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avait eu à résoudre avait relégué au second plan toutes les questions de proportions qui ne devaient réellement prendre leur essor que par l'œuvre de Dalton. Au moment ou Berthollet concevait sa Statique chimique parue en i8o3, les proportions n'existaient que par l'œuvre de Richter et de ses prédécesseurs, c'est-à-dire à l'état embryonnaire. Mais, fait plus curieux, plus tard, alors que les nombres proportionnels avaient pris racine profondément dans la science, Berthollet ne semble pas avoir modifié sa notion de la masse, afin de la mettre en harmonie avec l'œuvre génial de Dalton {^).
Pour Berthollet, le nombre proportionnel donnerait donc la mesure comparative de l'affinité ; s'il en est ainsi, il n'est pas étonnant que cette erreur en entraîne une autre.
« Il faut, nous dit-il, distinguer la puissance d'un acide qui se mesure par sa capacité de saturation, de son énergie qui dépend de sa concentration : un liquide homogène tel que l'eau a toujours la même force dissolvante, à égal degré de température; mais un acide peut être étendu par une quantité plus ou moins grande d'eau; et par là la quantité qui peut se trouver dans la sphère d'activité peut être tellement alïaiblie, qu'elle ne suffise point pour vaincre la force de cohésion que le même acide plus concentré pourrait surmonter, c'est ordinairement dans ce sens qu'on appelle un acide fort ou faible (^). »
Encore une fois, Berthollet n'a pas été suivi sur ce terrain, et nous pouvons nous rallier à cette proposition que, dans une solution, « l'acidité diminue à mesure que l'alcali augmente (^) ». Pour nous,'dans ces conditions, ce n'est pas l'acidité, mais seule la quantité d'acide qui diminue.
Et ainsi, on met le doigt sur la différence essentielle existant entre la conception de Berthollet et la nôtre. Pour nous, dans tous les cas que nous pourrions qualifier de normaux, l'action
(^) Berthollet publia dans les Mémoires de l'Institut trois suites de Recherches sur les lois de l'affinité. Les deux premières parues avant la Statique y furent résumées. La troisiènne fut lue le lo mars 1806 [Mém. de l'Inst., t. III).
[^) Statique chimique, t. I, p. "]?.
(^) Ibid., p. 69.
chimique se manifeste avant tout suivant les lois de poids; les questions d'équilibre ne viennent qu'en ordre subsidiaire. Berthollet, au contraire, a adopté une conception mécanique de l'affinité. En assimilant l'affinité à la gravitation, il en arrive tout naturellement à concevoir, comme il vient de nous le dire, la difïérence entre un acide fort et un acide faible. Et, devant les déductions pleines de louique de ce haut concept, les considérations de proportions chimiques s'effacent fatalement.
Mais cherchons à faire encore quelques pas.
« Plusieurs (^) chimistes, frappés de ces termes fixes auxquels sont limitées quelques oxydations, supposent qu'il y a toujours des degrés déterminés auxquels la combinaison de l'oxygène est assujettie; ils prêtent à la nature une balance, qui, soumise à ses décrets, détermine les proportions de combinaisons, sans donner aucune attention aux circonstances dans lesquelles on |)eut trouver les causes qui limitent l'action des substances qui tendent à se combiner, et dont il importe à la théorie d'évaluer l'influence.
)) Ln chimiste, dont les opinions sont d'un grand poids, Proust, a surtout cherché à établir cette doctrine, en l'appuyant de plusieurs faits nouveaux et intéressants : comme les explications que je présente sont fondées sur ime hypothèse différente, il me paraît convenable d'exposer son opinion en ses propres termes :
« Ces proportions toujours invariables, ces attributs cons- )' tants qui caractérisent les vrais composés de l'art, ou ceux » de la nature, en un mot, ce pondus naturse. si bien vu de » Staahl; tout cela, dis-je, n'est pas plus au pouvoir du chimiste » que la loi d'élection qui préside à toutes les combinaisons. »
» Proust applique donc aux oxydes un principe qu'il regarde comme général : il admet l'allinité des substances comme élective, et il regarde les propoitioiis qui forment (-liaque combinaison, comme fixées par une loi invariable. Je ne reviendrai pas sur les discussions dans lesquelles je suis entré relativement aux autres combinaisons; mais il faut constater que les
(') Stfiliqur rliiiiiiffiif. t. Il, p. 308. Paris, i8o3; s> volumos.
l.KS l.niS l)K l'.HI)^-
consé(|Ufm'es ([ue j'ai tirées de l'action chimique des autres substances peuvent recevoir des propriétés des oxydes vine nouvelle confirmation et acquérir par là plus de généralité.
) Je dois donc faire voir que les proportions de l'oxygène dans les oxides dépendent des mêmes conditions que celles qui entrent dans les autres combinaisons ; que ces proportions peuvent varier progressivement depuis le terme où la combinaison devient possible, jusqu'à celui où elle atteint le dernier degré, et que lorsque cet eil'et n'a pas lieu, ce n'est que parce que les conditions que j'ai indiquées deviennent un obstacle à cette action progressive. »
Il est curieux de voir comment Proust établit un lien entre une conception fausse, l'alïinité élective, et un fait, la constance de proportions. Entre une vérité et une erreur, le lien ne peut être qu" artificiel. Mais il est plus curieux encore de voir comment Berthollet renverse le raisonnement de Proust : la constance n'est pas admissible, puisque la notion d'ailinité élective doit être rejetée. Les deux adversaires avaient chacun autant raison que tort; leur exemple a montré une fois de plus qu'on ne résout pas avec des théories les problèmes de faits, quelque fécondes que puissent paraître les idées a priori, quelque séduisantes qu'elles soient.
D'ailleurs Berthollet ne nie pas, d'une manière absolue, la constance des proportions. Il se serait fait tort à lui-même. Nous avons vu, lorscjne nous avons analysé l'œuvre de Bergmann. que, déjà à cette époque, il eût été impossible de proférer une semljlable dénégation. Mais Berthollet considère la constance de composition comme un accident : si le sulfate de baryum contient toujours autant d'acide que de base, c'est que c'est sous cette forme qu'il est insoluble.
« La combinaison d'un acide avec une base accjuiert une force de cohésion plus ou moins grande. Cette force de cohésion qui survient dans une combinaison est ordinairement la plus grande au terme de la neutralisation; mais quelquefois elle se trouve à un autre degré de saturation {^).
(^) Staiiqus chimique, t. I, p. 72.
^4 > 1 (.ini'ITItK \ I.
)) L'acide sulfureux a des proportions fixes, et par conséquent une constitution déterminée; du moins, on peut regarder comme douteuses et peu considérables les différences qu'on y a observées; mais l'acide phosphoi^eux n'a qu'un terme de combinaison que l'on puisse regarder comme constant, celui où il se trouve immédiatement quand il est formé par l'intervention du gaz azote; comme sa constitution diffère peu de celle de l'acide phosphorique, et qu'il n'y a point d'intei'valle sensible qui les distingue, il me paraît probable que l'acide phosphoreux pei . parvenir, par une oxygénation graduée, à l'état d'acide phosphorique (^).
» La combinaison d'azote et- d'oxygène qui forme l'acide nitrique, étant due à deux substances ([ui ont à peu près la même pesanteur spécifique, et la même disposition à l'élasticité, et qui n'exercent pas une action réciproque très énergique, est sujette à recevoir des proportions différentes, d'où résultent plusieurs combinaisons distinctes, qui ont elles-mêmes la propriété de se dissoudre, ou de former d'autres combinaisons mixtes (-). «
Nous voyons apparaître là l'influence de ces considérations sur la « cohérence des parties » que nous avons signalées dans les trois principes, et qui portaient en elles toute la fécondité des idées de Berthollet.
Le passage suivant nous paraît résumer le mieux ses idées :
« Lorsqu'un (■') sel neutre est dissous et qu'on ajoute un acide à sa dissolution, ou lorsqu'on opère sa dissolution par le moyen d'un acide, celui-ci entre en concurrence avec l'acide combiné, l'un et l'autre agissent sur la base alcaline, chacun en raison de sa masse, comme si la combinaison n'eût pas existé. Ils parviennent au même degré de saturation; de sorte que la saturation comnmne est égale à celle qu'on aurait obtenue, si l'on eût employé une quantité d'un seul acide qui eût égalé par sa capacité de saturation les deux qui sont mis en action.
(') Statique chimique, t. II, p. 129
(2) Ihid., t. II, p. i35.
(3) Ihid., t. I, p. 75.