Ibid., VI
3. Gerhard, Trinksclialen und Gefasse d. Berl. Mus., I, pl. ii et 12.
Les mses à figures rouges.
droite une fleur, et dans la gauche une lance mince et fine. Sur , ses épaules, la fille de Zeus a l'égide sans gorgonion, garnie d’une bordure de serpents. Des bracelets en forme de serpents enroulés ornent ses poignets, et son bras droit, gracieusement replié, est du galbe le plus pur. Puis vient Héra, sévère dans son costume, presque sans parure, appuyée sur un sceptre terminé par une palmette. Aphrodite arrive la dernière, le voile sur la tête comme le portaient les jeunes filles. Autour d’elle voltigent quatre jeunes Amours : l’un lui apporte un bracelet, l’autre un collier, le troisième un rameau fleuri; l’offrande du quatrième a disparu dans
une cassure.
On sait à quel prix Aphrodite s’était assuré la décision favorable de Pâris. L’autre côté de la coupe nous fait voir l’exécution de la promesse faite par elle au fils de Priam. Sept personnages remplissent ce côté. Le premier est Alexandros, chaudement vêtu d’une tunique presque aussi longue que celle des femmes, et de plus d’un himation. Il a son pétasos attaché sur le dos et tient de la main droite deux javelots; de la main gauche il serre le poignet droit d’Hélène. Celle-ci le suit, le voile
posé sur la tête, le visage un peu incliné, avec l’attitude d’une
pudique hésitation. Un compagnon du ravisseur, qui vient ensuite avec sa chlamyde attachée sous le cou et tombant sur son dos, et à la main droite les deux javelots que les peintres de vases donnent si souvent aux éphèbes, dit adieu à une femme, Timandra, tout en la détournant par un geste d’essayer de le suivre. Derrière Timandra est une jeune femme, Évopis, qui se tourne de l’autre côté et semble occupée à raconter l’événement à deux vieillards, Icarios et Tutaréos (sans doute Tyndare). Ceux-ci, par la grimace de leur figure et par leur main ouverte, manifestent l’indignation que leur cause ce scandale.
Le dessin dans ces deux peintures n’est pas serré de fort près, mais il est élégant, souple, quelquefois spirituel, et la morale pourrait accepter sans trop froncer le sourcil les quelques insi-
Macron, Hicron.
nuations comiques qui se laissent deviner de çà et de là. Malheureusement la scène de l’intérieur, un homme fait et un éphèbe qui tient avec une laisse un lièvre apprivoisé, devait évoquer chez les Grecs des pensées beaucoup plus grossières.
Ce n’est pas d’ailleurs la seule œuvre de Hiéron où la liberté souvent poussée à l’excès des mœurs grecques s’étale sans aucune vergogne. La plupart des coupes qu’il a faites représentent deux ordres de sujets, où la licence est à peu près égale. Sur les unes sont des scènes bachiques, avec leur accompagnement obligé : ébats de Satyres, de Silènes, danses lascives de Ménades. Sur les autres s’étalent des spectacles d’un degré encore plus bas, parce que les acteurs en sont non plus des êtres nés d’une inspiration fantaisiste et ennoblis par les chants des poètes, mais des hommes et des femmes comme on en rencontrait dans les rues d’Athènes : cortèges titubants d’hommes sortant d’une orgie, dialogues d’éphèbes et de vieillards, danseuses et joueuses de flûte, demi-nues sous leur tunique « d’air tissu », simple « nuage de lin ». Ce sont là les motifs préférés par Hiéron. Ils donnent en vérité une triste idée de sa valeur morale aussi bien que de celles de ses clients. Toutes ces polissonneries, d’ailleurs, sont arrangées avec une désespérante monotonie, et sont peintes d’une main lâchée qui semble avoir elle-même le dégoût de ce qu’elle fait.
Athènes souffrit beaucoup et longtemps dans sa moralité de tous les bouleversements d’existence et de fortune amenés par la guerre du Péloponèse, de l’effondrement de la plupart des grandes maisons et de l’arrivée à une position dominante d’hommes des classes inférieures. C’est le moment où le théâtre appartient aux pièces de bas étage, aux drames satyriques et aux mimes. Aussi ces peintures de Hiéron durent avoir un grand succès; le fabricant, qui se faisait le professeur de débauche, dut remplir ses coffres de beaux tétradrachmes sonnants. Il accrut sans cesse la production de ses fours et inonda de vases de pacotille la Grèce et tous les pays hellénisés. Sans doute c’est surtout du côté de la
Les vases à figures rouges.
Grèce italienne, alors devenue la plus riche, que l’exportation de la fabrique fut dirigée; qui sait même si après le désastre d’Aegos- Potamoi et la prise d’Athènes par Lysandre, il ne se décida pas à transporter ses ateliers dans quelqu’une de ces villes si prospères de la Campanie, à Cumes, par exemple? Cela permettrait de comprendre comment plusieurs des œuvres où il a mis' son nom proviennent de ces régions, et expliquerait la parenté facile à reconnaître entre ceux de ces vases qui sont le moins soignés et toute la fabrication gréco-italienne du quatrième siècle.
Fig. 82. — Ménélas et Hélène. Skyplios de Macron et Hiéron. (Collection Spinelli.)
Fig. 83. — Peinture d’un lécythe à fond blanc. (Musée de la Société archéologique d’Athènes.)