‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 93 sur 116 · CHAPITRE XXX LA MINORITÉ DE LOUIS XIV : LA FRONDE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX LA MINORITÉ DE LOUIS XIV : LA FRONDE

La Fronde s ses trois éléments. — Richelieu avait détruit tout ce qui servait de ôontrepoids à l'autorité royale : on pouvait l'accuser d'avoir anéanti l'ancienne constitution, française. Du même coup, il avait ôté à la royauté la garantie de l'ancien droit, et changé en crainte l'affection' qu'on lui portait au temps de Louis XII et de Henri IV. En formulant une théorie nouvelle de gouvernement, il avait réveillé l'esprit de discussion.

Cette incertitude nouvelle sur la situation respective du roi et de ses sujets se manifesta clairement à la première émotion que causèrent les troubles de la Fronde. « Le Parlement gronda, dit le cardinal de Retz, et sitôt qu'il eut seulement murmuré, tout le monde s'éveilla; on chercha comme à tâtons les lois ; on ne les trouva plus. On s'effara,, on cria, on se les demanda; et, dans cette agitation, le peuple entra dans le sanctuaire ; il leva le voile qui doit toujours couvrir tout ce que l'on peut dire et tout ce que l'on peut croire du droit des peuples et du droit des rois, qui ne s'accordent jamais mieux ensemble que dans le silence. »

La royauté traversait alors la nouvelle épreuve que lui ménagèrent une nouvelle minorité et une nouvelle régence. Une dernière fois, les forces sociales et politiques, violemment comprimées sous la main de Richelieu, firent réaction. Les magistrats, qu'il avait dépouillés de leurs droits politiques et qu'il avait troublés dans l'exercice même de la justice ; les princes et les nobles, dont il avait ruiné l'importance dans les conseils du roi au profit des ministres et qu'il avait traqués jusque dans leurs manoirs; le peuple^

qu'il avait prétendu réduire à la situation d'une multitude taiUable à merci, se soulevèrent une dernière fois sous les faibles successeurs du cardinal. A travers toutes les péripéties de la Fronde, dans chacune de ses périodes, on retrouve toujours, tantôt séparés, tantôt confondus, ces trois courants d'idées et de passions. Dii commencement à la fin, il y eut toujours une Fronde parlementaire, une Fronde princière et nobiliaire, une Fronde populaire.

f • Fronde parlementaire. — Le parlement de Paris, qui avait été appelé à décerner la régence à Anne d'Autriche et dont la régente avait' expressément déclaré vouloir suivre les conseils, ne se résigna pas au rôle silencieux auquel on prétendit ensuite le condamner. La reine était Espagnole, le premier ministre, Mazarin, et le surintendant des finances, Particelli d'Emeri, étaient Italiens. Ces trois étrangers, sous l'autorité d'un roi de cinq ans, usèrent sans ménagement des expédients de finance que semblaient autoriser les viciçuses habitudes de la monarchie. Védit du toisé, qui imposait une amende aux propriétaires qui avaient bâti dans les faubourgs de Paris ; Yédit du tarif, qui augmentait les droits sur les denrées à leur entrée dans la capitale ; la banqueroute royale, qui retrancha leurs rentes aux rentiers, irritèrent toutes les classes. Védit de rachat, qui suspendait les garanties accordées aux juges par l'édit de la Paulette, à moins qu'ils se consentissent à l'abandon de quatre années de leurs gages, s'attaquait directement aux magistrats.

Li'arrêt d'union. — Alors les magistrats des quatre cours souveraines, Parlement, Chambre des comptes. Cour des aides. Grand Conseil, s'unirent « pour servir le public et le particulier et réformer les abus de l'État ». L'arrêt par 'lequel elles se réunirent s'appela l'arr^^ d'union (13 mai 1648).. Les parlements et les cours des aides de province y adhérèrent. Les magistrats de la France entière, en l'absence d'une constitution, se crurent appelés à prendre la place des États généraux et à porter remède aux maux de la monarchie. Le parlement de Paris était d'autant plus encouragé à cette entreprise qu'à ce moment même le parlement d'Angleterre faisait une révolution contre la royauté britannique.

t^» assemblées de la ehambre Salnt-I^nis. — Les

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quatre cours souveraines, réunies dans la chambre Saint- Louis, au Palais de Justice, formulèrent en vingt-sept articles une véritable constitution qu'elles proposèrent à la sanction royale. Les articles les plus importants étaient le troisième et le sixième.

' Les parlementaires venleat donner à la France nne eonsiUntion. — Le troisième article statuait qu'aucune imposition ou taxe ne pourrait être levée qu*en vertu d'édits enregistrés par les cours souveraines, sans que le roi pût, à l'avenir, forcer leur consentement. L'exécution de ces édits serait réservée aux cours souveraines.

Le sixième article établissait qu'aucun des sujets du roi, de quelque qualité et condition qu'il fût, ne pourrait être détenu prisonnier plus de vingt-quatre heures sans être interrogé et remis à son juge naturel.

Ainsi la nation ne pourrait plus être taxée arbitrairement par la royauté, et aucun des sujets du roi ne pourrait être retenu arbitrairement. Ce sont là les deux libertés primordiales et fondamentales. Les Anglais les possédaient déjà, car leurs rois ne disposaient que des fonds votés par le parlement, et une ancienne loi; dite de Vhabeas corpus, garantissait tout sujet britannique contre un emprisonnement non motivé. Seulement, d'après le projet des magistrats français, ce n'était pas comme en Angleterre, une représentation du pays qui serait investie du droit de consentir l'impôt, mais une oligarchie de deux cents magistrats, qui avaient acquis leurs charges à prix d'argent. C'était donc une garantie insuffisante; mais enfin c'était. une garantie, et la prétention des parlementaires fut bien accueillie de l'opinion.

D'autres articles supprimaient les intendants et les commissions extraordinaires, rendaient responsables les gouverneurs de prison et geôliers qui se prêteraient à des détentions arbitraires. Le Parlement s'occupait des finances pour réduire d'un quart toutes les tailles, et de l'armée pour assurer le payement régulier des soldats et décréter la peine de mort contre ceux qui s'écarteraient des routes d'étapes ou commettraient quelque désordre.

Les parlementaires se retirent de la lutte. — Il s'agissait de savoir si la royauté, après s'être affranchie du contrôle des États généraux, se mettrait en la tutelle des magis-

trats. La cour essaya d'un coup d'État, qui amena la journée des Barricades (26 août 1648) et le soulèvement de Paris. Alors commença la première guerre de la Fronde, dans laquelle les magistrats furent soutenus à la fois par les princes et par la démocratie parisienne.

Les parlementaires qui, malgré leurs entreprises contre l'autorité royale, n'en étaient pas moins les gens du roi, ne pouvaient sympathiser longtemps avec les intrigues des grands seigneurs et la turbulence du peuple. Quand ils apprirent que le parlement anglais avait fait décapiter son roi, Charles I*', et quand ils virent que Taristocratie fran-^ çaise faisait des traités avec l'Espagne, ils s'effrayèrent et, à deux reprises, se rapprochèrent de la cour. Par le traité de Saint-Germain (24 octobre 1648), la reine sanctionna les vingt-sept articles de la chambre Saint-Louis; par la convention de Rueil (mars-avril 1649), elle revint sur ces concessions, interdit les assemblées de magistrats, maisconsentit à diminuer quelques impôts et à maintenir la suppression des intendants.

2* Fronde princière. — Les nobles avaient un autresouci que celui des libertés publiques. Ils avaient à leur tète, soit des princes du sang royal, comme les Condé, les Gonti, les Beaufort, soit des seigneurs ayant des possessions en pays étranger, comme le duc de Bouillon. Gelui-ci voulait recouvrer sa forteresse de Sedan, que Richelieu lui avait enlevée; ceux-là voulaient rentrer dans le conseil du roi, afin de se partager comme autrefois les pensions, les places et les gouvernements.

Quand le Parlement traita avec la cour à Rueil, l'aristocratie essaya aussi de traiter ; mais ses conditions auraient entraîné un nouveau démembrement de la France. Bouillon réclamait Sedan, Turenne le gouvernement de l'Alsace, la Trémoille celui du Roussillon, Beaufort celui de la Bretagne.

Gomme ils avaient en vue, non l'intérêt général, mais leur intérêt particulier, ils passaient sans scrupule du parti de la cour à celui de la Fronde. G'est ainsi que Gondé, qui combat pour le roi dans la première partie de la guerre, se tourne contre lui dans la seconde partie, livre aux armées royales les combats de Bléneau, d'Étampes et du

faubourg Saint-Antoine (1652), se met ensuite à la tête des armées espagnoles dans les batailles d'Arras (1654) et des Dunes (1658). Turenne, au contraire, est d'abord contre le roi, bien qu'il s'intitule : « lieutenant général pour le roi » et se fait battre à Rethel (1650) par les troupes royales; puis il se met au service de la cour et lui assure la victoire sur Je prince de Condé.

Ce n'étaient pas seulement leurs intérêts qui faisaient agir les grands, mais aussi leurs caprices, leurs intriguer amoureuses. C'est pour plaire à la duchesse de Longueville que le duc de Longùeville, son mari, le prince de Conti, son frère, le duc de la Rochefoucauld et plus tard Turenne, tous deux séduits par elle, se sont révoltés. Le grand rôle alors attribué aux femmes donne à la Frondenobiliaire un caractère de frivolité que n'avaient pas eu même les prises d'armes sous Marie de Médicis. Les dames de Chevreuse, de Montbazon, de Beaufort, de Pons, sont d'ardentes frondeuses. Mlle de Montpensier se fait « générale » de la Fronde et s'entoure de brillantes « maréchales de camp » ; elle tire sur les troupes du roi le canon de la Bastille. Anne de Gonzague, princesse palatine, dirigela diplomatie des rebelles. La Fronde nobiliaire, c'est une guerre de jeunes gentilshommes et de belles dames, unepartie de plaisir. Ajoutez à cette bande joyeuse un prélat très mondain, Paul de Gondi, qui intrigue à la fois pour la cour et pour le Parlement, et dont l'ambition la plus haute est d'obtenir le chapeau de cardinal. Tous ces grands sei-^ gneurs, avec leurs domestiques, soulevèrent non seulement Paris, mais la Normandie, le Poitou, la Guyenne, Bordeaux, où La Rochefoucauld osa faire exécuter un officier du roi..

3« Fronde populaire. — Le troisième élément de la Fronde, c'était la démocratie de Paris et des grandes villes. Les Parisiens , lorsque la cour fit arrêter le bonhomme Broussel, avaient élevé en quelques heures douze cents barricades; cent mille hommes s'étaient armés de mousquets et aussi d'arquebuses, de piques, de hallebardes, qui avaient figuré à la première journée des Barricades, sous Henri IIL Ils obtinrent ainsi la liberté de leur idole. Puis leurs railleries et leurs outrages contraignirent la reine à fuir de Paris et à se réfugier à Saint-Germain. Les milices parisiennes^

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commandées par les gentilshommes, soutinrent un siège contre Tannée royale, commsmdée par Condé. Le vieil esprit démagogique se réveilla. On parla d'imiter les Anglais qui avaient renversé leur roi, les Napolitains, qui, avec le pêcheur Mazaniello, avaient chassé le vice-roi espagnol, u Les peuples, disait un pamphlet, ont le droit de faire la guerre aux rois, de changer leurs lois, de porter la couronne dans une autre famille.... Cette monarchie est trop vieille; il est temps qu'elle linisse. »

La bourgeoisie put craindre un moment de voir le petit peuple se tourner contre elle : en 1652, celui-ci envahit rHôtel de Ville, à Tinstigation de Condé, et massacra les mazQrins, c'est-à-dire les officiers municipaux et les notables. La démocratie risquait de tourner en démagogie.

Len MasarinAdes. — La sédition parisienne fut accompagnée de chansons joyeuses ou malignes, qui retentissaient dans tous les carrefours, et d'un débordement de pamphlets •en prose et en vers, tel qu'on ne l'avait jamais vu, même au temps de la Ligue, et qu'on le verra à peine au temps de la Révolution. Tous les beaux esprits de Paris riment •des satires contre « le Mazarin ». Le cardinal, qui prononçait comme un Italien, ayant appelé l'arrêt d'union un arrêt cP oignon, on lui répond :

Cet oignon te fera pleurer, ^i ne pourras le digérer.

On n'épargne ni l'autorité royale, ni l'honneur de la reine mère, qu'on appelle « Madame Anne ». Une chanson célèbre insolemment « l'amitié que la reine porte à Mazarin ». Une Chanson va jusqu'à faire dire au jeune roi :

Maman est Mazarine Et je suis Mazarin.

Ces pamphlets, qu'on appela MazarinadeSy et qui se publiaient souvent en feuilles volantes, forment aujourd'hui près de cent gros volumes.

Dans un de ces pamphlets, intitulé « Remerciements des imprimeurs à Mazarin », on lit : « Une moitié de Paris imprime ou vend des imprimés. Le Parlement, les prélats.

les docteurs, les prêtres, les moines, les ermites, les religieuses, les chevaliers, les avocats, les procureurs, leurs clercs, parlent et écrivent du Mazarin. Les colporteurs courbent sous le poids de leurs imprimés au sortir de nos portes *. »

IjM Fronde en province t Bordeaux. — Même agitation dans les grandes villes. Après Paris, Bordeaux devint un moment la capitale de la Fronde. L'association dite de YOrmée, recrutée dans la partie pauvre de la population, constitue un gouvernement démocratique, nomme des généraux, des officiers, des juges, tient tète aux princes et aur parlement de Bordeaux, qui sont la Fronde aristocratique, se rend maîtresse de THôtel de Ville, y arbore un drapeau rouge, établit un emprunt forcé sur les suspects et lève une armée révolutionnaire.

Misères des eampagnes pendant la Fronde. — Le peuple des campagnes n'avait pas pris part à la Fronde ; mais il en souffrait cruellement. Il était foulé, maltraité, dépouillé de son dernier morceau de pain. Près de Soissons, un paysan est attaché à la queue d'un cheval fougueux et mis en pièces. Ailleurs on ficelait un chat sur le dos des manants, et on fouettait cette bête jusqu'à ce qu'elle eût mis en çang les victimes. On pendait les paysans par les pieds dans leur cheminée, et on les asphyxiait avec la fumée, ou bien on leur chauffait la plante des pieds jusqu'à ce qu'ils eussent avoué où était leur argent ». La Picardie et la Champagne étaient horriblement dévastées par les Suisses, les Allemands, les Polonais, les Suédois et

1. Citons le Passeport de Masarin^ V Adieu de Mazarin^ VIdole renversée^ le Ministre d'État flambé, la Tarentelle écrasée, les Méditations du cardinal Mazarin, « avec l'oraison qu'il a composée pour la réciter quand il sera sur réchafaud », les Soupirs et regrets des nièces de Mazarin^ les Quarante' cinq faits criminels du cardinal Masarin, VEnvoi de Mazarin au Mont Gibet, Lettre de Polichinelle à Jules Mazarini, etc.

2. Un fait donnera une idée de la licence des soldats. « Dans un village, ils s'emparent d'une chèvre, la coiffent du bonnet d'une vieille femme qu'ils ont tuée, la mettent dans le lit et vont chercher le curé pour lui administrer les derniers sacrements de l'Église catholique. Arrivé auprès de l'animal, le curé s'aperçoit de l'indigne comédie dans laquelle on veut lui donner un rôle. Il est mis à mort avec toutes sortes de cruautés par suite de son refus. » Or, si l'on osait traiter ainsi un prêtre, comment devaiton traiter les paysans?

autres bandes luthériennes du baron d*Erlach, par les mercenaires anglais* ou irlandais, catholiques pour la plupart, de lord Dighby; TAnjou par les soldats du duc de Brézé; la Normandie, la Guyenne, la Saintonge, le Poitou, le Lyonnais^ par les troupes des deux partis. Le prince de Condé se distinguait entre tous par sa froide cruauté et son mépris pour les souffrances du peuple. On ne trouvait pas une âme aux environs de Paris. Une partie d'Épemay était brûlée et mise à sac par le régiment de Palluau. La Fronde, qui pour les nobles fut une gUerrette, ou une guerre pour rire, comme l'appelle Tallemand des Héaux, répandit la dévastation et la misère dans les campagnes. Comme elle venait après les ravages de la guerre de Trente ans et qu'elle s'aggravait de la guerre contre l'Espagne, elle achevait d'épuiser le pays *. Tant sous Richelieu que sou& Mazarin, la guerre de Trente ans fit perdre à la Lorraine, à la Franche-Comté, à la Picardie, près de la moitié de leur population. La Franche-Comté a dû être repeuplée en partie de Savoisiens et de Dauphinois. Quant à la Fronde proprement dite, elle ne laissa pas une province intacte : elle ruina la Provence comme la Normandie, la Champagne comme la Guyenne, anéantit le commerce de Marseille et de Bordeaux aussi bien que celui de Paris. Callot, le célèbre graveur lorrain, nous a laissé dans ses collée-

1. Ces ravages ont laissé un souvenir si profond que, dans nos campagneSf il y a des expressions proverbiales qui datent de ce temps. Armée de Gallcu, en Bourgogne, signifie un rassemblement de bandits, car Oallas, général autrichien, avait cruellement ravagé la province au temps de Riche-^ lieu. Un mauvais sujet, en Picardie, s'appelle un Derlaque{d'Er\hoh);en Bourbonnais, un Polaque (Polonais) En Franche-Comté, en Lorraine, en Alsace, c'est des Suédois qu'on se souvient. Notez que ce d'Erlach n'était pas un méchant homme ; dans une lettre à sa femme, il se plaint des ravages de ses hommes : « Nos troupes se conduisent fort mal et pire que l'ennemi, de sorte que nous sommes détestés de toute la France, tellement que la bonne réputation que je m'y étais acquise souffre beaucoup ; mais n'y pouvant rien, je m'en rapporte à Dieu qui sait que ces désordres ne viennent pas de moi. » Que faire en effet avec des troupes recrutées ordinairement d'aventuriers et de bandits de toutes nations, habitués à ne recevoir aucunesolde et à vivre sur le paysan, déguenillés, affamés, endurcis à tous le» crimes et à toutes les horreurs de la guerre? Mazarin et les princes frondeurs avaient pris h leur solde tout ce qu'il y avait en Europe d'aventuriers disponibles, Allemands, Suisses, Polonais, Suédois, Anglais, Irlandais, Italiens, Espagnols, Croates; et tous les mauvais sujets de France, nobles ovr roturiers, se joignaient à eux.

tions d'estampes, dans ses BoItémienSf dans ses Supplices, •dans ses Misères de la guerref la vive peinture des malheurs de ce temps.

Rôle de saint Vlneent de Panl. — Tandis que le gouvernement royal était indifférent, plus qu'il ne l'avait Jamais été, aux souffrances des peuples, la charité se mit à l'œuvre pour soulager tant de misères. Vincent de Paul ou Depaul (1576-1660), dont l'Église a fait un saint, avait •connu l'infortune. Dans sa jeunesse, il avait été pris par ■des pirates et vendu comme esclave à Tunis. De retour en France, il avait été poursuivi pour une fausse accusation •de vo]. Il apprit ainsi à compatir aux misérables. Curé de Ghâtillon-les-Dombes, il institua une confrérie de charité qui servit de modèle à un grand nombre d'associations semblables. Missionnaire, il s'employa à soulager les prisonniers : une légende raconte qu'en 1622, visitant le bagne de Marseille, il prit la place d'un forçat dont le désespoir l'avait touché. Vers 1623, il établit la congrégation des Pères de la mission pour instruire le peuple des campagnes. En 1634, il fonda les Sosurs de charité. Il s'employa à recueillir les enfants abandonnés et intéressa à leur sort de nobles dames. 11 répandit des secours dans la Lorraine, dévastée par la guerre de Trente ans, et plus tard dans les environs de Paris, saccagés par la guerre de la Fronde. Il eut ensuite à soigner les pestiférés, car Fépidémie suivait le passage des armées, les ravages de la famine et de la guerre : en 1647, Rouen avait perdu par la peste 17 OQO habitants; en 1650 le mal des ardents reparut à Paris et dans les environs. Vincent de Paul mérita des pauvres le surnom d' « intendant de la Providence » et reçut, dans une lettre officielle du lieutenant-général de Saint-Quentin, le titre de « Père de la patrie ». Il mourut en 1660, à quatre-vingt-quatre ans.

Goiifséquenceii de la Fronde. — Au temps même où le soulèvement contre la royauté avait été général, il était trop évident que les parlementaires ne pourraient s'entendre longtemps avec les princes, ni ceux-ci avec le peuple. La royauté finit par avoir raison des uns et des autres.

L'échec de la Fronde parlementaire aboutit à la ruine •de toute influence politique pour les magistrats. En ren-

trant à Paris, la cour, fit « très expresse défense aux gens du Parlement de prendre ci-après aucune connaissance des affaires générales de TÉtat et de la direction des finances ». Quand cette assemblée essaya de discuter sur certains édits bursaux, on sait comment elle fut traitée par Louis XIV. L'échec de la Fronde princière désarma pour toujours les nobles et força Condé, leur chef, à se réfugier chez les Espagnols. L'échec de la Fronde populaire entraîna la chute des dernières libertés municipales : Paris vit ses milices dissoutes, les chaînes de ses rues enlevées, ses magistrats électifs remplacés par des officiers du roi.

Le pouvoir royal plus absolu que Jamais. — La dernière tentative pour tenir en bride l'autorité royale venait d'échouer : l'oligarchie parlementaire, l'aristocratie nobiliaire, la démocratie des villes, avaient été également vaincues. Ce dernier effort laissait à la nation une lassitude plus grande, un plus vif désir d'ordre et de tranquillité, qui la firent, pour plus d'un siècle, se- résigner à la monarchie absolue.

Ainsi, après chaque période de lutte, la royauté se retrouve toujours plus forte. La lutte contre la féodalité souveraine aboutit à Philippe le Bel ; la lutte contre la féodalité apanagée aboutit à Louis XI; la lutte contre la Ligue catholique, la république protestante, les gouverneurs rebellés, aboutit à Henri IV; après les troubles de la régence de Marie de Médicis, Richelieu constitue en fait et en droit la monarchie absolue; enfin, la Fronde ne fait que préparer le despotisme de Louis Î^V.

Ouvrages a consulter : Sainie- Aulaire, Histoire de la Fronde. — Chéruel. ffist. de France pendant la minorité de Louis XIV et Hist. de Vadminist. de Mazarin, — Moreau, bibliographie des Masarinades. — Debidour, La Fronde angevine. — Gaflarel, La Fronde en Provence. —

Gbantelaaze. Le cardinal de Rets, — V. Coasin, La jeunesse de Masarin, Madame de Longueville, Madame de CheoreusCj etc. — Feillet, La misère au tempH de la Fronde et Saint Vincent de Paul, — Loth, Saint Virt' cent de Paul,

INDEX ALPHABÉTIQUE

AdttlinistratiOll, — romaine, 43 ; — mérovingiennOt 108 ; — carolingieone, 109; — > des {premiers Capétiens, 170 ; — sous Philippe-Auguste et ses successeurs, ^1; — sous Charles VII et Louis XI, 299; — sous François I»' «t. ses successeurs, 50Ô; — sous Henri IV, 547 ; — sous Richelieu, 583.

AffiranohiBsementB , — à l'époque romaine, 38; — à l'époque franque, 103; — à l'époque féodale, ^; — ordonnance de Louis X, <^9 ; — s'arrêtent pendant la guerre de Cent ans, «66; — demandés aux Etats générant de 1614, 551. esclaves sarrasins affranchis, 440.

Afrique, ' — les Français en Afrique, au XV* siècle, 415; — au XVI», 464; — au xvii% 465.

Igrloaltare, — gauloise, 27 ; — galloromaine, 52; — progrès amenés par les Croisades, 199; — ruinée pendant la guerre de Cent ans, §66; — état pendant le moyen âge, 391 ; — à l'époque de la Renaissance, 493;— sous Henri IV, 549; — ruinée pendant la Fronde,

Aides, — féodales, 128; — imposées aux paysans, 157 ; — perçues par les premiers Capétiens, 173;

— volées par les Etats généraux, sous Philippe le Bel, 226 ; — pendant la guerre de Cent ans, 268 ;

— régularisation de leur perceotion, de Charles V à Louis XI , 300; — sous François 1" et Henri II, 512. — Voyez Cour des

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