‹ Histoire de la circoncisionChapitre 3 sur 5 · J. JOLY · texte numérisé non relu

J. JOLY

Origines de la Circoncision. — Origine judaïque.

L’antiquité de la circoncision n’est mise en doute par personne; sa dissémination sur des contrées éloignées du globe est également un fait connu. Mais ce qui est plus contesté, c’est d’origine exacte de cette pratique, c’est sa marche à travers, le vieux monde; c’est enfin l’idée qui en a déterminé , un usage aussi étendu.

L’origine de la circoncision esi-elle unique? ou bien, poussée par les jmêmes motifs, des peuples divers n’ont ils pas adopté isolément une opération qu’ils avaient reconnue utile? Sur ce sujet on ne peut faire que des hypothèses.

Les avis des auteurs sont partagés. Trois peuples s’en seraient disputé l’invention.

Parmi les autorités et les auteurs qui en attribuent la pratique première aux Juifs, il faut citer, en première ligne, les textes bibliques. D’après le chapitre XVII delà Genèse, l’usage de la circoncision remonte à l’origine même du peuple de Dieu, puisque c’est au moment où Abraham est appelé à devenir le chef de ce peuple que Dieu lui ordonne de pratiquer cet usage comme signe de son alliance avec lui :

y 10. — Voici le pacte que je fais avec vous, afin que vous l’observiez et votre postérité après vous tous ;

Les mâles seront circoncis,

f 11. — Vous circoncirez votre chair, afin que cette circoncisiou soit la marque de l’alliance que je fais avec vous.

f 12. — L’enfant de huit jours sera circoncis parmi vous, et dans la suite de toutes les générations, tous les enfants mâles, tous les esclaves qui seront nés en votre maison, tous ceux que vous aurez achetés et qui ne seront pas de votre race seront circoncis.

f 13. — Ce pacte que je fais avec vous sera marqué dans votre chair comme le signe de l’alliance éternelle que je fais avec vous.

f 14. — Tout mâle dont la chair n’àura point été circoncie, sera exterminé, parce qu’il aura violé mon alliance (Genèse, chap. XVII).

3. — Abraham donna le nom d’Isaac à son fils qui lui était né de Sara.

4. — Et il le circoncit le huitième jour selon le commandement qu’il en avait reçu de Dieu (Genèse, chap. XXI).

A part l’autorité de la Bible, l’origine judaïque de la circoncision compte un grand nombre de partisans dont les écrits méritent la plus grande considération.

Je pourrais citer saint Augustin, saintGrégoire-le-Grand, saint Fulcrand.en un mot tous les écrivàins ecclésiastiques orthodoxes; mais je ne puis les énumérer tous.

Ainsi Eusèbe, célébré évêque de Césarée (ni 0 siècle) que ses savants ouvrages ont fait surnommer le père de l’his' toire ecclésiastique, pense que la circoncision fut enseignée

par Moïse. Pour ce qui est de l’origine de cette coutume, il n’hésite pas à l’attribuer à Abraham, et il s’applique à montrer les motifs de l’institution de cette pratique. Abraham, suivant la Genèse, vivait 1900 ans avant J.-C.

Origine Égyptienne de la Circoncision.

En faveur de l’origine Égyptienne de la circoncison nous avons des historiens célèbres antérieurs à l’ère chrétienne, d’illustres savants appartenantau xii e et m e siècles ; des philosophes des temps modernes et enfin des contemporains.

Si nous passons en revue, en adoptant l’ordre chronologique, les différents auteurs qui se sont occupés de cette question, nous rencontrons en première ligne Hérodote, historien qui vivait vers 484 avant J.-C.- Il dit dans son livre, au chapitre CIV, Euterpe, ce qui suit :

« Les Colchidiens, les Égyptiens et les Éthiopiens sont les seuls peuples qui se fassent circoncire de temps immémorial. Les Phéniciens et les Syriens de-la Palestine conviennent eux-mêmes qu’ils ont appris la circoncision des Égyptiens; mais les Syriens qui habitent les bords du Thermodon et du Parthénias, et les Macrons leurs voisins, avouent qu’ils la tiennent depuis peu des Colchidiens. Or, ce sont les seuls peuples qui pratiquent la circoncision, et encore paraît-il qu’en cela ils ne font qu’imiter les Égyptiens. »

Comme la circoncision paraît, chez les Egyptiens et les Ethiopiens, remonter à la plus haute antiquité, je ne saurais

dire laquelle de ces deux nations la tient de l’autre ; à l’égard des autres peuples, ils l’ont prise des Égyptiens par le commerce qu’ils ont eu avec eux.

Diodore de Sicile, à peu près? 100 ans avant J.-Ç., soutint la même opinion, et regarda la circoncision des Juifs comme un usage emprunté aux Égyptiens (1). Ideoque per antiquam traditionem in usu his gentibus esse ut pueros apud se natos ritu ab Egyptiis derwato circumci dunt.

L’origine égyptienne de la circoncision est encore défendue par Strabon, célèbre géographe grec qui vivait vers l’an 50 avant J.-C. Ce savant voyagea dans- toute l’Asie Mineure, en Grèce, en Italie et en Égypte. Ses écrits contiennent une foule de documents historiques très précieux.

. Josèphe, écrivain du i er siècle, a réuni une foule de documents sur l’histoire des Juifs : dans son livre sur les antiquités judaïques, il est à peine fait mention de la circoncision ; l'auteur en parle sans en chercher l’origine. C’est seulement dans ses deux livres contre Apion qu’il se range à l’opinion d’Hérodote, et dans le courant du II e livre Contra. Apionem, il accepte, sans arrière-pensée et sans critique aucune, comme étant parfaitement établie, l’origine égyptienne de la circoncision soutenue par son adversaire et contradicteur dans les III e et IV e livres de ses Res Egyptiacœ où il est dit : que si on lui demande (à Apion) qui sont ceux d’entre les Égyptiens qu’il croit être les plus sages et les plus religieux, il répondra: ce sont les prêtres, puisque c’est à eux que les premiers rois d’Égypte ordonnèrent de révé-

(1) Diodore, livre I er , chapitre XXVIII.

fer Iss dieux et de faire une profession particulière de sagesse. Or, tous ces prêtres se font circoncire, s'abstiennent de manger de la chair de porc, et nuis autres des Égyptiens ne sacrifient avec eux.

Tacite, 54 de J.-C., universellement regardé comme le plus grand des historiens, est partisan de l'origine égyptienne de la circoncision.

Celse, philosophe épicurien du u 6 siècle, s’en rapporte aux témoignages des prêtres égyptiens qui lui affirment que la circoncision est d’origine égyptienne.

L’empereur Julien, 332 après J.-C., était très versé dans la connaissance des cérémonies du culte isaaélite. Dans tous ses ouvrages, son jugement est défavorable à l’origine judaïque de la circoncision et est très partisan de l’origine égyptienne de cette pratique.

Enfin, Voltaire, qui méprisa et détesta la race juive, a combattu avec acharnement l’origine juive de la circoncision et s’est rangé du côté de l’origine égyptienne de cette pratique.

Voltaire cite le témoignage de Clément d’Alexandrie qui rapporte que Pythagore, voyageant chez les Égyptiens, fut obligé de se faire circoncire pour être admis à leurs mystères. Il fallait donc absolument être circoncis pour être admis au nombre des prêtres d’Égypte. Ces prêtres existaient lorsque Joseph arriva en Égypte] le gouvernement était déjà très ancien, et les cérémonies antiques de l’Égypte observées avec la. plus scrupuleuse exactitude. Voltaire cite aussi les témoignages d’Hérodote dans Euterpe, etc.

Origine Phénicienne de la Circoncision.

Sanchoniaton, auteur phénicien, est, sans contredit, après Moïse, l’écrivain'le plus ancien, 1364 avant J.-C. ; il vivait deux cents ans environ après Moïse.

L’ouvrage de Sanchoniaton avait pour titre Beox oyt«,

traduit par Philon de Byblos.

Dans sa grande théogonie phénicienne, le premier hiérophante des Phéniciens rejette et l’origine judaïque et l’origine égyptienne et dit que la circoncision a été pratiquée par Kronos, premier roi phénicien. L’ancienneté de l’auteur mérite qu’on prenne en sérieuse considération cette assertion. Sanchoniaton, dans sa théogonie, ajoute que Kronos, après le sacrifice de son fils, pratiqua sür lui-même la circoncision et força ses compagnons à l’imiter.

Suivant cette histoire ce roi phénicien aurait donc été le premier a en donner l’exemple.

Dans ce cas, la circoncision est plus ancienne qu’Abraham, et ni lui ni ses descendants n’ont pu la communiquer aux Égyptiens en aucun temps.

Enfin si l’on se pose cette question : Quelle aurait donc pu être l’origine de la circoncision chez les Égyptiens ? Si l’on remonte à la théogonie phénicienne, elle aura été la même;

Phéniciens et Égyptiens l’auraient reçue de Kronos, qui, toujours d’après Sanchoiiiaton, serait l’auteur commun des deux nations.

L’origine phénicienne de la pratique de la circoncision transmise aux Égyptiens, laisse subsister quelques difficultés, mais pour des coutumes aussi anciennes, qu’aucune ins • cription,qu’aucun monument ne permettent d’élucider d’une manière complète, cette solution a du moins l’avantage de ne pouvoir être combattue par aucun argument sérieux.

En tout cas, les écrits de Sanchoniaton prouvent que quatorze'siècles au moins avant J.-C. la circoncision existait sûrement chez trois peuples :1° les Phéniciens; 2° les Égyptiens ; 3° les Hébreux.

Pour clore., je dirai avec Pogoresky, rabin à Cherson (l), qu’il est peu probable que-ce soit Abraham qui ait inventé la circoncision, puisqu’en s’en rapportant à la Bible, ce patriarche ne patriqua sur lui et les siens la circoncision qu’au retour de ses voyages en Phénicie et en Égypte où il était allé prendre pour femme Agar l’Égyptienne. Il avait sans doute eu le temps, et l’occasion d’assister souvent à cette opération et d’en constater les bons effets, ce qui le décida à en faire autant sur lui et les siens dès qu’il fut de retour en Judée.

(1) Circumsio ritüales Hébraorum. D r Messala Pogoresky, rabbin à. Cherson. Saint-Pétersbourg, 1888.

La Circoncision chez les tribus sauvages.

La circoncision existe chez un grand nombre de peuplades sauvages, mais la façon de la pratiquer, et surtout les . cérémonies qui l’accompagnent diffèrent suivant les pays. E. Casalis qui, en qualité dé missionnaire, résida très longtemps chez les Bassoutos, nous dit que, dans cette nation, l’opération de la circoncision est faite chez les enfants âgés de 12 à 16 ans.'

La cérémonie n’a lieu que tous les quatre ans, et est considérée par les Bassoutos comme un événement si important qu’ils s’en servent comme de mesure chronologique. Ils comptent à partir d’une circoncision comme les Grecs ou les Romains comptaient d’une Olympiade ou de l’avènement d’un César.

A l’époque fixée, tous les candidats à la circoncision simulent une révolte et se sauvent dans les bois. Les guerriers prennent les armes, les poursuivent, les rejoignent, et, s’em-. parant de ces insurgés d’un nouveau genre, les ramènent comme prisonniers au milieu de danses et de réjouissances de toute sorte, prélude de la fête. Le jour suivant on construit les huttes du mystère où, après la cérémonie, les jeunes

gens doivent résider huit mois, sous la tutelle de maîtres expérimentés qui leur apprennent l’usage des armes.

Paul Lafargue (1) regarde la circoncision parmi la race nègre- comme une cérémonie qui marque le début de la puberté aussi bien pour un sexe que pour l’autre.

Chez les Galénas de Sierra-Léone, au milieu d’autres cérémonies exécutées à minuit pendant la pleine lune, on excise le clitoris de la jeune fille et on lui donne un nom qu’elle conservera to.ùte sa vie. C’est une sorte de baptême.

Les Australiens pratiquent (toujours d’après Paul Lafargue). à peu près les mêmes cérémonies.-Si les tribus sont en guerre, elles suspendent les hostilités lorsqu’arrive l’époque des circoncisions.

Ils placent sous les aisselles et sur les pubis des enfants à circoncire, de petits bouquets de mousse pour symbolyser la puberté.

Chez quelques-unes de leurs tribus, la peau du pénis est divisée jusqu’au scrotum avec un couteau de pierre. D’autres se contentent d’une incision circulaire et la portion excisée est'placée en guise de bague au doigt majeur de la main gauche du circoncis, qui se sauve alors dans les bois, où il reste jusqu’à parfaite guérison, en évitant, l’approche des femmes.

A son retour a lieu la dernière partie du baptême sanglant. Le parrain du circoncis s’ouvre une veine, puis le circoncis, placé à quatre pattes, est incisé du cou à la région lombaire. Le parrain fait alors couler sur cette plaie le sang

( 1 ) Paul Lafargue. La Circoncision, sa signification sociale et religieuse. Bulletin de la Société d’Anthropologie, tome X, III 8 fascicule, 1887.

qui s’échappe de sa veine ouverte, de façon qu’il y ait mélange du sang du parrain avec celui du circoncis.

La circoncision existe aussi chez les Malais et les habitants de Bornéo.

Les Batos lient le prépuce jusqu’à ce qu’il se détache par sphacèle. Ils se servent aussi de deux épingles de bambou entre lesquelles le prépuce est serré.

En Nouvelle-Calédonie et à Tidischi, les garçons sont circoncis à l’âge de 7 ans.

Les insulaires de Tonga fendent le prépuce sur le dos de la verge avec un morceau de bambou ou de coquille tranchante.

Dans les Marquises et les îles Sandwich, cette opération est faiteparlesprêtres. La circoncision existe à Tahiti. Madagascar, etc.

Chez les Atzèques et les Totomacs anciens, naturels aborigènes du Mexique, la circoncision était pratiqué au temple par les ministres de la religion. L’enfant était circoncis le 28® jour après sa naissance, et la partie enlevée était détruite par le feu ; quant aux filles, elles étaient déflorées par le doigt du grand-prêtre, et cette cérémonie était répété chez elles à l’âge de 6 ans.

Les anciens Romains infibulaient avec un anneau le prépuce des gladiateurs, des chanteurs et des danseurs, pour les empêcher de pratiquer les exercices vénériens, qui, croyaient-ils, pouvaient nuire à leurs talents.

Parmi les Madécasses, d’après Vanier (1), les enfants sont

(1) Causes morales de la Circoncision des Israélites, Vanier du Havre, Paris, 1847.

circoncis au huitième jour et la mère avale la partie enlevée.

Chez les mêmes, dans d’autres tribus, le père met le prépuce dans une arme à feu qu’il tire en l’air. La circoncision, d’après les voyageurs Spiks et Martin, existe sur les rives de l'Amazone. D’après Squires, chez les Aborigènes du Nicaragua, une simple plaie serait pratiquée au prépuce; le sang s’écoule et il arrose un épi de blé qui est ensuite mangé par les parents et les invités au baptême.

Dans l’Arabie centrale et certaines parties de l’Égypte, les jeunes gens sont souvent circoncis le lendemain de leur mariage.

La jeune femme assiste à l’opération ; elle reçoit sur sa chemise de noce le sang de l’opération.

Malgré la douleur, le jeune homme doit avoir le sourire sur les lèvres. Si une défaillance se manifeste ou si un cri quelconque de douleur est poussé par l’opéré, la jeune épouse est outrée et elle s’empresse d’abandonner un homme aussi peu digne d’elle et aussi peu courageux.

En Éthiopie, les jeunes filles ont, dès l'enfance, la vulve cousue par leurs pères et la séparation n’est faite qu’au mariage par le mari lui-même. Cette petite opération, marque de la virginité, permet au père de vendre sa fille un prix rémunérateur.

L’origine de la circoncision chez les Musulmans est inconnue. En tout cas, il est de notoriété publique que cette opération était pratiquée chez eux bien avant Mahomet.

De la Circoncision chez les Juifs avant J.-C.

Je vais d’abord raconter les procédés employés par les premiers opérateurs; je terminerai cette étude en indiquant, avec beaucoup de détails, les procédés usités actuellement parmi les différentes tribus d’Israélites répandues ou mieux dispersées sur la surface de notre globe.

Je ne reviendrai pas sur les commandements que fit Dieu à Abrahom et dont j’ai parlé plus haut en citant le chapitre XVII de la Genèse.

Au chapitre XXIII de la Genèse on trouve d’autres détails sur l’institution de la circoncision.

Chapitre XXIH. « Et Abraham prit son fils Ismaël et tous les mâles qui étaient des gens de sa maison, tant ceux qu’il avait achetés de son argent que ceux qui étaient nés en sa maison, et il circoncit la chair de leur prépuce en ce même jour-là, comme Dieu le lui avait dit.

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