‹ Histoire de la chimie (volume 4)Chapitre 6 sur 53 · CHINOIS ET JAPONAIS · texte numérisé non relu

CHINOIS ET JAPONAIS

Les Chinois cultivaient les sciences et les arts à une époque où les nations de l'occident étaient encore plongées dans la Ixirbarie. Pourquoi? voilà ce qui a singulièrement préoccupé Tesprit des philosophes et des historiens. Pour expliquer ce phénomène, nous n'avons pas besoin de recourir à des supputations chronologiques, plus ou moins contestables. Le carac- U-re moral, l'histoire politique, la position géographique , la population même de la Chine , expliquent parfaitement l'antiquité (li- sa civilisation. La population de la Chine est extrêmement nombreuse; en tout temps elle paraît avoir été trop à l'étroit ilaiis Tespace quVlle occupe (1). Moins inquiétée au dehors que la race caucasique ou aryenne, la race mongole a pu se 11- M*er de bonne heure aux travaux paisibles des arts et de l'indusîrie. Les hordes guerrières, qui ébranlèrent l'Europe et mirent fin •4 l'empire romain, se dirigeaient de l'orient à l'occident. Toutes <cs peuplades indisciplinées, dont l'origine est encore un pro-'

Uéme , tournaient donc le dos à la Chine (2).

iOLe peuple chinois civili.<;c n*occupaily au xu* siècle avant notre ère, qu'un ^paee limité au midi par le ti' on le 34* degré de laUtude, au nord par le^ 37* ^ 3h«. Le milieu de cet espace corres|K>nr) à la vallée inférieure du fleuve Janne ; *l <i «(ires un recensement de cette époque , sa populatiîin s'élevait à vingt et nn Diûiions d*iDdividuR. Jusqu*au m* «siècle avant notre ère , les parties méridionales <ic la Chine ont été occupées par des hunles sauvages. (Journal asiatique, »• 58, !ft40.)

^V • Une tribu de pastenrs au teint bnsané, de race toukiouiche ou turque, If^i HiougiiiouN, habitaient sous des tentes de peau, la steppe élevée de Gobi. Une NrtJe de cette tribu, longtemps l'épouvante de la puissance chinoise , fut refoulée au Ht(\ Vers Tintéiieur de l'Asie. Ce choc des uationf; se propagea irré$i<(iblemeiit |wqD*a rOural, siège primitiF des Finoi^i. De là firent irruption les Huns, les Avar<^t les Kbasars, et diverses rares miMceft , d'origine asiatique. Les armées des HuiM M montrèrent d*abord sur le Volga , puis en Pannonie , enfin sur la Manie ^ aux rives du Pô, dévastant h*s riches cam[>agnes où, depuis les ternes d'Anl^tior, le génie créateur de Thorome avait enlassé monument sur monument. Ainsi un souffle empesté vint, des déserts de la Mongolie , ilétrir , sur le sol cisalpin, 1« fleur délicate des arts cultivée depuis tant de siècles. » Alex, de lliimboldt, Tableaux de la nature, tome I, p. 19 de notre traduction.

Toule industrie se développe proportionnellement à lapopulation d'un pays. C'est ce qui ressort de renseignement môme de l'histoire. Tout peuple pasteur ou chasseur peut se passer des arts et des sciences : il n'a pas besoin de tourmenter le sol pour vivre, ni de s'ingénier à se rendre tributaire le riche qui aime le luxe; les simples produits de la nature luisufûsent. Mais il a besoin d'un vaste territoire. Or, c'est là précisément ce qui manquait à la population de la Chine. Cette immense population pacifique, sédentaire, dépourvue de tout instinct de conquête, devait, ou périr de famine, ou se livrer de bonne heure aux occupations industrielles et à la culture des arts (i).

La rivalité et l'ambition, deux passions inséparables d'une grande agglomération d'individus, si elles ne s'appliquent pas à des questions irritantes, le plus souvent insolubles, peuvent servir au développement du bien-être par l'appropriation des forces naturelles, trésor de richesses inépuisable.

Ainsi, loin de révoquer en doute l'antiquité de la civilisation chinoise, nous avons plutôt lieu de nous étonner que cette civili<sation ait été si lente à se développer, sbrtout lorsqu'on considère que les savants sont infiniment honorés en Chine (2), et que, dans aucun temps, les habitants de cette contrée populeuse ne paraissent avoir eu à lutter contre ce fanatisme aveugle qui fit, chez nous, condamner les Roger Bacon et les Galilée. Pourrait-on alléguer comme cause de cette lenteur l'infériorité intellectuelle de la race mongole, sa haine de l'étranger, quelque vice d'organisation politique, etc. ? Nous ne faisons que signaler ces questions.

Pour se faire une idée exacte de la chimie chez les Chinois, il faut s'adresser à la médecine, à la métallurgie, à la peinture, à tous les arts utiles. La préparation des remèdes, la fabrication de quelques produits d'industrie, quelques procédés de simple routine^ des faits isolés sans lien, sans doctrine scien-

(1) Au rapport du chancelier Tbomaa Morus, TAngletcrre ne fut jamais plus près de sa ruine que lorsque tous les propriétaires voulaient avoir desi troupeaux de moutons; ce qui occasionna d'abord une dépopulation extrême daiu les campagnes , et fît enfin manquer le pain jusque dans Londres.

(2) • L*art de faire de l'encre , de même que tous les arts qui ont rapport aux sciences ; est honorable h la Chine , où ce n'est que par les sciences que Ton s'élè?e aux dignités de l'empire. » Page 135, vol. l, de la Description géographiq\ke ^ hiilorique et physique de Vempire de la Chine et de la Tartarie chinoise, par le P. J.-B. du Halde. ( Paris, 1735, 4 vol. in-fol.).

PREMIÈRE iPOOUE. il

tifique, voilà à quoi se borne ici la science des Chinois (Ij. Prompt à*saisir le côté pratique d'une découverte» le Chinois

(1) Il n*existe pas d'ouvrage chinois sur ta chimie proprement dite. On conlerve à la Bibliothèque impériale de Paris un très-petit nombre de livres chinois qui pourraient intéresser Pliiàtoire de cette science. Parmi ces lirres^ nous citerons particulièrement la Petite Encyclopédie chinoiss des arts et métiers (côlée F. 358), sons le litre de TMen-hong-khai-we, En ?oici la table des matières :

TOHE I.

Teinture des étotfeft. — Fabrication de toutes les couleurs. — Indigo. — Carthune. — Scb. — Sels de mer. — De rivière. — Sel gemme. — Sucres, miel. — Socreries.

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