit de parade sont des chars à deux chevaux et à quatre roues, sur chacun desquels sont montés un cocher et un guerrier. Le cocher est nu; le guerrier semble porter une cuirasse, avec laquelle se confond un bouclier, échancré comme les boucliers béotiens. Un panache incliné en arrière semble implanté dans la tête même, le casque n'étant point distingué du crâne; dans les mains sont deux longs javelots. Sans doute ces chars, dont la suite se prolonge de l'autre côté du vase, se préparent à quelque course en l'honneur du mort, comme celle qui, dans ïlliade^ fait partie des jeux célébrés autour du bûcher de Patrocle.

Le vase du musée d'Athènes, de même forme, mais plus petit, nous montre dans sa partie conservée le second acte des funérailles, le transport du mort au lieu de sa sépulture (exçopa). Le lit funèbre est placé sur un chariot. Tout autour de nombreux personnages se lamentent, avec la même exagération de gestes et la même gaucherie d'attitude ; mais ici les deux sexes sont distingués : de petits traits qui

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