‹ Histoire de la chimie (volume 4)Chapitre 15 sur 53 · C. Poisons tirés du règne minéraL · texte numérisé non relu

C. Poisons tirés du règne minéraL

Sandaraque. — Arsenic (i). — Dioscoride s*estle premier servi du nom d'arsenic. « L'arsenic, dit-il, se rencontre dans les mêmes mines que la sandaraque. Celui qui se présente sous forme de morceaux compactes, écailleux, d'un jaune d'or et pur de tout mélange , est réputé le meilleur. On trouve de Farsenic dans la Mysie de THellespont. II y en a deux espèces : d'abord l'arsenic qui vient d'être indiqué ; puis celui qui nous arrive du Pont et de la Gappadoce, et qui est en morceaux semblables à la sandaraque (2). »

Ainsi donc> ce que Dioscoride appelle ici arsenic n'est autre cbose qu'un sulfure d'arsenic comme la sandaraque. « L'arsenic, ajoute- t-il, se torréfie de la manière suivante : Mettez-le dans ud test (capsule) neuf, et cbauffez-Ie sur des charbons ardents, jusqu'à ce qu'il brûle el qu'il change de couleur. On le laisse ensuite se refroidir: on le triture, et on le conserve en poudre.»

Quelque imparfait que soit ce procédé, puisque la plus grande partie de l'arsenic allait se perdre par la volatilisation, il devait néanmoins fournir une certaine quantité d'arsenic blanc (acide arsénieux). Comme les anciens Savaient extraire le mercure du cinabre par voie de sublimation, ils se servaient probablement du même moyen pour préparer, avec un sulfure naturel, Tarseoic blanc , qui reçut plus tard le nom d^arsenic sublimé. C'est ce dernier arsenic (acide arsénieux), qui donne si souvent lieu à des cas d'empoisonnement, que les anciens employaient comme caustique, et sous fornie d'onguent épilatoire.

En résumé , l'arsenic des anciens est tantôt un sulfure pur d'arsenic, tantôt de l'arsenic sublimé (acide arsénieux).

La sandaraque ou orpiment et l'arsenic (sublimé) étaient comptés au nombre des poisons.

a La sandaraque et l'arsenic, pris en breuvage, occasionnent, dit Dioscoride, de violentes douleurs dans les intestins, qui sont vivement corrodés ((Acxà ^ri^[koZ ff^oSpcû). C'est pourquoi il faut y apporter comme remède tout ce qui peut adoucir le corrosif. » Ici l'auteur recommande le suc de mauve, des décoctions

(1) Arsenic (àp<rcvix6v) signifie mâle, par «lliisioii à ia docirine mystique do principe m&le et du princifie. fennetle des alcliinoistes. Yoy. pag. 23.

(2) Dioscoride, 3lat. med., ▼, 121.

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( cyjnrjuata) de graines de lin, de riz, des émulsiôns, et des juleps ' doux et émollients (1).

Mercure (OSpapTupoç). — • Le cinabre ( sulfure de mercure) passait pour un poison violent. On ne reoconlre'pas encore de traces de la connaissance du sublimé corrosif chez les anciens.

Litharge {xpuma argenli), — Céruse (iJ»i|aulu6iov). — « La céruse, dit Nicandre, rend l'eau laiteuse (2). » On employait comme contre-poisons l'huile d'olive et le lait.

Gypse (tCravoc). — C'était probablement le môme poison que la chaux vive (pj^oç). On préconisait le vinaigre comme contrepoison (saturation de la base par un acide).

Tels sont les poisons tirés des trois règnes de la nature , et connus des anciens. Il existe cependant un poison plus actif que tOQS ceux qui viennent d'être énumérés : l'acide prussique. Nous verrons plus loin que les prêtres d'Egypte le connaissî^icnt : la pem du pécher j infligée aux initiés indiscrets, était la peine de mort par le poison en question (3).

En jetant, un coup d'œil àur le tableau qui précède, on est frappé non-seulement du nombre des poisons , mais surtout de l'excellence du traitement et du bon choix des contre-poisons. En voyaat, par exemple, un acide employé pour combattre l'effet d'une base alcaline, on est tenté de croire que les anciens avaient, en chimie, des idées plus avancées qu'on ne pense. Mithridate et Attale sont, d'après Galien, les pères de la toxicologie : ces rois avaient expérimenté les poisons et leurs antidotes sur des hommes vivants, sur des condamnés à mort (4;.

Les poisons septiques, empruntés au règne animal, obtenaient en général la préférence sur les autres poisons. Diodore raconte que les Indiens avaient l'habitude de tremper leurs flèches et leurs lances dans un poison mortel. Ce poison était, ajoute- t-il, fait arec des serpents pourris. Ceux qui étaient blessés par ces armes

(1) Dioftcoride, Ilepl 6T)Xr<T. fap|i.,c. xxix.

W Nie. Àlexipharm. Columelle (liv. x), Dioscoride (i, 187), Pline (xv, 13) ^ Galien (De anim. fac^ ii, 36), rapportent comme un bruit f^énéralemeot rél<odu {fama), qoe le penea (pèiiier) éiait on arbre pernicieux, venétieux. ^t ib s'eo étonnent, parce qoe, diaenl-iia, le fruit en est trè&-mangeab!p. Ge.«eul 'i^iee, k défaut d'autres, aurait dA suffire pour mettre sur la trace du poiron qti on retirait du pécher, dont les noyaux écrasés exhalent l*odcur caractéristique <ie Tscide proisique.

(3) Voy. pa(;e233.

(^) Galien, De simpl. med, /ac, c. xxiii.

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empoisonnées mouraient au milieu de convulsions horribles, et leurs cadavres prenaient aussitôt une teinte livide (1).

poisoBS lents»

Existe-t-il des poisons dont l'action ne se fait sentir qu'après un laps de temps plus ou moins long? Les Italiens, au seizième siècle, du temps de Catherine de Médicis, passaient pour trèsversés dans la connaissance des poisons de ce genre. Mais la tradition en remonte bien plus haut. Théophraste, qui vivait au deuxième siècle avant J.-C, parle déjà d'un poison qui tue au bout de deux à trois mois, ou seulement au bout d'un à deux ans(^). Il ajoute que ce poison se préparait avec l'aconit , plante qu'il était défendu, sous peine de mort, de cultiver dans les jardins. Tacite reproche à Séjan d'avoir fait mourir Drusus à l'aide d'un poison lent (3).

On connaît l'histoire de l'empoisonneuse Locuste , qu'Agrippine et Néron comblèrent de bienfaits, pour avoir été en partie' rinslrunaent de leurs crimes. Pour parvenir au trône, Néron fit empoisonner Germanicus et Britannicus : le premier, par un poison lent; le dernier, par un poison très-prompt Gomme, dans une première tentative, le poison n'avait eu pour effet qu'une violente purgation, Néron contraignit Locuste, avec d.'horribles menaces, d'en préparer une autre plus efficace. Il en fit, en sa présence même, faire l'essai sur un bouc^ qui mourut dans l'espace de cinq heures. Trouvant ce temps trop long, il insista sur la préparation d'un poison plus expéditif. Locuste obéit ; elle fit une nouvelle expérience sur un porc, qui tomba mort sur-le-champ. C'est ce poison qui servit, dit-on, à tuer Britannicus (4).

On s'est souvent demandé si les anciens avaient connu un plus grand nombre de poisons que nous. Cette question a été plus d'une fois abordée inutilement. Mais ce qui paraît certain, c'est

(t) Diodore de Sicile, Bibl, hist., xtii, i03. (2) Hist, plantât.^ ix, 36.

' (3) Tacite, Annales^ iv, 8.

(h) Tacite, Annal,, xin, 15, 16. Suelone, ti, 33. Jiivéaal, Sa/.i, 1, 71.

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qu'en raison même du grand mystère qu'on en faisait, la connaissance et la préparation des' poisons étaient jadis plus répan* dues qu'aujourd'hui. ChaôU'n voulait y être ioitié. Euimusper ve-^ iiiufn ne fus.

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