‹ Histoire de la chimieChapitre 15 sur 36 · SECTION TROISIÈME · texte numérisé non relu

SECTION TROISIÈME

COUP d'oeil GENERAL.

En embrassant d'un coup d'œil le développement rapide des sciences, des lettres et des arts, au dix-septième siècle, ob serait tenté de croire que l'esprit humain, au lieu de suivre une marche graduelle, avance par soubresaut. Le moyen ftge est le calme qui précède l'orage, ou plutôt un long sommeil pendant lequel l'humanité, semblable à un athlète, puise les forces né>- ^ cessaires à l'ardeur de ses luttes.

Partie de quelques points obscurs, mais grandissant, dès le seizième siècle, dans des proportions gigantesques, la chimie s'est tout à coup élevée à la hauteur d'une science de premier ordre.

Fiat lux ! A cette voix qui semblait sortir, comme d'un tom- " beau, des ténèbres du moyen âge, la fin du XVIII* siècle répondit : Et lux fada est.

Mais gardons-nous bien de trop nous exalter, et surtout ne -^ soyons pas injustes envers nos prédécesseurs : ils ont posé les premières pierres de l'édifice dont nous nous glorifions d'être les architectes. La méthode expérimentale, cegrand levier du progrès des connaissances humaines, pourrait avoir des résultats aussi funestes que jadis la voie spéculative, si elle s'affranchissait de tout contrôle et qu'elle méconnût les limites de ses moyens (i). .

Ce n'est qu'à de très-rares intervalles qu'on voit apparaître, sur la scène du monde, de ces esprits d'élite qui semblent conserver un parfait équilibre entre la théorie et l'expérience, qui dominent les détails sans se perdre dans les hauteurs de l'abstraction, et qui, réunissant tous les faits d'observation en un faisceau compacte, arrivent à formuler des lois universelles.

Le dix-huitième siècle offre l'exemple de quelques-uns de ces esprits d'élite.

Il importe que l'homme se rappelle sans cesse que, s'il a beau-

(1) Comp. p. \\[ (le ce volume.

oup fait, il lui reste bien plus encore à faire. Nous nous trouons aujourd'hui en face de la postérité dans la même situation »ii se trouvaient vis-à-vis de nous nos prédécesseurs. Les gélérations qui se succèdent ne sont que les anneaux d'une chaîne loDt aucun œil mortel ne mesurera le développement. Si Eck de Sulzbach (1) et Boyle (2) ne parvinrent pas à découvrir l'oxygène, ce ne fut point de leur faute : ils avaient tout fait pour y arriver. Et combien de savants sont aujourd'hui, comme autrefois Eck de Sulzbach et Boyle, à saisir, — supplice de Tantale 1 — ce dont la découverte ne sera réservée qu'à leurs descendants ! — Les découvertes, comme les grandes vérités, sont lentes à se fûre jour; elles ne brillent de tout leur éclat que sur les scories des générations éteintes.

Voilà des réflexions bien faites pour abaisser notre orgueil, tource de tant d'erreurs et de tant de calamités.

• Moltrel d'Élément*

Nous avons vu, dans le siècle précédent, Van Helmont, Boyle, Mayow, entreprendre des recherches sérieuses sur l'existence des gaz. Mais, pour approfondir cette question importante et difficile, il fallait d'abord trouver le moyen de manipuler un corps aérifurme avec la même facilité que tout autre corps solide ou liquide, et montrer, même aux yeux du vulgaire, que l'air, par exemple, peut être manié, recueilli et transvasé tout comme l'eau.

Cette tâche était réservée à un physicien français, qui vécut obscurément au milieu de ses contemporains. « Les ténèbres ne comprirent point la lumière. »

MoTTREL d'Éi^ment, c'cst le nom de ce physicien, faisait pour pgner sa vie, vers l'année 1719, et peut-être antérieurement à (iette époque, des cours de manipulation, ainsi annoncés par voie d'affiches dans les rues de Paris :

La manière de rendre l'air visible et assez sensible pour le mewrer par pintes, ou par telle autre mesure que Von voudra ;pour faire des jets â^air, qui sont aussi visibles que des jets d'eau,

(l)Yoy.t. I,p. 47i.

W Voy. 1. 1, p. 168.

Malgré la nouveauté du sujet, le cours de Moitrel n'eut aucun succès, et ce qu'il y avait de plus affligeant, c'est que les princes de la sience d'alors, les académiciens auxquels le pauvre physicien s'était adressé pour obtenir leur approbation, le traitaient de visionnaire, d'esprit malade : ils le tuèrent moralement. Il ne lui resta donc d'autre moyen que de rédiger ses idées, et de vendre à un libraire son manuscrit, qu'il dédia a aux dames,» soit pour se venger de messieurs les académiciens, soit que les femmes, devinant la vérité, eussent prêté une oreille pins attentive aux paroles du professeur. La brochure de Moitrel, imprimée en 1719, fut tirée à un très-petit nombre d'exemplaires; elle se vendait trois sous, chez Thiboust, imprimeur-libraire an Palais de Justice.

Le lecteur sera sans doute curieux de connaître les principaux passages de cette brochure, aujourd'hui extrêmement rare, et dont un exemplaire , coté n® 3264, dans la bibliothèque de Falconet, fut imprimé, en i 111, dans la nouvelle édition du Traité de Jean Rey, par Gobet.

Voici quelques passages textuels de ce travail, qi^i est un chef-d'œuvre de clarté et de méthode :

Expérience L

« Air plongé au fond de l'eau pour faire voir que tout est plein d'air, et que nous en sommes environnés de toutes parts, comme les poissons sont environnés d'eau au fond des mers.

« Disposition, — On plonge au fond de l'eau un grand verre à boire renversé, et l'on voit que l'eau n'entre point dans le verre, quoiqu'il soit renversé et ouvert.

(( Explication. — Un verre qui serait plein d'eau le serait toujours , quoique renversé dans l'eau ; il en est de môme à l'égard de l'air, car le verre, quoique renversé, est plein d'air. C'est pourquoi, lorsqu'on le plonge dans l'eau, Teau n'y peut pas entrer, parce que l'air, qui est un corps, occupe la capacité du verre, et résiste à l'eau. Si l'on veut voir cet air, il n'y a qu'à pencher le verre, et on le voit sortir, et l'eau entrer en sa place.

« Remarques. — On connaît par cette expérience que tout ce qui nous paraît vide est plein d'air, et que nous en sommes entourés, quelque part que nous allions.

« Pour que cette expérience soit bien visible et agréable à voir,

3n se sert d'un grand vase de cristal, qu'on nomme récipient, [)arce qu'il reçoit le sujet qu'on veut expérimenter.

Expérience II.

« Jet d^air. — Pour faire voir l'air par le secours de l'eau, et pourquoi nous ne le voyons pas naturellement.

« Disposition. — On plonge dans l'eau un entonnoir de cristal, dont le bout est fort fin, qu'on bouche d'abord avec le pouce. Cet entonnoir, qui est renversé, est retenu au fond de l'eau par le moyen d'un cercle de plomb. Quand on retire le pouce pour laisser sortir l'air de l'entonnoir on le voit fournir un jet d'air qui traverse l'eau, et s'élève jusqu*à sa superficie.

a Explication. — L'eau, par sa pesaùteur, comprime l'air par la base de l'entonnoir, et l'oblige à sortir par le petit trou qui est au haut de Tentonnoir, où il y a moins de pression, parce que toute la hauteur de l'eau presse sous la base'de l'entonnoir, et qu'il n'y a pas la moitié de cette hauteur d'eau qui presse sur le petit trou. On voit le jet d'air, parce qu'il se fait dans l'eau, comme on voit un jet d'eau, parce qu'il se fait dans l'air. Si on faisaitun jet d'eau dans l'eau, on ne le^errait pas^ comme on ne verrait pas un jet d'air dans l'air; et un homme qui serait dans Peau, les yeux ouverts, ne verrait pas l'eau, parce que l'eau qui baignerait ses yeux l'empêcherait de voir l'eau; mais il verrait fort bien un jet d'air, s'il y en avait un. Car il en est de même de Pair, où nos yeux sont pour ainsi dire baignés, et nous empêchent de le voir.

« Remarque. — Je ne prétends pas dire que l'air soit la cause de ce que l'on voit l'eau; mais seulement que l'air ne se peut distinguer dans l'air, non plus queTeau dans l'eau, et qu'il faut one distance entre nos yeux et l'objet.

Expérience III.

« Mesurer l'air par pintes, ou par telle autre mesure qu'on voudra, pour faire voir que l'air est une liqueur qu'on peut mesurer comme les autres liqueurs.

« Disposition. — On plonge dans l'eau une mesure renversée, on lient à sa superficie, au-dessus de la mesure, le vase où l'on

veut mettre Pair mesuré. Ce vase, qui est de cristal, doit être renversé et plein d'eau.

« Explication. — Lorsque Ton penche la mesure, on en voit sortir Pair qui couje au travers de Teau, pour s'aller rendre dans le vase disposé à ce sujet, duquel il descend autant d'eau qu'il y monte d'air, parce que Tair est moins pesant que l'eau.

a Remarque, — Ayant trouvé par le secours de l'eau la manière d'emprisonner l'air, et de le rendre visible en telle quantité qu'on souhaite , il est aisé de faire plusieurs jolies expériences en ce genre, selon la curiosité et le génie des personnes. Pour qui regarde la facilité de cette expérience, un demi-setier est plus commode qu'une pinte.

Expérience IV.

(( Mesurer une pinte d'air dans une bouteille qui ne tient pas pinte f afin de voir répandre le surplus.

(( Disposition. — On se sert d'une bouteille ordinaire, dont on ôte l'osier. Quand la bouteille est pleine d'eau, on la bouche avec le doigt, afin de la renverser sans en répandre, pour faire tremper le bout du goulot dans l'eau du grand récipient, au fond duquel on a mis un entonnoir de verre, que l'on élève ensuite pour le faire entrer dans le goulot de la bouteille qui doit être à la superficie de l'eau.

c( Explication. — On met avec une mesure de l'air dans l'enlonnoir, cet air coule dans la bouteille, et au quatrième demi-setier on voit répandre l'air que la bouteille n'a pu contenir. On le voit couler entre la bouteille et l'entonnoir, mieux que si c'était du vin ou autre liqueur, »

Il serait difficile de donner un exposé plus simple de ces belles expériences, qui toutes témoignent de la sagacité de l'auteur.

On sera peut-être curieux de connaître le sort de Moitrel d'Elément. Ce physicien occupaità Paris une misérable mansarde de la rue Saint-Hyacinthe, près de l'ancienne porte Saint- Jacques; il vivait du produit des leçons qu'il donnait aux écoliers. Une personne charitable, ayant eu pitié du vieux et pauvre Moitrel, ■ l'emmena avec elle en Amérique, et c'est là qu'il mourut (!)•

(1) Voy. Tappendice à la 2* édition des Essais de Jean Rey, par Gobet; Pa^i*» 1777, in-8V

La gloire est souventr une chance : elle n'arrive pas toujours à ceux qui la méritent. Moitrel d'Élément passa inconnu, pendant que d'autres, pour avoir émis à peu près les mômes idées, acquirent de la célébrité.

Il y a des moments dans l'histoire où l'esprit humain semble être poussé, coname par une force irrésistible, aux grandes découvertes. Depuis les travaux de Boyle, de Van Helmont et de Mayow, l'attention des chimistes était presque exclusivement fixée sur l'étude des gaz : ce fut le prélude d'une ère nouvelle pour la science. C'est ainsi qu'aujourd'hui les physiciens concentrent leurs pensées sur le problème dé l'unité des forces. Serait-ce aussi l'indice d'une ère nouvelle ?

Nous devons signaler ici jusqu'aux moindres essais qui avaient été faits pendant fa première moitié du xviii" siècle, dans le but d'éclaircir la question des corps aériformes.

Voici les noms des chimistes qui, pendantcette période,s'étaient occupés des gaz, dont ils ne cherchaient d'abord à connaître que quelques propriétés physiques, et leur action sur l'économie « animale.

J. GoTTSCHED , professeur à Kœnigsberg, étudia l'action de l'air sur les liquides du corps humain (1); Hawksbee examina les fluides élastiques provenant de la combustion de la poudre à canon, ainsi que l'air qu'on avait fait passer sur des métaux incandescents (2); Greenwood, Lowther, Mand, Ghar- LETT etDoRANTcherchaientà approfondir la nature des airs irrespirables, qu'on trouve dans les mines (3) ; Pinkgnau traita du gaz asphyxiant qui se dégage des matières en fermentation (4); Ryberg, de l'air considéré comme aliment de la vie (5); J.-Gh. Lange, de l'existence d'un acide aérien (6); S. SuTTON,du moyen de renouveler l'air dans les navires (7); Ph. Percival, des eaux

(1) Dissertatio de sethere et aère eorumque in corpus humanum ejusque humoFcs vi atque actione; Regiomont., 1698, in-4°.

(2) Philosoph, Transact, ; ann. 1704 et 1706, t. XXIV, n. 295; an. 1706 et, 1707, t. XXV, n. 311 ; an. 1710-1712, t. XXVII, n. 328.

(3)Transact. philosoph., vol. XXVI, XXXVI, XXXVIII, XXXIX, XLIV.

(4) De suffocatioue ex liquore fermentante; Regiomonl., 1706, in-4".

(5) De aère vitae pabulo ; Hafn., 1733, m-i". (6)Diss. de acido aereo insonte; Hafn., 1754.

(7) Médical essays and observations by a Society ofEdinburgh; vol. V, 1744.

IIIRT. DE LA CHIMIE. — T. fl. 22

acidulés, de llrrespirabilité des vapeurs de charbon, etc. (J); Lane, de la dissolution du fer par Teau chargée d'air fixe ( gaz acide carbonique ) (2). Browall, Triewald, Bioernshahl, Deigh- MANN, Theorald, Frewen, Bel, firent des observations sur les airs irrespirables et inflammables des galeries souterraines, et sur les accidents que ces airs peuvent occasionner.

L'immortel Newton, transportant la loi de Tattraction universelle dans le domaine de la chimie, essaya le premier d'expliquer par l'affinité la dissolution des métaux dans les acides; il fit des expériences sur l'élasticité des gaz^ et définit la flamme un fluide incandescent (3).

Son compatriote Haies fit plus particulièrement des fluides élastiques l'objet de ses recherches. Aussi allons-nous nous y arrêter un moment.

Haie».

Peu de sciences étaient étrangères à Etienne Haies ( né le 7 septembre 1677), et quelques-unes d'entre elles lui doivent d'importaates découvertes. La physique, lachimie et la physiologie eurent pouir lui un attrait particulier. Haies avait embrassé l'état ecclésiastique. En 1719, il communiqua à la Société royale de Londres, dont il venait d'être élu membre, des expériences sur les effel&de la chaleur du soleil pour faire monter la sève dans les végétaux, expériences qui servirent de point de départ à la Statique des végétaux ( un des livres les plus remarquables publiés^ dans la première moitié du xviii* siècle ), que l'auteur dé^ dia , en 1727, au roi Georges IL Haies est mort en 1761. La princesse de Galles lui fit élever, — honneur insigne, — un monumen t dans l'abbaye de Westminster.

Traduit en français sous le lilre de Nouvelle Méthode 2)our pomper les mair ^ vais airs des vaisseauxi^ avec une dissertation sur le scorbut, par le doc — leur Mead, etc.; Paris, 1749, iii-12.

(1) Essa>s médical and expérimental, etc., vol. Il, n G.

[9.) Philosophical Transact,, LIX, n. 30, p. 216.

(3) OpticJis; London, 1701, in-4°, quest. 9,

Trawau^K de Haies.

Haies avait entrepris, dès Tannée 1-724-, un très-grand nombre d'expériences sur la végétation des plantes, sur leur transpiration, sur la circulation de la sève, sur la distillation des produits végétaux et sur les fluides élastiques qui s'en dégagent. Ces expériences furent d'abord communiquées à la Société royale de Londres, puis recueillies et publiées sous le titre de Végetàblè itaticks^ or an account of some statical eccperiments on the sap^ being an essay towards a natural history of végétation, etc. ; LoRd.^ 1727, in -8°. — L'apparition de cet ouvrage produisit une grande sensation dans le monde savant ; il fut bientôt traduit en français, en hollandais et en allemand (1).

Le principalmérite de Haies, c'est d'avoir imaginé un appareil plus convenable que celui de Boyle et de Mayow, pour recueillir les gaz , appareil dont se servirent plus tard Black, Priestley, Lavoisier, et sans lequel l'acide carbonique, l'oxygène, l'hydrogène et tant d'autres gaz seraient peut-être encore à découvrir !

La figure suivante (voy. le verso de la page] donnera de cet appareil une idée plus exacte qu'une description détaillée.

L'appareil dont on se sert aujourd'hui pour recueillir les gaz ne diffère, comme on voit, de celui de Haies que par quelques légères modifications, destinées à en rendre l'emploi plus commode . A la place du tuyau recourbé de plomb, on se sert d'un tube en verre, et l'on se dispense de suspendre le récipient ou l'éprouvette renversée sur la cuve, dont la forme ainsi que celle du récipient ont été simplifiées.

Nous avons déjà eu l'occasion de constater que, par une singulière coïncidence, les deux appareils peut-être les plus importants de la chimie, ceux de la distillation et du recueillemenl des gaz, manquaient , dans l'origine , du tube nécessaire pour faire communiquer le récipient avec la cornue (2).

C'est l'invention de ce tube que nous devons à Haies. Boyle et Mayow s'étaient servis, avant lu^ de ballons de verre pleins

(1) La traduction française est due à Buffon : La statique des végétaux, etc. Paris, 1735, in-i". Nouvelle édition, revue par Sigaud de Lafond; Paris, 1779, in-S^ — Trad. hollandaise, 1750, in-8**; trad. allemande, 1747.

(2) Voy. plus baut, t. I, p. 202, et t. II, p. 154.

UISTOIBB DE Lk CBIXIE.

d'eau, et renversés sur des cuvettes remplies du même liquide.

L.es gaz qu'ii parvint ainsi à recueillir étaient très-variés. H en obtenait en chaiiirant du bois de chiine, du blé de Turquie, du tabac, des huiles, du miel, du sucre, des pois, de la cire, du succin, du sang, de la graisse, des écailles d'huître, etc. Il montrait que la plupart de ces gaz sont inflammables, et il comparait dans ses expériences, faites avec beaucoup de soin, le poid: de la substance employée avec la quantité de gaz produit (1).

Indépendamment de ces gaz, résultats de la distillation de matières organiques, il avait recueilli les fluides élastiques provenani de l'action des acides sur les métaux ( acide vitriolique, eau el fer — eau-forte et cuivre), de la combusticui du soufre, du charbon, du nitre, de la fermentation, de la distillation des eaux de Spa, dcPyrmont, etc. Il démontra, par une série d'expériences, que l'air dans lequel brûle un corps combustible ,

(O'SlalicliS of vegel., cli. VI.

phosphore, etc., diminue de volume ; qu'après Pextinclion de ce corps, il est impossible de le rallumer, et que la respiration des animaux produit le même effet que la combustion; d'où il conclut que les animaux absorbent une certaine partie de l'air, laquelle se combine dans les poumons avec les particules combustibles du sang.

(c Dans l'intérieur des vésicules du poumon, dit Haies, le sang est séparé de l'air par des cloisons si fines, qu'il est raisonnable de penser que le sang et l'air se touchent d'assez près pour tomber dans la sphère d'attraction l'un de l'autre; et c'est par ce moyen que le sang peut absorber continuellement de nouvel air, en détruisant son élasticité (i). »

Il n'y avait qu'un pas à faire pour arriver à la théorie de la respiration considérée comme un phénomène de combustion.

Haies savait aussi que le plomb augmente considérablement de poids en se convertissant en minium, et que le minium chauffé au moyen d'une lentille dégage une énorme quantité de fluide élastique.

Les principaux gaz produits et recueillis par lui étaient : l'hydrogène, l'hydrogène bicarboné, l'acide carbonique, l'hydrogène protocarboné, l'acide sulfureux, l'azote, l'oxygène. Il ne manquait plus, pour avoir la série presque complète, que le chlore, le cyanogène et les gaz qui, tels que l'ammoniaque et l'acide chlorhydrique, sont trop solublesdans l'eau pour pouvoir . être recueillis sur ce liquide.

Cependant Haies n'a lui-même découvert aucun de ces gaz. Pourquoi? c'est que tous ces gaz n'étaient pour lui 'que de l'air commun. Si l'air, provenant de la distillation de la cire, de la graisse, des pois, etc., est inflanamable, c'est qu'il est, disait-il, imprégné de particules sulfureusesou huileuses. Si l'air estirres- ^pirable, c'est que ses molécules ont subi une diminution de l'élasticité nécessaire à l'entretien de la respiration. En un mot, tous ces différents gaz ne sont pour lui que de l'air atmosphérique , susceptible , selon les circonstances, d'être modifié dans sa composition et dans son élasticité.

Haies s'était imaginé, ce que personne n'aurait pu lui ôter de- Tesprit, que Tair (atmosphérique) est le lien élémentaire qui unit entre elles toutes les particules d'un corps, et qu'il en est éliminé

(1) Statieks of vegct.,clï. VI, exp. 110.

soit par la combustion, soit par la fermentation. C'est ainsi qu'une théorie préconçue peut rendre Thomme aveugle.

En résumé, Haies n'a pas, à proprement parler, découvert de gaz ; mais il a inventé le meilleur moyen de les recueillir. Moitrel d'Élément avait enseigné que Tair est susceptible d'être transvasé comme de l'eau; mais il n'avait pas indiqué le moyen de le recueillir lorsque ce fluide se dégage de quelque combinaison. Haies est venu combler cette lacune.

Boerhaa^e, Venel, Cieoflroy aine, et d'autres

ehinitotes pneumatistes.

Les expériences de l'auteur de la Statique des végétaux, éveillèrent l'attention des physiciens et des chimistes.

BoERHAAVE fut uu dcs premiers à répéter les expériences de Haies, et il se forma à cet égard à peu près les mêmes idées que leur auteur.

Fr. VejSbl, professeur de chimie à Montpellier, présenta, en 1750 , à l'Académie des sciences, deux mémoires ayant pour objet de prouver que les eaux de Seltz, et la plupart de celles connues sous le nom d'acidulés, doivent leur goût piquant, ainsi que les bulles qui s'en élèvent et qui imitent l'effet du vin de Champagne, à une quantité considérable d'air en état de dissolution. Il fabriqua le premier une espèce d'eau gazeuse, au moyen de parties égales de sel de soude ( carbonate) et d'acide muriatique (1). Ces recherches n'amenèrent aucun résultat nouveau; car l'auteur se refusait obstinément à croire que l'air des eaux gazeuses fût différent de celui de l'atmosphère. Il y avait plus de cent ans que Van-Helmont avait déjà dit ce que Venel ne fit que répéter sur l'existence d'un fluide élastique dans l'eau gazeuse acidulé; et cependant Van-Helmont s'était bien gardé de confondre l'air (esprit sylvestre) de ces eaux avec l'air atmosphérique (2).

Indépendamment de ce travail , il nous reste de Venel quel-

(1) Mémoires présentés à l'Académie des sciences de Paris par divers savant* étrangers, \ol. II, p. 53, 80 et 337.

(2) Voy. p. 137 et 138 de ce volume.

ques observatîoDS sur la décomposition des plantes (1) , sur les moyens de dissoudre les calculs urinaires (2), sur le salpêtre (3) €t sur la bile (4), observations qui ne contiennent rien de «aillant.

Geoffroy aîné cita plusieurs cas de production de gaz înflammables et irrespirables (5) ; Desaguliers voulut expliquer la formation des mofettes dans les galeries souterraines, et proposa des moyens de renouveler Tair dans les chambres où se trouvent accumulés des malades (6) ; Duhamel donna également des instructions sur le renouvellement de l'air dans les hôpitaux, dans les prisons, etc. (7). Le célèbre physicien Muschenbroek ne resta pas étranger à Tétude des gaz (8). J. Huber, de Bâle, annonça que les poumons sont comme un filtre qui laisse passer Tair dans le sang (9) ; Gaspard Hauser traita de Tair dans Tintérieur de Téconomie (10) ; J. Veratti publia une série d'expériences sur l'action nuisible de Tair corrompu par la respiration des animaux (11); un médecin napolitain, J. MoscA, traita de l'influencedeTair dansla production des maladies (12) ; Nollet, Daquen, Fave, Sauvages, Hannjeus, Bartels , Teichmeyer, ScHRECK, Alberti, Reimmann, Seip, étudièrent TacAion des airs irrespirables qui se rencontrent dans la nature.

Black.

L'étude des fluides élastiques avait jusqu'à présent dérouté les plus habiles expérimentateurs. Aucun gaz n'avait encore été parfaitement distingué de l'air atmosphérique, lorsque

(1) Mém. présent, à l'Acad. de Paris, vol. II, p. 319.

(2) Quœstiones chemicae duodecini, etc., quœst. 3, 9, 10,

(3) Ibid., n. VII.

(4) Ibid., n. IX.

(5) Hist.fdeVAcad, des sciences, années 1701, 1710, 1744, 1751. {a) Philosoph. Transact,, an. 1735 et 1736.

(7) Jtist. de VAcad. des sciences, année 1748,

(8) Tentamina experimentorum naturalium corporura in Acad, dcl Cimenlo, etc., addit., § 36-50; § 77.

(9]Deaereatque electro occonomiâBanimalis, etc.; Cassel., 1748, in*4°.

(10) Diss. de aère intra œconomiam cori)oris humani; Basil., 1733, in--4*'.

(11) De Bonon. scient, et art. institut, commentarii, vol. Il, pars I.

02) Dell' aria e di morbi dell' aria dipendenti ; Neapol., 1746 et 1747, in-8«.

Black parut. En découvrant ou plutôt eu distinguant le gaz acide carbonique des autres corps aériformes, ce chimiste imprima à la science une direction nouvelle.

Plus ancien que Lavoisier, Black resta, avec quelques restrictions, fidèle à la doctrine du phlogistique, en dépit des pro^ grès rapides que faisait journellement la chimie , progrès auxquels il avait lui-même considérablement contribué. Son exemple montre qu'on peut faire de grandes découvertes, et enrichir le domaine des connaissances positives de faits nouveaux, alors même qu'on se laisse dominer par des doctrines erronées.

Joseph Black peut être revendiqué par la France, car il naquit à Bordeaux en 1728, de parents écossais, établis sur le sol français. Il vint très-jeune en Ecosse, et étudia la médecine à Glasgow et dans l'université d'Edimbourg, où il obtint, en 1754, le grade de docteur en médecine. Ce fut à cette occasion qu'il soutint une thèse remarquable , De humore acido a cibis ortOy et magnesia alba, où l'on trouve dès expériences propres à faire distinguer la magnésie de la chaux. En 1756 il fut chargé, à Glasgow, de la chaire de Cullen, son ancien maître, qui venait d'être appelé à la place de professeur de chimie à l'Université d'Edimbourg. L'année suivante, le jeune professeur attira sur lui l'attention du monde savant par son beau travail Sur la chaleur latente. Lorsque Cullen quitta en 1765 sa chaire, son élève fut jugé digne de le remplacer.

Par la nouveauté de son enseignement Black fit affluer en Ecosse une nombreuse jeunesse, suivant avidement les leçons du célèbre professeur. Celui-ci entretenait en môme temps une correspondance active avec les chimistes les plus distingués de l'Europe, et en particulier avec Lavoisier, qui se plaisait à l'appeler son maître. 11 s'opposait, avec chaleur et vivacité, à l'envahissement des théories nouvelles de la chimie pneumatique, soit par conviction, soit pour ne pas donner un démenti à ses travaux primitifs. Le Nestor de la chimie du dix-huiUème siècle (c'est ainsi que Black fut surnommé par Fourcroy) mourut:^ âgé de 71 ans. Ses mœurs'étaient simples et austères ; son carac^— tère, froid et réservé.

M. Robinson, son élève favori, nous a laissé des détails tou- — chants sur les derniers jours de la vie de ce savant modèle. Sr». mort fut calme comme l'avait été sa vie.

a Le 26 novembre 1799, Black expira sans qu'aucun symptôme eût précédé ce terrible passage. Il était à table; son repas ordinaire était un peu de pain , avec des prunes cuites^ et sa boisson habituelle était du lait mêlé d'eau. Il tenait sa coupe à la main, lorsque son pouls battit pour la dermière fois : il la posa sur ses genoux, qu'il tenait serrés pour qu'elle ne tombât pas, et expira à l'instant, sans qu'une goutte de boisson fût versée et sans qu'aucun de ses traits eût changé sa physionomie. On aurait dit qu'il était là encore comme pour montrer expérimentalement à ses amis combien il est facile de mourir. Dansée moment/ son domestique ouwt la porte pour lui annoncer une visite; on maître ne répondant pas, il s'avança de quelques pas ; mais, le voyant tranquillement assis et tenant sa coupe sur ses genoux, il le crut endormi,ce quilui arrivait souvent après le repas. Il s'en retourna. Cependant, arrivé au milieu de l'escalier, une sorte d'inquiétude le fit revenir sur ses pas ; il retrouva son maître dans la même position, et se préparait encore une fois à s'en aller, lorsqu'un nouveau scrupule le fit approcher; il s'assura cette fois que Black avait cessé de vivre.

« Black était, ajoute Robinson , à la fois un savant et un homme du monde; rien de ce qui peut contribuer à l'agrément de la société ne lui était étranger, et il savait causer de bagatelles comme des sujets les plus profonds. Il avait l'oreille trèsmusicale, et il chantait avec beaucoup de goût; il était assez bon musicien pour exécuter un air à la première vue ; et je n'ai jamais entendu personne apprécier avec autant de finesse et de goût les divers caractères des compositions musicales, nationales ou étrangères, et les comparer entre elles avec autant de sagacité, n cessa de cultiver ces talents lorsqu'il vint s'établir à Edimbourg. Son cours de chimie était l'objet de tous ses soins. Chaque année il cherchait à rendre son cours encore plus simple et plus familier, et à varier ses expériences avec une dextérité et une grâce infinies. C'est en étudiant l'Optique de Newton qu'il prit l'habitude de ces raisonnements par induction qui devaient le mettre sur la voie des découvertes. »

TraTAiiiK de Blark.

Black n'a écrit lui-même qu'un très-petit nombre de mémoiï'cs, insérés dans les Philosophical Transaciions of London, et

dans les Physical and litterary essays and observations bya Society in Edinburgh. Comme Rouelle, il se fit surtout connaître par son enseignement, qui fit de nombreux disciples. Ses leçons, dans lesquelles il se plaint quelquefois avec aigreur de Lavoisier, furent rédigées après sa mort sur les manuscrits de l'auteur par un de ses élèves les plus distingués, M. Robinson, et publiées sous le litre de Lectures on the ejements of chem'stry, delivered in the university of Edinburgh, by the late J. Black; new published front his manuscripts, by John Robinson, professer of naturéU philosophyf etc. (l).

Nous avons fait connaître les recherches de Fred. Hoffmann sur une terre alcaline différente de la chaux, la magnésie (â). Black vint les compléter par des observations nouvelles. Ce fut là son premier travail. «Lorsque je commentai, dit- il, à faire des expériences de chimie, j'eus la curiosité d'examiner de plus près la terre décrite par Hoffmann. JiC résultat de ces expériences me suggéra, quelque temps après, l'idée de donner une explication plus satisfaisante de l'action de la chaux vive sur les sels alcalins ( carbonates) , et je me trouvai ainsi engagé dans une série de travaux qui devaient plus tard répandre une vive lumière sur beaucoup de points importants de la chimie.

« Vers cette époque (année 1754), les docteurs "Whytt et Alston, professeurs à l'université d'Edimbourg, avaient soulevé une discussion de médecine pratique d'un grand intérêt : le premier soutenait que l'eau de chaux, faite avec la chaux des coquilles d'huître (lime-water of oyster-shell lime) est plus efficace pour dissoudre les calculs de la vessie que l'eau de chaux préparée avec la pierre calcaire ordinaire ; le docteur Alston* donnait à cette dernière eau la préférence. Attentif à cette discussion, j'avais conçu l'espérance qu'en essayant un grand nombre de terres alcalines, je pourrais peut-être en rencontrer quelquesunes qui fussent différentes , par leurs qualités, des espèces communes, et qui donnassent une eau encore plus efficace que la chaux des coquilles d'huître. Je commençai donc mes recherches par la terre décrite par Hoffmann (3). »

Black préparait la magnésie ( à l'état de carbonate ) en traitant

(1) Lectures on the éléments of chemistnj, etc., vol. Il, p. 52.

(2) Edinburgh, 2 vol. in-4°, 1803.— Cet ouvrage, tiré à un très-petit nombre d'exemplaires, est aujourd'hui très-rare.

^3) Voy. p. 229 de ce volume.

une solution de sel cathartique amer ( sulfate de magnésie) par la potasse commune ( carbonate ). Voici les caractères qu'il en donne , et qui désormais ne permettaient plus de confondre la magnésie avec la chaux :

1® La magnésie (magnésie carbonatée) fait effervescence avec les acides et les neutralise. Les composés qu'elle forme avec les acides sont différents de ceux que donne la chaux avec ces mêmes acides;

2" Elle précipite la terre calcaire de ses combinaisons avec les acides; «

3^ Exposée à Taction du feu, elle ne se change pas en chaux vive ;

4® Calcinée et traitée par Teau, elle ne donne point de solution, sensible au goût; elle est donc, contrairement à la chaux vive, insoluble dans Teau.

Cependant Black n'ignorait pas que la magnésie ( carbonatée j, soumise pendant quelques heures à l'action d'une forte chaleur rouge (magnésie calcinée), possède des propriétés différentes qui firent l'objet de ses recherches.

Il remarqua d'abord que la magnésie calcinée diminue considérablement de volume, que son poids est aussi moindre (Imparties s'étaient réduites à 5), et qu'elle se dissout dans les acides, sans effervescence, bien que les sels qu'elle forme avec les acides ne diffèrent point de ceux que ces mômes acides produisent avec la magnésie non calcinée.

Gesrésultats l'engagèrent às^assurer comment le feu avait opéré ces changements, et quelle était la matière qui s'était séparée par faction de la chaleur y et qui avait ainsi diminué le poids et le volume de la magnésie.

« A cette fin, je mi», dit-il, une quantité déterminée de magnésie (carbonatée) dans une cornue de verre, à laquelle j'adaptai UQ récipient entouré d'eau froide. Je chauffai jusqu'au rouge ; mais je n'obtins qu'une très-petite quantité de fluide aqueux ( a wry small quantity of watery fluid), contenant des traces d'une matière volatile ; et pourtant la magnésie avait beaucoup perdu de son poids. Ce résultat 'm 'étonna, et me rappela certaines expériences de Haies. Je conjecturai alors que la perte du poids qu'avaitéprouvéela magnésie serait peut-être due à lasublimation d'une matière aérienne élastique ( elastic aerial matter ), ou d'un aip passé travers le lut de l'appareil. Je me confirmai dans cette

idée en pensant que l'effervescence que la magnésie fait avec les acides pourrait bien provenir de l'expulsion d'un air combine avec cette substance.

« Pour mieux me corroborer dans mon opinion, je réfléchis au moyen de rendre, s'il était possible, à la magnésie calcinée l'air qu'elle avait perdu par la calcination. Et je me demandai d'abord comment la magnésie avait acquis cet air : elle ne pouvait l'avoir acquis pendant qu'elle était encore combinée avec l'acide sulfurique dans le sel d'Epsom; car l'effervescence que la magnésie produit, au contact d'un acide, prouve que celle-ci ne peut pas être combinée en même temps avec un acide et avec cet air en question. La magnésie ne peut donc avoir reçu cet air que de l'alcali (carbonate) employé pour la précipiter (1) ».

A l'appui de cette manière de voir Black fit l'expérience suivante, tout à fait décisive :

« Je pris, dit-il, 120 grains de magnésie commune ; je'la calcinai dans un creuset, de manière à lui faire perdre 70 grains de son poids. Cette magnésie, ainsi calcinée, fut ensuite dissoute sans effervescence dans une quantité suffisante d'acide vitriolique dilué, et la liqueur fut précipitée par une solution chaude d'alcali fixe commun (carbonate de potasse). Enfin, en pesant ce précipité, convenablement lavé et desséché, je pus me convaincre que la magnésie avait recouvré, à une légère différence près {except a mère tri fie), la totalité -du poids qu'elle avait perdu par la calcination. Et ce précipité se comportait en tout comme la magnésie commune. »

Cette expérience confirma l'habile chimiste dans l'idée que la magnésie reçoit une certaine quantité d'air de la part de l'alcali employé pour la précipiter. Il expliqua parfaitement le double échange d'acide et de base, et conclut que la somme des forces qui tendent à unir l'alcali avec l'acide est plus grande que la somme de celles qui tendent à unir la magnésie avec l'air en question (gaz acide carbonique).

Bientôt après, Black fit une expérience très-importante pour la connaissance exacte du gaz acide carbonique. Voici comment il la décrit : « Mettez un peu He sel alcalin ( carbonate de potasse), ou de chaux, ou de magnésie ( carbonatées), dans un flacon contenant un acide étendu; fermez aussitôt l'on-'

(1) Lectures on ihe cléments of chemisiry, etc., vol. IF, p. 59.

iiy

\ertiire du flacon avec un bouchon de liège , «par lequel passe un tube de verre recourbé en col de cygne {bent into a iwan-neck)'^ Tautre extrémité du tube sera (d'après la méthode de Haies) introduite dans un vase de verre renversé^ rempli d'eau et placé dans une cuvette de même liquide. Vous verrez aussitôt Qoe vive effervescence se produire et de nombreuses bulles élastiques traverser Teau pour en gagner la surface, en déprimant la colonne du liquide. Ce n'estdonc^pas là une vapeur paassagère qui s'échappe, mais un fluide élastique permanent , non condensable par le froid. »

C'est à ce fluide élastique que Biack donna le nom A'air fixe OM/ixé (fixedair), qui fut, quelques années après, changé, par Bei^mann, en celui d'acide aérien, et enQn^en celui de gaz acide carbonique^. Ce dernier nom a prévalu.

« Dans la même année de 1757 , pendant laquelle j'avais publié le premier rapport de mes expériences, je découvris, continue Black, que cette espèce d'air absorbable par les alcalis est mortel pour tous les animaux qui respirent à la fois par la bouche et par les narines. Mais j'eus occasion d'observerque des moineaux qui mouraient dans cet air au bout de dix à onze secondes pouvaient y vivre trois ou quatre minutes, lorsque les narines de ces oiseaux avaient été préalablement fermées avec du suif. Je pus me convaincre que le changement qu'éprouve l'air salutaire sous Tinfluence de la respiration consiste principalement, sinon uniquement [ifnoi solely), dans la transformation d'une partie de cet air en air fixe ; car j'avais remarqué qu'en soufflant à travers un tuyau de pipe dans de l'eau de chaux ou dans une solution d'alcali caustique, la chaux se précipitait, et que l'alcali perdait de sa causticité^ »

Dans la même année, le même chimiste trouva que l'air qui se produit pendant la fermentation est de l'air fixe^ ce qu'avait déjà constaté Van-Helmont, qui avait donné à cet air le nom de gaz sylvestre. Dans la soirée du mêmejour où il avait fait cette observation, Biack démontra, au moyen de l'eau de chaux, que la combustion du charbon donne naissance à de l'air fixe ; il confirma ainsi expérimentalement l'idée de Van-Helmont.

BlaJck parvint le premier, par ses belles expériences, à démontrer que les alcalis et les terres alcalines renferment une certaine quantité d'air fixe qui, au contact d'un acide, se dégage avec effervescence; que cet air est fortement combiné avec les alcalis,

puisque la chaleur la plus intense ne suffît pas pour leur faire perdre leur effervescence avec les acides ; que les alcalis sont en quelque sorte neutralisés par cet air {in some measure neutralized);que la chaux calcinée (ainsi que tout alcali caustique ), ex-, posée à l'air libre, attire peu à peu les particules de Pair fixe qui existe dans l'atmosphère; enfin (et en cela Black s'éloigne entièrement de Topinion de Haies ) que tout air n'est pas de l'air fixe, mais qu'il faut admettre une distinction entre l'élément prédominant de l'air atmosphérique , et cet air qui forme la crème de l'eau de chaux.

Cependant ces déductions, parfaitement légitimes, furent vivement attaquées par la plupart des chimistes contemporains; . ce qui montre, une fois de plus, combien la vérité est lente à se faire jour!

Mais ce qui fait le plus d'honneur à la sagacité de Black, c'est la découverte de la chaleur latente, que vainement on a cherché ^ à lui ravir. La chaleur latente devint la pierre angulaire de l'é- , difice de Lavoisier, de la théorie de la combustion.

Ce travail de Black date de l'année 1762 (1). L'auteur se demanda d'abord pourquoi la glace fond si lentementparracûon de la chaleur; les théories jusqu'alors émises sur la fusion des corps étaient impuissantes à expliquer ce fait. Dans la première expérience entreprise à ce sujet, il trouva que, pendant que l'eau à 0> s'élève à la température de 7®, la même quantité de glace, également à 0**, Quoique soumise à la môme chaleur que l'eau, exige un temps 21 fois plus long, pour arriver à la même température de 7*» (7 X 21 = 147), et qu'il y a, par conséquent, 140 degrés (Fahrenh.)'de chaleur d'absorbés, que le thermomètre n'indique pas.

Pour mieux s'assurer encore de l'absorption et du recel de la chaleur {the absorption and concealment ofheat),\\ mêla en* | semble quantités égales d'eau chaude et d'eau froide. Ce mélange \ s'opéra d'une manière égale partout, et la température du mé- \ lange fut moyenne entre celle de l'eau chaude et de l'eau froide.

Black fit d'autres expériences pour établir nettement que, lorsqu'on fait fondre de la glace dans une égale quantité d'eau à 176** ( Fahrenh. ), le mélange qui en résulte est à peu près à la j température de la glace fondante. Celte quantité considérable de

(1) Voy. Lectures on thevlemenis of chemistry, etc. y vol. I,.p. loi

chaleur qui disparaît et que le thermomètre n'indique pas, Black l'appela chaleur latente [latent heat).

L'eau bouillante marque toujours le môme degré de température, quelle que soit la chaleur qu'on lui applique. Black donne ce fait comme connu, mais il démontre expérimentalement que, pendant la vaporisation, il y a une grande quantité de chaleur d'absorbée, laquelle n'est point accusée par le thermomètre, et qu'il arrive ici ce qui se passe pendant la liquéfaction des corps solides. c( De même que la glace , dit-il, combinée avec une certaine chaleur, constitue l'eau ; ainsi l'eau coipbinée avec une •nouvelle quantité de chaleur constitue la vapeur. »

Black a reproché à Lavoisier d'avoir profité des découvertes d'autrui, et de se les être appropriées , sans rendre justice à qui de droit. Ces reproches paraissent exagérés. Car voici comment Lavoisier s'exprime dans une lettre adressée à Black, qa'il appelait son maître :

tt J'apprends avec une joie inexprimable que vous voulez bien attacher quelque mérite aux idées que j'ai professées le premier contre la doctrine du phlogistique. Plus confiant dans vos idées que dans'Ies miennes propres, accoutumé à vous regarder comme mon maître, j'étais en défiance contre moi-même, tant que je me sais écarté, sans votre aveu, de la route que vous avez si glorieusement suivie. Votre approbation, monsieur, dissipe mes inquiétodes, et me donne un nouveau courage. Je ne serai content jusqu'à ce que les circonstances me permettent de vous aller ]H)rter moi-même le témoignage de mon admiration, et de me ranger au nombre de vos disciples. La révolution qui s'opère en . France devant naturellement rendre inutiles une partie de ceux i attachés à l'ancienne administration, il est possible que je jouisse do plaisir de la liberté, et le premier usage que j'en ferai sera de voyager, et surtout en Angleterre et à Edimbourg, pour vous y ; loir, pour vous entendre, et profiter de vos leçons et de vos

Conseils ».

■ Cettelettre, sisimpleetsi touchante àlafois, est daléedu 14- juil- ' fel 1790; elle se trouve imprimée dans le Cours de chimie de Mackj publié par Robinson (1). Répond-elle aux accusations que ies chimistes contemporains avaient dirigées contre Lavoisier ?

(I) Lectures on the éléments of chemistry, vol. II, p. 219.

€ltimi0tc« partisans des idées de Bladk.

Les travaux de Black furent partiellement repris en sous-œuvre par divers savants, au nombre desquels on distingue Macbride, Cavendish et Jacquin.

Macbride, chirurgien de Dublin, a contribué au progrès de la chimie par ses Essais d'expériences sur la fermerUation des mélanges alimentaires, sur la nature et les propriétés de Pair fixe, sur les vertus respectives de différentes espèces d'antiseptiques y sur le scorbuty et sur la vertu dissolvante de la chaux vipe (1). Le principal mérite de Macbride est d'avoir dirigé l'attention des chimistes et des médecins sur le rôle important que Vair fixe de Black joue dans les êtres animés, a Tous les corps de la nature, dit-il, doivent la force, la consistance et la cohésion de leurs parties à Pair fixe qu'ils contiennent; en les privant de cet air par un moyen quelconque, ils perdent bientôt Tadhérènce réciproque des différentes molécules qui les composent : de là résulte la putréfaction pour les substances qui en sont susceptibles, et celles qui ne le sont passe réduisent en poussière. »

C'était là aussi l'opinion de Haies. Black n'ayant pas assez généralisé ses idées sur l'air fixe, Macbride vint, en quelque sorte, comblerceltft lacune, en établissant la théorie que voici. Le règne animal est de tous les règnes de la nature celui qui renferme le moins d'air fixe, tandis que le règne végétal en contient beaucoup; la fermentation et la putréfaction sont enrayées, lorsqu'on arrête le dégagement de l'air fixe; et, en rendant cet «ira des matières putrides, on peut les ramènera leur premier état. Guidé par ces données, Macbride recommandait aux scorbutiques l'usage de l'air fixe ou des liqueurs qui en renferment, comme le moût de bière, etc.; carie scorbut est, dit-il, «une maladie putride, faute de ce principe qui est le lien et le ciment des corps».

Macbride assure avoir assaini des morceaux de viande puiré-

(1) Expcrimenlal Essayson the rernienlalioii of alimenlary mixtures, on U»*^ nature and proprielies of fixcil air, elc ; London, 17G4, in-8**. —Traduit en français : Essais (inexpériences, etc., par Abbadie; Paris, 17GG, in-12. Trad. enaUemand : Durch Erfahrungen erlàuterle Versuche, etc., p. Rahn ; Zurich, l/^'^*'» iR-8*.

fiés, en leur restituant l'air fixe qu'ils avaient perdu. A cet effet, il exposait la viande putréfiée à l'action du fluide élastique (air fixe) qui se dégage d'une substance en fermentation, ou bien il la soumettait à l'effervescence produite par le mélange d'un acide avec un alcali (carbonate). Si les astringents sont de puissants antiseptiques, « c'est parce qu'en resserrant les pores du corps, ils y retiennent l'air fixe, et empêchent ainsi la désunion des parties, cause de la putréfaction ».

' Par ses expériences sur la chaux, Macbride cherchait à démontrer que cette substance ne doit son état d'agrégation qu'à la grande quantité d'air iixe qu'elle contient; que si elle l'a perdu, onpeut le lui rendre en l'exposant à une matière en fermentation, ou tout simplement à l'air libre; que la chaux hâte la putréfaction, et qu'elle décompose les matières animales, en leur enlevant l'air fixe qu'elles contiennent.

Macbride essaya, enfin , de prouver expérimentalement que l'alcali volatil qui se développe par le progrès de la putréfaction des matières animales est tantôt combiné avec son air fixe , tantôt caustique, c'est-à-dire dépouillé 4^ son air. 11 dit aussi avoir reconnu que le sang putréfié, ainsi que l'esprit qu'on en retire, fait effervescence avec les acides, tandis que la bile putréfiée , et la liqueur provenant des chairs en putréfaction, ne font point effervescence.

Voilà, en somme, les idées qui appartiennent à Macbride. Il serait, inutile de reproduire les faits sur lesquels elles devaient reposer : il les emprunta en partie à Van-Helmont, à Haies et à Black.

L'ouvrage de Macbride fut, peu de temps après, suivi d'un travail de Cavendisii, dont les résultats ont été consignés dans les Transactions philosophiques de Lcmàres^ années 1766 et 1767. On y trouve établi que l'alcali fixe absorbe, en se saturant, ^ de son poids d'air fixe, tandis que l'alcali volatil en absorbe ^ ; que l'eau peut dissoudre un peu plus de son volume d'air fixe, et que la quantité qu'elle est capable de dissoudre est en raison de la pression et de l'abaissement de la température; enfin que l'eau ainsi saturée d'air fixe peut dissoudre la chaux, la magnésie, le fer et le zinc.

BIST. DE LA CUmiE. — T. II. 23

§7. ■ Chimistes adTersaires de Blaek* *

Malgré leur démonstration, les faits signalés par Black et ses disciples, relativement à l'air fixe, étaient loin d'être admis par tous les chimistes.

Frédéric Meybr, apothicaire d'Osnabruck, publia, en 1764, un livre intitulé Essais de chimie sur la chaux vive , la matière élastiqvs et électriqucy le feu^ et Vacide universel (1). La théorie qu'il y développe se trouve en opposition directe avec les faits; c'est un exemple* curieux de cet aveuglement de Tesprit humain, qui se refuse systématiquement à la lumière de la vérité. • Selon Meyer, la pierre calcaire, loin de perdre, gagne au contraire quelque chose pendant sa calcinalion. On sait que la chaux commune (carbonate de chaux), effervescible avec les acides,. étant soumise à l'action du feu, se convertit en chaux vive (chaux caustique), en abandonnant son acide carbonique. Suivant Meyer, c'est tout le contraire qui arrive : la chaux commune, qui se distingue de l'autre par son défaut de causticité et d'insolubilité , absorberait dans le feu un acide particulier, appelé par l'auteur acidxim pingue, acide qui convertirait la pierre calcaire (carbonate) en chaux caustique, et lui enlèverait la propriété de faire effervescence avec les acides. Il en serait de jneme lorsqu'on verse de l'alcali fixe ou volatil (carbonate -de potasse ou d'ammoniaque) dans de l'eau de chaux : la chaux se troublerait en cédant à l'alcali son acidmn pingue, et en lui donnant ainsi la causticité qu'elle perd.

Deux objections devaient faire crouler immédiatement ce vain échafaudage : la première, c'est que la chaux perd de son poids lorsque, selon la théorie de Meyer, elle absorberait son acidnm pingue, et vice versa» 11 y a donc là une contradiction flagrante avec les faits. La seconde objection, qui est également sans réplique, c'est que ce prétendu acide est un être fantastique. Si vous demandez à l'auteur de vous montrer son acidum pingue 9

(1) Chymische Versuche zur nàhern Erkenntniss des ungelôschten Kalhs der elasiischen und electrischen Materie, etc.; Han. et Leipz., 1764, m-S' Trad. en français par Le Dreux; Paris, 1766, in-12.

1 VOUS répondra que c'est Une matière semblable à celle du eu et de la lumière; que c'est par Tintermédiaire de cet icide insaisissable que la chaux s'unit aux huiles, qu'elle dissout e soufre; que c'est lui qui s'échappe du charbon qui brûle; jue .c'est lui qui augmente le poids des métaux pendant la ^alcination^ etc. On voit que cet acidum pingue est tantôt l'acide carbonique, tantôt l'oxygène, enfin que c'est tout ce que i'^on voudra, sauf un corps réel.

Voilà ce qui n^ manque jamais d'arriver lorsqu'on viole la logique et l'expérience, pour faire triompher une conception purement imaginaire.

On s'abuserait étrangement si Ton croyait que la théorie de VIeyer dut dès son apparition tomber d'elle-même.) Cette théorie, quelque fausse qu'elle fût, trouva, au contraire, des défenseurs, sinon nombreux, du moins très-ardents. Nous devons les condamner tous à l'oubli (1).

Partisans de Blaek. auiL prises aTee leurs adversaires*

jACQfnN , célèbre professeur de chimie et de botanique à Vienne , adoptant la doctrine de Black, attaqua, un des prenfiiers, l'ouvrage de M eyer. Mal lui en prit : toute l'école meyerienne se déchaîna contre lui ; ne pouvant le vaincre sur le terrain de la science, elle le traîna dans le champ clos des personnalités : on l'accabla d'injures et de calomnies, où T'odieux le disputait au ridicule.

(1) Le reproche que l'on a fait à Lavoisier de ne pas avoir rendu à Black Injustice qu'il méritait ne manque pas d'une certaine apparence de [raison. Ainsi l'analyse qu'il fait de ce qu'il appelle la théorie dé Black est fort sèche, et cache des sentiments contraires à une critique véritablement Impartiale ; tandis qu'en rendant compte du livre de Meyer, il commence ainsi : « Ce traité contient une multitude d'expériences, la plupart bien faites et vraies^ d'après lesquelles Taut6ar a été conduit à des conséquences tout opposées à celles de M. Haies, de ^. Black et de H. Macbride. Il est peu de livres de chunie moderne qui annoncent plus de génie que celui de Meyer. » (Lavoisier, Opuscules physiques et chimiques; Paris, 2® édit. , 1801 , p. 60.) —L'ouvrage de Meyer, ouvertement dirigé contre Blad(, ne méritait pas un pareil éloge.

L'ouvrage que Joseph Jacquin publia, en i769, en faveur de tilack attaqué par Meyer, a pour titre : Examen chemicum docirinœ Meyerianœ de acido pingui et Blackianx de aère fixo , respectu calcis (4). L'auteur reproduit en grande partie les expériences de Black et deMacbride; il constate, en outre, que la diminution de poids qu'éprouve la chaux commune ( carbonatée) dans le feu provient preçque entièrement de l'air fixe qu'elle renferme, et que Meyer est dans l'erreur lorsqu'il attribue cette diminution seulement à la perte de l'eau contenue dans la chaux. La pierre calcaire renferme selon Jacquin environ six ou sept cents fois son volume d'air fixe. Il distingue dans les corps Vair de porosité et Vair de comUnaison. Le premier peut être dégagé par l'effet de la machine pneumatique; le dernier, au contraire, est dans un état tout particulier qui nejuî permet pas de reprendre^son élasticité, ir admet, avec Macbride, quft^ la chaux et les alcalis caustiques décomposent les matières orga— niques en leur enlevant cet air, dont ils sont très-avides. En par — lant de la préparation de la chaux caustique, il fait une observa — tion remarquable, à savoir qu'il faut une calcination prolongée pour que les couches intérieures de la pierre calcaire perdeni leur air, et que la chaleur, employée à cet effet doit dépasseï celle de la fusion du verre.

Mais Jacquin s'éloigne de Black en soutenant, à tort, que l'aii fixe de lachaux et des alcalis estle même que l'air atmosphérique —

Jacques Well (2) s'associa à l'entreprise de Jacquin pou renverser l'école de Meyer. Celle-ci comptait alors en Allemagne de nombreux disciples , dont le plus fougueux étaL Crans, médecin du roi de Prusse. Well reproduit dans son livr ( Examinis chemici docirinœ Meyerianœ rectificatio) les arguments ^ de Meyer, et les accompagne de violentes récriminations contr* -^ Jacquin, complètement étrangères à la science (3). Crans ni ^ l'exactitude des expériences de Black et de Jacquin. Il prétenc entre autres, que la pierre calcaire ne perd point par lacalcin lion la propriété de faire effervescence avec les acides; que la chaux (caustique) peut se conserver longtemps à l'air sans c^ s-

(1) Vienne, 17C9, in-12.

(2) Rechtferiigung devLehre von (1er figirten Lujt, etc.; Vienne, 1771, iik. — 5". — Forschîtng veber die Ursachedei^ Erhitzung des ungeloeschten Kal(r^s; ihîd.,\112, in-8°.

(3) Leipzig, 1778.

ser d'être chaux; qu'au bout d'un laps de temps assez long elle acquiert plus de causticité; que la diminution du poids de la chaux calcinée provient de la perte df son eau; que la crème de chaux n'est autre chose qu'une chaux qui a perdu son principe caustique , c'est-à-dire l'acie/î^m ptn^t^^^ etc. Ce serait perdre notre temps que d'énumérer toutes les objections, plus ou moins ineptes, que Crans faisait dans son pamphlet contre les doctrines de Jacquin et de Black (1).

Nous en dirons autant de la dissertation inaugurale de Smeth (2.) , dont les conclusions fort singulières , démenties plus tard, tendaient à établir « que la doctrine de l'air fixe de Black n'est appuyée que sur des fondements incertains et débiles; que, de la manière dont elle est présentée par ses partisans (Macbride, Jacquin, etc.), elle ne peut soutenir un examen sérieux, et qu'elle ne sera que l'opinion d'un moment ».

De la lutte que Black eut à soutenir contre ses adversaires^ et d'où il devait sortir victorieux, il ressort ce haut enseignement que la Vérité, sûre d'elle-même , reste calme au milieu des injures dont elle est assaillie , et que l'Erreur s'irrite en raison même de son impuissance.

Coup d'œil sur l'état de« moeiétém SATant^fi au rom-

mencenient du XTIII*" «iède.

L'/^a/î^,*qui avait pris l'initiative de la fondation des sociétés savantes, continuait à occuper le rang qui lui appartient. Dès l'année 1690 Anto de Via, Manfredi, de Sandris, auxquels s'adjoignirent J.-B. Morgagni et Stancari, réunissaient autour d'eux un grand nombre de gens studieux et zélés pour le progrès de la science. Us formaient la société des Inquieti, et s'assemblaient, depuis 1703, dans la maison du comte deMarsigli. Ce fut là le noyau de

(1) Un fdit qui semblerait Tenir à Pappui de ce que nous avons dit dans la note de la page 355, c'est que Lavoisier, après avoir consacré seulement cinq pages et demie à Tanalyse du beau travail de Black sur l'air fixe, consacre quinze pages à l'analyse du méchant pamphlet de Crans, et vingt-deux pages à celle de la thèse de Smeth, qui renferme plus d'erreurs que de faits ; et encore ces derniers, loin d'être nouveaux, ne sont ils qu'empruntés à PriesUey et à des chimistes plus anciens. {Opuscules physiques et chimiques de LàYorner, p. 73-110). (a) Sur l'air fixe; Utrecht, 1772, in-4° ( lo; pages).

V Académie des sciences et des arts de Bologne. Établie en 1712, cette académie fut solennellement inaugurée en 1714. Dès rannée suivante ^lle commença ses séances publiques et ses travaux, qui avaient pour objet les sciences mathématiques^ physiques et natur.elles(l).La chimie n'y figure qu'au second rang. Dans cette section on remarque les mémoires de Galeazzi 5i«r les calculs biliaires (2), de teccARi sur le gluten et le lait (3), de Men- GHiNi sur r existence du fer dans le sang, et sur V action \dissolvante de certaines eaupp sur les calculs de la vessie (4); de Th. Laghi^ sur les particules ferrugineuses dans les cendres des végétaux^ et sur V action de Vair corrompu par diverses émanations (5).

L'Académie des Fisio-critici de Sienne, fondée en 1691 sous le patronage du cardinal Fr. Medici , ne fit paraître le 1®' volume de ses travaux qu'en 1760, époque de sa restauration (6). On y trouve quelques observations deJ. Baldassari ^i^r i^/i sel calcaire des environs de Sienne^ sur l'amiante, et sur la prétendue existence d'un acide vitriolique sec naturel (7).

La cour de Toscane, qui avait déjà encouragé les arts, ne négligea rien pour agrandir le domaine des sciences. Gosme HE s'était associé aux expériences d'Averami et de Targioni relatives à la combustion du diamant. Il résulta de ces expériences dispendieuses que le diamant, brûlé au foyer d'un miroir ardent, se consume et disparaît, sans laisser de résidu (8). On ne se doutait pas encore que le diamant n'est que du charbon pur, et qu'il se réduit, par la combustion, en un fluide aériforme (gaz acide carbonique). — Ces expériences furent répétées, en 1751, avec le même, succès , par un des successeurs de Cosme III; on fit

(1) Voy. Journaldes savantSjSGçi. 1715. — J. -G.Bollelii, delC orlgineet de' progressi delV Instituio délie scienze di Bologna^ eic] Bologne, 1751, in-8". — Le premier volume des travaux de cette Académie parut en 1731, sous le titre de De Bononiensi scientiarum et artium Instituio atque Academia Commeiitarii; Bonon., in-4^

(2) De Bononiensi scient . et art., etc., 1. 1.

(3) Ibid., t. II, p. 1 (1745). —T. V, p. 1 (ann. 1767).

(4) Ibid., t. II, p. 1. — T. IV (ann. 1757).

(5) Ibid., t. II, p. m (ann. 1747.)— t. III, (ann. 1755).

(6) Atti dell* Academia délie scienze di Siena, detta dé^ Fisio-critici t Siena, in-4°.

(7) Atti delV Academia, etc., t. IV (ann. 1771). — T. V (ann. 1774).

(8) Giornale de' Letterati d'itçilia, vol. VIII, art. 9.

des essais semblables sur le rubis, mais on n'obtint pas, comme on pouvait s'y attendre, résultats qu'avec le diamant.

LecomtedeSALucEs(Saluzzo), GiGNAetL. de la Grange avaienl fondé à Turin une société ayant pour objet Tétude des sciences mathématiques et physiques. Cette Société lit, en 1758, paraître ses premiers travaux, d'abord en latin, puis en français, après son érection en Société royale (1). On y trouve les recherches de Saluces Sur le fluide élastique que dégage la poudre à canon, lorsqu'elle s'enflamme. L'auteur avait assigné à ce fluide les pro- • priétés de l'air atmosphérique, en ajoutant cependant que celuici diffère de Tair commun, en ce qu'il éteint la flamme d'une chandelle et qu'il tue les animaux qui le respirent. 11 avait aussi reconnu que le tluide élastique, ainsi dégagé, occupait un espace deux cents fois plus grand que celui de la poudre dont il provenait (2). Ce même savant avait fait des observations variées, concernant r action de la chaux vive sur différents corps (3) ; les changements de couleur que subit le suc de violette de la part de diverses substances (4) ; le blanchiment et la teinture de la soie (5) ; différents produits végétaux et animaux (6).

§ iO.

La Société royale des sciences de Londres, cette grande pépinière de savants, comptait alors dans son sein plusieurs chimistes distingués. J. Brown publia des recherches^^wr le sel amer, sur le bleu de Prusse, dont Woodward avait déjà fait connaître la composition, en émettant l'opinion qu'il ne serait pas impossible de préparer cette matière sans le concours du sang (7). Watson, qui avait fait connaître le platine, décrivit les phénomènes que présente l'eau chargée de sels à différents degrés de chaleur, et il examina la méthode d'Appely pour rendre Teau de me

(1) Miscellaneaphilosophico-mathematica Societatis privatx Tàiirinensis; Turin, t. I, 1758, m-4'*. — Mélanges de phisosophie et de mathématiques de h Société royale de Turin, m-4®.

(2) Mélanges de philosophie, etc., aimées 1760 et 1761.

(3) Ibid., 1762-1765, p. 73.

(4) Ibid., p. 153.

(5) Ibid., p. 174-177.

(6) Ibid., p. 193,199.

(7) Philosoph. Transaci., vol. XXXIII, p. 17.

potable (1). Th. Perceival communiqua des observations sur les propriétés vénéneuses du plomb , sur le quinquina, et les principes organiques amers et astringents (2). J. Canton apprit le moyen de préparer, parla calcination d'un mélaiMçe de fleurs de soufre et de coquilles, une substance analogue à la pierre de Bologne, et qui fut depuis désignée sous ie nom de phosphore de Canton (3).

Slare, Smitu, Coles, Southwell, Harris, Robin, Frobenius, MoRTiMER, Seehl, Mitschell, Pringle, Huxham, Brownrigg, Chap— MAN, WoLF, Monro, Hewson, Delaval, Hartley, Shore, Irwin, Da vison, Frencu, Ramsay, Maclury, Th. Young, Hotton, Redmond^ GoDFREY, Plummer, ont traité, dans leurs mémoires; divers sujets de chimie minérale et d^ chimie organique.

Parmi les chimistes, membres de la Société royale de Londres,» qui, dans la première moitié du dix-huitième siècle, se sont fai remarquerpar leurs travaux, il faut citer au premierrangLEwis.O lui doit une dissertation très-étendue Sur le platincy métal alor^ tout nouveau. Le nom de platine vient de l'espagnol plata, ar — gent, dont le diminutif est platina, petit argent. Le platine, d'à — bord, connu sous le nom d'or blanc, fut découvert en Amérique par les Espagnols, qui le considéraient comme une espèce par — ticulière d'argent. Ce métal ne fut introduit en Europe qu'en 1740- On le connaissait depuis fort longtemps en Amérique, mais on. n'en faisait aucun usage. Les employés dugouvernement espagnol avaient môme, dit-on, ordre de jeter le minerai de platine dans la mer, afin qu'on ne l'employât pas frauduleusement pour l'ai— lier avec For. Ce n'est point Scheffer, comme on l'a dit, mais Watson, qui décrivit le premier, en 1749, le platine comme ura métal particulier (4).

« Le platine, dit Watson, me fut présenté pour la première fois il y a neuf ans ( en 1740), par Charles \Yood, qui le trouva à ]^^ Jamaïque, oii il avait été apporté de Carthagène (5). »

(1) Philosoph. Transact., vol. LX, p. 323. — XLVIII, p. 69.

(2) Ibid-, LVII. — Observations and experiments on Ihe poison of Icad; Lond. , 1774, in-12. — Essayson Uie astringent and bitter, etc.; Lond., 1767, in-S*».

(3) Ibid., vol. LVIII, p. 337.

(4) Le mémoire de Watson se trouve inséré dans les Phîlosophical TransaciionSy vol. XLYI(déc. 1750), p. 584-596.

(5) Ibid., Tkis semi-metal was first presenied to me abolit nine years agOf etc.

Le mémoire de Watson fut, peu de temps après, suivi du travail de Lewis : Expériences sur une substance blanche qv^on dit avoir été trouvée dans les mines é^ or des Indes occidentales) (1). — Après un rapid'^ aperçu historique, où il est dit que le platine, appelé aussi pinto ou Juan blanco par les Espagnols , avait été originairement regardé comme de Tor déguisé sous une eilveloppe blanche 7 difficile à fondre, Lewis décrit la plupart des propriétés de ce métal nouveau. Il lui trouva un poids spécifique égal à 18 ou 19.

En 1752, Scheffer, publia dans les Actes de T Académie des sciences de Suède (2), une notice sur ce même sujet, dont voici les résultats principaux : l^Tor blanc (platine) est un métal; 2° c'est un métal noble, car il résiste au feu comme l'or etTargent; 3° ce n'est point un des six métaux des anciens ; ce n'est ni l'or ni l'argent; c'est donc un métal nouveau.

Marggraf confirma, en 1736, par de nouvelles recherches, les données de Lewis et de Scheffer.

Un auteur italien , Gortinovis ( Opuscoli scelti suite scienze, etc. , Milano, 1790, in-i°) essaya de prouver, dans une savante dissertation, que le platine était connu des anciens sous d'autres noms {laplatina è statd conosciuta anticamente sotto ait ri nomi). Il cite entre autres, à l'appui de son opinion, le passage suivant de Servius, ancien commentateur de Virgile : Sunt tria electri gênera : unum ex arbortbus, quod sxiccinum dicitvr; aliud quod naturalUer invenitur ; tertium quod fit de tribus partibus auri et una argenii. Mais un passage beaucoup plus explicite et plus ancien que celui-là est celui de Pline le naturaliste , que nous avons eu Toccasion de citer dans le tome V^ de cet ouvrage (3).

Outre le mémoire Sur le platine, on a de Lewis un travail non moins étendu Sur l'or, où se trouvent quelques indications sûp la dorure par la voie humide (4). Ses expériences Sur le verre

(1) Expérimental examination of a white melallic substance said to hâve been foundin the gold mines of West-Indies ; Philosopli. Transact. of Lond., ▼ol. XLVIU, p. 638-689.

(2) Dos weisse Gold oder siebente Métal, in Spanien Kleines Silber von Pinio ffenannt(J)e Tor blanc ou du seplième métal, appelé en Espagne i>c<if argent dePinlo).

(3) Voy. plus haut pag. 140. — La plupart de ces documents sur l'histoire du platine sont tirés de nos Observations et recherches expérimentales sur le platiiie^ etc., broch. in-8*'; Paris, 1841, p. 6, note I.

(4) Expériences physiques et chimiques sur plusieurs matières relatives au

contiennent des détails nouveaux sur la fabrication du verre opaque, ou de la fausse porcelaine (1); ses recherches Sur les couleurs ont fourni des faits précieux sur la fixation de la couleur noire, la préparation de Tencre ordinaire , et la comcomposition d'une encre indélébile, au moyen d'un mélange d'encre commune avec le noir de fumée et la gomme. C'était là, selon Lewis, l'encre avec laquelle avaient été écrits les manuscrits les plus anciens, et dont nous admirons encore aujourd'hui, après tant de siècles, la stabilité (2).

On doit encore au zèle infatigable de W. Lewis, indépendamment du Course of practical chemistry^ Lond., 8, 1746, des ouvrages relatifs à la pharmaceutique plutôt qu'à la chimie; tels sont : New Dispensatory , containing the theory and practice of pharmacy; Lohd., 1753 et 1765,8; — Expérimental history of the materia medica; Lond., 1761, 4.

En Allemagne, la fondation de la Société des Curieux de la nature fut bientôt suivie de celle de V Académie des sciences de Berlin. Leibniz, qui partageait avec Newton le sceptre de la science, présenta le plan de cette Académie, en 1700, à Frédéric I", roi de Prusse. Les premiers travaux de l'Académie royale de Berlin furent imprimés en 1710, sous le titre de Miscellanea Berolinensia (3). En 17 44,cette Académie fut réformée par FrédéricII, d'après le modèle de celle de Paris, et publia dès lors ses travaux sous le titre d^ Histoire de l'Académie royale des sciences et des belles-lettres de Berlin, avec les mémoires tirés des registres de cette Académie (4).

Autour de la Société des Curieux de la nature et de l'Académie des sciences dQ Berlin sont venus plus tard se grouper la

commerce et aux arts (trad. de l'anglais, par de Pulsieux); Paris, 1768, i]ï-8^ vol. II, p. 1-53.

{i) Expériences physiques et chimiques^ etc., p. 56-105.

(2) Ibid., p. 227-392.

(3) Celte publication fut continuée en 6 tomes ou séries jusqu'à 1743. Conii' nuatio I, 1723; Coniinuatio II, 1727 ; Continuât. III, 1734; Cont, IV, 1737; Cont, V, 1740; Cont. VI, 1743.

(4) Cette nouvelle série se compose de dix-neuf volumes, parus de 1745 à 1770.

Société des natv/ralistes de Dantzig (1), la Société de Bâle{^), la 5ociété royale des sciences de Gœltingue (3) , V Académie des connaissauces utiles d'Erfurt (4), V Académie des sciences de Munich (6).

Bien que là place que la chimie occupe daiis les recueils de ces sociétés ne soit pas aussi large que celle des sciences naturelles, on y trouve cependant quelques mémoires qui sont loin d'être dépourvus d'intérêt. Ges mémoires ont pour auteurs : G. Kaïm, qui a fait des recherches sur la plombagine, sur l'arsenic, le cobalt, le nickel et le manganèse (ô); J.-Fr. Henckel, qui s'est distingué par ses expériences sur le sel marin contenu dans les végétaux, sur les usages de la silice, sur la préparation de l'arsenic métallique, sur le zinc, sur la coloration]du verre par le cobalt, coloration qu'il attribue au fer, sur la phosphorescence de la cadmie des fourneaux, etc. (7) ; H. Kjnape, sur l'acide delà graisse (8) ; J.-G. Gleditsqh qui , indépendamment de ses travaux de botanique, a laissé des observations chimiques sur les matières végétales pouvant, dans le tannage du cuir, remplacer l'écorce de chêne ; sur la nature de l'amidon ; sur le natron (9) ; Valentin Rose, qui es-

(1) Cette société se réunit pour la première fois en 1741 , et publia trois volumes (1747-1756), sous le titre de Versuche und Abhandlungen der JSaturfor-^ schenden Gesellschaft in Dantûg, in-4''. Pour ce qui concerne la chimie, on n^y remarque qu'un article de Lursenius 5ur la quantité de sel marin que renferme Veau de mer près de Dantzig,

(2) La publication de ses travaux commence en 1751, sous le titre ; Acta helveiica physico-mathematico'hotanico'medica , figuris . nonnullis œneis illustrata, etc.; Basil. , in-8**. On y remarque quelques articles de Zwinger et de Ryhiner.

(3) Fondée sous les auspices du célèbre Ualier, la Société de Gœttinguc fit paraître, en 1762, le premier yolume de ses Actes : Commentarii Societalis regix MCientiarum Gœttingensis ; Gœtting., in-4°. Les premiers volumes ne contiennent aucun article de chimie.

(4) Cette Académie, fondée en 1754, par l'électeur de Mayence Frédéric- Charles, publia en 1757 le premier volume de ses actes : Acta Academix electoralis Moguntinx scientiarum utilium, qux Erfordix est; Erfurt et Gotha, in^«.

(5) Fondée en 1759, elle pubUa le 1**^ volume de ses mémoires en 1763, sous le titre à! Abhandlungen der Chur fur stlick- Bayer schen Akademie der Wissenschaften ; Munich, in-4**.

{6)IHss. chemica demetallis duhiis; Vienne, 1770, in-S**.

(7) Flora satumizans, die Verwandschaft des Pflanzen-mit dem Mineral- Reich, etc.; Leipz., 1722, in-8°. — Pyritologia oder Kiess-Historie, etc.; Leipz., 1726, in-8°. — Act. Acad. caesar. natur. curios., t. IV et t. V.

(8) Diss. de acido pinguedinis animalis; Gœtting., 1754, in-S".

(9) Hist. de l'Acad. des sciences de BerUn, ann. 1755. — Beschaeftigungen der Berlin. Gesellschaiàt naturforschender Freunde, vol. I.

saya d'analyser le café et le seigle, et auquel on doit rinvention d'un alliage de plomb, de bismuth et d'étain, fusible dans l'eau bouillante (1); Brunnwiser, qui indiqua le moyen d'extraiîre la matière colorante des végétaux, à l'aide de solutions d'acides minéraux (2).

Frédéric Cartheuser s'occupa beaucoup de la décomposition des matières organiques ; il étudia les huiles essentielles, l'huilç de cajeput, le miel, la cire, le sucre, le camphre, l'amidon, la graisse, les substances empyreumatiques ef les sels(oxalat6s, malates, etc. ), séparés des sucs végétaux par la cristallisation (3). Son fils, Auguste Cartheuser, se livra plus particulièrement à la chimie minérale ; il donnades notions sur le gypse employécomme fondant des minerais de fer ; sur l'argile, le strass, l'acide borique, l'arsenic, l'antimoine, etc. (4). Auguste Cartheuser fit pour la chimie minérale ce que son père avait fait pour la chimie organique.

Le goût delà chimie paraissait être en quelque sorte héréditaire dans certaines familles. Les Gmelin présentent à cet égard un exemple remarquable. Jean-George Gmelin, dont le père avait été élevé à l'école du célèbre Hierne, répéta les expériences relatives à l'augmentation du poids des métaux par la calcînation (5), et il enseigna les moyens de préparer des laques rouges avec le carmin et le bois de Fernambouc (6). Il donne, dans^son Voyage en Sibérie, fait par ordre du gouvernement russe, des renseignements intéressants sur les richesses minéralogiques des pays qu'il parcourut; il assure, comme témoin oculaire, que les peuples pasteurs de la Russie méridionale fabriquent avec le lait une liqueur enivrante (7). Son frère et successeur à la chaire de botanique et de chimie dans Tuniversité de Tubingue, Philippe-Frédéric Gmeun, le célèbre historien de la chimie, fit ^connaître plusieurs nouvelles préparations antimoniales; et son se-

(1) Berlin. Sammlungon, etc., vol.l. — Slrahlsundisches Magazin, vol. II.

(2) Abhand. dcr Churbayerschen Akad, Wissenschaften, vol. VII.

(3) Dissertationcs physico-chimico-medicae, de quibusdam inaterlaB medicas siibjpctis exaratae, etc.; Francf. ad Viad., 1774, in-S". — Vermischte Schriften aus der Xalurwissenschaft, Chyniie, etc.; Francf. sur POder, 1757, in-8°.

(4) Mlneralogische Abhandlungen, etc.; Giesen, 1773, in-8°. — Acta Acad. elect. Magunt. Scient, et quae Erford. est, vol. II.

(5) Comment. Acad. impérial. Peiropolit., vol. V, p. 277. (C) Act. Acad. coîs. natur. curios., vol. IJI, obs. 83.

(7) Epistol. ad Alb. Hallerum, vol. II (script, ab anno 1740-1748), 1773, in. 28.

îond frère, Jean-Conrad, publia des observations sur la préparaion de Teau de Hongrie, sur le bleu dePrusse, sur la dissoluion du ^ihosphore dans Tessence de girofle, sur un médicament ecret, préparé au moyen du sublimé corrosif, du vinaigre et de 'alcooly-e(c. (1).

Charles-Abr. Gerhard choisit pour objet de ses recherches [uelques produits végétaux astringents, diverses espèces de erres colorés ou incolores, l'appréciation de la bonté du er, etc. (2).

Ulr. Waldschmiedt, de Kiel, décrit, dans son Collegium phyieo-experimentale, quelques propriétés du phophore, et la coloation des solutions cuivreuses sous Tinfluence de Pair (3).

H. Gottl. JusTi, de Gœttingue, a laissé sur divers points de hinriie métallurgique des mémoires qui ne témoignent pas d'une déthode d'observation bien rigoureuse. Il refusait au cobalt et au ickel le caractère métallique, et soutenait , en renouvelant la héorle des anciens, que Teau peut se changer en air atmosphéique (4).

R. Augustin Vogel communiqua en 1753, des observations sur 'augmentation de poids qu'éprouvent certains corps pendant leur ialcination (5) ; sur le sel de seignette, le foie de soufre, l'alcali ninéral, etc.

L'université de Jéna était alors illustrée par Wolfgang et Adol- )he Wedel. Ce dernier enseignait quelques nouveaux procédés )0ur la construction des fourneaux, pour la préparation de 'antimoine, etc.

BûCHNER, Henri Schulze , Michel Alberti et J. Juncker réunirent une jeunesse nombreuse autour de leurs chaires à Halle.

J. Ant. ScoPOLi, du Tyrol, contribua à la popularisation des sciences naturelles , par la publication de son Annuaire ( Anni

(1) La plupart de ces travaux se trouvent imprimés dans Commercium litte- 'tw. ad rei medicx et scient, natural. incrément, institut., ann. 1722, 1723, r731, 1734, 1737, 1742, 1745.

(2) Voy. Beytrœge zur Chymie und Geschichte des Mineralreichs ; Berlin, 1773, ii-8«. — Nouveau Mém. del'Acad. de Berlin, ann. 1777, 1779, 1780; 1783. — 'rell, Chemische Ànnalen, aim. 1783, 1. 1.

(3) Collegium physico-experiraentale curiosum, etc.; Kiliae, 1717, in-i**.

(4) Gesammelte chymische Schriflen,€tc.; Berlin etLeipz., 1760, in-8°.

(5) Progr. quo expérimenta chemicorum de incremento ponderis quorumdam Sklcinatorum examinât; Gœtt., 1753, in-4°.

historico-naturales). On n'y trouve qu'un petit nombre d'articles de chimie (1).

Frédéric Delius ne s'est occupé de chimie qu'incidemment dans son Recueil de Franconie {Frxnkische Sammlungen)^ si important à consulter pour l'histoire de la médecine et des sciences naturelles. On y remarque un Iravail de Weismann sur la préparation de Tacide phlogistiqué ( cyanure de potassium) , employé pour fabriquer le bleu de Prusse, en calcinant, au contact de . l'air la potasse avec du noir de fumée; sur la coloration rouge du verre au moyen du fer (2) ; sur l'utilisation du suc des baies , de troène {ligustrum album), comme matière tinctoriale (3). On y lit des observations sur l'asphyxie par la combustion da. charbon (4) ; sur le sucre extrait des sucs de l'érable, du noisetier et d'autres arbres indigènes (5). Du Hamel avait déjà donné la description du sucre d'érable {acer saccJiarinns)^ que les indigènes du Canada connaissaient avant l'arrivée des Européens (6).

La société royale des sciences de Copenhague, fondée en 1742 par L. de Holstein, ne commença qu'en 1745 à publier ses travaux en langue danoise (7). On y remarque des travaux: de Heilmann, de Cappel, de Fabricius, de Schytte, de Thue et de Cnoll. Ce dernier croyait que le borax qu'on importe des Indes

(1) Annus historico-nainralisl ; Lips., 1769, in-12; 5 fascicules. Le 5* fasc. fut publié en 1772.

(2) Fr«Tnkische Sammlungen, etc., vol. I (Nurenberg, 175C), 2® cab., p. 201.

(3) Ibid., p. 312.

(4) Ibid., vol. III, p. 28.

(5) Ibid., vol. V, p. 36.

(6) « On distingue, rapporte l'auteur, la liqueur sucrée qui découle de ces deux arbres ; celle de Pérable blanc s'appelle sucre d'érable, et celle de l'érable rouge en plaine s'appelle sucre de plaine. On tire la liqueur en faisant des incisions aux deux espèces d'érables dont on vient de parler ; ces incisions sont ordinairement ovales, et Ton fait en sorte non-seulement que le grand 'diamètre soit à peu près perpendiculaire à la direction du tronc, mais aussi qu'une des extrémités de l'ovale soit plus basse que l'autre, afin que la sève puisse s'y rassembler. On ficbe au dessous de la plaie une lame de couteau ou une mince règle de bois qui reçoit la sève, et la conduit dans, un vase que l'on place au pied de l'arbre. Cette liqueur étant concentrée par l'évaporation , donne un sucre gras et roussâtre, qui e»t d'une saveur assez agréable. » Duhamel, Traité des arbres et arbustes, etc., 1755; Paris, in-4°, t. I, p. 32.

(7) Skrifter, smn in del Kongl. Videnskabers Selskab ère freinlagie og oplaste ; Copenhague, in-4*'. Il en parut quelque temps .après une traduction latine.

orientales était fabriqué avec de l'alun, du suc d'euphorbe et de l'huile de sésame (1).

La Russie était entrée, depuis Pierre le Grand , résolument dans la voie de la civilisation. La fondation de l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg, en 1724, est un des plus beaux titres de gloire de ce prince, dont la capitale du plus vaste empire perpétue le nom (2). La Société économique de Saint- Pétersbourg , créée en 1765 , contribua également à répandre dans ces vastes contrées le goût des sciences , des arts et de l'industrie (3). Parmi les russes qui se sont fait connaître comme chimistes, nous citerons Mich; Lomonosow, qu'il ne faut pas confondre avec le poôte de ce nom; George Model, d'origine Allemande, qui indiqua des moyens de purifier le borax, le sel marin, le camphre^ et qui découvrit un sel calcaire (oxalate) dans la racine de rhubarbe, etc.; Lectmann, qui, dans son Vulcanus famulans, s'étend sur la construction des fourneaux chimiques (4) ; J. Gottlob Lehmann, qui donne, dans ses Œuvres physico-chimiques, plusieurs observations remarquables, touchant la minéralogie et la géologie (5).

Les Pays-Bas sont la patrie d'un homme qui , par sa renommée européenne et l'étendue de ses connaissances, valait presque à lui>eul toute une académie. Cet homme était Boer-

HAIVE.

La chimie fut l'étude favorite de ce célèbre médecin, qui naquit le 31 décembre 1668, dans le petit bourg de Woorhout, près

(1) Beaucoup de ces mémoires se trouvent dans Prodromus prxvertens con- Hnvata acta medica Hafniensia, etc.; Hafn., 1753, in-4°.

(2) L'Académie impériale de Saint-Pétersbourg, qui s'est réunie pour la premÀrefois à la fin de Tannée 1725, publia, jusqu'en 1750, 14 volumes sous le titre de Commenlarii Academiœ scientiarum imperiatis PetropoUlanx ; Petrop.y 1728, in-4®. A dater de cette année elle lit paraître, jusqu'en 1770, quatorze ▼olnmeft sons le titre de Novi Commentarii, etc.

(8) Les travaux de cette Société, qui jusqu'en 1777 comprennent dix volumes, pannent ^en russe et en allemand -. Abhendlungen der freyen œkonomischen Geselischaft in 5. Petersburg, etc.; Mittau et Riga, 1765, in-8°.

^) VuJcanus famulans, oder sonder bar e Feuernutzung, etc.; Wittemberg, 1723, hi-8".

(5) Phynkalisch-cliymische Schriften, etc.; Berlin, 1761, in-8^

de Leyde, ville où il fit ses premières études, et qu'il illustra par son nom. Son premier mémoire scientifique^ publié à Toccasion de sa thèse de docteur soutenue à l'université de Harderwjk. De vtiUtate explorandorum excrementorum in (]Bgm[{\ fit concevoir de lui de grandes espérances.

La vie et les travaux de Boerhaave appartiennent moins à l'histoire de la chimie qu'à celle de la médecine. Aussi ne nous y arrêterons-nous pas longtemps.

En 1729, Boerhaave se vit contraint, par des raisons de santé, de se démettre des chaires de botanique et de médecine, autour j desquelles s'était , pendant vingt ans, pressée une jeunesse studieuse, accourue de toutes les parties de l'Europe. Il mourut le 23 septembre 1738. La ville de Leyde fit élever dans l'église Saint-Pierre un monument orné du portrait de l'illustre professeur, avec cette belle devise : Simplex sigillum veri.

Son grand traité intitulé : Elementa chemiœ, où se trouvent résumés tous les travaux chimiques de l'époque, servit pendant longtemps de guide à ceux qui se vouaient à l'étude de cette science (2). Cet ouvrage, adopté dans toutes les écoles, a été traduit en français, en allemand et en anglais.

Aucune des questions agitées par les alchimistes ne semblait indifférente à Boerhaave. Lui aussi s'occupa beaucoup de la transmutation des métaux, de la solidification du mercure, de l'extraelion du mercure des métaux ; mais il avoue n'avoir obtenu que des résultats négatifs (3). Il reprit les expériences de Boyle et de Haies sur les fluides élastiques, et fut mis sur la voie de la composition de l'eau , en démontrant expérimentalement qu'il se forme de l'eau pendant la combustion de Talcool dans l'air (4).

Boerhaave devait agir par son exemple sur l'esprit de ses com-

(1) Hardenvyk, 1693, in-8^

(2) Elementa chemise, quœ anniversario labore docuit in publicis privalisque ; scliolis; vol. II, iii-4°; Lugd. Bai., 1732; Lond., 1732 et 1C35 ; Paris., 1732, 1733, 1753; Basil., 1745; Venet., 1745, 1659; Lips., 1732.

Éléments de cliimic, etc., traduits par Allamand; t. II, in-8°; la Haye, 1748; Leyde, 1752, — Abrégé de la tliéoric chimique, tiré des écrits de Boerhaave, par M. de laMettrie; Paris, 1741. Trad. anglaise ; Lond., 1741, in-4''; 1742. — Trad. allemande; Halbersladt, 1732-1734, 9 vol. in-8*»; éd. deWieglcb; Berlin, 178Î, in-S".

(3) Mém. de l'Acad. des sciences de Paris, année 1734, p. 539. — Pliilosophical Transact,, n. 430, p. 345 ; n. 443, p. 343 ; n. 444, p. 378.

(4) Elem. chem., t. II, pars. I, p. 206 (Lugd. Bat., 1732).

patriotes. H. Doorschoot, J. Egeling et Vullyamoz s'occupèrent de l'analyse du lait (1) ; G. Klokhof étudia la nature du liquide qui remplit, dans certaines maladies, les cavités séreuses (â) Âlb. ScHLOSSER fit des recherches sur le sel d'urine, sur les cristallisations métalliques (3) ; J. Raas, sur le borax (4) ; Rriele, médecin de Batavia, sur l'ambre (5) ; de Lis, sur l'aloès (6); Al. Nauuts, sur les bases du sel marin^ du salpêtre, de l'alun, et sur la composition de l'eau (7).

Pr€»f|rèe de li» cliimle en Franee airant l'époque

de liairoUiier.

^ A mesure qu'on avance dans l'histoire, on voit se dessiner de plus en plus clairement la place qu'occupe chaque nation dans le mouvement progressif des sciences. Depuis la fondation des sociétés savantes, les sciences comme les lettres deviennent, pour ainsi dire, oligarchiques, tandis que la constitution sociale tend îers la démocratie. Anciennement, c'était tout le contraire.

Quatre nations viennent se placer ici au premier rang : les Français, les Allemands, les Anglais et les Suédois ; les autres nations n'occuperont qu'un rang secondaire. C'est à Paris, à Berlin, à Londres et à Stockholm, que va se débattre le sort des sciences.

11 n'y a pas de compagnie savante qui ait fait plus pour Tavancement des sciences, et notamment de \sl chimie, que l'Académie ^es sciences de Paris, dont nous avons plus haut raconté la fon-

^ dation.

(1) Diss. de lacle; Ludg. Batav.,1737, in-4°; — Ultraj., 1759, ia-4. — Diss. ^sale lactis essentiali; Lugd. Bat., 1756, in-i**.

(2) Vanhandelingen uitgegeeven door^de HoUandse MaeUschappye der ^ettenschappen te Hatrlem^ t. VI, 1762, n. 1, p. 451 (Mémoires de la Société

' ^ sdences de Haarlem).

(3) Tract, de sale urinae nativo; Lugd. Bat., 1743, in-4'*. — VerhandelinfBRj etc. ( Mémoires de la Société de Haarlem ), t. I,p. 138.

(4) Diss. sistens obsenrationes de borace, etc.; Traject. ad Rhen., 17C9, in-4®. (5) Histoire de TAcad. royale des sciences de Berlin, année 1763, p. 126. ' (6) Diss. de aloë ; Ludg. Bat., 1745, in-4° .'

K^} Traelitus chemicus, continens nova qusedam expérimenta cum basi salis ^riniyi^tri et aluminis, etc.; Amstelod., 1761, in-S**. — De aquae origine ex basitos aerîspnri et inflâmmabilis ; Traj. ad Rhen., 1789.

BJST. DE LA CHIUIE. — T. H. )4

HISTOmS DE UL CHIMIE.

Les travaax des deux frères Geoffroy, de Lemery fils, de Heilot, de Boulduc, de Rouelle, de Baron, de Macquer, de Cadet» de Du Hamel^ de Grosse, forment, avec les travaux du siècle précédent, pour ainsi dire , Tavant-garde de la révolution qui devail bientôt s'opérer dans la science chimique.

Jetons un coup d'œil sur les œuvres de ces chimistes, qui presque tous étaient des enfants de Paris.

€ieoftroj atné.

Etienne-François Geoffroy(néà Paris, le 13 février 1672, mort le 6 février 1731) reçut sa première instruction dans la maison paternelle, où Cassini, Duverney, Homberg, tenaient souvent des conférences. Il se rendit ensuite à Montpellier pour y étudier la médecine. En 1698, il accompagna le maréchalde Tallard dans son ambassade à Londres, et devint bientôt après membre de la Société royale de cette ville. De là, il passa en Hollande, et fit en 1700 un voyage en Italie, principalement pour étudier Thistoire naturelle. Eh 1712, Fagon, premier médecin du roi, se démit de la chaire de chimie au Jardin du Roi (i), eu faveur de Geoffroy, dont les leçons attiraient déjà de nombreux élèves.

Un travail , auquel le nom de Geoffroy demeure glorieusement attaché, a pour titre Table des différents rapports observés en chimie entre différentes substances. C'est là qu'on trouve pour la première fois nettement énoncée cette loi fondamentale : « Toutes les fois que deux substances, ayant quelque tendance à se combiner Tune avec Fautre, se trouvent unies ensemble , et qu'il en survient une troisième qui a plus d'affinité avec Tune des deux, elle s'y unit en faisant lâcher prise à l'autre. »

Sur cette loi Geoffroy essaya d'établir la classification des acides, des alcalis, des terres absorbantes et des substances métalliques (2).

(1) Le premier médecîa du roi était , comme nous PaTons déjà tu, presque toujours le professeur titulaire de la chaire de chimie au Jar^n du Roi, * même que le démonstrateur était en mên^ temps le premier pharmacien de ^ cour.

(2) Mém. de VAcad,^ année 1718, p. 202

Tout en combattant avec force les jongleries de certains alchimistes (1), il s'attachait à démontrer que le fer qu'on trouve dans les cendres des matières organiques est le résultat d'une génération particulière, et qu'on peut non-seulement faire du fer, mais encore tous les autres métaux, les composer ou les décomposer, en réunissant ou en séparant les éléments dont ils sont formés. Voici comment il raisonnait : La matière n'a rien d'absolument indestructible, si ce n'est l'étendue etl'impfénétrabilité; tout ce qu'elle présente de variable à nos sen» m con-> siste que dans des modifications moléculaires (2).

Outre un certain nombre de mémoires qui se trouvent insérés dans les recueils de l'Académie des sciences (3), Geoffroy a laissé un grand ouvrage Sur la matière médicale, qui ne parut qu'après sa mort, et qui fut traduit dans les principales langues de l'Europe (4).

Creoffroy Jeune.

Claude-Joseph Geoffroy (né à Paris, le 8 août 1683, mort . le 9 mars 1752) suivait la carrière de la pharmacie, tandis ' que son frère aîné exerçait la médecine. Élève de Tournefort, il avait acquis des connaissances variées en botanique ayant de se livrer à la chimie. Le premier mémoire qu'il présenta à l'Académie, dont il faisait partie dès l'année 1707, eut ponr objet V Application de la botanique à la chimie. D'après les modes d'analyse alors en usage , il n'était pas étonnant de voir les plantes les plus diverses donner les mêmes principes à l'a-

(1) Des supercheries concernant la pierre philosophale ; Mém. de VJbcdd.f^sjm, 17î2,p. 61.

(2) M,ëm. de VAcad., année 1707, p. 176. (S) On remarque parmi ces mémoires : Du changement des seh aeides en

«l» alcalins volatils urineux, Mém. de l'Acad., ann. 1717, p. 226 ; — jfcfo^^îi UtHiéd^ arrêter les vapeurs nuisibles qui s^ élèvent des dissolutions métalli^ JiW, ibid., ann. *1719, p. 71 ; — Éclaircissements sur la table des a/fini- **, etc., ibid., 1720. p. 20, — Observations sur la préparation du bleu de IVmsc, ibid., 1725, p. 153 et 220.

(4) Traité de la matière médicale, etc., vol. III; Paris, 1741, 1756 (vol. VU),

nalyse. a II faut donc , disait Geoffroy, qu'il y ait dans la combinaison de ces principes quelque différence qui occasionne celle qu'on remarque surtout dans la couleur et l'odeur des différentes plantes. » Cette différence, il la cherchait dans la manière dont l'huile essentielle se trouve mêlée avec les autres principes; c'est ainsi qu'il trouva que l'essence du thym, xîombinée> en diverses proportions, avec les acides et les^alcalis, donnait à peu près toutes les nuances de couleur qu'on observe dans les plantes. — Il découvrit que les huiles essentielles ne pénètrent point dans toute la substance de la plante , mais qu'elles sont contenues dans des vésicules particulières , affectées à certaines parties du végétal. Dans ses recherches sur les huiles essentielles, il affirme que ces huiles sont des composés d'acide, de phlegme, d'un peu de terre, et de beaucoup de matière inflammable. Il entreprit même de faire une essence artincielle au moyen de l'esprit-de-vin et de l'acide vitriolique. En ce ce qui concerne les huiles grasses, il constata qu'un gros de savon blanc, dissous dans trois onces d'esprit-de-vin, acquiert, sans perdre sa transparence, la propriété de se congeler à un certain degré de froid (1).

En 1732, il fit l'analyse du borax. On lui doit d'avoir démontré que la base du sel marin est une des parties constituantes du borax (2).

Geoffroy était un de ces hommes qui aiment la science en dehors de tout intérêt personnel. Il passait ses moments de loisir dans sa maison de campagne à Bercy, où il avait fait construire un cabinet d'histoire naturelle et un jardin de plantes médicinales. Il laissa un fils qui devait bientôt rejoindre son père; ce fils avait présenté, peu de temps avant sa mort, un mémoire intitulé Analyse chimique du bismuth, de laquelle il résulte une analogie entre le plomb et ce semi-métal (Mém. de TAcad., année 1753, p. 296 ).

Indépendamment des travaux que nous venons de mentionner, Joseph Geoffroy a publié, dans la collection de l'Académie des sciences, les mémoires suivants :

Des différents degrés de chaleur que l'esprit-de-vin commU"

(1) Mém. de ZUf«c/., ann. 1707, p. 517;— Ibid., ann. 1721,p. 147 ; — W>î<*' ann. 1728, p. 88; — Ibid., ann, i741,p. 11.

(2) Nouvelles expériences sur le borax, etc.; dans les Mém. de r4ca(/.,aa**^® 1732, p. 398.

nique à l'eau par son mélange (1) ; — Mélhode pour connailre et déterminer au juste la qualité des liqueurs spiritueuses, etc, (2) ; — Sur la nature et là composition du sel ammoniac (3) ; — Réflexions sur la manière et éteindre le feu par le moyen d*une poudre (4); — Sur la fabrique du sel ammoniac ^ et sa décomposition pour en tirer du sel volatil (5) ; — Observation d*un métal qui résulte de l'alliage du cuivre et du zinc (6); — Différents moyens d'enflammer non-seulement les huiles essentielles ^ mais même les baumes naturels, par les esprits acides (7); — Observations sur le mélange de quelques huiles essentielles avec F esprit-de-vin (8) ; — Examen (des différents vitriols , avec quelques essais sur la formation artificielle du vitriol blanc et de l*alun (9) ; — Examen du vinaigre concentré par la gelée (10) ; — Examen chimique des viandes qu'on emploie ordinairemetit dans les bouillons , par lequel on peut connaître la quantité d'extrait qu'elles fournissent , et déterminer ce que chaque bouillon doit contenir de suc nourrissant (11) ; — Examen chimique des chairs des animaux ou quelques-unes de leurs parties, auquel on a joint l'analyse du pain (12) ; — Sur Véméticité de V antimoine, sur le tartre émé tique et le kermès minéral (13); — De Vétain (14) ; — Manière de préparer les extraits de certaines plantes (15) ; — Moyen de volatiliser l'huile de vitriol, de la faire paraître sous la forme d'une huile essentielle (16) ; — Différents moyens de rendre le bleu de Prussç plus solide à l'air et plus facile à préparer (17); — Observations

(1) Mém. de VAcad.^ année 1713, p. 53. U)Ibid., ann. 1718, p. 37.

(3) Ibid., ann. 1720, p. 189.

(4)Ibid., ann. 1722, p. 155.

(5)lbid., ann. 1723, p. 210.

(6) Ibid., ann. 1725, p. 57.

(7) Ibid., ann. 1726, p. 95.

(8) Ibid., ann. 1727, p. 114.

(9)lbid.,ann. 1727, p. 114. '

; (10) Ibid., ann. 1729, p. 68.

i (11) Ibid., ann. 1730, p. 217.

(12) Ibid, ann. 1732, p. 17.

(13) Ibid., ann. 1734, p. 417 ; — 2*" mémoire sur les préparations anllmoniales , •Mï. 1735, p. 64.— 3« mémoire, ibid., p. 311 ; — 4** mém., ann. 1736, p. 414.

(14) Ibid., 1738, p. 103.

(I5)lbid., 1738, p. 193.

(l«)Ibid., 1742, p. 63.

(17) Ibid.,' 1743, p. 33.

sur la terre d'alun (1); — Examen d'une préparation de verre d'antimoine, spécifique pour la dyssenterie (2); — Essai sur la formation artificielle du silex, et observations sur quelques propriétés de (a chaux vive (3) ; — Observations sur les préparations du fondant de Rotrou et de l'antimoine diaphorétique (4).

lioais liemeiry.

Louis Lemery, néàParis, le 25 février 1677, mort le 9 juin 1713, était le fils et digne élève de Nicolas Lemery, dont nous avons parlé plus haut. Reçu docteur en médecine à vingt et un ans, il devint membre de l'Académie des sciences à Tâge de vingttrois ans. En 1702 il fit paraître son premier ouvrage, le TraM des aliments y qui fut sévèrement jugé par Andry. Il publia, dans la suite, un grand nombre de mémoires de chimie, de médecine, d'anatomie et de zoologie, qui , pour la plupart , ne sont pas dénués d'intérêt. En 1708, Fagon, premier médecin de Louis XIV, chargea Lemery de faire le cours de chimie au Jardin du Roi, à la place de Berger, qui était alors gravement malade. Après la mort de Berger, cette chaire fut confiée à Geoffroy, et c'est à lui que Lemery succéda en 1731. Il n'occupa cette chaire que douxe ans.

Dans ses travaux chimiques, Lemery débuta par combattre les idées de Geoffroy sur la génération du fer. (Voy. les Mémoi' res de VAcad., années 1706, 1707, 1708. )

Il découvrit, en 1726, par un simple hasard, que le plomb, « lorsqu'il a une certaine forme , fort approchante d'un segment sphérique ou d'un champignon, » devient presque aussi sonore que le métal des cloches. Quelque temps après, Réaumur observa que, pour que cette expérience réussisse, il faut que le plomb ait acquis par la fusion la forme indiquée , et que, si on lui donne cette forme à froid , il reste aussi sourd qu'il l'est ordinairement. Voilà un fait bien précieux pour la théorie, encore si peu avancée, de la constitution moléculaire des corps.

(1) Mém. deVAcad,, année 1744, p. 69.

(2) Ibid., 1745, p. 162.

(3) Ibid., 1746, p. 284.

(4) Ibid., 1751, p. 304.

TBOISIÈME &0QV3. 375

Les mémoires de chimie communiqués par Lemery fils & cadémie ont pour titres : Une végétation chimique du fer [cris- Usation d*un sel de fer) (1); — Examen de la manière dont fer agit sur notre corps (2); — Vaction des sels sur différentes \tières inflammables (3) ; — Sur le nitre (4) ; — De la volatiliion vraie ou apparente des sels fixes (5) ; — Réflexions sur le ^aut et le peu d'utilité des analyses ordinaires des plantes et des vmaux (6) ; — Observation historique sur le kermès minéral (7) ; Sur la précipitation de quelques sels dissous dans de Veau (8); Expériences et réflexions sur le borax, d'oii Von pourra tirer jlques lumières sur la nature et les propriétés de ce sel, et sut manière dont il agit, non-seulement sur nos liqueurs, mais ene sur les métaux dans la fusion desquels on V emploie (9) ; — r le sublimé corrosif (iO); — ISouvel éclaircissement sur Valun, les vitriols, et particulièrement sur la composition naturelle et qu'à présent ignorée du vitriol blanc ordinaire (11).

Hellot.

Hellot, né à Paris, le 20 novembre 1685, mort en 1761 , fut sliné d'abord à la carrière ecclésiastique ; mais son goût pour chimie lui fit abandonner Tétude de la théologie. Pendant voyage en Angleterre, il s'était lié d'amitié avec les savants plus distingués de ce pays. Aussi son entrée à l'Académie des ences de Paris, en 1733, fut-elle bientôt suivie de son élection

[\)Mém, de VAcad., ann, 1707, p. 299.

2Jfl)id.,ann. 1713, p. 30.

(3)n)id.,p. 99.

(4) Ibid., ann. 1717, p. 31 ; 2« mém., p. 122.

(5)n)id., ann. 171,7, p. 246.

(6) Ibid., ann. 1719, p. 173; 2» mém., ann. 1720, p. 98; 3« :mém., p. 166; mém., ann. 1721, p. 22.

(7) Ibid., année 1750, p. 417. Lemery rappelle que le kermès minéral, ovLpovr c des Chartreux, avait été déjà décrit par son père dans le Traité sur Vannoine, et que d'autres ont eu tort d'en revendiquer la découverte.

(8) ma., ann. 1727, p. 40. ,

(9) Ibid., ann. 1728, p. 273; 2« mém. sur le borax, ann. 1729, p. 282.

(10) Ibid., ann. 1734, p. 259,

(11) Ibid., ann. 1735, p. 262 ; 2« mémoire, ibid., p. 385 ; supplément auxmé- ^Ires précédents; ibid., ann. 1736, p. 263.

ûomme membre de la Société royale de Londres. Chargé parle ministère de l'inspection générale des teintures , il publia à ce sujet des travaux importants. Il avait épousé , à Tàge de soixantecinq ans y une femme qui partageait ses goûts pour la science.

Les travaux de Hellot se trouvent consignés dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Paris. Son premier mémoire, para en 1735, traite de l'analyse du zinc, métal que Ton regardaitnon pascommeun corps simple,mais comme un TTiiâ^^e, pour employer le langage alors usité (1). L'année suivante il publia , sous le titre de Conjectures , une notice où il prétendait que la coloration rouge des vapeurs nitreuses tient à la présence du fer, et que ces vapeurs renferment un sel volatil urineux (ammoniaque) (2). Il inventa aussi une encre sympathique (solution d'uQ sel de cobalt exposée à la chaleur) , et indiqua tous les moyens de préparation des encres^ qu'il divise en quatre moments: (( Faire passer une nouvelle liqueur ou la vapeur d'une nouvelle vapeur invisible ; — exposer la première écriture à Pair, pour que les caractères se teignent; — passer' légèrement sur l'écriture une matière colorée, réduite en poudre subtile; exposer l'écriture (invisible) au feu (3). »

A propos de la liqueur éthérée de Frobenius , Hellot nous apprend qu'en faisant digérer à froid de l'esprit acide vineux non rectifié (mélange d'alcool et d'acide sulfurique) dans l'huile jaune de vin pesante, provenant de la préparation de l'éther, on obtient des cristaux d'une matière blanche, ayant l'odeur, la saveur et l'inflammabilité du camphre (4).

Dans sa Théorie chimique de la teinture des étoffes, l'auteur partit d'une hypothèse qu'il essaya de confirmer par des expériences. Voici l'énoncé de cette hypothèe : « Dilater les pores du corps]à teindre, y déposer les particules d'une matière étrangère, et les y retenir, ce sera le bon teint. Déposer ces matières étrangères sur la seule surface des corps, ou dans des pores dont la capacité ne soit pas suffisante pour les recevoir, ce sera le petit ou faux teint, parce que lé moindre choc détachera les atomes colorants. Enfin, il faut que ces corps

(1) Mém, deVAcad.y ann. 1735, p. 62 ; 2* mém. sur le zinc, ibid., p. 221.

(2) ftid., ann. 1736, p. 36.

(3) nrid., ann. 1737, p. 101 ; 2* méra., p. 228.

(4) Ibid., ann. 1739, p. 62.

luits d'une espèce de mastic que ni Teau de pluie ni les

î soleil ne puissent altérer (1). »

donna le premier une histoire complète de tous les

jusqu'alors employés pour préparer le phosphore (2).

loire, Sur l'exploitation des minesy mérite également

5 avec éloge (3).

n a de Hellot plusieurs travaux étrangers à la chimie.

Boaldae.

ly né à Paris, le 20 février 1675, mort le 17 février m mérité de la pharmacie plutôt que de la chimie prolite. Son père avait été, comme lui, démonstrateur de Jardin du Roi, et membre de TAcadémie des sciences. 3ublia, en 1719, des études sur les purgatifs , sur le érium ^ etc. Il simplifia la préparation du sublimé J, et donna quelques notions intéressantes sur l'analyse ux (5), sur le sel polychreste de Seignette (6), sur le sel ? (7) et le sel d'Epsom (8). Mais ce qui lui valut le plus de ;, ce sont ses recherches sur les eaux minérales : sur Passy (en 1726), les eaux de Bourbon-rArchambault et celles de Forges (en 1735).

îtions de premier apothicaire du roi et de la reine To-

à suivre la cour ; elles ne lui permettaient donc pas

régulièrement aux séances de l'Académie, et de

le part active aux travaux de cette savante compa-

mourut à l'âge de soixante-sept ans, à Versailles, résidait alors.

ie VAcad.y'Nm. 1740, p. 126; 2" mémoire, ibid., 1741, p. 38.

m. 1737, p. a42, Sur le phosphore de Kunckel ei l'analyse de

378 UISTOIBE DE LA GHIUE.

Rouelle aine.

Guillaume-François Rouelle, le maître de Lavoisier, naquit, eil 1703, au village de Mathieu, en Normandie (1). Après avoir fiiif ses premières études au collège de Caen, il vint à Paris, et s'y livra assidûment à ses goûts pour la chimie et la pharmacie. En 1744 , il fut admis à TAcadémie des sciences comme chimiste adjoint, et dans la même année il lui communiqua un mémoire Sur les sels neutres ^ son premier écrit scientifique. « J'app^ dit-il dès le début, sel neutre y moyen ou salé^ tout sel formé par l'union de quelque acide que ce soit, minéral ou végétal, avec un alcali fixe ou volatil , une terre absorbante , une substance métallique ou une huile. »

On doit à Rouelle la première classification méthodique des sels alors connus, qu'il divise en six sections principales; chaque section est, à son tour, subdivisée en genres et en espèces : l'a* cide donnait le genre, et la base l'espèce. Ainsi, la première section renfermait tous les sels cristallisés en lames; le premier \ genre de celte section se composait des sels d'acide vitrioliqne (sulfates) , et les espèces comprenaient tous les vitriols à base d'alcali fixe ou volatil, de terres ou de substances métalliques.

Nous avons déjà dit (1) que les leçons de chimie du Jardin du Roi étaient faites concurremment par un professeur théoricien et un démonstrateur pratique. Bourdelin, alors professeur en titre, était écouté assez froidement dans ses digressions abstraites; mais lorsque paraissait Rouelle, le démonstrateur, l'intérêt et l'attention s'éveillaient tout aussitôt. Le professeur terminait invariablement sa leçon par ces mots : « Tels sont, Messieurs, les principes et la théorie de cette opération, ainsi que M. le démonstrateur va vous le prouver par ses expériences. »

Mais le démonstrateur, qui prenait aussitôt la parole , s'attachait le plus souvent à prouver tout le contraire, et à donner,

(1) Voyez, pour plus de détaUs, la biographie de F. -G. Rouelle, par P. -A. W^ dans le Journal de pharmacie et de chimie, sept. 1842.

(2) Voy. p. 277 de ce volume.

)ar les faits, un éclatant démenti à la théorie du professeur (1).

En 1750, Rouelle devint membre de TAcadémie royale de

tockholm et de celle d'Erfurt. Deux aimées après, il fut

(1} C'est à ces leçons du Jardin du Roi que se rattachent la plupart des anecdotes lisantes que 1 on raconte de Rouelle. Le professeur arrivait dans Tamphitliéâtre i grande tenue : habit de velours, perruque poudrée, et petit chapeau sous le bras, (ses calme au début de sa leçon, il s^échauffait par degrés; si sa pensée venait s'embarrasser, il s'impatientait, il posait son chapeau sur une cornue, il ôtait perruque, il dénouait sa cravate; puis, tout en continuant déparier, il débou-' Bpaît son habit et sa veste, et les quittait Pun après Tautre. — Grimm, à qui «s devons ces particularités sur la vie de Rouelle, raconte qu'un jour, se trouuBt dans un cercle où il y avait plusieurs dames, et parlant avec sa vivacité ornaire, Rouelle défait sa jarretière, tire son bas sur son soulier, se gratte la jambe ^ les deux mains, remet ensuite son bas et sa jarretière, et continue saconveritîoD, sans avoir le moindre soupçon de ce qu'il venait de faire. — Rouelle^ lit ordinairement assisté dans ses expériences par son neveu; mais, cet aide ne i tronvant pas toujours auprès de lui , Rouelle l'appelait en criant à tue-téte : Neveu, étemel neveu ! » et Téternel neveu ne venant pas, il s'en allait lui-même ans les arrière-pièces de son laboratoire chercher les objets dont il avait be- Ha, Pendant cette opération, il continuait la leçon comme s'il était en présence e ses auditeurs. A son retour, il avait ordinairement achevé la démonstration Hnmencée, et rentrait en disant : « Oui, messieurs, voilà ce que j'avais à vous ire.» Alors on le priait de recommencer, ce qu'il faisait volontiers, croyant salement avoir été mal compris. — Dans sa pétulance et sa distraction ordiaiies, il exprimait souvent des vues neuves, hardies, profondes ; il décrivait es procédés dont il eût bien voulu dérober le secret à ses Ituditeurs, mais qui li échappaient, à son insu, dans la chaleur du discours; puis il ajoutait : Ceci ftnnde mes arcanes que je ne dis à personne, et c'était précisément ce qu'il enait de révéler à tout le monde. — Ses récriminations et ses plaintes faisaient D quelque sorte partie de son cours ; en sorte qu'à telle leçon on était sûr d'en- 3Klre une sortie contre Macquer ou Malouin, contre Pott ou Lehmann; à telle Dtre, une diatribe contre Buffon ou Bordeu. Dans son emportement, il ne se usait faute d'aucune injure ; mais la plus commune, l'épithète qu'il prononçait iplns souvent et qui servait le mieux sa colère, était celle de plagiaire. Pour entrer toute son horreur pour l'attentat de Damiens, il ne manquait pas de ire que c'était un plagiat. « Oui, messieurs, s'écrialUil tous les ans, à certain Ddroit de son cours, en parlant de Bordeu, c'est un de nos gens, un frater, un ^aire, qui a tué mon frère que voilà. » — Hors de son laboratoire et dès qu'il ^^t de vue ses appareils, il semblait ne plus rien comprendre au monde et à 'Société. Un jour, chez Buffon, on parlait des mouvements) instinctifs dont on est pas le maître. « Par exemple, disait le card'mal de Bernis, il m'est imposée d'entrer dans une église sans courber la tête. » — « U y a, en effet, reprit ^elle, certains mouvements naturels et machinaux dont il n'est pas facile de ^ndre compte. Pourquoi, par exemple, les ânes et les canards baissent-ils ^JOurs la tête quand ils passent sous des arcades ou des portes cochères? » Et ^^e on le regardait en souriant : » Oui, messieurs, ajouta-t-il, j'ai fait cette ^lience, moi; j'ai fait passer des ânes et des canards sous la porte Saint-An-

380 HISTOIRE DE Ik CHIMIE.

nommé associé fie l'Académie des sciences de Paris. Il refusa la charge de premier apothicaire du roi, et accel[)ta la place d'inspecteur de la phariAacie de THôtel-Dieu. En 1754, le ministre des finances lui confia un, travail sur l'essai des monnaies d'or. Rouelle y apporta tant de zèle et de talent,' qu'on lui ppomit en récompense la place d'essayeur en chef des monnaies; mais cette place ne fut donnée qu'après sa mort à J. d'Arcet, son gendre. Sentant ses forces s'affaiblir, il renonça, dès l'année 4768, à faire ses cours, et se démit, en faveur de son frère, de la chaire de chimie du Jardin du Roi (1). Depuis ce moment, il traîna une vie languissante; il perdit l'usage de ses jambes, et vécut retiré à Passy, où il mourut le 3 août 1770, à l'âge de 67 ans.

toine, et même sous la porte Saint-Denis, qui est bien autrement liaute. Eh bien! messieurs, tous me croirez si vous voulez, mais je vous donne ma parole d'honneur que je uVn sais [tas plus que vous à ce sujet. » — Les grands éTéoemeats politiques et militaires le préoccui)aient au point de balancer dans son esprit Fintcrét qu'il prenait aux progrès de la science, et il trouvait parfois ToccasIoD d*en entretenir ses auditeurs au milieu même de ses leçons. GVst ainsi que, pendant la guerre qui venait d'éclater contre les Anglais en 1756, il voulait aller commander les bateaux plats, et assurait quUl i)ossédait un arcane à Taide duquel il se flattait de brûler Londres, et d'incendier sous l'eau toute la flotte anglaise. — Grimm raconte que le lendemain du jour où parvint la nouvelle de la défaite de Rosbacb, il le rencontra tout éclo[)é et marchant avec peine. « Eh! mon Dieu ! M. Rouelle, lui dit-il, que vous est-il donc arrivé » ? — «Je suismoulo, répondit le chimiste; toute la cavalerie prussienne in'a marché cette nuit sur le corps. ï' Le môme jour, il se trouvait au Jardin du Roi ; et. la conversation atVant roulé sur le môme sujet, il ne manqua pas de traiter le prince de Soubise (commandant de l'année française à Rosbach, et qui reçut quoique temps après le bâton de maréchal) d'ignare, d'esprit obtus, de criminel, et enfin de plagiaire. « Mais, lui dit Buffon, ce n'est point un plagiat que de s'être laissé battre par les Prussiens, c'est au contraire une invention toute nouvelle de M. de Soubise. — Ne le défendez pas, s'écriait Rouelle, c'est un animal infime, un mulet coruu, un double cochon borgne ! Je suis sûr qu'il a quehpie chose de vicié dans sa conformation. »

(1) Beaucoup d'auteurs ont confondu le frère cadet avec Rouelle aîné. —IloveUe jeune, moins célèbre que son frère, a publié des observations sur les alliages de l'étain, considérés sous le point de vue hygiénique {Rechtrches chimiques sur réfain, publiées par ordre du gouvernement ; Paris, 1781, in-8°); — sur les eaux minérales de Leuk {Journal de médecine, etc., t. XLV, 1776, juin) ;— fflhleau de l'analyse chimique des procédés du cours de chimie^eic; Paris, l""^» in-12. — Observations sur l'air fixe dans certaines eaux minérales (dans les Opuscules physiques et chimiques de Lavoisicr y \t. 157).

TraTaax de Rouelle*

Rouelle a puissamment contribué aux progrès de la chitnie^ moins par ses écrits, qui sont peu nombreux, que par ses cours publics, qui étaient suivis avec un empressement et une curiosité extraordinaires. Les paroles du maître étaient recueillies comme des oracles par ses élèves; et il n'est pas rare de rencontrer encore aujourd'hui de ces cahiers manuscrits, rédigés, il y a cent ans^ avec un soin in&ni (1). C'est là un spectacle presque unique dans les annales de la science. Rouelle est, sans contredit, un de ceux qui ont le mieux réussi à populariser la chimie en France, et il faut revendiquer pour lui une part glorieuse dans cette grande révolution scientifique dont Lavoisier est le chef.

Les travaux imprimés de Rouelle consistent eu quelques dissertations insérées dans le recueil des Mémoires de V Académie des sciences, dans le Journal de physique de Rozier, et dans le Journal de médecine de Roux.

Sonpremier mémoire, 5î/r/65se/;sn^<res,estdel'annéel744(2). L'année suivante , il communiqua à l'Académie un nouveau mémoire ayant pour but d'appliquer à l'étude spéciale A\xsel marin les principes établis dans le mémoire précédent (3). Parmi les travaux de Rouelle qui fixèrent le plus l'attention du inonde savant^ il faut citer celui qui traite de Y inflammation des huiles essentielles, au moyen de l'esprit de nitre (4). Au sujet de ces expériences curieuses qu'il se plaisait à répéter souvent dans ses cours , il enseignait ua procédé aussi simple qu'ingénieux pour concentrer l'acide nitrique. Ce procédé, dont la priorité d'invention revient de

(1) Nous avons possédé nous-mêmes deux de ces cahiers, écrits par des mains difTérentes; l'un avait pour titre : Cours de chimie de M, Rouelle,2 vol.in-S"; l'antre : Cours de chimie rédige d'après les leçons de M. Rouelle Vaine ^ par ^W**y in-fol. L'écriture du premier manuscrit parait être un peu plus ancienne que celle du dernier. La Bibliothèque impériale possède également plusieurs de ces cahiers manuscrits des cours de Rouelle ; on en trouve aussi à Paris dans quelques bibliothèques privées. M. Cap a réuni des documents précieux sur Rouelle.

11 est à regretter que les cours de Rouelle n'aient pas été imprimés.

(2) Mëm, de VAcad. des sciences, ann. 1744, p. 97.

(3) Mëm. de VAcad.f ann. 1745, p. 773. (4)Ibid.,ann. 1747, p. î%4; llist., p. 85.

droit à Rouelle, consistait à distiller l'acide nitrique, ou, comme il l'appelle, l'esprit de nitre ou acide nitreux, avec de Pacide vitriolique. Ajoutons que Fauteur comprenait parfaitement la théorie de son procédé : « L'acide vitriolique ne sert, dit-ii^ qu'à concentrer davantage l'acide nitreux (nitrique), et à le dépouiller de la plus grande partie de son phlegme (eau), cet acide ayant plus de rapport avec l'eau que l'acide nitreux; toutes les fois qu'on mêle un acide vitriolique bien concentré à un acide nitreux phlegmatique (aqueux), le premier se charge du phlegme (eau) du second, et l'en dépouille. Cela nous offre donc un moyen de porter l'acide nitreux à un état de concentration beaucoup plus considérable que celui auquel on peut espérer de parvenir par la distillation (1). »

En 1750, Rouelle publia un mémoire étendu Sur les embaumemenis; il y commente avec beaucoup de sagacité la méthode d'embaumement des Égyptiens, décrite par Hérodote (2).

En 1754, il communiqua à l'Académie des sciences un nouveau mémoire Sur les sels neutres (3). C'est dans ce mémoire qu'il distingue le premier les sels en sels acides, en sels moyens {ueur très) et en sels avec excès de base; il établit que, dans les premiers, l'excès d'acide se trouve, non pas simplement ajouté, mais combiné, et que la combinaison de l'acide avec la base a des limites. De cette dernière observation à la loi des 'proportions fixes il n'y avait qu'un pas.

Le Journal de médecine de Roux contient des expériences de Rouelle (publiées en grande partie par son frère) sur le tartre traité par la chaux et les oxydes métalliques {A] ; sur le lait, le sucre de lait et d'autres produits organiques, etc. (5); sur le sang, sur l'eau des hydropiques (6); sur l'urine de l'homme , des vaches et des chevaux (7); sur le diamant (8); sur l'or calciné au

(1) Cours de chimie de Rouelle Vaine, rédigé par MM.*** (manuscrit in-fol.)» p. 395.

(2) Mém. de VAcad. des sciences, ann. 1750, p. 123.

(3) Ibid., ann. 1754, p. 572.

(4) Roux, Journal de médecine^ de chirurgie et de pharmacie, t. XXXIX, et c, p. 369.

(5) Ibid., p. 250; t. XL, p. 59.

(6) Ibid., t. XL, p. 68.

(7) Ibid., p. 451.

(8) Ibid., t. XXXIX, p. 50. .

moyen des étincelles électriques (i). L'habile opérateur démontfa, contrairement à la théorie d'un grand nombre de chimistes, que le sel lîxiviel (potasse) existe déjà dans les plantes avant leur incinération (2).

•Plût à Dieu que tous les savants eussent rempli leur carrière aussi consciencieusement que Rouelle ! Probe, honnête, généreux, inaccessible à la corruption, il avait le vrai culte de la soience.

Théodore Baron.

Théodore Baron, né à Paris, le 17 février 1715, se prépara, par les mathématiques, à l'étude de la médecine et de la chimie. Il eut pour maîtres dans cette dernière science Rouelle et Bourdelin. Deux ans après avoir été reçu docteur en médecine , en 1744, il lut à l'Académie des sciences un mémoire (son premier travail scientifique) , traitant De r action du sel de tartre sur les sels neutres (3). En 1752, il obtint auprès de l'Académie la place d'adjoint-chimiste, devenue vacante par la nomination de Rouelle àcelle d'associé. Il mourut le 10 mars 1768, à l'âge de cinquantetrois ans, par suite de l'étranglement d'une hernie ombilicale. Il avait toujours mené une vie fort retirée , au sein d'un petit nombre d'amis.

Le principal titre scientifique de ce chimiste est d'avoir éclairci l'histoire, demeurée jusqu'alors si obscure, du borax. Les dTeux mémoires publiés sur ce sujet se trouvent insérésdans les Mémoires de l'Académie des sciences de Paris (4). Voici les conclusions de ce travail , qui parut sous le titre d^Expéfiences pour servir à l'analyse du borax : « Le sel sédatif (acide borique) est toujours le même, par quelque acide qu'il ait été

(t) Roux, Journal de médecine, elc. t. XL, p. 163,- 1. XLVIII, p. 299.

(2)Rozier, Observations et mémoires sur lap1iysique,eic.,i. I, p. 13.

(3)Mém. de mathématiques et de physique, présentés à l'Académie royale de sciences par divers savants, etc., 1. 1, p. 100 : Sur une propriété singulière ?tt'a le sel de tartre de précipiter tous les sels neutres sur lesquels Un* a point ^action. L'auteur cherche à établir que la véritable cause 4e la formation de Pï'écipités dépend de Taffinité qui existe entre le précipitant et le dissolvant.

(4) Le 1*' mémoire fut présenté à TAcadémie le 25 et le 28 janvier 1747 ; et le ^iiaém., le 3 juillet 1748.

retiré du borax; on peut régénérer le borax en unissant lesei sédatif avec le sel de soude ; on peut faire artificiellement deux espèces de borax, différentes par leurs bases , de celui qui est connu jusqu'ici , savoir : Tune en combinant le sel sédatif avec l'alcali du tartre (potasse], et l'autre en le combinant avec Palcali du sel ammoniac; le sel sédatif existe tout fait dans le borax ; la dénomination , imposée par Homberg , de sel vokUU narcotique du vitriol^ est impropre en tous points, puisque ce sel est très-fixe par lui-même, et n'est sublimable que pardon eau de cristallisajtion; il ne participe en rien, lorsqu'il est bien préparé, de l'acide vitriolique qu'on a employé pour le dégager du borax, puisqu'il est possible de le dégager par tout autre acide même végétal, sans qu'il participe davantage de la nature de ces acides; enfin, il n'est point narcotique. »

Ces conclusions , bien nettes, laissaient peu à désirer. 11 ne manquait plus que la découverte de la composition de l'acide borique pour compléter l'histoire du borax ; car la nature et les propriétés de cet acide, employé en médecine sous le nom de sel sédatifs étaient déjà connues.

Enfin Baron présenta à l'Académie, en 1742 , un mémoire Sur un sel apporté de la Perse sous le nom de borech. Il reconnut que ce sel n'était autre chose que du borax sophistiqué (1).

François Hœfer.

Nous n'avons^aucun renseignement sur les principaux actes de la vie de ce chimiste qui fit le premier bien connaître Tacide borique. L'histoire du borax resta, pendant toute cette période, à peu près telle que Baron l'avait dounée. Ce ne fut qu'en 1777 que François Hoefer, directeur de la pharmacie du grand-duc de Toscane à Florence, découvrit l'acide borique dans les eaux de Monterotondo, dit Cerchiajo , près de Sienne. En soumettant ces eaux, d'un aspect laiteux, à l'analyse, ce chimiste remarqua que le résidu de l'évaporation , redissous par l'alcool , brûlait avec une flamme verte. Croyant d'abord

(1) Les résultats de cette analyse se trouvent consignés dans d ux mémoires , don l le premier fut présenté à TAcadémie le 3 juillet 1 748 , et le second le 1 7 j uin 1 752 .

\ue cette couleur provenait d'un sel de cuivre, il répéta Texpérience et obtint le même résultat; de plus, en combinant ce réddu avec Talcali minéral, il forma du borax, ce qui lui donna l'idée d'élever une fabrique de borax dans le voisinage de ces eaux {i). '

Maeqner.

Kerre-Josepb Macquer, né à Paris, le 9 octobre 1718, avait, depuis Page de vingt-sept ans, consacré ses veilles à Tavancement de la chimie. Ses premiers travaux eurent pour objet la solubilité des huiles dans Tesprit-de-vin , et les composés arsenicaux, particulièrement la combinaison de Tarsenic blanc avec les alcalis (2). Il fit des recherches intéressantes sur la composition dableu de Prusse. Cette matière n'est, suivant lui, qu'une combinaison de fer avec une substance particulière que les alcalis enlèvent aux produits charbonneux ; il en donne comme preuve que l'alcali digéré sur le bleu de Prusse se charge de cette substance, et ne laisse plus qu'une chaux de fer, tandis que ce même alcali ainsi saturé, et versé dans une dissolution de fer, reproduit le bleu de Prusse (3).

Il vivait alors en Bretagne un gentilhomme qui, depuis quarante ans, s'était dévoué au service de l'humanité souffrante. Le comte de la Garaye, c'est le nom du gentilhomme, avait construit un hôpital à côté d'un laboratoire de chimie ; il soignait lui-même les malades, auxquels il administrait ses remèdes préparés dans son laboratoire, remèdes de son invention. Ce sont ces remèdes queMaequer fut chargé par le gouvernement d'examiner. Ge chimiste trouva que la panacée de la Garaye n'était autre chose qu'une dissolution de sublimé corrosif dans de l'esprit-de-vin (4).

Uacquer s'était constamment refusé aux idées nouvelles qui devaient bientôt universellement prévaloir : il lui était, comme à

(1) Sopra il sale sedativo delta Toscana; Florence, 1778, ia-12. Trad. en allemand sous le titre de Nachricht von dem in Toscana entdeckten naiûrli' chen SedeUifsalzCf etc., par Hermann ; Vienne, 1781, in-12.

(2) Mém. de VAcad,, année 1735, p. 9; — 1746, p. 223; — 1748, p. 35. (3} Il»d., année 1753, p. 60.

(4)Ibid.,ann. 1756, p. 531.

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