MISSIONNAIRE
Motte-Fénelon, du diocèse de Périgueux, frère aîné & /
consanguin de l'Archevêque de Cam>brai, dont le nom eft devenu juftem.ent célèbre {*). Quoiqu'il n'eût encore reçu que les ordres mineurs & n'eût pas achevé ses études de
{*) Quelques-uns ont confondu M. François de Fénelon, prêtre du Séminaire de Saint-Sulpice de Villemarie, avec François de Fénelon, son frère, Archevêque de Cambrai; & ils sont excusables de s'être ain^i nr.épris, après que rauteur de la vie de ce prélat, M. de Bausset, i;ncien Evéque d'Aliiis, & ensuite cardinal, e(l ton.bé iuiméme dans cette erreur, que depuis on a lait disparaître de son ouvrage.
trée du séminaire de Saint-Sulpice de Paris, p. q3.
théologie, il témoigna un si vif désir de partir pour le Canada, que M. Louis Tronson, son diredeur, ainsi que le marquis de Fénelon, son oncle, & le comte de Fénelon, son frère aîné, ne crurent pas devoir y mettre obflacle; & il partit pour Villemarie le 3o janvier 1667, n'ayant passé
(1) Catalogue d'en- encore au Séminaire que quinze mois (i). Mais lorsque rÉvêque de Sarlat, frère du marquis, eut appris le départ de ce neveu, dont il s'était proposé de se servir dans i'adminiflration de son diocèse, il écrivit une lettre de plaintes amères à M. Tronson, en l'engageant à user de toute rinfluence qu'il pourrait avoir sur son neveu, pour le déterminer à repasser en France. « Je puis vous assurer^
Monseigneur, lui répondit M. Tronson, que j'aurais souhaité que M. votre neveu eût pu répondre à vos intentions; mais sa résolution était si ferme, qu'après ce que je lui ai dit avant son départ de cette ville, je ne vois pas ce que je puis faire à présent. M. le marquis, votre frère, & M. le comte savent assez le peu de part que nous avons à ce dessein. J'ai tâché, dans les rencontres, d'en éloigner votre neveu autant que je l'ai pu; j'ai parlé plusieurs fois pour le porter à ne pas se précipiter, lui disant nettement que, s'il pouvait modérer son désir & demeurer en paix, il se rendrait plus capable, en continuant ses études & ses exercices de piété, de travailler un jout dans l'Église. Enfin, Monseigneur, j'ai tâché de mettre sa fermeté à l'épreuve, en lui représentant ce que j'ai cru être le plus capable de l'ébranler; mais, son inclination se trouvant toujours également forte & ses intentions paraissant désintéressées, je me suis vu hors d'état de passer outre, ayant employé inutilement tout ce que je pouvais & ne croyant pas avoir
(2) Archives du se- « droit de faire à son désir d'autres violences (*) (2). »
minairc de Saint-Sul-
pice de Paris. T. I des —
Lettres diverses de
M. Tronson, 19 fcv. (*) Comme l'Evêque de Sarlat se plaignait de n'avoir pas été
• ^><J7. informé du désir de son neveu avant son départ de France, M. Tron-
son, qui en eut avis, fit à sa lettre l'addition suivante : « J'ai appris « depuis ma lettre écrite que le silence que nous avons gardé vous
BRKK n'Al.EXANDRE VII. 1667.
M. de Fcnelon arriva à Québec, au bout de cinq mois de navii;ation, le 27 juin 1667 (i), avec un autre Ecclésiastique plus jeune que lui (2), M. Claude Trouvé, sousdiacre du diocèse de Tours (3), deftiné aussi pour Villemarie. M. de Laval, charmé de recevoir un Ecclésiaflique du mérite de M. de Fénelon, l'ordonna sous-diacre le 7 août de cette année; l'année suivante^ le 10 du mois de juin, il lui conféra le diaconat, & le lendemain le sacerdoce dans l'église de Québec (4) . Mais comme ce nombre d'ouvriers évangéliques ne pouvait suffire aux besoins de l'île de Montréal, qui se peuplait de jour en jour, M. Souart partit pour la France, par les derniers navires de cette année, afin de faire inffance auprès de M. de Bretonvilliers 6c d'obtenir un nouveau renfort de Missionnaires (5) (^) .
Malgré les services importants que les prêtres de Saint-Sulpice lui rendaient avec tant de désintéressement ëc de zèle, M. de Laval ne laissait pas de conserver toujours à leur égard les sentiments de défiance dont nous avons parlé ; & le temps, qui d'ordinaire sert à calmer les
(1) Journal de» Jésuites, 27 juin 1667.
(2) Lettres de Marie de l'Incarnation, lettre >'o', 17 oflob. 1668, p. 652.
(3) Catalogue d'entrée du séminaire de Saint-Sulpice de Paris, p. g3.
(4) Archives de l'archevêché de Québec, regiftre A p. b-^, 62,
^5)Hiftoircdu Montréal, par M. Dollier de Casson, de i6()6 à 1667.
M. DE LAVAL PRlh liNU, COMME AUPARAVANT, CONTRE LES PRÊTRES DE SAINT-SULPICE.
« avait tait quelque peine ; j'ajouterai donc. Monseigneur, que nous « n'avons pas coutume de parler de ceux que nous dirigeons & que a nous confessons. Nous leur donnons simplement avis sur ce qu'ils « nous demandent; & ce n'efl pas manquer de respeél pour ceux à qui « ils appartiennent si nous tenons secrètes des choses que nous n'avons « pas droit de publier. Nous supposons toujours qu'ils ne manque- « ront pas de s'acquitter eux-mêmes de ces obligations en ces ren- « contres. Je vous dirai. Monseigneur, que je n'aurais pas même cru « devoir vous écrire sur cette affaire, m'en étant expliqué nettement « avec votre neveu, & en présence de M. le marquis votre frère. « Comme il avait été témoin de tous mes sentiments, je ne devais pas « douter qu'il ne vous en informât bien amplement lui-même ;& je « crus qu'il n'y avait point de meilleure voie pour vous les faire con- « naître, puisque c'était la moins suspecte & la plus assurée (6). ',;, Lettres diverses
(*') Avant de quitter Villemarie, M. Souart nomma, pour tenir sa de M. Tronson, ibid. place au Séminaire, M. Dominique Galinier; & c'eft ce qui explique pourquoi dans des contrats de concessions de terres, .faites en l'absence - Greffe de Villede M. Souart, M. Galinier e(t qualifié : Supérieur des Ecclé.sias- marie, 27 déc. 16O7, tiques de l'islc de Montréal (7). 18 février 1705.
esprits émus, n'avait apporté aucun changement à des dispositions si peu favorables. Ce prélat s'était persuadé, par suite des démarches du clergé de France pour faire nommer M. de Queylus Évéque du Canada, que celui-ci, aussi bien que ses confrères, ne le voyaient qu'avec peine exercer lui-même dans ce pays les fonctions épiscopales. Cette préoccupation était même si fortement entrée dans son esprit, qu'elle lui faisait considérer comnie autant (0 Archives de la d'ades d'oppositiou à SOU autorité leurs aélions (i) les rka^3^^CaJada let- P^*"^^ indifférentes, spécialement l'appui qu'ils donnaient tre du 29 août 16Û7. aux Hospitalièrcs de Saint-Joseph; et la persévérance d'un prélat si pieux dans de tels sentiments miontre de plus en plus que Dieu voulait sandifîer les EccLsialtiques de 'Villemarie par les contradidions & les croix de toutes espèces. Nous avons parlé déjà des efforts de M. de Laval pour engager ces Hospitalières à embrasser 1 Inftitut de celles de Québec; la confiance qu'elles faisaient paraître pour suivre leur première vocation lui déplaisait beaucoup, & comme les prêtres de Saint-Sulpice ne croyaient pas pouvoir les en blâmer, & qu'au contraire ils approuvaient leur persévérance, cette m.anière de voir, opposée à la sienne, formait dans son esprit un nouveau sujet de griefs contre eux;. H était dans ces dispositions lorsque l'un de ces prêtres lui présenta le Bref d'Alexandre VII, qui approuva l'infhtut des Hospitalières de Saint-Joseph &
(2) Archives de la j ^ , ,11 ^^ -^ • . r-» i- • / >
Propagande, /*/i. cleclara qu clles était vrain:ent Religieuses (2).
BKEF D'ALEXANDRE VII Nous avotts dit qu'cu les établissant, M. de la Dau-
(iui APPROUVE l'in- yersière avait voulu qu'elles se consacrassent, iiar les
STITUT DES HOSPITA- ^ ' t
LiÈREs DK VU II- vœux solennels de religion, au service de Dieu & au sou- '""""• lagcment des mialades; m^ais, depuis vingt-quatre ans que
rinflitut exiffait & avait formé divers établissements, on n'y avait encore fait que des vœux simples, d'où il était arrivé qu'un certain nombre de Sœurs, dégoûtées peu à peu de leur vocation, s'étaient fait dispenser de leurs engagements pour rentrer dans le monde. Celles cjui, dans chaque maison, étaient le plus attachées à leur Inflitut,
BREF d'aLEXANDRE VII. 1667. 1^5
craignant enfin qu'il ne tombât aussi promptcmcnt qu'on
l'avait vu s'élever, s'adressèrent à TÉvèque d'Angers (i), cOHiacircaci'ins-
qui, conjointement avec les Évèques dans les diocèses t'tuiion des Hospita-
; , ,., ^. • , ,• ^ . . iicresdeSaint-Joscjph,
dcsque's 1 Inltitut était établi, recourut au Saint-Siége in-4", chap. xn.p. 54. Apoflolique, &, sur leur demande, le pare Alexandre 'VII. ^'"'^'""^■^ ^^ l'Hôtei-
* j r ' rrr j i t, r j Dieu de la Flèche.
au coiT.mencem.ent de 1 année iCoo, donna le Bref dont nous parlons, qui autorisa les vœux solennels, & déclara que ces tilles étaient vraiment Religieuses (2). L'œuvre de (2) Bref d'Aicxan- M. de la Dauversière reçut ainsi sa dernière perfedion, '^•'c m', '*^. & Villem.arie se vit dotée irrévocablement d'un établissement qui avait été l'occasion de la fondation de cette colonie, ainsi qu'il a été dit, & qui, par les contra: iilions même qu'il éprouva de la part des hommes, opposés, quoique dans de bonnes vues, à sa formation, montra avec plus d'évidence encore qu'il était l'ouvrage de Dieu seul. 11 eft rhême à remarquer que, par ce Bref, les Hospitalières de Saint-Joseph se trouvèrent les seules en Canada qui furent reconnues solennellement pour religieuses; car cel'es de Québec, à qui M. de Laval voulait les unir, ne faisaient alors & n'ont jamais fait depuis que des vœux simples dans leur profession.
Mais comme ce Bret, qui rendait inutiles les projets m. di-laval soupçonne de M. de Laval touchant l'union, avait été expédié sans qu'on l'eût consulté ni même prévenu, il soupçonna que les prêtres de Saint-Sulpice avaient usé d'art fice pour ^^ ^^^-^ d-ai.exanl'obtenir, en vue de contrarier par là son autorité ; & afin de s'en assurer pleinement, il écrivit aussitôt aux cardinaux de la Propagande. Après leur avoir exposé 'es divers motifs qui jusqu'alors lui avaient fait douter s'il pourrait jamais approuver l'Infhtut de Saint-Joseph, il leur parlait en ces termes : « J'étais dans ces incertitudes lorsqu'un « prêtre du Séminaire de Saint-Sulpice, Séminaire qui <' aujourd hui possède toute l'habitation de Montréal, eft " venu me trouver, & m'a présenté un Bref donné par le Il Souverain Pontife, qui déclare vraies Religieuses tant « les Hospitalières de Montréal que celles de quelques
LES PRETRES DE ST-SUI.PICE d'avoir OBTENU PAR SURPRISE
r.RE \ ir.
176 IIl^ PARTIE. LOUIS XIV.
« autres monaftères de France du même Inftitut. Si le
*< Siège suprême l'a ainsi défini, je n'ai rien à opposer;
*( mais beaucoup de raisons me portent à soupçonner
<i que ce Bref a été obtenu par surprise. D'abord;, je n'en
<( ai point vu Toriginal. En second lieu, on y suppose que
« ces Hospitalières ont été de vraies Religieuses, & qu'on
« n'a accordé ce Bref que pour lever les scrupules de
« quelques-uns qui pensaient autrement. Cependant il
« neû nullement confiant qu elles aient été Religieuses,
« puisqu'elles n'ont été formées par aucune professe dans
« quelque Ordre ou règle monallique que ce soit, & qu'il
« n'en paraît rien dans leur vêtement, ni par quelque
« bulle antécédente. Enfin la Sacrée Congrégation avait
« voulu me faire savoir qu'on ne donnerait aucun rescrit
» pour ces pays sans m'en prévenir auparavant. Toutes
*' ces raisons me font croire que les Sulpicièns ont ma-
« chiné cela pour éluder mon opposition; & parce qu'ils
« ont compris que j'avais formé ce soupçon contre eux, il
« paraît qu'ils veulent prévenir la déclaration que je devais
« vous en faire & obvier aux inconvénients qui résultent
« contre eux des artifices dont ils ont usé pour obtenir ce
u Bref. C'efi la raison qui me porte à vous envoyer cette
(ij Archiver de la (( lettre, afin de les devancer auprès de vous (*) (i). »
Propagande, ibid . Lettre du 2') août lôTjy, ^
(*) Sed ecce, dum in his cogitationibus fluiUiarem, occurrit sacerdos ex Seminario Sunéti Siilpitii Parisiensis, pênes quod Seminarium eft nunc tota habitatio pra'dida Montis Regalis, prœ se ferens Brève à Summo Pontifice, ocliavo Fcbruarii datum, anni 1666, quo hœc societas prtcdiélarum feminarum habitationis Montis Regalis, una cum aliis aliquot monafteriis in Gallia, veras esse Religiosas declarabatur. Si ità à Suprema Sede dcfinitum ei\ : nihil habeo quod opponam; verùm multa meinducunt ut suspicer Brève subrcptitium esse. 1° Exemplar hujus Brevis obtinere non potui. 2" Pritsupponitur in co veras fuisse Religiosas; sed ad tollendos soltaii scropulos aliquorum qui aliter sentirent, Brève esse concessum. Veras ante fuisse Religiosas nullo modo confiât; cum a nulla professa, in nullo Ordine aut Régula sint progenit;c; nec quidquam de eo ex habitu, seu vcditu, appareat, nec ex alla antécédente BuUà. S" Quia Sacra Congregatio me monitum volucrat nullum a sedatum iri rcscriptum