Frœhner, Anatomie des vases antiques. Paris
Les premiers essais.
homérique d’Athéna, yT^au/tcoTCu;, la déesse « aux yeux pers », parles mots (c au visage de chouette », a naturellement vu dans ces vases des confirmations de son système et des idoles de la protectrice d’ilion. Des idoles de ménage ! des images de divinités dans lesquelles leurs adorateurs auraient fait cuire la soupe ! Risiim teneatis , amici.
A Chypre, où le même mode d’ornementation a été fort en faveur, c’est d’ordinaire au corps de la femme que le vase est comparé, et le goulot en est parfois modelé en tête féminine complète, encadrée des tresses de ses cheveux, parée de ses boucles d’oreilles et de ses colliers. C’est pareillement à la femme qu’ont songé surtout les potiers de Hissarlik, et, au-dessous du visage grossièrement ébauché et où le sexe n’est pas reconnaissable, ils ont souvent placé, à la
partie supérieure de la convexité de la panse, deux petits cônes qui ne sont autre chose que les seins. Plus bas ils ont parfois représenté le nombril, tantôt rond et plat, tantôt divisé par des raies incisées qui simulent la cicatrice du cordon ombilical. Plus rarement, un collier autour du goulot, une bandelette ou dia\oma en sautoir autour de la panse, complètent la décoration.
Fig. 10. — Vases de la Troade.
(Berlin, Antiquarium.)
Les poteries trouvées dans l’île de Santorin (l’ancienne Théra) et dans l’îlot adjacent de Thérasia sont d’un art plus développé et d’un goût plus fin, et cependant les circonstances dans lesquelles elles ont été découvertes forcent à leur attribuer une antiquité extrêmement reculée'.
1. Fouqué, Santorin et ses éruptions. Paris, 187g. — Rapports de MM. Gorceix et Mamet sur leurs fouilles à Santorin, dans le Bulletin de l’École française d’Athènes,
Les premiers essais.
L’île de Théra était primitivement composée d’un cône volcanique adossé à une montagne calcaire : de tous côtés, à partir des bords du cratère central, les pentes descendaient régulièrement vers le rivage, dont la ligne était presque circulaire. A la suite d’une grande éruption qui couvrit toute la surface de l’île d’une épaisse couche de cendres et de ponces, le cratère, sous lequel la projection de tant de matières avait creusé un vide immense, s’effondra tout à coup, la mer envahit la place qu’il avait occupée, et il ne resta de l’île que la moitié orientale, en forme de croissant échancré à l’Ouest, et au Nord-Ouest quelques îlots dont Thérasia est le plus grand.
Il est possible que le récit fait par Hésiode de la lutte des Dieux contre les Titans' soit inspiré d’un confus souvenir de ce prodigieux cataclysme. Certains traits de la description du poète, les secousses qui ébranlent sur leur base le ciel et les montagnes, la grêle de [)ierres lancée par les géants, les coups de foudre par lesquels Zeus riposte, les flammes qui sortent de la terre embrasée, le bouillonnement de la mer, peuvent difficilement avoir été inventés de toutes pièces. Mais outre qu’il n’est point certain que d’autres volcans connus des Grecs, celui de Nisyros par exemple, n’aient pas eu à l’époque historique des éruptions assez fortes pour suggérer au poète l’idée de cette peinture, cette ressouvenance, si ressouvenance il y a, est en tout cas fort vague; elle nous transporte en pleine mythologie. Si le bouleversement de Théra était postérieur à la colonisation phénicienne, laquelle est de la fin du quinzième siècle et commence l’histoire de l’île, nous en saurions assurément plus long. Et en effet M. Fouqué, d’après des considérations géologiques, fait remonter le cataclysme jusque vers 2000 ou 1800 avant notre ère.
Les travaux faits à Thérasia par MM. Christomanos, Nomikos et Alafousos, pour l’extraction de la pouzzolane, les recherches de M. Fouqué dans le même îlot et au sud de la grande île, à Acrotiri,
1870. — E. Burnouf, Mémoires sur l'antiquité : Saniorin. — Dumont et Chaplain, les Céramiques de la Grèce propre, !'•<= part., ch. ii. — La collection considérable formée par MM. Gorccix et Mamet est à l’Ecole française d’Athènes.