Le ministre de la guerre date de
membres de cette assemblée en conseillers ordinaires, siégeant toute Tannée, et en' conseillers semestres ou quaàrimestres, ne siégeant que six mois ou trois mois par an. C'étaient les premiers qui étaient les vrais conseillers. Ils n'achetaient point leurs charges, comme les magistrats : ils étaient donc entièrement dans la main du roi.
Cette organisation fut complétée par le règlement du 18 janvier 1630, rédigé par le garde des sceaux, Michel de Marillac. Le roi était le président-né du Conseil d'État : mais il déléguait ordinairement la présidence au chancelier. Des maîtres des requêtes assistaient aux séances comme rapporteurs, avec voix délibérative sur les aflTaires dont ils avaient fait le rapport : ils formaient comme une pépinière de conseillers d'État et d'administrateurs.
Le Conseil tenait quatre séances par semaine : dans celle du mardi, appelée Conseil des dépêches, on examinait la correspondance des gouverneurs et des autres agents politiques; dans celle du mercredi, ou Conseil de haute direction, on délibérait sur l'imposition et l'assiette des taxes ; dans celle du jeudi, ou Conseil (ie petite direction, on s'occupait des procès relatifs aux impôts, de la mise en adjudication de ceux-ci, etc ; dans celle du samedi, ou Conseil des parties, on statuait sur les évocations des procès. En outre, au commencement de Tannée, on réparti ssait les provinces du royaume entre les conseillers : ils prenaient la surveillance spéciale de celles qui leur étaient attribuées. Les règlements de 1644, 1658, 4661, 1673, sous Louis XIV, ne modifièrent cette organisation que sur des points de détail.
Le Conseil d'État, ainsi affranchi de Timmixtion des grands seigneurs et surtout des magistrats du Parlement, devint entre les mains de Richelieu un puissant moyen de centralisation. C'est dans ce conseil qu'il choisissait les juges de ses commissions extraordinaires ou les agents de confiance qu'il envoyait en tournée dans les provinces.
Conseil d'en haut et Grand Conseil. — Il ne faut pas confondre le Conseil d'État, ni avec le Conseil d'en haut, où le roi n'appelait qu'un petit nombre de princes et de ministres et où se traitaient les questions les plus élevées de gouvernement et de diplomatie; ni avec le Grand Conseil^
qui avait été séparé en 4497 du Conseil d'État, et qui statuait sur certaines causes ecclésiastiques et sur les conflits entre les diverses juridictions. Le Conseil d'en haut, le Grand Conseil, le Conseil d'État, aussi bien que le Parlement et la Cour des comptes, ne sont que des démembrements de l'ancienne Cour du roi.
Le pouvoir des gouvemenra annulé. — Pour l'administration provinciale, les gouverneurs créés par François I®** ne pouvaient, après leurs nombreuses révoltes, de la Ligue à la prise d'armes de Montmorency, inspirer confiance au cardinal. Pourtant il n'abolit pas les gouverneurs. Il les garda comme une sorte de représentation magnifique du roi dans les provinces ; il continua à les choisir dans les familles les plus illustres du royaume; mais il ne leur laissa que l'apparence et le décor de leur charge, c'està-dire la présidence des États provinciaux, dans les pays qui en possédaient, et le commandement des troupes de la province, mais seulement en temps de paix. Ce que Richelieu voulait obtenir, comme il le dit, c'est que « bien que les gouvernements fussent à des grands, ceux-ci y fussent plus de nom que de fait >>.
L.es intendants. — Les véritables agents du roi dans les provinces furent des foACtionnaires tirés de la très petite noblesse ou de la bourgeoisie, n'ayant aucunes relations de parenté et, par eux-mêmes, aucune influence dans le pays : des fonctionnaires d'apparence modeste et d'une docilité assurée, mais investis d'une redoutable autorité.
Leurs attributions étaient beaucoup plus variées, leurs pouvoirs beaucoup plus étendus que ceux des préfets d'aujourd'hui ; et ils n'avaient pas à subir, comme ceux-ci, le contrôle d'assemblées électives. On les appelait intendants de justice, police et finances : on les envoyait en missions temporaires, comme les missi dominici de Charlemagne, comme les enquesteurs royaux du temps de saint Louis et de Philippe le Bel, pour assurer la rentrée des impôts, apaiser les séditions, habituer au joug la Rochelle reconquise, obliger quelque parlement à la soumission en faisant casser ses arrêts par le Conseil d'en haut, briser les résistances opposées aux volontés souveraines par les gouverneurs et autres agents royaux, surveiller la conduite des
généraux à Parmée et contrôler leur gestion financière.
Richelieu lui-même ne semble pas avoir songé à les installer à poste fixe dans les provinces : c^est seulement sous Louis XIV que chaque province a son intendant. Gomment Richelieu entendait le rôle de l'intendant, il nous le dit lui-même dans son Testament politique : « Je crois qu'il sera très utile d'envoyer souvent dans les provinces des conseillers d'État ou des maîtres des requêtes bien choisis, non seulement pour faire la fonction d'intendant de justice dans les villes capitales, ce qui peut plus servir à leur vanité qu'à l'intérêt public, mais pour aller en tous lieux des provinces, s'enquérir des mœurs des officiers de justice et des finances, voir si les impositions se lèvent conformément aux ordonnances et si les receveurs ne commettent pas d'injustices en vexant les peuples; découvrir la façon avec laquelle ils exercent leurs charges; apprendre comment se gouverne la noblesse, et arrêter le cours de toutes sortes de désordres et spécialement des violences de ceux qui, étant puissants et riches, oppriment les faibles et les pauvres sujets du roi. »
Ces agents dociles et dévoués sont détestés des gouverneurs et des parlements, car, comme dira le cardinal de Retz, ils ont « frappé la noblesse et la magistrature à l'œil ». En 1628, nous voyons le parlement de Bordeaux décréter d'arrestation l'intendant Servien : mais celui-ci est soutenu par Richelieu. Dans la Fronde de 1648, la première revanche des parlementaires sera l'abolition des intendants.
L'armée, la marine. — A côté de la révolution politique accomplie par Richelieu, les autres réformes ont une importance secondaire. Il créa une Académie de guerre pour l'instruction des officiers. 11 porta l'armée du roi à un chiffre inouï jusqu'alors. En 1636, il avait sur pied 142 000 fantassins et 22000 cavaliers. « Ces préparatifs, écrivait-il à Louis XIII, étonneront la postérité, puisque, lorsque je les remets devant mes yeux, ils font le même effet sur moi, bien que, sous votre autorité, j'en aie été le principal auteur. » Û porta la flotte à 26 galères sur la Méditerranée et à 56 vaisseaux sur l'Océan.
Antres réformes et créations de Riehelien. — Pour
les encouragements à Findustrie et au commerce d'outremer, il continua Henri IV.
11 reconstruisit la Sorbonne, où Girardon lui a dressé son tombeau; il bâtit le Palais-Royal, appelé alors Palais-Cardinal. Sous lui, furent créés Tlmprimerie royale et le Jardin du roi, qui est devenu le Muséum d'histoire naturelle.
Il patronna TAcadémie française à sa naissance : elle devait apporter Funité et la discipline dans la langue, comme lui-même les avait apportées dans l'administration du royaume.
L«s if^ens de lettres. — Richelieu comprit la puissance nouvelle que venaient d'acquérir, au xvi« siècle, les gens de lettres; il embrigada, il pensionna des écrivains. Malherbe écrivit en son honneur « l'Ode sur la prise de la Rochelle » ; Balzac lui dédia son « Livre du Prince » et lui écrivait : « Vous avez besoin de l'opinion des hommes et du témoignage du public ». Voiture essayait de consoler les rentiers de l'Hôtel de Ville, dont on ne payait plus les quartiers, en leur prédisant ce que la postérité, dans deux cents ans, dirait de la grande œuvre accomplie par le ministre. Richelieu fut luimême un homme de lettres, et, si la postérité dédaigne les fades poésies par lesquelles il croyait s'égaler à Corneille, elle retrouve dans son « Testament politique », dans ses « Mémoires », dans ses a Maximes d'État », l'homme à la volonté de fer qui avait prémédité tout ce qu'il a réalisé.
L.a presse ministérielle sous Rieiielieu. Ce ministre, qui se montra plus despole que Philippe le Bel et Louis XI, se préoccupa pourtant d'agir sur l'opinion publique. C'est lui qui inspire ces pamphlets destinés à confondre les ennemis du roi et de son ministre : la « Défense du roi et de ses ministres », par le sieur de Montagne; le « Discours au roi touchant les libelles faits contre le gouvernement de son Estât » ; r « Advertissement aux provinces sur les nouveaux mouvements du royaume », par le sieur de Cléonville. U ■charge des érudits de rechercher dans les chartes les anciens droits de la couronne sur les provinces qu'il con- Toite et leur fait rédiger le « Traité des droits du roi ». Nous avons le canevas d'un livre qu'il voulut faire dresser par un sieur de B*** contre les conspirateurs de 1630. U remarque à ce propos « qu'il vaut mieux diverses pièces
petites, semées en divers temps, qu'un gros volume, lequel se lira de peu de gens ».
La Gazette de Franee. — Richelieu eneouragea le médecin Renaudot à éditer en 1631 la première publication périodique et politique que Ton ait eue chez nous : la « Gazette de France * ».
Elle paraissait une fois par semaine, en format in-quarto de 8 à 12 pages, partagée en deux cahiers dont l'un était intitulé « Gazette » et l'autre « Nouvelles ordinaires de divers endroits ». Richelieu rédigea lui-même des articles pour ce journal et lui communiqua des rapports de généraux et des dépêches d'ambassadeurs.
Ouvrages a consulter : D'Avenel, Richelieu et la monarchie absolue. — Caillet, Hist, de V administration sous le ministère du cardinal de RichC' lieu. — Marius Topin, Louis XIII et Richelieu, — B. Zeller, Richelieu et les ministres de Louis XIII. — Benoist, Hist. de l'Édit de Nantes.
— Anquez, Un nouveau chapitre sur l'hist. des réformés de France el Hist,, des assemblées politiçfues des réformés de France. — Henri de la Garde, Le duc de Rohan et les protestants sous Louis XIII. — Corréard, Choiar de textes.
1. Le mot de gasetta est italien : c'est le nom de la pièce de monnaie qui était le prix de ce papier à Venise. Sous Henri* IV, en 1605, avait pan» le Mercure français, mais c'était un recueil purement littéraire, imitatioa du Mercure anglais qui date de 1588 et qui fut la première publication périodique de la Grande-Bretagne.