‹ Histoire de la chimie (volume 2)Chapitre 7 sur 31 · CHINOIS ET JAPONAIS · texte numérisé non relu

CHINOIS ET JAPONAIS

Les Chinois cultivaient les sciences et les arts à une époque où les nations de Toccident étaient encore plongées dans la barbarie. Pourquoi? voilà ce qui a singulièrement préoccupé l'esprit des philosophes et des historiens. Pour expliquer ce phénomène, nous n'avons pas besoin de recourir à des supputations chronologiques, plus ou moins contestables. Le caractère moral, l'histoire politique, la position géographique , la population même de la Chine, expliquent parfaitement l'antiquité de sa civilisation. La population de la Chine est extrêmement nombreuse; en tout temps elle paraît avoir été trop à l'étroit dans l'espace qu'elle occupe (1). Moins inquiétée au dehors que la race caucasique ou aryenne, la race mongole a pu se livrer de bonne heure aux travaux paisibles des arts et de l'industrie. Les hordes guerrières, qui ébranlèrent l'Europe et mirent fin à l'empire romain, se dirigeaient de l'orient à* l'occident. Toutes ces peiqilades indisciplinées, dont l'origine est encore un problème , tournaient donc le dos à la Chine (2).

(1) Le peuple tiiinois civilisé n'occupait, au xii*' siècle avant notre ère, qu'un espace limité au midi par le 33" ou le 34" degré de latitude, au nord par le:^ 37^ et 38«. Le milieu de cet espace correspond à la vallée inférieure du fleuve Jaune; et, d'après un recensement de celte époque, sa population s'élevait à vin^t et un millions d'individus. Jusqu'au m" siècle avant notre ère, les parties méridionales de la Cliine ont été occupées par des liordes sauvages. {Journal asiatique, n° 58, 1840.)

(2) « Une tribu de pasteurs au teint basané, de race toukiouiche ou turque, les Hiouguioux, liabitaient sous des tentes de peau, la steppe élevée de Gobi. Une partie de ceUe tiibu, longtemps l'épouvante de la puissance chinoise, fut refoulée au sud vers l'intérieur de l'Asie. Ceclioc des nations se propagea irré^istiblement jusqu'à l'Oural, siège primitif des Finois. Ue là tirent irruption les Iluus, les Avares, les Khasars, et diverses races mêlées , d'origine asiatique. Les armées des Huns se montrèrent d'abord sur le Volga, puis en l'annonie, enlin sur la Marne et aux rives du Pô, dévastant les riclies campagnes où, depuis les temps d'Anténor, le génie créateur de l'bomme avait entassé monument sur monument. Ainsi un soufde empesté vint, des déserts de la Mongolie , lléirir , sur le sol cisalpin, la fleur délicate des arts cultivée depuis tantde siècles. » Alex, de Ilumboldt, Tablemtx de lanature, tome I, p. 19 de notre traduction.

JO lII.->TulHE DE LA CllI.MlE.

ToiUc industrie se développe propoilioiincllcmenl à la population d'un pays. C'est ce qui ressort de l'enseignement même de l'histoire. Tout peuple pasteur ou chasseur peut se passer des arts et des sciences : il n'a pas besoin de tourmenter le sol pour vivre, ni de s'ingénier à se vendre tributaire le riche qui aime le luxe; les simples produits de la nature lui sut'Iisent. Mais il a besoin d'un vaste territoire. Or, c'est là précisément ce qui manquait à la population de la Chine. Cette immense population pacifique, sédentaire, dépourvue de tout instinct de conquête, devait, ou périr de famine, ou se livrer de bonne heure aux occupations industrielles et à la culture des arts (1;.

La rivalité et l'ambition, deux passions inséparables d'une grande agglomération d'individus, si elles ne s'appliquent pas à des questions irritantes, le plus souvent insolubles, peuvent servir au développement du bien-être par l'appropriation des forces naturelles, trésor de richesses inépuisable.

Ainsi, loin de révoquer en doute l'antiquité de la civilisation chinoise, nous avons plutôt lieu de nous étonner que cette civilisation aitétési lente à se développer^ surtout lorsqu'on considère que les savants sont infiniment honorés en Chine (2), etque, dans aucun temps, les habitants de celte contrée populeuse ne paraissent avoir eu à luttercontrece fanatisme aveugle qui fit, chez nous, condamner les Roger Bacon et les Galilée. Pourrait-on alléguer comme cause de cette lenteur l'infériorité intellectuelle de la race mongole, sa haine de l'étranger, quelque vice d'organisation politique, etc. ? Nous ne faisons que signaler ces questions.

Pour se faire une idée exacte de la chimie chez les Chinois, il faut s'adresser à la médecine, à la métallurgie, à la peinture, à tous les arts utiles. La préparation des remèdes, la fabrication de quelques produits d'industrie, quelques procédés de simple routine, des faits isolés sans lien, sans doctrine scien-

(I) Au rapport ilii iliancclier ïlionias ^loriis, l'Angleterre ne fut jamais plus près de sa ruiue que jurscpie tous les pro|)iiétaires voulaient avoir des troupeaux de moutons; ce qui occ.asionua d'abord une dépopulation extrême dans les campagnes , et (it eiilin manquer le pain jusque dans Londres.

{?.) « L'art de faire de l'encre, de même tpie tous les arts qui ont rapport aux sciences, est honorable à la Chine, où ce n'est que par les sciences que l'on s'élève aux dignités de l'empire. » Page 135, vol. 1, de la Description r/rograpfriyue , historique et physique de Vempire de la Chine et de la Turturie chinoise, par le P. J.-B. du Halde. ( Paris, 173 j, 4 vol. in-fol).

PREMIÈRE Él'OQf.'E. H

tifique, voilà à quoi se borne ici la science des Chinois (1). Proaipl à saisir le côté pratique d'une découverte, le Chinois

(1) Il n'existe pas d'oiiviage eliinois sur la cliimic proprement dite. On conserve à la Bibliothèque impériale de Paris un très-petit nombre de livres cliiiiois qui pourraient intéresser riii4oire de cette science. Parmi ces livres, nous citerons particulièrement la Petite Encyclopédie chinolss des arts et métiers (cotée F. 358), sous le litre de Thien-hong-khaï-ire. En voici la table des matières :

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