‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 88 sur 197 · PREMIÈRE DIVISION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE DIVISION

OBJECTIONS I A VH

V aumône n'est pas obligatoire (i). Nous n avons pas de super-^ ftu (il). Nous sommies pauvres (iii). Nous avons une grande famille (iv). Les temps sont mauvais (v). Les taxes et les charges publiques sont grandes et on les exige avec rigueur (vi). L'aumône nous appauvrirait (vu).

Réponses abrégées : La loi naturelle, gravée dans le cœur de tous les hommes, dicte qu’il faut faire au prochain ce que vous voudriez qu’on vous lit à vous-même.

La loi écrite vous commande d’ouvrir votre main pour secourir le pauvre, votre frère [Deut.^ ch. xv). Enfin la loi chrétienne considère l’amour du prochain comme un point essentiel à observer pour le salut.

Si vous dites que vous n’avez pas de superflu, qui en sera

80. A Aix, chez G. Le Grand (sans date). Cet ouvrage cite la, bulle d’InnocentXII, 20 mai 1693, il a été réimprimé à Marseille en 1699, sa date de publication doit donc être placée entre 1694 et 1698. — IV. La mendicité abolie dans la ville de Marseille^ etc. (Réimpression de l’opuscule précédent), in-12, titre, 2 feuillets, ensuite pagination de 2 à 76. A Marseille, Henri Martel, 1699. — V. La mendicité abolie dans la ville de Montaiiban par nn bureau de charité, in-12, 2 feuillets,. 70 p. (abrégé des ouvrages qui précèdent). Tous ces documents font partie de nos collections.

3. Les chilfres romains placés après l’intitulé de chaque objection sont ceux qui appartiennent à l’ouvrage primitif : Mendicità provediita (1693), les éditions françaises présentent certaines variantes, notamment dans l’ordre des chapitres,, mais le fonds reste le même.

LE RENFERMEMENT DES PAUVRES

jug-e? (( Il faut s’en tenir à l’Évangile, et c'est Jésus-Christ qui doit examiner vos dépenses, et décider quelles sont les superflues. » Examinez-vous aussi un peu vous-même et ne soyez pasdu nombre de ces malheureux trouvant de l’or pour faire des dépenses inutiles ou criminelles, et manquant d’un denier quand il s’agit de soulager les indigents.

(( Je vous l’accorde, vous êtes pauvres, donnez alors l’aumône pour devenir riches, vous ne trouverez jamais un secret plu& certain et plus infaillible que celui-là : Ars artium, quaestuosissima est eleemosyna (Ghrysost. in hom. 33 ad Popul. Antioch.). Les terres, les maisons, les banques rendent quatre ou cinq pour cent; on gagne bien plus avec l’aumône. Dieu s’étant obligé à payer cent pour un. »

Vous avez une grande famille ! Celui qui a un grand nombre d’enfants doit donner de grandes aumônes, car, au dire de saint Cyprien, « plus il a alors de personnes pour lesquelles il doit prier, pour les péchez desquelles il doit satisfaire, et dont il doit purifier les consciences et délivrer les âmes. »

(( Si les temps sont mauvais, il ne tient qu’à vous de les. rendre meilleurs par vos aumônes, et en retranchant de votre dépense tout le superflu pour donner aux pauvres, eux pour qui les temps sont véritablement mauvais. »

Saint Jean Chrysostome observe, au point de vue des taxes exigées, que nous devons nous souvenir des peines éternelles qui vengeront cruellement le refus injuste d’une honnête contribution pour le soulagement des malheureux.

« Quant à ceux qui appréhendent de s’appauvrir par l’aumône, ils croyent, dit saint Cassien, que Dieu manque ou de foy ou de richesses ; ou qu’il est menteur ou qu’il est pauvre : aut mendacem Deum aut inopem credunt. Croire que Dieu manque do parole, c’est être un blasphémateur ; croire qu’il manque de biens, c’est être non seulement un infidèle, mais un extravagant. »

OBJECTIONS VTII A XII.

C'est aux ecclésiastiques et non pas aux laïques à nourrir les pauvres (viii). Nous faisons d'autres bonnes œuvres aussi utiles

pour notre salut (ix). Nous nous souviendrons des pauvres dans notre testament (x). Nous avons des parents pauvres qu’il faut secourir (xi). Il faut faire l’aumône secrètement (xii).

Il convient de considérer les biens de l’Eglise, dans leur origine, (( comme le premier et principal fonds des hôpitaux et des indigents. » Les ecclésiastiques sont obligés de nourrir les malheureux. Il est faux néanmoins de prétendre que les laïques se trouvent déchargés de cette obligation.

(( Parce que les prêtres, écrit saint Jean Ghrysostome, sont obligés de prier, ne priez- vous jamais pour cela? »

« La miséricorde envers les pauvres, dit saint Léon, est une vertu si importante, que les autres que vous pourriez avoir sans elle, ne vous serviront de rien. Ayez la foy, la chasteté, la tempérance et d’autres vertus encore, si vous voulez d’un mérite plus excellent, tout cela ne vous profitera point si vous n’êtes miséricordieux envers vos frères. »

Saint Basile exhorte à donner de son vivant : « Montrez des œuvres, s’écrie-t-il, et alors demandez des récompenses; mais travaille-t-on après que le commerce est cessé? Belle piété véritablement, de ne pratiquer de bonnes œuvres, et de ne rien faire de louable qu’avec de l’encre et sur du papier. »

(( A Dieu ne plaise que le bureau de charité vous empêche de secourir vos parents dans le besoin ; cette aumône ne doit pas vous empêcher de donner à ce bureau ce que vous donneriez aux mendiants publics, si la mendicité n’était pas défendue. »

Le commandement de faire l’aumône en secret veut dire simplement qu’il ne faut pas l’accomplir par un sentiment de vanité.

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