‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 113 sur 185 · DEPUIS 1848. — LA MARINE · texte numérisé non relu

DEPUIS 1848. — LA MARINE

' les engagés ou rengagés ; 3^ par les jeunes gens qui ont sollicité d'être affectés à ce service; 4® à défaut d'un nombre suffisant d'hommes de ces trois catégories, par des conscrits empruntés aux contingents de l'armée de terre, et qui ont obtenu, lors du tirage au sort, les numéros les plus bas.

Nous nous occuperons seulement de l'inscription maritime, parce qu'elle constitue le mode de recrutement spécial à la marine. Elle a été régularisée et codifiée par la loi du 24 décembre 4896.

Tous lôs hommes se livrant à la navigation ou à la pèche sur les côtes de la France, et sur les rivières jusqu'au point où la marée est encore sensible,- sont inscrits^ à l'âge de dix-huit ans, comme matelots et peuvent être requis pour le service de la flotte. Le temps de service dans l'armée de mer est fixé, par la loi de 4875, à cinq années d'activité, quatre années dans la réserve, après quoi les hommes passent dans l'armée territoriale. Mais lés matelots libérés peuvent contracter des rengagements jusqu'à ce qu'ils aient atteint vingt-cinq ans de service et cinquante ans d'âge. Les inscrits sont au nombre de 80 000; ils ne sont d'ailleurs levés qu'au fur et â mesure des besoins du service : on prend d'abord ceux qui n'ont pas encore fait de service, ensuite les autres.

L'inscription maritime assure aux inscrits des avantages sérieux ; ils ont seuls le droit d'exercer la navigation maritime et la pêche côtière; moyennant une retenue sur leur salaire, ils ont droit, au bout de vingt-cinq ans de navigation et à soixante ans d'âge, quelle que soit la durée de leur service sur la flotte, à une pension.

Parmi les créations de cette période, il faut citer les Armuriers militaires de la marine (1856); les Ouvriers civils de la marine (1864); l'École d'application de timonerie (1856); celle de pilotage (1865); celles des Mécaniciens de la marine, à Brest et à Toulon (1860) et à Lorient {1900); celle des Mousses (1856) et celle des Pupilles de la marine (1862), à Brest; l'Ecole des torpilleurs, à Boyardville (Charente-Inférieure, depuis 1869); Técole de pyrotechnie de Toulon; l'école de Lorient, pour les fusiliersmarins et pour leurs officiers; l'école de canonnage à

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Toulon, etc., à côté rancienne École navale s*est fondée une seconde école de Brest où les sous-offlciers peuvent acquérir le grade d'enseigne. Enfin une École supérieure de la marine, correspondant à notre École supérieure de guerre, s'est constituée, en 1896, à Paris, qui possède également le Laboratoire central de la marine,

Le nouveau matériel flottant. — La guerre maritime n*a pas subi moins de transformations que la guerre sur terre. Les navires de bois, marchant à la voile, armés de soixante, de cent vingt canons, avec lesquels on a lutté contre les Anglais pendant les guerres de TEmpire et fait les expéditions de Morée et d'Algérie, ont été remplacés par les navires cuirassés d^acier, mus par la vapeur, ne portant que très peu de pièces, mais d'une dimension et d'une portée énormes. C'est la transformation de l'artillerie par Paizhans, en 1822, qui a préparé la transformation de la marine. C'est en France que celle-ci a commencé.

A l'occasion de la guerre de Crimée, en 1854, Napoléon DI fit construire cinq batteries flottantes^. C'étaient des bâtiments à vapeur, qu'on ne destinait, pas à tenir la haute mer, mais à se porter dans les bas-fonds. Ils portaient chacun seize canons énormes et étaient protégés par une cuirasse de fer*. A 250 mètres de Kinburn (1854), ils résistèrent à toute la puissance de l'artillerie russe et rasèrent les forts.

Restait à construire de vrais navires, doués d'une grande vitesse, et également cuirassés. L'ingénieur duput de lohb >

1. La Congrève^ la Dévastatioriy la Foudroyante^ la Lave^ la Tonnante. En 1783, il y avait eu des batteries flottantes aa siège de Gibraltar, et FultoD, ea 1810, en avait constrait une; mais toutes n'avaient que des murailles de bois.

2. Les Anglais se hâtèrent d'en construire, mais arrivèrent trop tard.

3. Dopuy de Lôme, un des grands novateurs du xix* siècle, que M. Thiers appelait « un constructeur de génie », a attaché son nom à trois grandes innovations. Il construisit chez nous le premier navire à coque de fer, le Caton (1844); le premier navire de guerre à héliee, le Napoléon (1848- 1852) ; le premier navire de guerre cuirassé, la Gloire (1858).

Il était né, en 181Ô, à Ploemeur, près de Lorient. Fils d'un ancien officier de marine, il entrait, en 1835, à l'Ecole polytechnique; en 1853, devenait ingénieur de 1'* classe ; en 1^7, directeur du matériel au ministère de Im marine ; en 1860, conseiller d'État en service ordinaire ; en 1866, membre de l'Académie des sciences ; en 1859, député du Morbihan. Mort en 1885.

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construisit, en 1858, la frégate la Gloire. Elle était blindée de plaques de fer épaisses de 12 centimètres, qui avaient résisté à des salves de boulets tirées à une distance de vingt mètres. De plus, la Gloire était armée à son avant d'une étrave en forme de hache, dont le tranchant devait fendre les vaisseaux ennemis : cette étrave a pris, dans les constructions suivantes, la forme d'un éperon. < Un seul navire de cette espèce, avait dit Tingénieur, lancé au milieu d'une flotte entière de vaisseaux de bois, y serait, avec ses 36 canons, comme un lion au milieu d'un troupeau de moutons. » Puis vinrent trois autres frégates, dont une, la Couronne^ avait, outre la cuirasse, une coque de fer. En

1859, le même ingénieur construisit deux vaisseaux de ligne, le Solférino et le Magenta, La France eut ainsi la première escadre cuirassée, et fut un moment maîtresse de la mer, car l'Angleterre n'a mis le Warrior à Teau qu'en

1860, et les États-Unis leur Monitor qu'en 1861,

Les autres nations suivirent notre exemple. La guerre d'Amérique vint démontrer l'impuissance de la marine de bois contre la marine de fer : en 1862 un grand vaisseau américain en bois, le Cumberland avait été coulé par le cuirassé le Merrimac, dont les ravages ne furent arrêtés que par un autre cuirassé, le Monitor, Depuis trente ans a commencé c le duel du canon et delà cuirasse >, les ingénieurs accroissant tantôt la force de pénétration du boulet, tantôt la force de résistance du blindage. Un jour, c'est l'attaque qui a l'avantage; le lendemain, c'est la défense. On est arrivé à réduire à quatre, à deux, les pièces d'artillerie, afin de leur donner des dimensions plus grandes et d'assurer plus de force de pénétration au projectile. On les abrite dans des tourelles mobiles de fer qui leur permettent de tirer dans toutes les directions. On donne aux blindages jusqu'à 45 centimètres d'épaisseur.

Les flottes d'aujourd'hui, grands cuirassés de 85 mètres de long, frégates, corvettes, croiseurs, gardes-côtes, batteries flottantes, chaloupes canonnières, avec leurs sombres profils d'acier, leurs tourelles, l'absence presque totale d'agrès et d'ornements, leur artillerie réduite comme nombre, mais énorme de dimensions, leur équipage silencieux et presque invisible, diffèrent étrangement de celles d'autre-

fois, avec leurs hautes murailles de bois, leurs flancs percés d'une double ou triple ligne de sabords, leur mâture compliquée, leurs voiles Immenses et innombrables, les sculptures dorées de leurs poupes à galerie, les pavillons flottant partout, leurs centaines de combattants perchés dans les hunes, dans les voiles, dans les cordages, le tumulte de leur branle-bas, le tonnerre de leur canonnade à portée de pistolet, la fureur des abordages le sabre ou la hache au poing. Alors un navire de bois pouvait recevoir jusqu*à deux cents boulets : aujourd'hui il suffît d'un coup d'éperon ou d'un obus bien dirigé pour pratiquer dans le plus robuste cuirassé une brèche irréparable.

Torpilles, bateaux-torpilleurs, sons-mariBs. — Dans le long duel entre le canon et la cuirasse, un troisième adversaire est intervenu, infiniment plus redoutable que les boulets rouges et les boulets rames d'autrefois. C'est la torpille *, engin de fer bourré de fulmi-coton ou de mélinite, dont Texplosijon peut anéantir le plus puissant navire. Autrefois, on se contentait de les semer le long des côtes, à l'embouchure des fleuves, attendant que le vaisseau ennemi les fit éclater en les heurtant. Puis au moyen de l'étincelle léleclrique, on a pu les faire détoner au moment voulu. 'Enfin, on a trouvé le moyen de les diriger, de les amener jusque sous les flancs du navire ennemi, au moyen de bateaux-torpilleurs, marchant avec une vitesse double ou triple de celle des cuirassés, montés par une douzaine d'hommes et porteurs de cinq à six torpilles. Dès lors un cuirassé, dont la construction aura duré sept ou huit années, coûté 20 ou 30 millions de francs, et qui sera monté par huit ou neuf cents braves, doit redouter un petit bateautorpilleur, conduit par douze hommes intrépides. Que la torpille le touche au défaut de la cuirasse, et il peut couler à. fond avec tout son équipage. Contre cet engin, les blindages les plus épais sont inutiles, car on ne peut en protéger toutes les parties du vaisseau. Le torpilleur, avant que de récentes expériences eussent un peu diminué son renom, paraissait donc appelé à faire une nouvelle révolution dans la construction navale. Un moment, il a été question de renoncer aux cuirasses et aux canons géants, de réduire les navires à des dimensions beaucoup plus

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modestes, et de se borner à leur donner les plus grandes vitesses possibles ^

Un autre ennemi redoutable du cuirassé est récemment apparu : c'est le sous-marin. Le Plongeur^ en 1863, a été construit sur les plans de Tamiral Bourgeois. Puis sont venus (1895) le Gymnote de Zédé, le Goubet de Goubet, le Gustave Zédé, le Morse^ le Narval, etc.

Puissance de la flotte françafse. — Notre flotte de guerre se composait, en 1900 : de 20 cuirassés d'escadre, de 45 cuirassés garde-côtes, de 7 croiseurs cuirassés, de 32 croiseurs protégés, de 244 torpilleurs ou contre-torpilleurs, d'une quarantaine d'autres navires de guerre et de plusieurs sous-marins. Elle portait près de 3 600 bouches à feu et 46000 marins. Nous avions en construction (en 1900) 2 cuirassés d*escadre et 70 autres bateaux de guerre. Une loi j votée à la fin de 1900 consacre 762 millions à la mise en chanjtier et à l'achèvement eu sept années de constructions qui augmenteront notre matériel flottant de 6 cuirassés d'es- 'cadre, 5 croiseurs cuirassés, 28 contre-torpilleurs, et d'un igraud nombre de torpilleurs sous-marins et submersibles.

Seule la flotte anglaise est plus puissante que la nôtre : jClle est montée par 82 000 marins et 18000 hommes dei troupes auxiliaires.

1. On connaissait déjà, an xri* sièole, les mines sons-marines. En 1634, Cornélius van Drcbbel avait imaginé nn appareil pour porter, au moyen d'un espar, une boite de fer pleine de poudre sous le flanc d'un navire. Fnlton, en 1797, proposa au Directoire la torpille anerée au fond de là mer : l'arairal Decrès la repoussa, disant qu'une telle invention était bonne pour des Algériens ou des corsaires. Froidement accueilli par le Premier Consul, il porta sa torpille en Angleterre, puis en Amérique, où il fit sauter des navires abandonnés à ses expériences. En 1840, il publiait son Torpédo- War : La Guerre des torpille». En 1815, il inventa un canon sous-marn pour lancer des projectiles. Cependant, pendant longtemps, on n'usa des torpilles que pour faire santer les navires ooalés qui encombraient les passes : en 184Ô, le prince de Joiuville en usa contre une estacade, à la Spezzia. Deux inventions surtout vinrent leur i^'outer une redoutable efficacité : d'une part, la b<^ine de Rahmkorff et rétlnoelle électrique ; d'autre' part, la substitution d'autres explosifs à la poudre. La guerre de la Séoessîon,! en Amérique, leur offrit un champ nouveau d'activité : non-seulement les' Sudistes semèrent de torpilles, appelées êurprises du diable, Iqs passes et' les embouchures des fleuves; mais ils construisirent des bateaux en forme de cigares, les bateaux-cigares, qui les apportaient sous les flancs des navires Nordistes, dont ils firent ainsi sauter une vingtaine. Ils inventèrent cussi des canons sous-marins qui lançaient les torpilles et d'autres projeo-

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lY. Les colonies.

Aecroissements de notre empire colonial. — Le second

Empire, tout absorbé dans ses combinaisons de politique européenne, n*a pas su profiter des précieuses occasions qui s'offraient à lui, notamment en Tunisie et à Madagascar, pour accroître, avec beaucoup moins de difficultés qu'on n'en a rencontré depuis, notre domaine colonial. Cependant, la soumission de l'Algérie a été complétée, parla conquête de la Grande-Kabylie (1857), grâce à bandon, et par de brillantes expéditions dans le Sahara. Grâce au. général faidhebbe, nos possessions du Sénégal, jusqu'alors limitées au cours inférieur du fleuve et toujours très précaires, ont été consolidées et agrandies par la fondation de Médine sur le haut fleuve. Notre protectorat s'est établi, à la côte de Guinée, sur le royaume de Porto-Novo (1863). En Océanie, la Nouvelle-Calédonie et ses dépendances ont été occupées. La Cochinchine a été conquise en deux campagnes décisives, et le royaume de Cambodge, d'une étendue presque égale, a été placé sous notre protectorat. Sous la République actuelle, la France, dès qu'elle a pu assurer la défense et la sécurité de ses frontières,^ a travaillé plus énergiquement et, il faut le dire, avec plus de succès qu'aucun des régimes précédents depuis Colbert, à la reconstitution de son empire d'outre-mer., Elle a marché à son but avec une certaine ténacité et un certain esprit de suite, malgré toutes les incertitudes de la politique parlementaire, les divisions des partis, les défaillances mêmes de l'opinion. En moins de dix ans, l'Algérie s'est agrandie de plusieurs oasis dans le Sud, notamment par l'annexion du Mzab (1882). En 1900 a commencé la conquête des oasis de l'Ouest (In-Salah, etc.). Par l'établissement de notre protectorat en Tunisie (1881), nos possessions dans l'Afrique du Nord, comme population et comme superflcie, se sont accrues d'un bon tiers ; elles ont acquis des ports excellents et une ligne de défense plus assurée. Du bassin du Sénégal nous avons

tiles. La réunion de toutes ces inventions, o^est le torpilleur d'aujourd'hui,, muni d un appareil à projeter les torpilles entre deux eaux.

pénétré dans le bassin du Niger supérieur, remporté avec Borgnis-Desbordes, Combes, Gallieni, Archinard, Audéoud, de brillants succès sur le sultan Ahmadou, héritier du conquérant Ël-Hadj-Omar, et sur Samory; occupé Tombouctou et les deux rives du Niger jusqu'à Sa!; soumis le Fouta-Djallon, le Mossi, le pays de Kong. En 1898 la défaite et la capture de Samory assurèrent la pacification de cette vaste région qu'il avait si cruellement dévastée.

Sur le Congo, les conquêtes pacifiques de sayoronan db BRAZZA. la convention avec VAssociatian internationale africaine (1884), les décisions du congrès de Berlin (1885) nous ont valu un territoire d'une étendue très supérieure à celle de la France et d'une grande fécondité. Il fut encore doublé par les explorations de Crampel, Dybowski, Monteil, Mizon, par Thabile politique des administrateurs Liotard et Gentil, qui constituèrent nos colonies de FOubanghi et du lac Tchad. Avec l'appui du gouverneur de l'Oubanghi, le commandant Marchand a pénétré dans l'ancien Soudan égyptien, occupé le Bahr-el-Ghazal, planté le drapeau à Fachoda sur le Nil et battu les hordes de derviches (1898). Comme la guerre avec la Grande-Bretagne menaçait d'éclater à propos de Fachoda, une convention est intervenue avec les Anglais, aux termes de laquelle nous devions évacuer le Bahr-el-Ghazal, mais la possession du Baghirmi, du Ouadaï, du Kanem et du Tibesti nous était reconnue (1899).

Sur la côte de Guinée nous nous sommes trouvés en conflit avec Behanzin, roi du Dahomey. Après une première guerre (1889), une seconde a été dirigée par le général DODDS, qui battit partout les Dahoméens, occupa leur capitale Abomey, contraignit le roi à se rendre prisonnier et établit sur tous ses États le protectorat ou la domination directe de la France (1892).

Par toutes ces acquisitions, nos possessions du nord de l'Afrique, Algérie et Tunisie, peuvent communiquer librement, à travers le Sahara, avec nos colonies du Sénégal, du Soudan, du Dahomey et des autres Guinées, du Congo, de l'Oubanghi, du lac Tchad. Si nos entreprises coloniales avaient pu commencer quelques années plus tôt, toute

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TAfrique du Nord,, de TOuest et du Centre, moins le Maroc et quelques enclaves, formerait, jusqu'au sud de TÉquateur, le domaine de la France.

Dans Tocéan Indien, en face de la côte orientale d^Afrique, TUe de Madagascar, d'un tiers plus étendue que la France (750000 kilomètres carrés), a été d^abord soumise à notre protectorat nominal (1885), puis, après la conquête de 1895 par les généraux duchesne et Metzinger, à notre protectorat effectif; enfln, après l'expulsion de la reine Ranavalo, elle fut annexée à Tempire français (i897). Administrée et organisée parle général oallieni, Tancienne île Dauphine, l'ancienne France Orientale, but de tant d'efforts et de sacrifices infructueux aux xvii<* et xviii» siècles, est enfin acquise à la civilisation européenne et à la colonisation française.

Sur la mer Rouge, la colonie française d'Obock et Tadjourah a été constituée par une série de traités conclus avec les souverains ou tribus indigènes. Les relations d'amitié qui se sont établies avec Tempereur Ménélik assurent à cette colonie une grande importance commerciale. On travaille à la construction d'un chemin de fer qui, de notre port de Djibouti, pénétrera dans Tempire d'Abyssinie. Une compagnie marseillaise, de 1868 à 1871, acquit sur la côte d'Arabie le port de Gheïkh-Saïd; l'État français n'en a pas encore pris effectivement possession.

En Océanie nous avons fait valoir et nous maintenons nos droits sur l'archipel des Nouvelles-Hébrides et sur d'autres lies.

Dans rindo-Ghine, le Tonkin a été conquis après quatre années de laborieuses campagnes (1881 -i 885), l'empire d'Annam soumis à notre protectorat, le roi de Siam forcé de reconnaître nos droits sur la rive gauche du Mékong (1897). L'indo-Chine française est déjà dotée de son premier réseau de chemins de fer.

Par une série de conventions avec la Chine (1895-1897), nous avons obtenu d'elle la cession de la baie de Kouangtchéou-Ouan, voisine du Tonkin; l'extension de la concession française de Shang-haï; l'assurance que ni la grande lie de Haïnan ni les trois provinces chinoises limitrophes du Tonkin (Yunnan, Kouang-Si, Kouang-Toung) ne seraient

jamais aliénées, sous quelque forme que ce fût, à aucune autre puissance européenne (ce qui assurait Tinfluence et les droits éventuels de la France sur ces quatre pays) ; la promesse de confier à des ingénieurs français la reconstruction de Parsenal de Fou-tchéou, à un Français la direction générale de ses postes; enfin la concession de lignes de chemins de fer pénétrant dans le Yunnan et dans le Kouang-Si.

Ainsi l'orientation coloniale que Jules ferrt, lors de ses deux présidences du conseil, avait, par ses interventions en Tunisie, au Congo, à Madagascar, en Indo-Chine, imprimée à la politique française, a été suivie de point en point par ses successeurs au pouvoir.

Dans les Antilles, Tllot de Saint- Barthélémy, cédé par la France à la Suède en 1784, nous a été rétrocédé par celle-ci en 1877. Nous avons vu plus haut comment se sont réglés les conflits entre la France et ses voisins européens en Guyane. Entre la France et TAugleterre il subsiste toujours des litiges au sujet du FrenchShore et des pêcheries de Terre-Neuve.

Abolition de l'enGlavage. — Depuis 1848, trois grandes améliorations ont été effectuées dans notre empire colonial : au point de vue social, Tabolition de Fesclavage ; au point de vue économique, la liberté des échanges; au point de Yue politique, une large autonomie.

Par les décrets du 27 avril 1848, rendus sur Tinitiative de Schœlcher, Fesclavage, aboli une première fois par la Convention, a été définitivement supprimé dans nos colonies primitives, les anciens esclaves ont été admis à jouir de tous les droits des citoyens français ; une indemnité a été accordée aux anciens propriétaires. Cette seconde abolition, d'ailleurs prévue depuis longtemps, n*a entraîné aucun désordre.

Dans nos colonies récemment acquises, on a travaillé d'abord à supprimer le trafic des esclaves ; puis à transformer peu à peu ceux-ci en travailleurs libres. A Madagascar, Tabolilion de Fesclavage, très habilement opérée par le général Gallieni, a été comme une conséquence nécessaire de Tannexion à Tempire colonial français.

Émancipation économique. — La Révolution et TEm-

pire n*ayaient rien changé à Vdincien pacte colonial ^. Sous les . deux Monarchies constitutionnelles, il ne reçut que de faibles atteintes : on autorisa les colonies à ne pas apporter toutes leurs denrées au marché métropolitain *, à recevoir certains produits de l'étranger^, à recourir à d'autres moyens de transport que la marine nationale ^. Les traités de commerce de 1860 sapèrent par la base le pacte colonial ; on ouvrait aux sucres étrangers le marché métropolitain, et dès lors les restrictions qu'on faisait peser sur l'industrie et le trafic de nos colonies ne pouvaient plus se soutenir. Le sénatus-consnlte de 1866 (4 juillet) les. autorisa à modifier leurs tarifs de douane. Certaines en vinrent à les supprimer : ce qui mit le commerce français avec nos colonies sur le même pied que le commerce étranger. Les lois de 4866 (19 mai) et de 4867 (17 juillet) ouvrirent, sauf de faibles restrictions, l'Algérie an commerce de toutes les nations.

En 1898, la France faisait avec ses colonies et pays protégés un commerce de 825 millions de francs se partageant à peu près également entre l'importation et l'exportation. C'est à peu près la dixième partie du commerce que nous faisons avec le monde entier.

Émanelpatioii polUii|ac. — Restait à donner à nos anciennes colonies l'émancipation politique. Le sénatus«mmlte de 4856 chargea le Sénat de statuer sur la plupart des matières intéressant leur organisation. Tous nos Codes y avaient été ou y furent introduits. Une colonie fï>ançaise eut, en général, un gouverneur^ assisté de trois chefs de service : ïordonnateur, pour la guerre et les finances ; le directeur de Vintérieur, pour l'administration locale ; le procureur général, pour la justice; plus rarement un commandant militaire» On institua des conseils généraux ou coloniaux^ des conseils municipaux ^, qui reçurent peu à peu la même

1. Voir notre Histoire de la civilisation française^ t. II, p. 254.

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