GRECS BYZANTINS
L'empire d'Orient marchait à grands pas dans la voie de la décadence. Les savants, lorsqu'ils ne s'occupaient pas d'intrigues de cour, employaient leur temps à discuter sur des subtilités théologiques, ou à commenter, selon les principes de l'école d'Alexandrie, les œuvres de Platon etd'Aristote. Léon VI, surnommé le philosophe, Constantin VII, dit Porphyrogénète, IsaacComnène, étaient, malgré leur bonne volonté, impuissants à résister aux invasions réitérées des Bulgares, des Hongrois, des Sarrasins, et à faire fleurir les sciences et les lettres, en ramenant la prospérité au sein de l'empire.
Il y eut cependant encore quelques hommes chers aux sciences : il suffit de nommer Actuarius, Photius, Psellus, Blemmydas. Mais il n'y avait guère, de chimistes, à moins d'y compter Psellus et Blemmydas, et peut-être Théolonic.
Aclvarivs appartient à l'histoire de la médecine ('2). A l'exemple
(1) Coiistitutioites ,\eaf)idïlauce et Sictilie lui , lit. xxxix, L. 2, apud Lindenbnrg., Coil. Ifgum anliqiiaiiini ; Fr^ncf., 1013, in-fol.
(2) Le nom à'Actvariits ilail porlé par Ions les médecins de la cour giercjne de Constantinople; mais il (ut plus spécialemenl donné à Jean, fils de Zacchaiie,
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des médecins arabes, il décrit, dans son Methodvs medendi, un grand nombre de médicaments composés surtout des eaux distillées, comme celles de rose, de plantain, de lierre, etc. (I). Les emprunts que firent les médecins grecs aux écrivains arabes n'attestent pas toujours beaucoup de discernement ; quelques-uns de ces emprunts trahissent une ignorance profonde, non-seulement de la langue arabe, mais encore de la matière médicale. C'esrt ainsi que Nicolas d'Alexandrie, surnommé Myrepsus, c'està-dire le faiseur de pommades {\j.\>^v\ô<:,), recommande, dans sa nomenclature des médicaments, l'arsenic comme ime épice contre le poison, opinion qui fut adoptée par presque tous les médecins du moyen âge. L'erreur venait de ce que darsine { ju-se.1.5), que Myrepsus changea en arsenic, est le nom que
les Arabes donnaient à la cannelle, qu'ils tiraient du pays de Sina ou de l'île de Ceylan, la Taprobane des Anciens (2).
Photins (neuvième siècle), patriarche de Constantinople, le principal promoteur du schisme de l'Église grecque, a rendu de grands services à l'histoire des sciences et des lettres par son yiyriobiblon, dans lequel il donne des extraits de beaucoup d'auteurs dont les écrits ne nous sont pas parvenus (3).
Psellus*
Mich. Constantin Psellus (né à Constantinople enl020, mortcn Il 10) fut tout à la fois précepteur de l'empereur Michel Ducas, mathématicien, philosophe, orateur, médecin et alchimiste. Il avait étudié à Athènes et se distinguait par son savoir encyclo-
qiii vivait, selon les uns, an onzième siècle, selon les antres, an douzième, et selon iraultes enfin, au treizième et même an quatoiziènie siècle. C'est assez dire <|ne l'on ne sait rien de précis sur la vie de ce médecin. On a de lui : I" Metliodus ineilendi, librisex; Venisn , in-4°, 1554; Paris, 15fi6, in 8°. 2° Deux livres Sur les esprits ciir'eiix ; 3° sept livres Sur les urines. Tous ces ouvrages ont été réunis dans Acluarii opéra, Paris, in-8°; Lyon, 1556, 3 vol. in 12, et dans le recueil de Henri Estienne : Medicx arlis principes.
{i) De compositione mpdicamentoriini : Paris, 1346.
(2) Voy. Sprengd, Hisl. de In méd., t. H.
(3) M ijriubiblon si u Rtbliothecu yrxca et latino, ex versione Scliotli, cinn nolis Hoesdielii; Paris, 1031, in fol.
3(j2 HISTOIRE DE LA CHIMIE.
pétlique. Il jouissait d'une grande considération à la cour byzantine, et les empereurs l'avaient appelé dans leurs conseils. Mais bientôt, fatigué des intrigues d'un certain Jean, philosophe d'Italie, et dégoûté des vaines grandeurs, il se retira dans un monastère, où il mourut à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Ses ouvrages sont la plupart inédits. Parmi ses écrits imprimés nous citerons : Deoperaf'one dxmonum Dialogus (Ilipt IvgpYeîaç Satixo'vov Sia/voyo;); Paris, 1613 ; réédité par Boissonide, 1838, in-S" ;> — et De lapidum virlvtibus ;Tou\ou.iie, 1613, et Leyde, 1745, in-S".
Psellus a beaucoup contribué, par l'autorité de ses écrits, à répandre parmi les Grecs de l'Orient le goût des études alchimiques, pour lesquelles, du reste, ses contemporains avaient toujours montré de l'ardeur.
Il existe de Psellus un petit traité Sur l'art de faire l'or, adressé à Michel, patriarche de Gonstantinople (1).
Tout ce qu'on y trouve a été déjà dit et répété en grande partie par les alchimistes antérieurs à Psellus. Le soufre , l'oxymel, la chrysocolle de Macédoine, y sont préconisés pour la transmutation des métaux. L'auteur cite souvent les anciens philosophes grecs, et surtout le fondateur de l'école académique. (( Platon, dit-il, voyagea, pour s'instruire, en Libye, en Égyple, où il remonta jusqu'à la source du Nil (touNeiXou àvàêaatç ) ; il aborda même la Sicile pour y voir le feu de l'Etna (?va
AiTvaTov TTÛp ïôot). »
Dans un autre écrit (di5ac7xaXia TtavToSaTrvi ), imprimé dans la Bibliothèque de Fabricius, Psellus admet, d'après Empédocle, quatre éléments : l'eau, l'air, le feu et la terre (2).
Klemniydas .
Boerhaave parle d'un manuscrit alchimique de Nicéphore Blemmydas, nommé, vers le milieu du treizième siècle, pa-
(1) Ce trailéde Psellus existe, en manuscrit, à la fin d'un petit imprimé in-12 (i. 4002 du catalogue de la Bibl. impériale de Paris), intitulé De veritate et anliquitale artis chemise, 1561 , Pa-is, p. 56. En voici le commencement :
çta; [xsY^^oy; èitl TYiv èjiTtOpiov u,£Ta6têâ:;w / ■zi-/yr\v X7i pdtvauTOV ■neWwv Ta? ûXaç txexaxivEîv xai xà; çOtei; [ASTaTTOtetv.
(2) E\ apograplio Lindenborgiano, gr.Tpcenunc primiim edit. et latin, vers, a J. Alb. Falmcio; Ilambuig. in-i [Bïbl. grxc, t. V. )
triarche de Conslaiitinople par l'empereur Théodore Lascaris. Il ajoute que ce manuscrit, traitant de fart défaire l'or, existe à la Bibliothèque de Paris; mais il n'en donne pas d'autre détail (1).
Dans nos recherches sur les alchimistes grecs, nous avons effectivement trouvé un manuscrit de quelques pages, intitulé
Nixvjcpopou TOJ BXejjLjjtijSou Trept /puiroTrouaç, SOUS le n° 2329, fol. 159 verso. Ce manuscrit, qui paraît avoir été écrit par une main différente de celle qui a tracé les autres traités compris dans le même numéro , appartenait au cardinal Mazarin , dont la bibliothèque était très-riche en ouvrages d'alchimie.
Blemmydas parle de la préparation de la pierre philosophale à peu près dans les mêmes termes que les alchimistes de son temps. Il commence d'abord par assimiler les quatre éléments à des phénomènes physiques. La terre représente, selon lui, la sécheresse; l'eau, l'humidité; l'air, le froid ; le feu, la chaleur. Il enseigne ensuite comment il faut calciner des coquilles d'œuf [qui devaient à leur tour représenter les quatre éléments) dans un creuset bien fermé pendant huit jours. Enfin, il termine en disant qu'avec un seul grain d'une poudre sèche et d'un rouge éclatant (-co ^r,piov ô^uTiopcpupsov ), projeté sur de l'argent pur en fusion, on peut changer une once de ce métal en or brillant et parfaitement pur (2).
L'impression de cet écrit aurait pu offrir de l'intérêt, il y a trois cents ans; mais aujourd'hui, nous pouvons le laisser enseveli dans la poussière des bibliothèques, sans offenser les mânes du patriarche de Constantinople.
(1) Elementa cheniuc ; l,ug(l. Bal., 1732, in-4, vol. I, p. 13.
(2) Manuscrit 2.32'J (\v^ siècle), fol. 159 verso : Aaêwv xov XîOov xov où /.Ciov, ôv ),£you7i ),t6ov.T(J5v q)t),0T6su>v , èv w slui Ta ô' axot/^eia, yr; , ûîwp, ài'ip, tiùçi " tov- T£'iTrt ^Tipôv, ûypôv, <]^\)-/j^bv, Ôcpjxôv. Aaêwv ouv tô £/ twv xs,iaiçti>-i (7Totx£Îwv, y^toi Trjv v^iv, TO ^'/ipô/iTÔ i|/'j/pôv, OTiep iijxvi ô pXoiô; xwv towv, xa'i TtXOvx: xcà xaftaoaç xaî (j/'J^a; xai Tp£'|/x; xaXô;, èa6aXî et; yyxçi'xv xai qjpâ^x; tô ffT6[j.a Tri; X'^^P*^ \).eT:à ni]\o\) n\jçjO[j.'xyjj\) , Os; eî; xijxivov usXoî'^ioù xai xaÛTov i?i[J.époc; Ô'.tw.
— Fol. 161 verso : EîQ' outw; âyp>i(T£i; tô Çopîov TeTeXîiwjAÉvov Tri Xpoià ô^uiropçûpeov, xal xpi^/a^ aÙTÔ, çyXâ^ov xaXw;' ôte 8è OeoO eOôoxoOvto; 6£).ir,a£t; Tr]v aÙT/jv iteïpav el; çwç àyayetv , Xaêwv âpyypov xa6apàv o^ov oùyxîav (Jiîav xai toOtov yotvEÛffa; Èv itupi, £7tiêx),£ àno toO ^ri^evTo; Çripîou elç aÙTÔv, ôiov (TTaOfiôv xoxxîou é'.ôç, xal âupôdct; tôv àpYupov xpuoôv yeyevyifisvov, xpudôv Xsyo), Xâ[i.7tovTa xoct çw-
TÎl^OVTa.
Théotonicus OU Theutonicus.
Nous n'avons pu recueillir aucun renseignement certain sur cet auteur, qui ne paraît avoir été jusqu'ici indiqué nulle part. Son nom se trouve dans un manuscrit lalin de la Bibliothèque impériale n"7156 (fol. 138 recto), commençantpar ces mots: Incipit practica alkimiœ Jacobi Tkeotunici.
Il n'y a que des conjectures à faire sur le temps et le lieu où vivait Théotonic ou Theutonic. Le manuscrit, qui renferme la Pratique de ralchimie, est du quatorzième siècle; son auteur vivait donc probablement vers le douzième ou le treizième siècle. Élait-il Grec ou Allemand ( IheuUnicus) d'origine? C'est ce qu'il est difficile de décider.
Au reste, son ouvrage ne renferme rien qui soit bien digne de remarque. Il est cependant écrit avec clarté, sans emphase, et présente beaucoup d'analogie avec les écrits de Geber. L'auteur s'étend sur la calcination, sur la distillation, sur la cristallisation et la purification des sels, a On peut, dit-il, purifier le sel ammoniac de deux manières : premièrement, en le dissolvant dans l'eau, en filtrant la dissolution et en évaporant à un feu lent la liqueur filtrée; secondement, par la sublimation, en le calcinant avec du sel commun (1). »
L'auteur enseigne de préparer l'arsenic blanc en traitant l'arsenic jaune (sulfure d'arsenic) par du selcommun elduvinaigre, et en soumettant le mélange à la distillation et à la calcination.
Il ne dit pas un mot des propriétés vénéneuses de l'arsenic blanc sublimé (acide arsénieux) (2).
(1) M. 7156, fol. 138 recto. Scire autem debes quod in sale ammoniaco terrcae parles siint quas ab eo antequam rer.ipiatur in opère removere debes. Etboc duplicité r : vel ip^ius seliilione, vel sublimatione. Primo sic purgatnr : accipe de eo libram i, et tere ipsiinifubtiliter, et pone ipsum in vase vitreo, et superfunde très libras aqn* vel duas, et diniilte qiioiisque soJvalur; et tuni solulum fueril, distilla per fillruni ninndum, et recipe aquam in vase vilreo, et congela super len- Uiin igneni.
(2i Même ms., fol. 140 recto. Arseniciini sic abiuilur : Arsenici citrini lucidi accijie libram i,et 1ère ip-umsublililer, eladjiinge ei lib. i salis comraunis; quod ipium fattiim (uerit, pone in vase vilreato et colloca super ignem, et superfunde de aceto albi vini vel dislillato per alainbicnm, et bulli usque ad consumptioueiu