PÉRIODE DE DAVV, LES LOIS DOCTRINALES
lui-même, compensaient les ]>unitions qui m'étaient infligées pour ma paresse ».
Un peu plus tard, il fit des vers, et on le voyait déjà se créant un nom dans les lettres, lorscju'un sellier de la ville, Robert Dunkin, qui s'amusait à construire des machines et à confectionner des piles, s'attacha sa collaboration.
A la mort de son père, en 1794, il fut mis en apprentissage chez Borlase, chirurgien à Penzance. C'est là que le vit accidentellement Davies Gilbert, qui jouait un rôle important dans la science otiicielle anglaise. Il prit intérêt à ce jeune homme d'une intelligence si vive, et déjà passionné de recherche.
La veuve Davy tenait une pension de famille dans ce pays renommé pour la douceur de son climat. Gregory Watt, le fils de James Watt, et les Wedgwood, qui y étaient venus passer l'hiver, furent pour le jeune homme des connaissances précieuses.
Cependant Gilbert avait accompagné Beddoes et Hailstone dans un voyage géologique en Cornouailles. Ce furent de nouvelles relations pour Davy, qui bientôt (2 octobre 1798) fut désigné comme chef du laboratoire à la « Pneumatic Institution *' fondée à Bristol par Beddoes.
Dans cette institution, créée pour l'étude de l'action ^physiologique des gaz, il n'hésita pas à se prendre lui-même comme champ d'expériences. Cela ne fut pas sans altérer gravement sa santé, mais ses observations sur le « gaz hilarant » eurent un grand retentissement. Il y fit la connaissance de Coleridge, Southey, du comte de Durham, qui avaient été en traitement à l'institut.
En 1799, Rumford avait fondé la « Royal Institution » (^), laquelle, déviée de sa direction première, devenait un établissement de science pure. Davy y était appelé en 1801 comme professeur assistant de chimie, directeur du laboratoire et assistantéditeur du journal, aux appointements de 100 livres. Ses appointements étaient bientôt triplés, et on lui octroyait la faculté de poursuivre ses recherches scientifiques.
Un succès sans précédent attendait à Londres ce professeur
(') Dumas, Eloge académique, V avis, ïSSj, t. II, p. '.r^S.
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de 22 ans. « Il est diflicile de se représenter l'enthousiasme que provoquaient ses leçons. Les hommes les plus haut placés par la naissance et le talent, dans les sciences et dans la littérature, les théoriciens et les praticiens, les élégants et les bas-bleus, les jeunes et les vieux, tous s'écrasaient littéralement à ces confé" rences {^). »
Les découvertes scientifiques ne sont pas ce qui assure ces succès mondains. Ils arrivaient à Davy avant qu'il n'ait acquis les titres tjui devaient faire passer son nom à la postérité. Cependant le sujet favori de ses cours, le galvanisme, captivait alors l'opinion. Davy s'en était occupé tout jeune; sa situation professorale s'étant alïirmée, il devait y revenir avec passion, découvrir le potassium et le sodium, se voir désigné en 1807 par l'Institut de France premier lauréat d'un prix fondé par Napoléon pour «les meilleures expériences sur le galvanisme». De cette époque aussi, et non sans liaison avec les précédentes, datent les recherches de Davy sur la nature élémentaire du chlore.
Le II avril 181 2, Davy épousait une veuve de son âge. Mrs Apreece. Sa grande fortune, sa situation mondaine exceptionnelle, peut-être même un peu son caractère qui ne semble pas avoir toujours été exempt de hauteur, font dire à l'un de ses biographes que Davy, grisé pas ses succès et désirant les étendre, « ne regardait plus la distinction patricienne avec la même indifférence philosophique ».
La carrière scientifique active de Davy s'arrête à peu près là. Sa santé chancelante l'obligea à séjourner en Italie de 181 3 à iS>,(), puis il revient en Angleterre pour 7 ans. Cependant, esprit toujours en éveil, il continua à s'occuper de questions d'ordre plus général,' où il se manifesta plutôt comme écrivain et penseur. II, retrouva, non sans succès, ses premières inspirations de poète, et consacra un ouvrage à la pêche à la mouche, son sport fa\«»ri. W fui amené en lin à s'occupei' du hiindage des vaisseaux, consulté par l'Amiraulé anglaise sur cette question (jui se rattachait à ses travaux sur h' galvanisme. Mais les expériences malheureuses qu'il lil sur ic Icirain de l'application ne furent
(') D" Pauis, citA pr-.r a Diclioiiituitj 0/ uni. liio'^r., arl. Davy.
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pas sans compromettre sa santé déjà ébranlée. Il quitta l'Angleterre en 1827, et mourut à Genève le 28 mai 1829, mettant la dernière main à son Ouvrage « Consolations in Travel, or the last Days of a Philosopher ».
On trouverait peut-être difiieilement deux natures jilus opposées que Davy et Berzélius. De ces deux frères en la science (^), !'un est tout talent et originalité, le second est tout système. Davy fait de la science comme un grand artiste. Berzélius écrit son œuvre patiemment, page par page, tous les jours de sa longue carrière.
Nous savons peu de choses de sa vie privée : cesi qu'il y a peu à en dire. Il est né à Wiifversunda (-), village de la Suède; son père était instituteur : il deviendra professeur. Il fait des études médicales. En 1802, il devient adjoint de médecine, de botanique et de pharmacie; en 1807, professeur de inédecine et de pharmacie à Stockholm. En 181 5, il est nommé professeur dans un nouvel institut de médecine et de chirurgie en la môme ville. En 181 8, il occupe le poste de Secrétaire de l'Académie de Stockholm; à partir de i832, il conserve cette seide situation jusqu'à sa mort. A 07 ans, il se maria; c'est que peut-être, imbu des principes de Dalton, il n'en avait pas eu le temps avant.
Indécise d'abord, la carrière de Berzélius débute par un travail en collaboration avec Hisinger au sujet de l'action du courant galvanique sur les sels ; mais il s'occupe bientôt de chimie physiologique, et ce n'est qu'en 1807 qu'il commence ses recherches sur les proportions chimiques, engagé dans cette voie, comme il le dit lui-même (^), par la lecture des travaux de Richter. Berzélius consacra à ces recherches, qui constituent le meilleur de son œuvre, les plus belles années de sa carrière.
(^) <^ My dear Sir and vcry hououred Friend in science >k C'est par ces termes que c'.f-Ijute une lelîre de Davy à Berzélius fWchiLKU, Soii\enirs [Ber d. d. cheiiK Ges., 18-J, p. ^46)).
(^) \^"oiii.Er,, Souvenirs (Bsrichie d. d. cheni. Gcs.. 11^7^', [>• <^'|!3).
(^) .T.-.J. Be-.r7.t':i.H7 5, Estai ;,ur la Théorie de proporlion, diintique^, p. 16. Paris, 3Iac[uisnon, 18 19. L'exposé coitemi dans ce Volume se 1 veuve reproduit aaus les éditions du Traité du même auteur, à la iin de la partie minérale.
CiGS CIIAl'ITllF \!l.
Comme travaux fraginentaire;;, on pourrait citer ceux sur le sélénium, les ferrocyanures, les sulfoseîs, les composés fluorés, les acides tartriques, et beaucoup de Mémoires qui, chez un savant méthodique, occupent les moments où il ne lui est pas donné de produire des œuvres vraiment directrices.
Mais, dans la vie et l'œuvre de Berzélius, il y a une action cjui lui fait une place à part dans la galerie des grandes chimistes : c'est son influence professorale. Berzélius a été bien plus un grand professeur qu'un grand inventeur. Son influence s'est manifestée d'une manière aussi neuve que féconde par son enseignement pratique et ses écrits didactiques.
Son Traité de Chimie (^), l'un des plus importants de l'histoire de l'enseignement chimique, tant par son étendue que par le succès qu'il o])îint par ses traductions dans plusieurs langues, ses « Rapports annuels sur les progrès des sciences physic[ues et chimiques », publiés de 1821 à 1848 en suédois, en allemand, partie en français (^), en le forçant à un travail de bureau considérable, firent de Berzélius, aux yeux du plus grand nombre, le chimiste le plus influent d'Europe pendant la première moitié du XTx^ siècle.
(^) Xoiis constatons lo succès du livre de Berzélius sans chercher à le motiver. En réalité, au point de vue de la clarté et de la méthode, nous ne le voyons guère en progrès sur le Traité de Thénard (181 3). Par exemple, la dernière édition française de Berzélius (Paris, Didot, i845) ne met jamais une réaction en équation; c'est à peine si de loin en loin on dannc la formule de quelque rare combinaison privilégiée ; encore la manière de formuler difïère-1-elle sensiblement de la noire. Le Traité de Chimie appliquée aux Ar/s de J.-B. Dumas 1189.8), que nous préférons, souffre des mêmes imperfections. Il semble que lioils sommes redevables de notre méthode actuelle d'enseignement, principalement à des Traités français parus entre l85o et ll^tjo. L'intluence de Jl. Sainle-Claire Deville n'y est peut-èlre pas étrangère.
(") La Iradiictiou aileniande a été confiée pour les troispreniières années à (jmelin, dans la suite à \V(")hler. La li-aduction française a été faite à partir de 18/10 sur l'édition suédoise i)ar Plantamour. Plantamour est un savant genevois, élève de Ber/.élius. Le Co7igrès de Nomenclature chinn'ipie (pii s'est tcnii à (Ictiève, en iSq.), lui reiidil visil(> dans sa propriété, au bordduLac. 1! nous inonda uiir ]M'lilr cuillii' iii («!■ rn forme de cupide d'une capacité de o'"'V^ qui ser\;',il à licr/élius pour essayer les eaux de lavage des précipités.
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Mais cette influence même devait lui coûter bien des déboires. \ ers la fin de sa vie, s'aventurant sur le terrain de la chimie organique, il traita les jeunes et vaillantes recrues de la science avec un dédain que Dumas, Laurent et Gerhardt lui firent payer cruellement.
Son rôle dans l'enseignement praticjue semble au contraire n'avoir procuré au grand savant que des satisfactions. Woehler (^) nous a dépeint, tel qu'il était en 182.3, ce laboratoire modeste, qui pouvait abriter deux chimistes, le maître et son assistant, et dont tout le personnel était représenté par Anna, la cuisinière de Berzélius. H. et G. Rose, Mitscherlich, Woehler, Gmelin, Magnus, Mosander, se sont formés dans cette pépinière ; ils y ont puisé cette technique impeccable qui a fait de Berzélius un des meilleurs analystes du xix^ siècle. Plusieurs de ces élèves ont rendu au grand savant suédois des témoignages touchants de reconnaissance (^).
Gay-Lussac n'a pas eu sur la science l'influence de Berzélius. Peut-être est-ce simplement parce qu'il a été moins doctoral ; il n'a pas eu non plus, vis-à-vis des deux grandes découvertes de Davy, cette clairvoyance qui fait les génies, et qui manque d'ailleurs bien plus encore au savant suédois. Cependanl:, par son talent d'un équilibre parfait, par ses travaux qui ont exercé plus tard une grande influence sur la direction de la science, il a une place marc[uée entre ses deux contemporains.
Gay-Lussac (Joseph-Louis) est né en 1778, à Saint-Léonard (Limousin). Son père était magistrat, son grand-père exerçait la médecine. Presque adulte au moment de la Révolution, les orages qu'il vit se dérouler sous ses yeux ne furent pas sans tremper son caractère naturellement énergique et franc.
Elève distingué de l'Ecole Polytechnique (''), ilyde\'int, peu
(^) Bericlite der deiilsch chem. Ges., 1873.
(^) H. Rose, Sitzung der Berliner Akad., 3 juillet i85i .
(3) Sur l'initiative de Lo.mblardie et de Mongc, Fourcroy avait été chargé d'organiser l'Ecole centrale des Travaux publics, depuis Ecole Polytechnique, qui s'ouvrit le i" septembre I7y5.
270 ciiAi'iTiii-: vu.
après sa sortie, répétiteur de Fourcroy; en môme temps, Berthollet le choisissait comme préparateur. Cette dernière circonstance fut vraiment pour Gay-Lussac l'orij^ine de sa carrière et de ses succès scientiru[ues. D'autre part, Berthollet eut la satisfaction bien rare de former en lui un élève dont la brillante intelligence sut profiter de ses conseils sans rien perdre de sa forte personnalité.
De même que son aîné Dalton, Gay-Lussac débute par des études de Météorologie, mais il y apporte, avec une nature physique extraordinairement trempée, des aptitudes plus méthodiques. En i8o4, bien pré])aré par ses études et mvmi des instruments les plus parfaits pour les déterminations reijuises, il fait pour l'Institut de France deux ascensions aéronautiques, battant tous les records d'altitude.
Puis ce fut, peu après, sa rencontre avec de Ilumboldt dans les salons d'Arcueil. Un peu froide d'abord, à cause des critiques acerl)es par lesquelles le jeune aéronaute avait accueilli un travail d'eudiomélrie du savant étranger, cette entrevue scella une longue amitié. En i8o5-i8()6, les deux savants accomplissaient un voyage en Italie et en Allemagne; ils en firent la relation dans le premier volume des Mémoires de la Société d'Arcueil (1807). Le premier froissement des deux compagnons s'était déjà effacé ])ar un travail en commun sur l'analyse eudiométri((U(' (Institut, 21 janvier i8o5) (1806); ce fut l'origine de la découverte ])ar Gay-Lussac de la loi des combinaisons gazeuses (1808), suivie hieutùl de 'a loi non moins inqiorlante delà dilatatuni des gaz.
Parmi les travaux plus spécialemcul, fhimi(|ues, citons ceux sur h' potassium et le sodium (en collaboration avec Thénard), sur le bore (même coUalxual ion), sur l'iode, sur le cyanogène (181 5). Dans ce dernier se trouve éLai)lie l'existence du i)remier radical, et nous aurons à l'invocpier beaucoup plus tard. On (loil aussi à Ga\-Lussac la coiiuaissaucc des premiers laits de sulisl il iil ion (ad 1011 dis chloi'c sur !a cire) ('), ainsi que des Iravfiiix sur les fiihniiialcs en collaboration avec sou élève Liebig.
(') Soiivcni al lril)iR'S aussi à IhiI liollit.
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Eu 1809, il avait été nommé professeur de pliysique à la Faculté des Sciences et professeur de chimie à l'Ecole Polytechnique. Il devait occuper par la suite une série de postes importants, et devenir le principal chimiste officiel de son pays. BerthoUet lui léguait en mourant son épée de pair de France (1822); il était appelé à siéger à la pairie en 1889, et à la députation en i83i jusqu'en 1848.
Ses préoccupations, par ailleurs trop souvent lucratives, eurent cet excellent résultat pour la chimie analytique qu'elles lui firent créer la volumétrie. Travailleur aussi habile que précis, expérimentateur moins persévérant mais plus ingénieux ({ue l^erzélius, il a doté la science de méthodes d'une telle sûreté (pi'elles furent suivies par Stas 5o ans plus tard dans ses déterminations célèbres.