II. La politique européenne
l.a France sort de son isolement en Europe. — La
période de notre histoire qui s'étend de Philippe VI à Louis XI avait été remplie par les luttes contre deux puissants vassaux du roi, le duc de Normandie, roi d'Angleterre, et le duc de Bourgogne, souverain des Pays-Bas. On peut l'appeler « la période des guerres anglaises et bourguignonnes ».
Resserrée entre ces deux puissants États qui l'envahissent, la démembrent et menacent de l'absorber, obligée de lutter pour son existence même, livrée à une crise douloureuse de transformation intérieure, la France des Valois ne peut s'occuper de ce qui se passe dans le monde. Nous n'avons plus de grandes expéditions au delà des mers comme au temps des croisades; nous n'avons pas encore de grandes guerres européennes au delà des Alpes. Toute notre histoire se passe sur notre sol. Il en est de même pour les autres nations européennes : chacune est occupée chez elle *. L'unité qu'avait présentée l'Europe au temps où les grands papes s'étaient emparés de la direction des peuples et des rois n'existe plus; l'unité qu'établira plus tard la reconnaissance par tous les États européens de certaines règles communes n'existe pas. Il n'y a plus la Chrétienté,
sacrements et sa hiérarchie sacerdotale, apparaissait comme un autre christianisme.
1. L'Espagne est occupée par sa lutte contre les Arabes qui détiennent encore une partie de ses provinces, Tltalie par la rivalité des villes et de» petits états qui la composent, T Allemagne par l'antagonisme du pouvoir impérial et des souverains féodaux, l'Angleterre elle-même par ses guerres civiles, dont la plus célèbre et la plus sanglante fut celle des Deux Rose».
il n'y a pas encore VEurope. C'est la période d'isolement national.
Or, à l'époque de la Renaissance, la France, débarrassée des guerres anglaises et bourguignonnes, remise en possession de son territoire, sortie de cette douloureuse épreuve de cent années plus robuste, commence h s'occuper de ce qui se passe au delà de ses frontières. Pour elle, l'âge des relations internationales commence.
D'autres nations ont accompli le même travail de transformation *. Tous ces États, qui ont réussi à se dégager du chaos du moyen âge, ont leurs ambitions, leurs intérêts, leurs rivalités. Ils comprennent cependant qu'ils ne peuvent pas s'attaquer à la légère, comme faisaient les petits barons du moyen âge et qu'il faut observer certaines règles dans la paix et dans la guerre, sous peine de retomber dans la barbarie d'autrefois. En un mot, il faut créer un droit nouveau, qui réglera les rapports entre les nations, comme le droit civil règle les rapports entre les particuliers.
Le droit des gens, la diplomatie, l'équilibre européen. — Ce sont les petits États italiens, plus civilisés et plus faibles que les grands États européens, ce sont surtout les Vénitiens, qui fixèrent les principes de la politique moderne. Le droit nouveau qui réglait les rapports d'États à États s'appela le droit des gens {jus gentium)y c'est-àdire le droit des nations.
D'abord, auprès de chaque monarque ou àe chaque république, les Vénitiens entretinrent un agent à poste fixe, chargé de les renseigner sur les dispositions de ces gouvernements, de s'entretenir fréquemment avec leurs chefs, de dissiper les malentendus et de prévenir les conflits. Bientôt, auprès de chaque cour européenne, il y eut un représentant attitré de toutes les autres cours. L'art de
1. L*Ângleterre est débarrassée de ses guerres civiles^ TEspagne des Arabes; en Allemagne, si TEmperear n'a pu réduire les autres souverains à Tobéissance, les principaux souverains ont du moins fondé des États; si ritalie n'a pu se constituer en un seul corps de nation, du moins il s*7 est élevé un certain nombre de gouvernements puissants, le duo de Savoie, le duo de Milan, le duc de Toscane, le pape, le roi de Naples, les républiques de Venise et de Gènes.