ENVOIS DE NOUVEAUX MISSIONNAIRES
(i) Journal des Jésuit s, 2S août 16Ô7.
NOUVEAUX MISSIONNAI- KES ENVOYÉS DU SÉ- MINAIRE DE SAINT- SULPICE DE PARIS.
fait le 23 du irois d'août 16^:7; 8:, cinq jours après, M. de Tracy partit de Québec pour la France, sur le vaisseau le Saiiit-Sébafticn, quittant ainsi le Canada pour toujours (i).
De ces paroles qu'on vient de rapporter plus haut : M. de Tracy soutient l Église, ce qui nous fait craindre qu'on ne le rappelle l'an prochain, on ne doit pas conclure que M. de Courcelles & M. Talon ne prêtassent pas leur concours à rétablissement de la religion en Canada. Si la Mère Marie de l'Incarnation parle de la sorte, c'efl que ces deux derniers, ayant reçu du Roi les inflrudions particulières dont nous avons parlé, & étant d'ailleurs invertis de pou^■oi^s extraordinaires qui leur attribuaient une autorité comme souveraine dans Tordre temporel, agissaient par eux-m.êmes dans ces sortes de matières, sans le concours du clergé, comme ils firent dans la taxe de la dîm.e; ce qui, dans les commencem.ents, devait les faire soupçonner d'être miOins favorables à l'Eglise, à cause de ce nouveau régime auquel on n'était point encore accoutunié. Nous allons voir, au contraire, combien, en ve Tant aux intérêts des particul ers, ils curent à cœur, conformément aux intentions du Roi, de procurer le bien de la religion, d'abord en attirant en Canada de nouveaux missionnaires. Louis XI'V s'étant proposé de former dans ce pays une colonie ent'.èrement catholique, Tun des premiers objets de sa sol'icitude fut d'y augmenter le nombre des ouvriers évangéliques, tant pour accélérer la conversion des sauvages, que pour fournir des moyens de sandification nécessaires aux premiers colons. On a vu déjà i^^ qu'en 1660 la Cour avait défendu à M. de Bretonvilliers d'envoyer en Canada aucun de ses Ecclésiafliques, qu'on se plaisait à représenter alors comme opposés à l'autorité du Saint-Siège & capables de faire un schisme dans ce ^ ^" ' Archives de la
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pays (2). Une calominie si invraisemblable & si violente rica i, Canada, zbo. devait tomber bientôt d'elle même; aussi la Cour, mieux ^'^'^'''^ ''^ "°"" ■'''
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imormee, qui désirait avant tout d y procurer 1 établisse- iôGo, foi. 20, 22.
l68 III*= PARTIE, LOUIS XIV.
ment solide de la religion, invita elle-même M. de Bretonvilliers à y faire .passer des prêtres formés de sa main. Elle fît cette demande avec d'autant plus de raison, que les Ecclésiaftiques envoyés du Séminaire n'étaient point à la charge du Roi ni à celle du pays, chacun d'eux s'entrete-
i nant de ses propres revenus & faisant même des largesses aux habitants pour les aider à s'établir à Villemarie. L'an-
' née précédente, M. de Bretonvilliers en avait envoyé quatre, ce qui fut un renfort considérable, alors qu'il n'y avait encore à Québec que huit prêtres séculiers, en comprenant même dans ce nombre TÉvêque & ses deux vicaires ,1) Archives de la généraux (i). Ccs quatrc Missionnaires étaient M. Dollier
marine recensement ^^ CasSOU, déjà UOmmé ; M. GillcS PérOt, du diocèsC de
de io66, art. Québec. ^ ' ' ' •
Chartres, & deux autres du diocèse de Rouen, M. Fréta) Catalogue d'en- moiit & M. Jcau Cavalicr (2), frère du sieur de la Salle, tréc du séminaire de ^^^^ -j g^j.^ parlé daus la suite. L'année d'auparavant, ils
baint-Sulpice a Pans, . ^ r :>
p. in, ôo, i)3. avaient été précédés par un autre Missionnaire, M. Michel
Barthélémy, autrefois chantre à la paroisse de Saint-Sul- {i) Deuxième Mé- picc à PaHs (3), & qui fut employé plus tard à l'inftruction des Algonquins. Ces nouveaux ouvriers ne pouvaient arriver plus à propos; les Trois-Rivières se trouvant destituées de paffeur l'année suivante, M. Souart, de l'agrément de M. de Laval, y envoya M. Frémont, qui fit paraître beaucoup de dévouement pour le bien spirituel des colons de ce pofle (*).
(*) M. Frémont s'embarqua dans une biscaïenne avec plusieurs personnes qui l'accompagnèrent, quoique la saison d'automne fût déjà bien avancée. Ils pensaient tous être rendus en peu de temps aux Trois-Rivières, lorsqu'un vent contraire les ayant d'abord arrêtés, & ensuite le froid étant devenu extrêmement vif, les deux bords du fleuve Saint-Laurent se gelèrent, à l'exception du courant, que la barque suivait. Mais quand elle fut entrée dans le lac Saint-Pierre, le courant, étant alors moins fort, il se gela aussi bien que tout le relte du lac, sans que la glace qui était trop faible pût porter les voyageurs. Ils se virent dans la nécessité de demeurer immobiles dans leurs barques, au milieu du lac, sans vivres & sans feu, & môme si mal vêtus pour la saison que M. Frémont crut être obligé de donner sa couverturc à l'un de ses compagnons de voyage, qui courait risque de mourir
naoire de M. d'Allet p. 7:0.
KNVOIS DK NOUVEAUX MISSIONNAIRES. I 6q
Le Roi, sachant que M. de Laval n'était pas en état zkle de louis xiv pour d'appeler des prêtres de France & désirant d'en procurer ^'"^^ fleurir la
^ , . , , , V 1 /-. -1 RELIGION KN CANADA.
au Canada, avait impose cette charge a la Compagnie des Indes occidentales, en 1664, par Tédit même de sa création. « Comme, dans l'établissement des colonies, disait-il, « nous regardons principalement la gloire de Dieu & le a salut des sauvages, à qui nous désirons de faire con- <( naître la vraie religion, la Compagnie présentement « établie sera obligée d'y faire passer le nombre d'Ecclé- « siaftiques nécessaires pour y prêcher le saint Évangile, « & y inftruire ces peuples dans la créance de la religion « catholique, apoftolique & romaine. Pareillement elle « sera obligée d'y bâtir des églises, d'y établir des curés & « des prêtres, dont elle aura la nomination, & d'entretenir « décemment & avec honneur ces prêtres & ces églises, en « attendant qu'elle soit en état de les fonder raisonnable- « ment, sans toutefois que la Compagnie puisse changer « aucun des Ecclésiaftiques qui y sont présentement éta- « blis (i). I) Si Louis XIV dit, comme on vient de le (0Édits& ordonvoir, qu'il avait principalement en vue la gloire de Dieu bec"'i8r'''Édu^"dê & l'établissement du catholicisme en Canada, il ne faut mai 1664, p. 40. pas croire que ce ne fût là qu'une vaine formule; on voit, en effet, par les autres monuments du temps, que telle était l'intention de ce prince, & c'eft d'ailleurs ce que témoigne hautement la correspondance de M. de Laval avec le Siège Apoflolique. Ce prélat écrivait de Québec, en 1660 : « Je ne vois personne ici qui, par son autorité & « son zèle, soutienne beaucoup la religion; la plupart, « trop occupés de leurs intérêts propres, ne s'affectionnent
de froid sans ce secours. Heurcusement, un vent impétueux qui vint
à souffler de'gagea la barque & la poussa sur le bord du fleuve oppose
aux Troi.s-Rivières. De ce porte on aperçut bientôt les voyageurs; &,
malgré le danger qu'offrait alors la navigation du fleuve, à cause des \'^^ \ ' "i ?""
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glaces énormes qu al portait, on alla les chercher en canot d ccorce (2). , ç. ^^^^ ,ggg g^
M. Frémont n'arriva ainsi à son porte qu'au commencement du mois ,(557.
de décembre, & prit son logement chez M. Boucher, alors gouvcr- (3) Journal des Jé-
neur de ce lieu (3). suites, de'c. 16(^56,
Ill^ PARTIE. LOUIS XIV.
(i) Arch. de la Propagande, vol. America 3, Canada. Relatio Missiouis, année 1G60, art, 18, fol. 8.
(2) Ibid. Informatio de Statu Ecclesi(e,2i odobre 16G1, fol. 29.
(3; Ibid., fol. 58.
[û.] Archives de la Propagande, v. Soititre rifevite nei Con- {rrega^ionc, 1GG9 à
LOUIS XIV INMTE I.E SUPÉRIEUR DE SAINT- SULPICE A ENVOYER CHA(il'E ANNÉE DES MISSIONNAIRES EN CA- NADA.
« point à la propagation de TÉvanglle, quoique en France « le Roi très-chrétien & "sa mère, comme aussi beaucoup « de seigneurs & de dam.es illuftres^ ne désirent autre « chose pour ce pays (i). » Dans sa relation de rannée suivante, il ajoutait : « h ous ne souffrons ici aucune sede « hérétique; c'eft ce que le Roi m'a accordé pieusement « sur la dem.ande c|ue je lui en ai faite (2) avant de quitter « la France. » Dans une le:tre du 26 août 1604, il disait aux cardinaux de la Propagande : « Le soin & Tamour de (' nos églises sont ce qui touche surtout le cœur religieux « du Roi, &, pour cet objet, il nous accorde toutes nos « demandes (3}. » Enfin il leur écrivait, plusieurs années après :. « Quoique accablé d'un fort grand nombre d'af- « faires, le Roi très-chrétien favorise cette colonie d'une « nianière admirable, surtout par son zèle pour y pro- « pager la religion , quoiqu'il ne retire presque aucun « avantage de ce pays barbare (4). »
Comme les Ecclésiafhques envoyés par le Séminaire ne coûtaient rien au Roi ni à la colonie, ainsi qu'on l'a dit, M. Ta'on, voyant sur les lieux le besoin qu'on avait de Missionnaires, engagea la Cour à en demander de nou^■eaux à M. de Brctonvilliers, cette année 16C6: <( De « quelque côté que doive venir le secours de l'Église pour K la subsiflance de ses irjniftres, écrivait-il à Colbert, je « me sens obligé de vous le dem.ander. Il efl confiant que « M. rÉvèque de Piîtrée ne peut fournir de curés ou de « Missionnaires tous les endroits de ce pays qui en ont « besoin, s'il n'eif assifié ou par le Roi ou par la Compa- « gnie. Le fonds des dîmies, établi avec beaucoup de mo- « dération, ne peut suffire, à moins que M. de Bretonvil- « liers. Supérieur de Saint-Sulpice, ne fasse passer cinq « ou six prêtres choisis dans son Séminaire, qui ne soient « pas plus à charge que ceux qu'il nous a fait donner cette « année, pour desservir la cure des Trois-Rivières & ad- « miniflrer les sacrements aux troupes d'un ou deux de nos « Forts.; cet expédient m.e paraît le plus facile & le m.oins