‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 108 sur 182 · PROJET DE VOYAGE AU MISSISSIPI · texte numérisé non relu

PROJET DE VOYAGE AU MISSISSIPI

bonnes dispositions de leurs esprits & de leurs cœurs. Touché de ce récit, M. de Queylus écrivit à M. Dollier, par le retour de Tesclave, & lui manda que, puisqu'il voulait se dévouer au salut des sauvages, il semblait que la Providence lui en offrait une favorable occasion par le moyen de cet homme qui pourrait le conduire chez des nations encore inconnues aux Français, & que ces nations auraient pcut-ctre plus de docilité à écouter les Missionnaires que n en montraient tous les autres sauvages auprès desquels on n'avait pu faire encore presque aucun fruit. A Touverture de la lettre, M. Dollier, ravi de cette proposition, fit grande amitié à l esclave, s'ellbrça d'appieiidi c quelques mots de sa langue, & tira de lui la promesse quil le conduirait dans son pays, éloigné de Villemarie de sept à huit cents lieues. Sans attendre même que les sauvages avec lesquels il hivernait eussent quitté les bois , il se ( t ) Bibliothèque sépara d eux & alla trouver M. de Queylus, qui résolut de impéiuie; voyage d«

I • j- • j XM n ^ . . I • MM. DolKer » de

!u! adjoindre M. Barthélémy pour cette mission loin- oaiinéc, sapi^mcnt

taine ( l ). Françaii, a» »40o, i.

M. de Laval arriva sur ces entrefaites à Villemarie, m. ok l4val donkk a & de.^ qu il fui informé du dessein de M. de Queylus, il l'approuva, le loua hautement & donna à M. Dollier des lettres de pouvoir, assez semblables à celles qu'il avait remises à M. de Fénelon Tannée précédente. Ces lettres, datées du 1 5 mai 1 669, sont une nouvelle preuve du dévouement de M. de Laval aux Religieux de la Compagnie de Jésus, dont il fait un très^bel clo.^c, en recommandant à jM. Dollier de se conformer en tout à leurs pratiques, & de les consulter dans les occasions. Ce Prélat y dit entre autres choses que M. Dollier s'était senti attiré de Dieu à travailler à la conversion des sauvages, dans ics nations qu'on nomme Outaouas, placées à une grande diflance (2). (i) Greffe de ville.

II désignait par là, non les Outaouas proprement dits, chez Z^'^^ôt lesquels les Pères Jésuites étaient déjà allés en mission (3) ; (3) aeietion de 1 663, maislespeuplesvoisinsduMissîssipi.C'eltquelesOutaouas p- '7 '- ^«^i"/

*i. A . i ^ m uon de 1 1.04, p. a, tu

prétendaient que ce neuve leur appartenait, & qu aucune Rebtùmdei6C7,p.4.

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7RKS DE MISSION POf»

LE PAYS DU JUaSUStP!.

a86 Itl* PARTJB. LOUIS xtv,

nation ne pouvait y naviguer sans leur consentement, comme nous l'apprend le Père Le Mercier dans la Relation de 1667. « Ceat pour Cela^ ajoute^-il, que tous ces « sauvages, quoique fort difiérents de nation entre eux, qui • viennent en traite chez les Français du Canada, portent

(i)Rdniond«i667, « lenoR) générald*Outaouas (i). » Le même Religieux fait remarquer, dans la Relation de 1670, qu'on donnait aussi le nom d'Outaouns tous les Algonquins supérieurs, • parce « que, dit-il, de plus de trente nations différentes qui se « trouvent en ces contrées, les premiers qui sont desccn- « dus vers nos habitations Françaises ont étédcsOutaouas,

(i)Hci.iiondciÔ7.>, « dont le nom ell demeuré ensuite à toutes les autres

P- k nations (2). »

iU.

M. LA ULLC VEUT AL> LER BB'IOlfNAmB LB MIUU8IPI ET CHKIlo

Dans ce même temps, le jeune Cavelief La Salle,

„ „ Venait d*6lablir un commencement de village dans rîlë

CHEK UN PASSAGE de Montréal , sur la seigneurie que le Séminaire lui avait KWK hA anus. donnée, faisait de son côté ses préparatife pour un Voyage

qu'il méditait depuis longtemps dans les pays mêmes où M. Dollier avait résolu de se rendre. Des Iroqiiois de Sonnontouan , venus à Villemanc dès l'automne de iô68, pour la traite 8t pour la chasse, s'étaient arrêtés assez longtemps à la côte de Saint-Sulpicc, cliez M. La Salle, êc lui avaient parlé d*une grande rivière qui aboutissait à la mer. Ils la nommaient Ohm, & assuraient qu'on n'arrivait à son embouchure qu'après huit ou neuf mois de marche. On voit par là qu'ils désignaient sous ce nom le fleuve de Mississipi aussi bien que la rivière d'Ohio qui se décharge dans ce fleuve. Au refte, ces deux noms avaient une signification analogue; car Ohin veut dire, en Iroquois, belle rivière, h signifie, en outaoud,

grande rivière. Aussi M. Dollier fait-il remarquer que les Iroquois appelaient Ohio la même rivière que les coleKtToi! Owtaouas nommaient JI/«ji55/>; (3). L'amour du caftor, & tario, par M. DolNer. plus encore Tespérance de trouver le chemin de la Chine Biwtotwquc înn <?- par de fleuve, que M. La Salle croyait se décharger dans

rlale, Supplément * • « i^,. < • . .

Frifif*i«, n* 1165. Ifl mer du Sud, étaient les motifs qm rengageaient à entre-

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prendre ce voyage; car les difficultés que les Français éprouvaient pour arriver à la Chine, en côtoyant l'Afrique & en passant par le cap de Bonne-Espérance, leur faisaient désirer depuis longtemps de trouver un passage par TAmcrique, cette idée flatteuse encourageait la plupart des navij^atcurs qui exploraient le Canada (*).

Dans leur Relation de Tannée 1670, les Jésuitefl la donnaient comme Tun des motifs qui leur faisaient souhaiter d'entreprendre eux-mêmes un voyage vers la mer du Nord, t pour s'assurer, disalent-iis, de la véritd « des conjefbires assez fortes qu'on a depuis longtemps « qu'on i^ourrait passer, par là, jusqu'à la mer du Japon, « 8c faciliter le trajet & ensuite le commerce (i). » Cette (1) Rci«itiondei67o, préoccupation étant alors si générale, il n'crt pas étonnant f'^^' que La Salle, après avoir entendu dire i\ ses sauvages quô le Mississipi se déchargeait dans la mer, ait formé le projet d'aller reconnaître ce fleu\ e, dans l'espérance de décou* vrir le premier un passage qui devait avoir pour le com« merce de si grands résultats.

Mais, avant d'entreprendre ce voyage, il lui fallait des ^

rOKOS MÉCeS»AIRES A

•OK vaTAiO^ m, wm LA liais rwn t4

UIGNKtAlK.

{*} Champlain avait ambitionné de faire cette ddcouvcrtc, & c'était la plus granJe gluirt: que lui :>ouliaitiiit Lescarbot daui ses verst

(^uc si tu viens à chef «le ta beile entreprise^ On nit p«ut «ftitner combien de gloire un jour AcqueiTM i ion nom qut d4)t chacun prise { C«r d'un fleuve infini tu cherches l'origine. Afin qu'A r«venlr, jr Mitnt ton sdjour,

T\i noua fiuM par M panrvoir i J« Chint <•)» . j i.es Muses de ta

^'ouvciie-FraRce, par

il lui disait :

Fnis que, put te d'im trait léger.

Sur l'aile de ta hirm; ccbinc,

Je r.mniintc au peuple étranger, ',3; IbiJ, Att Roif

Qui demeure au fond de la Chine (3;. 7.

288 m* PARTIE. LOUIS XIV.

fonds pour se procurer les hommes 8c l'équipement nccessaircs, 8»: I.a Salle avait employé toutes ses faibles res- • sources, apportées de PVance, à faire, comme on Ta dit, quelques défriciicniciUs, & à comaicuccr des coiiltrucf ions de bâtimeiits sur son fi^ de Saint>Sulpice. Passionné pour cette découverte y & voulant à tout prix se procurer les secours nécessaires à son dessein, il eut recours à M. de Queylus, ou plutôt au Séminaire, à qui il offrit de vendre la seigneurie qu'il avait reçue de lui gratuitement. En vue de favoriser ce voyage, le Séminaire lui en acheta , en etfct, la plus grande partie, le 9 janvier 1669, pour la somme de mille livres, pavablcs en marchandises, à Tarrivée des vaisseaux de cette année à Québec; &, en outre, M. de Queylus promit de faire toucher une autre somme (I) Greffe de Vîik- à un uonuiié LhuiUcF pour le compte de La Salle (i). En î«n»por, de Salle n>ut pas d abord Finten-

BMUTie de Sunt-s»i. tiou de renoncer à sa seigneurie. Aussi retint-il pour lui f*^' la propriété de la partie qui formait son domaine, com*

posée de quatre cent vingt arpents, sur laquelle étaient les bâtiments commencés, & en outre se réscrva-t-il la jouissance de cinquante arpents, situés dans les prairies & le lac nommé de Saint-Pierre ; et comme le Séminaire désirait, de son coté, que î.a Salle conservât en fief, avec tous les droits seit^neuriaux . cette partie qu il avait retenue, M. de Queylus lui donna, le 1 1 janvier 1669, un titre écrit par lequel il érigeait ces quatre cent vingt arpents en fief noble. Mais, par un changement qui dut surprendre M. de Queylus & faire soupçonner La Salle de légèreté ou d'inconflance, ce dernier, jugeant qu'il n%vait pas en main les ressources nécessaires à son expédition, vendit, le 9 février suivant, à un taillandier, Jean Milot , déjà nommé, cette même seiîîneurie, 8: lui céda ainsi tous les droits de fief noble que le Séminaire venait de lui accorder à lui-même (*}. La Salle vendit le tout pour la somme de

(*) Par le cmitrat de cette dernière vente, on voit qu'il y avait

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