‹ Histoire de la céramique grecqueChapitre 16 sur 144 · I. Salomon Rdnach, Revue archéologique, i883, p. i2'i · texte numérisé non relu

I. Salomon Rdnach, Revue archéologique, i883, p. i2'i

dans la Grèce asiatique et dans les îles.

fût pas fait sentir encore plus fortement dans les îles du sud de la mer Égée, Rhodes et Mélos particulièrement, qui avaient possédé des établissements phéniciens considérables et auxquelles leur position géographique, jointe à ces souvenirs, permettait d’entretenir avec l’Égypte et la côte de Syrie d’intimes relations 'commerciales.

F'ig. 27. — Pinax de Camiros. (Musée du Louvre.)

Grâce aux fouilles considérables exécutées par A. Salzmann dans la nécropole de Camiros, l’une des anciennes colonies phéniciennes de l’île de Rhodes, nous possédons un grand nombre de monuments de la céramique rhodienne aux huitième, septième et sixième siècles'. Ce sont surtout des plats (xiva/te?, à peu près de la même

forme que nos assiettes, et des vases à verser, de formes pansues, d’un galbe un peu lourd. Sur tous ces objets, le fond est d’un

I. A. Salzmann : La nécropole de Camiros. — V. aussi de Longpérier, Musée Napoléon III. La plus grande partie de la collection réunie par Salzmann est au British Muséum, presque tout le reste au Louvre.

Uinfliience orientale

jaune très clair et légèrement grisâtre. Sur quelques-uns, la couleur emplo3^ée pour les ornements est encore uniquement le brun foncé, mais, sur le plus grand nombre, le potier, jaloux d’égaler la richesse d’aspect que les épaisses broderies de pourpre donnaient aux étoffes sur lesquelles il prenait modèle, a multiplié les engobes argileuses; il a surtout une prédilection pour celle d’un rouge vineux; ce n’est que plus rarement qu’il en emploie deux autres, l’une d’un brun clair, la seconde d’un blanc jaunâtre. Il est arrivé ainsi à la variété et à l’éclat qu’il cherchait, mais c’est aux dépens de la solidité de la peinture, car ces couleurs d’engobe, appliquées après la cuisson à grand feu , fixées seulement par une chaleur moyenne et formant une couche saillante, s’effacent assez vite par le frottement.

Sur les vases, l’ornementation est distribuée en bandes; sur les plats, la forme circulaire du champ invitait plutôt à peindre un sujet unique , mais la force de l’habitude a été telle que presque toujours la surface a été divisée en deux parties par un ornement rectiligne. La partie supérieure, plus grande que l’autre, contient d’ordinaire un animal, et l’on remarque que dans les pinax à décor monochrome cet animal est presque toujours un de ceux que les Égyptiens aimaient à représenter et auquel ils attribuaient un caractère sacré; sur l’un, par exemple, est un taureau retournant la tête et dressant la queue, qui rappelle les représentations d’Apis; sur un autre, un bélier marchant: or le bélier est consacré à Ammon ; sur un troisième enfin est un sphinx. Sur le pinax reproduit à la page 47, et qui , d’après l’importance des engobes rouges, semble être un des plus récents, apparaît un monstre dont la légende nous ramène plus près de la Grèce, en Lycie : c’est une Chimère, avec sa tête et son corps de lion, sa queue terminée par une tête de serpent et son dos surmonté d’une tête de chèvre. Un plat du British Muséum représente un autre être fabuleux qui a encore plus complètement droit de cité dans la mythologie hellénique : une Gorgone, au visage grimaçant et hideux.

Dans la partie inférieure des plats, séparée de la première le plus

D après CoTize .

Impy^ Le mercier, Pan s.

amphore de MILO

( Athènes, Ministère de l'Instrucüon publique)

dans la Grèce asiatique et dans les iles.

souvent par un méandre, quelquefois, comme dans le pinax de la Chimère, par une torsade, est d’ordinaire un ornement radié, apparenté aux palmettes assyriennes. Il est rare que cette sorte d’exergue

Fig. 28. — Œnochoé de Camiros. (Musée du Louvre.)

contienne un nouveau sujet ; c’est pourtant ce qui a lieu dans le plat de la Chimère, où le bas du champ est occupé par un espadon.

Un pinax beaucoup plus grand et plus riche de ton que les autres, plus récent aussi suivant toute vraisemblance, nous introduit en pleines légendes helléniques : il représente le combat

L’injluence orientale

d’Hector et de Ménélas sur le cadavre du Troyen Euphorbe (Iliade, chant xvii). Les noms des trois héros sont écrits à côté d’eux, celui d’Hector de droite à gauche, les deux autres de gauche à droite. Les formes des lettres, entre autres celle du lambda^ qui est caractéristique (h), appartiennent à l’alphabet argien et donnent une confirmation inattendue à la légende d’après laquelle les Doriens qui colonisèrent l’île de Rhodes venaient d’Argos*.

Les ornements semés dans le champ , sur ce plat comme sur tous les autres, oftrent l’aspect le plus incohérent. La palmette phénicienne s’y mêle aux croix gammées , aux points disposés circulairement , aux cercles concentriques de la décoration géométrique, et à un autre ornement qui rappelle la forme de certains cristaux de neige et qui procède lui aussi d’éléments linéaires. Le même mélange se retrouve dans les vases. Les formes les plus fréquentes parmi ceux-ci sont celle de l’œnochoé, et, à un moindre degré, de l’hydrie et de l’aryballe, L’œnochoé reproduite page 49 est une des plus belles. Les yeux placés des deux côtés du bec de l’embouchure trilobée sont un dernier reste de cette comparaison du vase avec le corps humain que Hissarlik et Santorin nous ont rendue familière. L’ornementation du cou se compose d’éléments géométriques. Celle de la panse est divisée en quatre zones : dans celle du haut sont des canards et un sphinx ailé, de tournure plus phénicienne qu’égyptienne; dans la seconde, des bouquetins; dans la troisième, des élans mouchetés, d’une variété qui est également représentée sur une coupe phénicienne découverte à Préneste; dans la zone la plus basse, enfin, est un motif d’origine égyptienne incontestable : des fleurs de lotus, les unes en boutons, les autres déjà épanouies. Dans le champ de ces diverses bandes nous retrouvons, à côté de la palmette, l’éternel swastika, les triangles, les cercles et les étoiles.

Ce style composite, dans lequel l’art oriental occupe maintenant la place d’honneur, semble avoir été répandu d’un bout à l’autre de la mer Egée, et c’est une île située fort loin de Rhodes, 1. A. Salzmann, Nécropole de Camiros, pl. 53.

dans ta Grèce asiatique et da?is les îles.

Si

presque en vue de la côte péloponésienne, l’île de Mélos, qui en a fourni les plus beaux spécimens. A Athènes, au Ministère des cultes et de l’instruction publique, dans le cabinet du surintendant ou éphore des antiquités, sont enfermées trois grandes amphores, hautes d’environ trois pieds, qui proviennent de cette île h La décoration de la première se compose, en haut et en bas, d’enroulements et de palmettes, au milieu, d’un couple de chevaux placés en face l’un de l’autre. Sur la seconde, reproduite planche II, le cou, divisé en segments par des bandes verticales et ' décoré d’enroulements et de palmettes d’un dessin riche et original, nous fait songer à l’Asie, mais la première des quatre zones entre lesquelles est divisée la panse nous rappelle vers l’Egypte par ses fleurs de lotus alternativement tournées vers le haut et vers le bas. Le grand registre qui règne sur la partie la plus convexe du corps du vase porte, d’un côté, deux cavaliers dirigeant chacun deux chevaux, de l’autre deux chevaux libres. Entre les chevaux, sur une face comme sur l’autre, est un entrelacs compliqué d’un caractère assyrien très prononcé, tandis que ce qui domine dans le champ, ce sont les ornements du style géométrique: chevrons superposés, losanges, rosaces, fleurs étoilées. Dans les deux registres du bas de la panse reparaissent les volutes et les palmettes, tandis que la base, conique comme celle des vases du Dip}don, ajourée pareillement, est ornée, en même temps que de palmettes, de bandes circulaires, de méandres, de chevrons et de dents de loup.

Le troisième vase était de beaucoup le plus beau, mais il est malheureusement brisé en pièces et n’a pu être reconstitué tout entier. Sur la face antérieure du cou, au lieu de simples ornements, se développait la scène reproduite en tête de ce chapitre : au centre, deux hoplites s’attaquent de la lance, auprès d’un trophée d’armes. De chaque côté, et par delà une bande verticale, deux femmes assistent au combat et font des gestes de stupeur. Sur la face principale de la panse, au-dessous d’une bande occupée par un défilé

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