‹ Histoire de la céramique grecqueChapitre 96 sur 144 · Klein, Vasen mit Meistersignat., p · texte numérisé non relu

Klein, Vasen mit Meistersignat., p

Les vases de l’Italie méridionale.

Le style d’Asstéas se rapproche de celui de Python ; il accuse le même goût libre et pittoresque, la même manière aisée et brillante. Ces qualités apparaissent surtout dans un cratère du musée de Naples, montrant Phrixos et Hellé traversant l’Hellespont' (fig. 117). Au centre du tableau sont les deux enfants, montés sur le bélier à la toison d’or. Dionysos les suit, assis sur une panthère, et derrière lui apparaît le buste de Silène. A gauche, la mère de Phrixos et d’Hellé, Néphélé, vue à mi-corps, les suit du regard avec sollicitude, et étend sur eux les plis de son voile. Les rayons du soleil, figurés [dans le champ, éclairent la scène, et, dans la partie inférieure, la mer est figurée par des monstres marins : un Triton, Scylla, un cheval de mer aux formes fantastiques. Le même sentiment pittoresque et décoratif caractérise les autres vases à sujets mythologiques peints par Asstéas : Héraclès au jardin des Hespérides, Cadmos engageant la lutte contre le dragon qui garde la fontaine de Thèbes.

Un des vases d’Asstéas, que reproduit la gravure placée en tête de ce chapitre (fig. ii3), mérite une attention particulière : c’est un cratère trouvé à Pæstum et appartenant au musée de Madrid 2. L’artiste s’est évidemment inspiré d’une tragédie ; l’action est celle-là même qu’Euripide a traitée dans VHéraclès furieux.^ mais avec des détails étrangers à la pièce du poète athénien. Pris d’un accès de folie furieuse', Héraclès met à mort ses enfants, qu’il croit être ceux d’Eurysthée. Il a saisi dans ses bras un de ses fils, et s’apprête à le jeter, malgré ses supplications enfantines, dans un bûcher improvisé, où brûlent tous les objets qu’il a trouvés sous sa main : un siège à pieds courbes (xAicp;), un diphros., une table, un coffret à bijoux, des corbeilles, des vases de toutes formes. Son costume est étrange. Il porte un casque à panache et à aigrettes semblables à celui des Lucaniens, des cnémi-

1. Bulleit. archeol. napoL, VII, 34. Cf. Vorlegeblaetter de Vienne, série B, pl. 2.

2. Monumenti incdiii, t. VIII, pl. 10. — Vorlegeblaetter de Vienne, série B, pl. I. Gf. llirztil, Amali, 18G4) p. ii7>.

Fig. Il 7. — Phrixos et Hellé.

Peinture d’un cratère d’Asstéas. (Musée de Naples.)

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Les i>ases de Vltalie méridionale.

des, une tunique laissant à nu les formes robustes de ses bras et de sa poitrine velue, et une légère chlamyde. A droite, sa femme Mégara, prise de terreur, s’enfuit vers une porte entr’ouverte. Le fond de la scène est occupé par une sorte de portique, soutenant une galerie divisée en quatre compartiments par des colonnettes. Sans trop se préoccuper de la perspective, le peintre y a placé trois personnages, spectateurs de la scène : une femme. Mania, personnifiant la folie, lolaos, et enfin la mère du héros, Alcmène.

Le style de cette peinture a encore une saveur toute grecque; il nous permet de placer la période d’activité d’Asstéas avant le moment où commence la décadence, et où apparaissent les vases apuliens à décor fleuri. Mais dans quelle région avait-il établi son atelier? A ne considérer que la provenance de ses œuvres, on serait tenté de se prononcer pour la Lucanie ; sUr cinq vases signés de lui, trois ont été trouvés à Pæstum. Cependant certains indices nous permettent de le rattacher beaucoup plutôt au groupe des céramistes tarentins. Les inscriptions de ses vases accusent l’emploi de l’alphabet en usage à Héraclée et à Tarente, après l’adoption de l’alphabet ionique'; ainsi Mhéta y a tantôt la forme ordinaire, tantôt la forme h. Ajoutez qu’Asstéas est encore l’auteur d’un cratère offrant une représentation très fréquente dans la céramique tarentine, à savoir une scène de comédie; c’est une preuve de plus en faveur de notre hypothèse.

Les Tarentins goûtaient fort un genre de comédie bouffonne qui avait pris naissance dans leur propre ville. Les pièces appelées phlyaqiies étaient des farces burlesques, qui ne recu-

laient pas, il est permis de le croire, devant les plaisanteries les plus grasses. Un Tarentin, Rhinton, à la fois poète et acteur, s’était acquis une véritable réputation dans ce genre de littérature. Sa Phlyacographie était célèbre. Il ne nous est parvenu aucun spécimen de ces pièces; mais on en trouve le reflet dans toute une série de

1. Voir l’alphabet tracé sur un vase de Misanello; C. Robert, Bull. delV Inst., 1875, p. 50.

Les vases de l’Italie méridionale.

Si?

vases peints, qui, à part deux exemplaires trouvés en Sicile, proviennent exclusivement de l’Italie méridionale. Sur cinquante-trois qui sont connus, la Campanie et la Basilicate en ont fourni une dizaine; les autres ont été découverts en Apulie, notamment à Ruvo, à Bari et à Fasano. Ces vases affectent le plus souvent la forme de cratères évasés [vaso a campana) ou d’œnochoés; l’unité de style y est telle. qu’on peut les rattacher à une même fabrique. En raison de la provenance et des sujets, c’est à Tarente qu’on est en droit de placer le centre de cette fabrication '.

Les acteurs des scènes figurées portent le costume de l’ancienne comédie attique. Ils ont des masques grotesques, plus grands que nature, et dont l’effet comique consiste surtout dans la déformation, poussée jusqu’à la charge, des traits du visage humain : c’est le caractère des masques de théâtre au temps d’Aristophane-. Les proportions du corps sont grossies, et mises d’accord avec celles du masque, à l’aide de maillots rembourrés (cw[xaTia) ; les pièces qui couvrent le ventre et la poitrine (TrpoyacTpf^ia, xpocrepvfr^ia) donnent aux acteurs un embonpoint plaisant; un maillot collant, analogue aux anaxyrides des Asiatiques, couvre également les bras et les jambes. Une tunique étriquée, un petit manteau, complètent l’ajustement des plilyaqiies. Quant aux acteurs qui jouent les rôles de femmes, ils portent le costume féminin de la vie quotidienne, mais ajusté d’une façon grotesque. Ces analogies si étroites avec le costume de l’ancienne comédie permettent-elles de conclure que le répertoire des phlyaques était aussi puisé à cette source ? Il est permis d’en douter. Au troisième siècle, les comédies d’Aristophane et de ses contemporains n’étaient plus jouées; la vogue appartenait aux pièces des poètes plus récents, Ménandre, Philémon , Philippidès Il faut donc renoncer à éta-

1. M. Heydemann a publié sur ces vases un récent mémoire qui nous dispense de donner la bibliographie antérieure. {Die Phlyakendarstellungen auf bemalten Vasen; Jahrbuch des deiitschen arch. Instituts, I, 1886.

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